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II. -AGRICULTEURS

Le département des Deux-Sèvres étant essentiellement agricole, nous ne pouvons mieux faire^que de consacrer aux agriculteurs le premier' chapitre de cette Galerie bioç/raphiqtie . Deux noms commandent surtout l'attention : Jean de Laquintinie, le savant décorateur des jardins de. Versailles, et le cultivateur de Chaloiie, maître Jacques Bujault.

Laquintinie (de) (1626-1086).

Jean de Laquintinie naquit à Saint-Loup en 1626. Après avoir fait, à Poitiers, de solides études au collège des jésuites et pris quelques leçons à l'école de droit, il se rendit à Paris où il fut .reçu avocat. Chargé par Tambonneau, président à la Cour des comptes, de l'édircalion de son fils, il trouva assez de loisirs pour se livrer à son étude favorite, l'étude de l'agriculture. Il lut Virgile, Varron, Columelle ; il y joignit la lecture des modernes, qui ont écrit sur l'agriculture, et bientôt il connut tout ce qui avait été dit sur cette matière. Il compléta ces éludes par des voyages en Italie et en Angleterre, et les con-

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naissances générales et, particulièrement, les connaissances agricoles qu'il en rapporta donnèrent à sa conversation un charme auquel ne furent insensibles ni le grand Condé ni Colbert. Nommé, grâce à l'influence de Colbert, directeur général des jardins fruitiers et potagers de toutes les maisons royales, il eut toutes les facilités désirables pour appliquer les

principes dont ses études lui avaient démontré la valeur. Il opéra des prodiges dans les jardins de de Versailles, en faisant d'un sol ingrat et stérile la terre la plus fertile et la plus belle : l'art, entre ses mains, triompha de la nature.

Laquintinie a exposé sa méthode dans un ouvrage en deux volumes, que publia son fils en 1690.

BujauK (1771-1842).

Jacques Bujault, plus généralement connu sous le nom de Maître Jacques, naquit en 1771, à la Forêt-sur-Sèvre, près de Bressuire. Successivement volontaire en 1792, libraire, imprimeur et avocat à Niort, puis à Melle, il exerçait avec honneur, et surtout avec désintéressement, cette dernière profession quand il se vit soudain en possession d'une propriété rurale fort importante. Il renonça peu à peu à la chicane, et, suivant dès lors sa véritable vocation, il se fit agriculteur.

La culture du sol était alors dans le plus déplorable état. Le paysan, ignorant les principes les plus élémentaires de la science agricole, ne faisait rendre à la terre que le tiers au plus de ce qu'elle eût pu produire. Jacques Bujault résolut de l'instruire, et, en l'instruisant, de le tirer de la misère. Après avoir publié, en 1810, un court mémoire où il développait quelques-uns des nouveaux principes, il fit imprimer à Paris, en 1819, un Projet d'amélioration de l'agriculture, ouvrage plus important, et qui eut l'honneur d'appeler spécialement l'attention de Paul-Louis Courier.

Le mérite personnel de Jacques Bujault et les services qu'il rendait à la cause agricole furent appréciés de ses concitoyens : aussi le choisirent-ils deux fois pour les représenter à la Chambre des députés, d'abord en 1815, pendant les Cent Jours, ensuite, sous la Restauration, en 1822, comme candidat de l'opposition. Dans cette seconde session, il ht deux propositions qui firent grand bruit, mais qui n'eurent pas de succès. Il demanda que chaque ministre voulût bien présenter aux Chambres un état

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contenant le nombre des employés et fonctionnaires de son département, ainsi que des traitements, gratifications, frais de tournée et de logement qu'ils recevaient. C'était, dans sa pensée, un moyen de supprimer les charges et les emplois inutiles et de ramener à l'agriculture un grand nombre de jeunes gens qui délaissaient leurs terres pour devenir, à un titre quelconque, les agents et fonctionnaires de l'Etat. Cetie proposition fut repoussée. Bujault ne fut pas plus heureux quand il demanda qu'on réduisît l'impôt du sel de cinq centimes par kilogramme en faveur des classes pauvres et de l'agriculteur. On trouve dans le discours qu'il prononça à celte occasion, et dont l'impression fut demandée et ordonnée par la Chambre, la plupart des arguments dont on s'est servi depuis pour obtenir la réduction de cet impôt : « Le sel n'est point un article de luxe, mais de nécessité. Un impôt sur cette matière est une véritable capitation qui atteint tous les individus. Il pèse particulièrement sur le pauvre, sur le cultivateur et sur l'agriculteur. Dans les pays de montagnes on donne du sel aux bestiaux une ou deux fois par semaine; presque partout on en donne à ceux qu'on engraisse dans les étables. L'habitant des campagnes n'a d'autre assaisonnement que le î sel; il lui en faut pour son pain et pour ses salaisons annuelles. Plus un individu est pauvre, et plus il en consomme; plus il est riche, moins il lui en faut. Dans une ferme où il y a quinze personnes, on en dépense plus que dans la maison d'un maréchal de France où il y eu a trente. »

Dégoûté de la vie politique par le double échec

qu'il vient d'essuyer, Jacques Bujault refuse le nouveau mandai que lui offrent ses concitoyens; il quitte même définitivement le barreau et se retire dans sa ferme de Chaloiie, près de Sainte-Blandine. II était resté jusque-là avocat agriculteur. Il se fait alors paysan et laboureur dans toute l'acception du mot portant grand chapeau, large blouse et sabots. Appliquant les principes qu'il avait professés avec ardeur, il multiplie les prairies, introduit dans sa propriété les plantes fourragères, fait usage des engrais et offre bientôt à toute la contrée le spectacle d'une véritable ferme-école. Bon et charitable, il ne garde pas pour lui les secrets de son art, il en fait part, au contraire, à tous ceux qui veulent bien le consulteril prévient même les questions et, pour porter au loin la bonne parole, il relate dans plusieurs mémoires et opuscules les résultats de ses recherches. fcn 1821, il publie un Mémoire sur le produit des céréales dam le département des Deux-Sèvres et sur le résultat des recensements annuels (in-8° de 40 pages) En 1831, paraît 'L'Agriculture populaire ou Méthode générale et nouvelle pour l'enseignement et l'amélioration de l'agriculture, et cet ouvrage est bientôt suivi d'un autre que l'on regarde comme le chef d œuvre de Maître Jacques : Lettre à tout le monde sur l amélioration des mœurs, des cultures et des animaux domestiques. Mais, si intéressants et si instructifs que soient ces différents ouvrages, il s'en faut qu'ils aient exercé sur la masse des agriculteurs la même influence que les Almanachs du laboureur de Uialoiie. Les tout petits volumes sont presque toujours ceux qui se prêtent le mieux à la vulgarisation. Maître Jacques le comprit et se mit à com

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poser des almanachs où, sous une forme populaire, il donnait, chaque année, à ses bons amis les paysans, ses leçons et ses conseils. — Le Grand Conseil; Grande Colère de Maître Jacques ; le Joli Petit Moyen de rendre les petites filles ménagères, les grandes aussi, biribi; Grande et Belle Histoire de Sivogait : tels sont les titres de quelques-uns de ces écrits périodiques. On pourrait peut-être reprocher à l'auteur ( d'avoir fait quelquefois, dans ces publications, un •usage immodéré du grotesque ; mais il s'adressait surtout aux paysans et, pour des hommes qui contaient encore des histoires de loups-garous et de sorciers, les bizarreries et les récils fantastiques dont il assaisonne ses almanachs devaient être un mets tout particulièrement délicat. Ce qu'il y a de certain, c'est que l'enseignement de l'écrivain campagnard a porté ses fruits : l'écobuage, qui était en honneur dans toute la contrée, fut de plus en plus abandonné; les plantes fourragères furent partout cultivées; la manière de traiter les engrais, mieux comprise.

Jacques Bujault mit à écrire ses almanachs et ses ouvrages agricoles une ardeur infatigable. Il écrivit presque jusqu'à son dernier jour. « Mon Testament agricole n'est pas achevé, disait-il à un ami un an à peine avant de mourir. J'en envoie une partie à l'imprimeur. Le reste est en notes et dans la tète; si je suis bien portant, il sera fini dans huit jours. Je dis toujours : Je me reposerai enfin, car rien ne me tue comme de penser sans cesse. »

Il mourut (24 décembre 1842) comme il avait vécu, en faisant du bien : pour que l'enseignement qu'il avait donné durant toute sa vie ne fùtpas interrompu,

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il avait fondé un prix de 600 francs en vue de la publication d'un almanach agricole; il avait légué des sommes considérables aux communes voisines pour créer des écoles primaires, abandonné ses droits d'auteur, doté les enfants de ses fermiers de Chaloiie et récompensé ses domestiques.

Il avait réglé lui-même les conditions de ses obsèques et demandé qu'on l'enterrât « le plus simplement possible » et qu'on élevât sur sa tombe une petite colonne en fonte, avec cette inscription : Maître Jacques, laboureur, auteur des Almanachs et du Guide des comices. Ses concitoyens crurent, et avec raison, que ce n'était pas suffisant ; le buste de Jacques jRujault, élavé par souscription publique, se dresse depuis longtemps déjà devant la mairie et le groupe scolaire de la commune de Sainte-Blandine et, depuis quelques années seulement, sur une des places de la ville de Melle.

Jacques ftujault avait, quelque temps avant sa mort, reçu lu roi Louis-Philippe la croix de la Légion d'honneur.

Qu'il nous soit permis, à la suite de la biographie des deux plus illustres agriculteurs des Deux-Sèvres, de dire quelques mots d'un manufacturier de Niort, célèbre par les progrès qu'il réalisa dans l'art de la

mégisserie.

Main (17.43-1821).

Thomas-Jean Main, fils de Thomas Main, manufacturier en chamoiserie, à Niort, naquit dans cette ville le 28 mars 1745. Il y mourut le 13 mai 1821. Voici comment l'auteur de Y Histoire de la ville

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de Niort, Hilaire-Alexandre Briquet, apprécie l'œuvre et le mérite de son compatriote : « Au lieu de se traîner sur les pas de ses prédécesseurs, il conçut le noble projet d'enlever aux Anglais cette supériorité qui tenait dans une grande infériorité le commerce de la chamoiserie à Niort. Il se transporta dans leur île et trouva le moyen de s'approprier leurs procédés. Le travail du ponçage ne se fait en France que depuis 1765, et c'est Th. -Jean Main, à peine âgé de vingt ans, qui l'employa le premier dans sa fabrique à Niort. Par les observations qu'il fut à portée de faire en Angleterre sur la mégisserie, sur l'apprêt des peaux de veau en tannerie et sur les peaux chamoisées, il se convainquit que la mégisserie se fait mieux en France; que les peaux d'agneau et de chevreau y sont plus douces, plus blanches, plus propres à être mises en couleur. Le vulgaire, la partie la plus nombreuse chez toutes les nations, se laisse encore tromper par le luisant et l'espèce d'éclat que ces insulaires donnent, aux dépens de la solidité, aux peaux d'agneau et de chevreau. Elles sont sèches et cassantes, parce que le mégissier anglais, poux- ne pas payer autant de droits, économise tout ce qui ne manquerait pas de donner plus de poids aux peaux qu'il apprête. Il sait pourtant bien qu'en y introduisant, comme on le fait en France, plus d'huile et de dégras, il les rendrait plus fortes, plus souples, plus moelleuses, et, par conséquent, d'un meilleur usage. »

On a de Th. Main un Mémoire sur la chamoiserie, qui l'a rendu célèbre dans toute la France : ce mémoire fait partie de Y Encyclopédie méthodique sur les manufactures et les fabriques, de Roland de la

Platière, inspecteur général des manufactures du Lyonnais, Forez et Beaujolais.

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