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une lettre de Fatio, du ôo mars 1694, qui roule en partie sur cette cause de la pesanteur, qu’il avoit imagine'e en 168g ou 1690. Cette lettre fut -communiquée aux éditeurs de ces (Euvres, par LeSage.
Fatio avoit exposé son système dans un poème en vers latins, qui n’a jamais été imprimé. Le Sage avoit acquis les débris de ses manuscrits relatifs à la physique ; et les a légués à la Bibliothèque publique de Genève , qui en conserve le dépôt.
F. A. Redeker , médecin allemand , publia en 1766 , une dissertation latine sur la cause de la pesanteur (t), où l’on trouve l’exposé d’un système fort semblable à celui de Le Sage dans ses traits principaux , mais dépourvu de cette ana-< lyse exacte des phénomènes qui fait le principal mérite de toute espèce de théorie.
L’auteur, qui n’avoit pas, à ce qu’il paroîf, une connoissance assez étendue de son sujet , ne s’étoit pas aperçu qu’il suf-
( 1 ) Franc. Alb. Redekrri , med. D. , de causa gravitatis meditatio , Lemgovùe , ex ojjicina ][ïeye~ riana, 1736, petit ia-8.° de 64 pagj
PRÉFACE
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fisoit d’expliquer un pelit nombre de lois , pour rendre raisou de tous les phénomènes. Il se perd dans les détails et lait de ses principes quelques applications partielles , souvent très -défectueuses. Il décrit toutefois ses corpuscules gravifiques, comme durs, subtils et rapides.
Il rend raison , par ce moyen , de la loi relative aux distances. Mais comme il n’a que des idées très-borrtées de la perméabilité des grands corps , il n’explique pas la loi relative aux masses ; ou plutôt , on peut dire qu’il ue se fait pas une idée juste de la rigueur de cette loi (1). Ses corpuscules se meuvent librement à travers l’éther , qu’il nomme lumineux. Enfin, se livrant à une recherche ultérieure , il se demande la cause du mouvement des corpuscules ; et forge ,, pour répondre , une hypothèse, dont il ne vaut pas la peine de faire aucune mention. Malgré ces imperfections , on ne peut s’empêcher de
(i) Il l’énonce très-correctement au §. i5 de sa Dissertation ; mais à ta manière dont il l’explique , on voit qu’il y avoit peu réfléchi. Voyez ses §§■ 3 o et 3i.
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reconnoitre dans cet opuscule , une conception ingénieuse , qui auroit dû provoquer l’examen des physiciens , dont plusieurs alors s’oecupoient de la même recherche. Il existe en effet une dissertation de Segner sur ce sujet (1). Mais la science prit un autre cours et les travaux de cette nature perdirent peu-k-peu de leur prix. Le Sage n’a manque aucune occasion de faire remarquer le système de Redeker , ainsi que celui de Fatio.
J’ai déjà dit qu’a aucun egard il ne peut être soupçonné de plagiat.
VII. Ceci me ramène au caractère personnel de Le Sage ; et quoique je n’aie rien à ajouter à ce que j’en ai dit dans la Notice de sa vie et de ses écrits , à laquelle j’ai ci-dessus (2) renvoyé le lecteur , il est k propos , je crois, de faire connoître ici en peu de mots l’auteur dont je publie l’ouvrage , afin de prévenir des questions et des doutes qui
(1) De causa gravitatis Redeheriana.
(2) Pag, xxjx.
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pourroient arrêter ceux qui entreprendront cette lecture.
G. L. Le Sage naquit a Genève , le
10 juin 1724. Il suivit le cours des études publiques; mais fit, avec son père , quelques études particulières. A l’âge de treize ans , la lecture de quelques passages choisis de Lucrèce , relatifs à la physique , excita vivement sa curiosité.
Dans le cours de ses études de philor sophie, ou à peu près à 1 7 ans, il essayoit déjà d’expliquer la chute des corps par le choc d’atomes rapides. Un séjour qu’il fit à Paris , quelques années plus tard , lui fit sentir l’importance de l’étude des mathématiques, et il s’y livra avec autant de zèle que de succès. En 1746, il comprit ( par un heureux hasard ) à quoi se réduisoit l’explication mécanique des phénomènes compliqués de l’astronomie physique. Il vit que ses corpuscules , dont il avoit dès-lors conçu l’idée , expliquoient bien la loi des distances , et
'il s’écria : J’ai trouvé ! — Dès-lors aussi
11 se promit de tout sacrifier au dessein
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qu’il forma de de'velopper ce système.
De retour dans sa patrie , et constant dans l’exécution de son projet , il employa son temps à l’étude et fit de l’enseignement des mathématiques sa vocation. Vivant avec la plus sage économie , • il réussit à se procurer les. moyens de suffire à ses besoins ; et put y suffire encore à l’âge où ses forces épuisées le forcèrent à renoncer au travail de l’enseignement ; mais à cet âge même, il ne cessa point de s’occuper de son système.
11 mourut le 9 novembre i8o5, âgé de près de 80 ans.
En lisant ce rapide récit de la vie d’un philosophe laborieux , on s’attend peut-être à trouver à la suite l’énumération de ses ouvrages; et remarquant que, depuis sa première enfance jusqu’à son extrême vieillesse , ce savant a vécu constamment occupé de la même recherche , >
le lecteur s’étonnera peut-être de voir publier posthume le fruit de tant de travaux. Il faut donc dire un mot des singularités de cet homme de génie. L’am-
Xsxvj PIlÜFACÏf.
bidon d’amasser des matériaux, une sorte de répugnance et de lenteur à les employer ; des occupations , une vaste correspondance ; le defaut de santé' , les insomnies ; quelques circonstances d’éducation , une habitude contractée ; une certaine timidité naturelle , un goût extrême de l’exactitude , la crainte de donner prise à quelque objection imprévue ; toutes ces causes ont empêché Le Sage de publier de son vivant des ouvrages , auxquels il travailloit avec une ardeur soutenue. Il a fait imprimer une dissertation sur les affinités, qui partagea un prix à l’académie de Rouen , en 1758 ; mais il ne la laissa pas mettre en vente , et se contenta de la donner à ceux qu’elle pouvoit intéresser. Il a jeté dans quelques recueils périodiques un très-petit nombre d’opuscules (1). Mais en général ses ouvrages sont restés dans ses porte-feuilles. , Les richesses que ces porte - feuilles
(1) On en trouvera les titres dans la Notice citée ci-dessus.
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renferment y sont éparses , mais ordonnées. Ce sont des cartes ou des feuilles détachées , rangées sous des titres bien déterminés. Mais la grande abondance de ces matériaux les rend fatigans à employer ; d’autant plus que l’auteur, par la foi blesse de sa mémoire , les a inutilement multipliés; et qu’à la fin , par un effet de l’âge, il n’a pas maintenu constamment l’ordre qu’il avoit lui - même adopté. Sa méthode pour recueillir étoit excellente , admirable même ; mais il auroit dû. moins tarder à faire usage de ses recueils.
VIII. Ces détails prépareront , j’espère , le lecteur à recevoir avec quelque indulgence un ouvrage posthume , dont la rédaction offroit des difficultés, tenant au génie même de l’auteur. Cette indulgence n’est nullement sollicitée pour le fond de l’ouvrage, auquel on ne doit que justice. Celui qui le publie est le premier à demander qu’il soit jugé à rigueur.
Quel autre désir pourroit l’animer ? Si les principes de la physique mécanique
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de Le Sage sont vrais , il souhaite de les voir adopter} s’ils sont faux, de les voir réfuter. Ils sont peu connus ; il a donc fallu les soumettre au jugement de ceux qui ont droit de prononcer.
Si ces principes sont vrais ; les conséquences déduites , en particulier les applications que j’en ai faites aux gaz et à la lumière, peuvent à leur tour être vraies ou fausses, selon qu’elles auront été bien ou mal déduites. Je ne demande de même h cet égard que justice. Je veux dire que je ne désire autre chose qu’être éclairé.
Mais je sollicite l’indulgence pour ma foiblesse , qui ne m’a pas permis de mettre dans cette déduction toute l’étendue que j’aurois ambitionnée , ni probablement le degré de rigueur auquel j’aurois dû atteindre , dans le champ limité que j’ai parcouru.
IX. Indépendamment des préventions défavorables dont j’ai parlé au commencement de cette préfaee ; je dois fairo mention d’une opinion particulière fort répandue parmi les physiciens , et qui est
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en opposition directe avec celle dont je pars dans l’une des applications que j'ai tentées. Quelle est la nature du milieu propagateur de la lumière ? Les physiciens me semblent se diviser en trois classes ; les «missionnaires , les ondulateurs et les indifférens. Il me pavoit , qu’en ces derniers temps, la seconde de ces classes s’est accrue. J’ai donc à craindre qu’une explication des phénomènes de la lumière, toute fondée sur l’émission, ne soit reçue avec défaveur. Je ne chercherai point à attaquer une opinion qui a été souvent et savamment discutée : mais j’ose compter sur cet amour de la vérité qui caractérise les vrais savans , pour obtenir d’eux , quelle que soit leur opinion , un examen impartial de celle qui leur est offerte.
X. J’ai eu récemment occasion de rencontrer, dans un court séjour à Londres et à Paris, des physiciens éminens, dont les uns se sont prêtés , de la manière la plus équitable , à ce genre de discussion; et les autres, avec qui je n’ai pas eu occa-
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si
sion de l’entreprendre , ne m’ont pas laissé douter de leurs dispositions vraiment aimables et philosophiques à cet égard. C’est donc avec quelque confiance que je soumets cet essai à leur jugement ; sûr que , s’ils daignent s’en occuper , il ne peut qu’eo résulter pour moi une solide instruction. Qu’il me soit permis de nommer ici quelques-uns de ces physiciens dont je viens de louer les dispositions et de qui j’attends le jugement avec espérance (1). A Londres, le Dr. Wollaston m’a prêté une oreille attentive. A Paris, j’ai été encouragé à publier cet ouvrage par MM. Laplace , Biot, Arago. Ce dernier, dont il me semble que les opinions se dirigent dans un sens opposé à celui de l’émission , et à qui je n’ai pas
(1) En nommant , sans leur aveu , des savans dont j’ai à me louer sous le point de vue de l’impartialité, je dois dire que je ne prétends nullement par là m’autoriser de leur suffrage dans le jugement à porter sur le système de Le Sage et sur les conséquences que j'en ai déduites; car à cet égard, je ne puis uioi- même savoir quel sera le résultat de l’examen qu’ils croiront convenable d’en faire.
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dissimule mon atlachement à ce système, non-seulement m’a témoigné le désir de voir paroitre l’écrit dont je lui faisois connoitre le but, mais a été jusqu’à me faire parvenir les offres les plus obligeantes pour en favoriser l’impression.
Je dois aussi des remercîmens de même genre à MM. Fourier et Maurice , l’un et l’autre membres distingués de l’Académie des sciences. En un mot, les entretiens et les communications épistolaires, que j’ai eus avec plusieurs hommes célèbres , m’ont fait concevoir une assez haute idée de leur impartialité, pour ne pas désespérer tout-à-fait de voir la science retirer quelque fruit de la double publication que je hasarde de faire; quoique je sente combien le point de vue sous lequel la nature est envisagée dans cet ouvrage s’éloigne de celui qui est le plus généralement préféré.
Puisque j’ai cité de grands noms , je devrois peut-être en joindre d’autres , et ne pas me borner aux deux capitales que je viens de traverser.
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Je rae contenterai (le rappeler ici (ce dont on trouvera des preuves dans la Notice de la vie et des écrits de Le Sage) y que les hommes les plus célèbres du siècle dernier, les Euler, les Lambert , les Frisi , les Bosoowich , accordoient à Le Sage beaucoup d’estime, et ont témoigné plus d’une fois le cas qu’ils faisoienl de ses productions.
Je dois nommer en particuler le savant Pfleiderer, qui a connu Le Sage personnellement et qui , en toute occasion , s’est plu : à lui rendre justice. Tous les physiciens savent , que J. A. De Luc a rendu constamment hommage à son génie. ..
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