SUPPLÉMENT
Sur l’élasticité des solides.
Avis de l’Éditeur.
Dans une noie sur le §. ioi , l’éditeur a fait counoître la raison pour laquelle il ne croyoit pas devoir mêler , à cette exposition de la physique mécanique de Le Sage, ce qui a rapport à l’élasticité des solides. Cette raison est la liaison de ce sujet à celui de la cohésion , qui n’a pu encore être soumis à une rédaction convenable. Il faut dire en outre, que l’au-, teur de toute cette théorie s’est plus profondément occupé des fluides élastiques que des solides ; et que l’éditeur, dans les applications , qui font la matière du second traité , ne s’est occupé que des fluides élastiques. Il ne sera pas mal cependant de présenter ici, fort en abrégé, l’idée que Le Sage se formoit de l’élasticité des solides ; d’autant plus que j’ai déjà eu occasion , il y a long temps , de la publier sous les
le courant qui pousse la poupe concave vers un autre corps doit tourner vers lui cette poupe, d’où résultera une répulsion apparente (Voyez le a. d Traité , Liv. II, §. 10). Mais comme cette explication n’est pas de l’auteur du système que nous exposons, il n’est pas convenable de la mêler avec les siennes , c’est pourquoi on sc contente ici de l’indiquer. (iVole de t éditeur .)
DE G. Ii. 1Æ SAGE. LIV. IV. 173
yeux et du consentement de son auteur. En 1795 , ayant donné , dans mes cours publics , une esquisse du système de Le Sage , j’invitai un de nos jeunes élèves (que depuis j’ai eu le plaisir de compter parmi nos collègues) à s’en occuper avec plus de suite ; et après que je lui eus fait connoître quelques détails de ce système, il soutint, sous ma présidence, des thèses sous ce titre : Quelques propositions sur la cause de V élasticité des fluides et des solides. Cette dissertation (1) contient (dans les articles 32 — 43 ) l’explication de l’élasticité des solides selon les principes de Le Sage. Quoique ces articles soient énoncés d’une manière générale , je prends cette occasion de dire , qu’ils sont extraits fidèlement des papiers et des entretiens de Le Sage ; et par cette raison , je ne me fais pas scrupule de les lui attribuer ici, en indiquant ce que j’en extrais comme un article qui lui appartient et qui fait suite à son ouvrage.
§. 11 5 . Dans les éthers ($. 101) , on peut concevoir des oscillations de deux espèces , les longues et les courtes.
Chaque éther particulier est forme’ de molécules homogènes. Un tel éther peut être libre
(1) Elle est composée de 47 articles ou thèses; dont la dernière, écrite avec éloquence, n’est pas de moi , et fut même ajoutée à mon insu sur la dernière feuille d’épreuve.
1." TRAITÉ. PHYSIQUE MÉCANIQUE dans ses mouvemens , ou gêné par quelque pression extérieure. Cette pression , que l’on peut comparer à l’action mécanique de l’air , est celle qui produit la cohésion ; elle tend à rapprocher les élémens. Mais l’action inégale des corpuscules tend à les séparer.
Que l’on se représente une particule, composée d’élémens constitués comme l’éther que je vient de décrire , et ensuite un corps formé de particules ainsi composées et homogènes.
Si l’on vient à fléchir ou comprimer un tel corps, il ne peut céder que de deux manières; i.® en changeant la figure de ses particules constituantes , a.° en changeant leur situation respective.
Un corps très-élastique est celui dont les particules constituantes ne se prêtent pas à changer leur situation respective. Un corps peu ou point élastique est celui dont les particules constituantes changent de situation avec quelque facilité.
On comprend en effet que si l’on a forcé quelques particules à changer de figure , ces petits éthers , sous l’influence de deux forces opposées très-énergiques, doivent être rapidement et violemment ramenés à leur état moyen.
En conséquence de tout ce qui vient d’être
DE G. L. LE SAGE. LIV. IV. 176 dit, on comprendra, que certains corps, pressés brusquement, paroissent élastiques; qui, pressés lentement, ne le paroîtront pas. Ce sont ceux dont les particules constituantes peuvent difficilement changer de place et requièrent un certain temps pour de nouveaux arrangemens.
Lorsqu’on ploie un corps élastique, il y a dilatation dans la partie extérieure, et condensation ou compression dans la partie intérieure, de l’arc qu’on lui fait décrire : on change donc de deux façons contraires la forme de ses parties coQslituantes en ces deux différens points de sa contexture; et J’on observe que la re'sistance, ou la tendance à la restitution de la forme primitive, croît à mesure que l’on augmente la courbure ( aussi long-temps que la contexture n’est pas altérée , ou la cohésion détruite). Cela paroîl dépendre d’une double cause : 1.® plus on ploie , plus le nombre des particules constituantes déformées augmente. 2. 0 Dans les grands écarts de la figure primitive, l’action de la cause restituante est plus grande; car, dans 4 es élémens rapprochés par la compression , les chocs qui les écartent deviennent d’autant plus fréquens qu’ils sont plus rapprochés. En effet, avant le rapprochement , les chocs u’avoient lieu que par l’effet des oscillations longues, et
176 1 ." TRAITÉ. PHYSIQUE MÉCANIQUE après le rapprochement , il s’y joint ceux qui sont produits par les oscillations courtes .
Inversement , dans les éle'mens écartes par dilatation , les oscillations courtes deviennent inefficaces; et par conséquent, l’action duQuide qui cause la cohésion perd d’utiles antagonistes) et devient toujours plus efficace ( 1 ).
Note finale de l’Éditeur
Sur la constitution des élément.
(Cette note se rapporte à l’article 5 du cliap. I , du* Liv. I et au chap. V du même livre ; plus
(1) Cette explication a été adoptée par son auteur quinze ans avant qu’il m’autorisât à la publier, et par conséquent vingt-huit ans avant le moment où j’écris ceci. Il est remarquable qu’il ait anticipé une proposition paradoxale, que les chimistes ont assez généralement adoptée et que Lavoisier énonce en ces termes:
« Les molécules d’aucun corps ne se touchent dans la a nature. »
Celte proposition , déduite des phénomènes de la chaleur, sera discutée dans la note qui suit. Je me contente de remarquer que, comme le calorique ( fluide discret et agité) entr’écarle certaines particules constituantes des corps , il est aisément concevable qu’un fluide beaucoup plus subtil et plus rapide entr’écarte les élémens dont certaines particules sont composées.
( Note de l’éditeur.) '