LE PAYS ET LES GENS
bien ces trois contrées, il existe encore aujourd'hui dans la physionomie des habitants et dans leurs mœurs certains caractères essentiels qui ne permettent pas qu'on les confonde.
Sombre et replié en lui-même, rêveur et vindicatif, dur comme le granit sur lequel il marche, courageux, vaillant, capable de supporter sans se plaindre toutes les privations, le paysan du Bocage est bien le fils de ce pauvre Gâtineau d'autrefois qui, condamné à la solitude dans ces immenses forêts de genêts, de bruyères et d'ajoncs, et perdu au sein d'une rude nature, humide et glacée en hiver, brûlante en été, n'avait pour réparer ses forces qu'un misérable pain de seigle et les fruits du châtaignier.
Mollesse et apathie, tel est le caractère essentiel de l'habitant du Marais : versatile et peu courageux, craintif et inconstant, il est peu propre aux résolutions viriles. Mouvant comme la contrée qu'il habite, il manque de suite dans les idées, et, dans le caractère, de fermeté et de vigueur. La ligne lortueuse lui convient mieux que la ligne droite. Changeant au moindre vent, «ondoyant et divers», il adore aujourd'hui ce que, hier, il brûlait, et, s'il est prompt à donner sa faveur, il ne l'est pas moins à la retirer : honnête au demeurant, d'humeur traitable, ne connaissant ni les haines terribles, ni les implacables ressentiments.
L'existence a toujours été, dans la Plaine, et elle est encore aujourd'hui plus facile et plus large. Si l'opulence y est rare, l'aisance y est communément répandue. Le caractère est plus vif, l'humeur plus enjouée. Si on n'y trouve pas l'imagination enthousiaste et la vivacité exubérante du Midi, on y remar-
que quelque chose de cette amabilité charmante- et de cette gaieté naturelle et si facilement communicative, qui n'est pas -un des moindres attraits du caractère girondin. Les relations y sont à la fois affectueuses et durables.