‹ Deux républiquesChapitre 7 sur 49 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

Ce n'est pas non plus, je dois le dire, par désœuvrement, encore moins par intérêt personnel. J'ai appris à mes dépens ce qu'il en coûte de défendre les droits de la science, de la justice et de la vérité. Sous l'Empire, j'ai publié un livre (4) et deux journaux (2) impunément. Dans VElecteur libre quotidien, j'ai pu, avec M; Ernest Picard, demander l'armement de la garde nationale, le renversement de l'Empire, et, le premier, crier : Vive la République, Mais la République, que j'avais appelée de tous mes vœux et de toutes mes forces, s'est montrée moins clémente. Elle m'a mis deux fois en prison," sans

(1) Le Self govemment et le Césarisme. Paris, 1869. Armand Le Chevalier, éditeur. — A propos de ce petit livre, M. Edouard Laferrière a publié dans le Rappel du dimanche 25 juillet 1869 un article infiniment trop flatteur qui se terminait par ces lignés :

« Le livre de M. Edouard Portails est bien ordonné et lestement « écrit. L'auteur ne professe pas avec un ton dogmatique. Il décrit « et raconte ce qu'il a vu avec clarté et avec humour. Comme conu clusion, il ne peut s'empêcher de secouer et de gourmander la u France qui languit et s'attarde pendant qu'on marche si vite là-bas.

u II la prend à partie et l'apostrophe vivement, durement, mais « trop justement, hélas !

« Sache, lui dit-il, qu'un grand peuple se lève, qui nous juge et « se moque de nous... Si tu as encore assez de force et de cou- « rage pour secouer tes liens, imite les Américains. Cesse de prott stituer les mots de devoir et de vertu, en les appliquant au vice « d'obéissance... L^ve-toi! «

tt On aime à lire ces lignes, surtout quand elles sont signées « Portails. » [Edouard LafetiHère.)

(2) Le Courrier des Deux-Mondes et VElecteur libre quotidien dont j'étais le rédacteur en chef, avec M. Ernest Picard, comme directeur politique.

compter les condamnations des gérants de mes journaux. Elle m'a fait payer trente mille francs d'amendes. Si après la Commune je n'ai pas été fusillé sommairement, je le dois au dévouement de mes amis (1). Les soldats de l'armée de .Versailles ont arrêté dix-sept de mes employés ou rédacteurs, tous innocents, tous acquittés après huit mois de casemates ou de pontons. — Quelques-uns n'en sont pas encore remis ! — M. Thiers et M. le duc de Broglie, suivant à mon égard la même politique, m'ont enlevé de vive force une partie de mon héritage ; ils ont attenté six fois à ma propriété ; ils m'ont supprimé six journaux : la Vérité^ parce que je discutais les prétentions constitutionnelles de l'Assemblée nationale ; la Constitution, pour un article d'Emile Zola ; le Corsaire, une première fois, pour « avoir attaqué les droits et l'autorité de l'Assemblée nationale (2) » , une

(1) Malgré mes efforts pour empêcher la démolition de l'hôtel Thiers, et l'attitude courageusement indépendante de mon journal la Véritéy le Journal Officiel de Versailles avait, dans son numéro du 5 avril 1871, publié cette prodigieuse dénonciation :

« Là France indignée a jugé les rédacteurs de la Vérité. Encore « quelques jours, elle leur infligera la peine qu'ils méritent. »

(2) Arrêté' du général de Ladmirault du 22 décembre 1872.

Le journal la République française^ dans son numéro du 25 décembre 1872, dit à propos de cette suppression :

« Pendant la dernière séance de l'Assemblée de Versailles, on a vu les membres de la droite assiéger, un numéro à la main, le banc où sont assis le ministre de l'intérieur et le ministre de la

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