REMARQUES
Notre texte est conforme à celui qu’a publié M. Appel, Provenzalische Inedita, p. 134, 136. Nous n'avons fait que changer quelques lettres pour rendre l'orthographe plus régulière. La 1re pièce se trouve dans le manuserit C. fo 358, la 2me dans le même manuscrit et au même folio.
Forme métrique. « La poésie, dit M. Appel, appartient à la longue série de celles qui imitent Guiraut de Bornelh, Gr. 51. ».
ag bg ag be C6 dg dg CG dg dg.
V. 10 et sq. Les plaintes sur la décadence de prets et de deport sont fréquentes non seulement à l’époque de G. Fabre, mais bien avant lui, à l'époque la plus brillante de la littérature provençale,
V. 24. Silh représente sans doute les grands qui écoutent les conseils de ceux qui leur enseignent la convoitise. Ilh du v. 27 doit représenter les mêmes personnes que stlh : il est ironique, ces grands ont une telle volonté qu'ils suivent rapidement, sans résistance, le chemin que les cosselhador leur montrent.
V. 31, sq. Les allusions à la libéralité d'Alexandre sont nombreuses chez les troubadours. Cf. R. Berengier :
Alexandri per donar francamen E per vertut de fin cor ferm fermat
Conques lo mon, per que son remenbrat Syei onrat fatz e siey afortimen.
| (Gr. 427, 6, v. 41 sq.) M. P. Meyer, Dern. Troub. de la Provence, p. 494 (Bibl. Ec. Chartes, t. V, 6e série) renvoie à ce propos à P. de
la Mula : | Per dar conques Alexandres Roaïs,
E per tener perdet Daire lo ros La batalha...., (Raynouard, Ch. V, 320.)
Cf. Birch-Hirschfeld, Ueber die den prov. Troubadours des XIL und XIII Jahrhunderts bekannten epischen Stoffe, Halle, 1878, p. 18-20. Cf. une autre allusion à la largesse d'Alexandre dans les Leys d'Amors, I, 294.
V. 41, sq. Il semble d’après cette strophe que la pièce a été écrite au moment de l'expédition de Charles d'Anjou en Italie. En effet comtes, rois, empereurs et chef de l'Eglise entrent en lutte. La pièce daterait de la vieillesse de Guillem Fabre et nous n’aurions rien conservé des poésies de sa jeunesse auxquelles fait allusion Uc de Saint Circ.
V. 51, sq. La tornada est mutilée; le {er vers est incomplet et M. Appel propose de lire Senher Dieus. Quant au sens il paraît avoir été, d'après M. Appel: « Dieu luimême ne serait pas en paix sur son trône dans le Ciel,
re s’il laissait un homme devenir assez puissant pour le
renverser. » On pourrait compléter les deux derniers vers de la manière suivante :
Laissus [mezeis fossetz] (1) em patz Si'1 n’era [poders acor]datz.
Les vers 7-33 sont imprimés dans Raynouard, Choix, V.197.
La forme métrique est empruntée à P. Bremon, Gr. 16 ou P. Cardenal, Gr.13; cependant comme celui-ci n’a pas la rime intérieure du 1 vers de chaque strophe, c’est plutôt P. Bremon que G. Fabre a imité. (Appel).
V. 1, sq. Quels sont ces grands princes dont les luttes permettent aux Sarrazins d'occuper tranquillement les saints lieux ? On ne peut que faire des conjectures. Il est probable que la pièce se place entre 1254, date du retour de saint Louis de sa re croisade et 1269, date de l’expédition manquée de Jacques le Conquérant. Peut-être y a-t-il encore ici une allusion à l’expédition de Charles d'Anjou en Italie et aux luttes qui en furent la conséquence. L'ordre des deux pièces dans le manuscrit serait, comme il arrive assez souvent pour les troubadours de la décadence, l’ordre chronologique. | |
V. 11. IT faut sans doute voir dans ys saus, comme le veut M. Appel, non le subjonctif de yssaussar, qui ne se comprendrait pas, mais le verbe être à la 3° p. du sing. de l’ind. prés. La forme is se trouve dans Riquier, éd. Pfaff, p. 204, v. 158.
Il faut relever l’accentuation du mot paguanesme, accentué sur la finale.
{1) Plutôt peut-être pocselz esser ? (G. Chabaneau),
St