LA VERSION XI DE LA LÉGENDE EN VERS FRANÇAIS
1. — Manuscrit. — La onzième version des Vies en vers de saint Eustache ne nous est conservée que dans le manuscrit français 24.951 de la Bibliothèque nationale. D'après cette note inscrite à la première page, restée vide: Ceélestins 32, ce manuscrit faisait autrefois partie d’une des bibliothèques des Célestins. ? Il a aussi appartenu à un maire de Beauvais, comme nous apprennent ces vers ajoutés après coup au fol. 37:
Ce livre que vous voiez estre de vers si bien rimés appartenoit autrefois
a un maire de Beauveois qui devant mourir avoit ans plus de quarante sept.
C’est un volume de 37 feuillets en parchemin, dorés sur tranches, mesurant 22 centimètres sur 15. L’écriture accuse une main du XVI: siècle. A la même époque
appartient aussi la reliure en veau estampé.* Notre Vie se trouve transcrite aux feuillets 2—37.
1 ]l ne figure pas sur la liste des manuscrits célestins du Catalogue du P. Daire, 0.c. ci-dessus p. 84.
3 Voir Catalogue des manuscrits français de la Bibliothèque nalionale. Anciens petits fonds français, II, par C. Couderc et Ch. de la Roncière, Paris, 1902. — L'’indication du catalogue que la Vie de saint Eustache »sest suivie d’une ballade, d’un rondeau et d’un chant royal sur saint Eustache», doit être corrigée: ces trois pièces appartiennent à la Vie elle-même et ne constituent que la continuation du récit.
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La première page (fol. 2 r) est bordée d’un cadre bleu avec des guirlandes en or (style de la Renaissance) et l’initiale des premiers vers des trois strophes de cette page est enluminée. Partout ailleurs ces initiales sont des lettres ordinaires, alternativement rouges et bleues, hautes de trois ou quelquefois seulement de deux lignes. Les autres vers des strophes commencent par une majuscule munie d’un simple trait de couleur jaune. Chaque fois que l’écriture n’occupe pas la ligne sur toute la largeur du feuillet (ce qui arrive le plus souvent), la ligne est complétée par deux traits, qui serpentent en s’entrelaçant de façon à faire des huit. Là encore la couleur est tour à tour rouge et bleue. Quelques rares fois le vide est rempli d’une autre façon: à la première page, par exemple, ces bouts de ligne sont des barres assez larges, rouges ou bleues, ornées d’or. — La copie a été exécutée avec beaucoup de soin. |
2. — Langue de l’auteur. — Voici les indications que nous fournit sur la langue du poète l’étude des rimes et de la mesure des vers. Comme le poème doit dater de la première moitié du XVe siècle, il n’est pas étonnant que ce texte relativement récent n'offre pas de traits linguistiques particulièrement intéressants.
Mentionnons d’abord la rime de {y (— tu) 262 avec aussy, ainsy et soucy. Il est certain qu'il s’agit d’un cas sujet. Nous n’en connaissons par d’autre exemple. 1 Si
1 La forme oblique fi est bien connue. Voir p.ex. Schwan- Behrens, Grammatik des Altfranzüsischen, Leipzig, 1914, p. 177, et Kr. Nyrop, Grammaire historique de la langue française, t. IT, Copenhague, 1903, p. 371.
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ty est une simple faute pour fu, ce passage s’ajouterait à d’autres rimes, comme celles citées par H. Chatelain: vesquirent: morurent; soustenist: esmut; esbahis: apparus (du Mystère de la Passion d’Arras) et reffuge: tige (de la Destruction de Troye la Grant par Jacques Milet). Est-ce là une rime inexacte, due à la licence poétique, ou seraitce l'indice d’une évolution phonétique, c’est-à-dire un trait dialectal? On sait que, de nos jours, la confusion de ï et u nasalisés caractérise une certaine région picarde. ?
La rime ui: i (p. ex. conduire 476: s’adire) n’a rien de remarquable.
La diphtongue ai se confond avec e à la rime ee ex. mectz 255: jamais), ainsi que ai et eï (p. ex. paine 1098: humaine).
La diphtongue oi rime avec e, ie et ai (p. ex. acongnoistre 671: remestre; croire 120: pierre; croire 959: pierre, lerre; moy, croy, effroy: vray 822; foy 1039: delay), toutes rimes qui indiquent que oi s’est transformé en oë, avec l'accent sur é.
La rime gerre (— genre) 1006: ferre, croire est intéressante. Elle rappelle les formes picardes bien connues verra, terra pour venra, tenra. Pour cette évolution il
1 Recherches sur le vers français au XVe siècle, Paris, 1908, p. 15. |
? Chatelain, o. c., p. 4 Ce phénomène re serait, selon H. Chatelain, attesté pour le picard qu’au XVIe siècle: il cite pourtant, p. 32, la rime commune: digne du Mystère de Saint Bernard de Menthon, du XVe siècle, dont l’auteur, à ce qu’il suppose lui-même (p. 31), doit être un Picard. Quant au mot digne, il faut relever que la prononciation avec À ne s’est introduite qu’au XVIe siècle (voir Nyrop, o.c., t. I, 1914, p. 325).
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faut supposer nécessairement la prononciation picarde avec & et non pas 4; aussi la confusion de ces deux sons n’est constatée nulle part dans notre texte (femme, qui rime avec des mots comme dame, ame, diffame, strophe XLVIII, ne prouve, comme on sait, rien à cet égard).
Une fois on trouve la rime dialectale iée: ie (mesgnye 196: compaignye, unye, munye).
Jé peut rimer avec € (laissé 626: passé; chasser 75, laisser 83: passer, cesser, amasser, tracasser; baptizez 182, prisez 184, desprisez 185: advisez; pierre 958: terre; priere 1107: pere). De l’autre côté on trouve les rimes anciennes de rechief 1151, meschief 1153: grief. |
La diphtongue au:eau (chevaulx 236: chameaulx, pourceaulx, veaulx).
Notons la rime intéressante vault (3° p. sg. prés. ind. de vouloir) 658: fault, chault (— chaud); cf. la forme connue viaut. Au vers 18 nous trouvons la même graphie.
La confusion de er et ar — phénomène surtout fréquent au XVe siècle ! — est attestée par les rimes larmes 883, termes 885: gendarmes, alarmes (cf. la graphie confrarie 1157). |
La rime moult 483:pont, sont prouve que l’auteur, au lieu de la forme courante moult, employée par le copiste, se servait de la forme parallèle bien connue mont.
L’e féminin s’est amui après une voyelle (pay(e)ment 138, mais vrayement en trois syllabes, 139) ou devant une voyelle, p. ex. benoict 2, 57, 695; empereur 66, 612; veoir 196, 353, 380, 504; eu 180, 641; peu 315; sceu 485; eusse 625 et eust 880 (imparf. du subjonctif); asseurance
1 Nyrop, 0. c., t. I, 1914, p. 246.
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384; esleu(z) 595, 795; mesmement 191, 1118, 1156, 1224, mesmes 1203; marchans 1124; toujours dans le nom d’Eustace (10, 188, 205, etc.), ainsi que dans guerdonne 52. Mentionnons spécialement royne 1247, de deux syllabes, en rime avec recline et s’encline, qui doit être lu rine (pour reine). E a une valeur syllabique dans esper(r)it 2, 1189, 1195 et souverain(e) 1160, 1172.
Le mot aage 587 a deux syllabes; l’interjection haa 388, 877 en a une. Aourer compte pour deux syllabes (v. 958 et 1037).
Quant à -enf, terminaison de la troisième personne du pluriel de l’imparfait, il y a hésitation. Au vers 955, p. ex., avoient est de trois syllabes. Voici les cas où cet -ent (devant voyelle ou devant consonne) ne compte pas dans la mesure: proclamoient 779, estoient 444, 589, 849, regardoyent 692, usotent 941, vouloient 1004, savoient 1026, demandoient 1056. Il en est de même de l'e des formes sauroye 653, 752: et desploye 904. Estois, 627 et 733, est de deux syllabes. Soyes, 2° p. sg. prés. sub]., est dissyllabique au vers 537, et dans le refrain des strophes LXXVIII-LXXXV, mais d’une syllabe au vers 260.° Puylels 744, 2° p. sg. prés. ind., est d’une
1 Ilest probable qu’au vers 821, où le copiste du XVIe siècle écrit la nouvelle forme analogique saurois (voir Nyrop, o. c., II, p. 123), l’auteur avait écrit sauroye.
8 M. Nyrop, o.c., II, p. 111, constate que soyes de deux syllabes s’était conservé encore à la fin du XIVe siècle. Comme il ne dit rien du XVe siècle, on peut comprendre que cette forme n’a pas été constatée pour ce siècle. Elle serait donc l’indice d’une certaine ancienneté qui s’ajouterait aux autres indices
(v. à la versification) qui nous permettraient de dater le poème au moins quelque peu avant le milieu du XVe siècle.
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syllabe. Notons enfin les formes el 872 et encor 849 sans e final.
Le futur donront 1155 n’a rien de remarquable. On trouve de telles formes du verbe don(n)er encore au XVI siècle. !
Quant aux consonnes, on peut mentionner que c, z et s sont confondus, que s est muet à l’intérieur des mots devant consonne (p.ex. blasme 324: dame; promisrent 1254: suyvirent, virent). L’s final à la fin du vers a encore sa valeur de consonne: ? (dix 231: dictz; helas 517: las, soulas, pas, pas, cas, engendras, perdras, auras; cela ressort encore des rimes de la strophe LXXXIII où il y a des rimes distinctes en us et en u).
La consonne r se prononce encore, comme on s'y attend, dans la désinence -er des infinitifs (p. ex. parler 881, celer 884: l'air; nommer 647, amer 649: amer, adi.).
La rime est ce 369: noblesse, lesse, leesse, adresse, prouve que le f final dans esf (devant consonne) est muet. Ces sortes de rimes sont d’ailleurs très fréquentes à l’époque.
L’T dans nulz (771: esmuz, surplus, plus, esluz; cf. fr. mod. nul) et l’f dans Juifz (372: suys, ensuys) sont purement graphiques. L'auteur employait donc les formes anciennes.
La morphologie ne donne pas lieu à beaucoup de remarques. Il est inutile de donner des exemples prouvant la disparition de l’ancienne déclinaison. Pour ce qui est des adjectifs ayant originairement une seule forme au
1 Nyrop, o. c., II, p. 153. — Au vers 142 on trouve donneray de trois syllabes.
3 C’est, selon H. Chatelain (o.c., p. 74), dans la seconde moitié du XVe siècle que commence l’amuissement de }’s final.
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masculin et au féminin, l’ancienne forme féminine grand est attestée plusieurs fois (316, 467, 544, 616, 704, 717, 740, 890, 1246); il en est de même pour {el 1029, telz 964, 1009, quel 481, 814, paciemment 299, 995, 1022, briefment 675. Grande(s) est représentée cinq fois (28, 40, 718, 928, 1198); on trouve grandement 546, 744, 842, 1174; telle(s) 120, 204, 323, 464, 998, iel(Dement 542, 1102; quelle 193, 352, quelement 543; griefve 553, 696; loyalle 1033, loyallement 629; gentille 62 (: Evangile); pacientement 573. Le pronom possessif féminin est fon devant voyelle (k muet) au vers 536, comme en français moderne. Mentionnons quelques formes verbales: ame 353, 3° p. sg. prés. ind., rimant avec diffame, dame, etc., est formée par analogie avec l’infinitif amer et les formes avec radical inaccentué. Ces formes étaient assez fréquentes au XVE siècle.1 Notons le prés. subj. 3° p. sg. doint 384. Voise 762 (: degoise), même forme, s’employait régulièrement encore au XVI: siècle. ? La rime adviengne 979: christienne prouve que l’auteur employait la forme moderne advienne et non la forme ancienne aviegne, représentée par la graphie du copiste adviengne. Treuve 1089, 1° p. sg. prés. ind., est une forme modelée sur la 2° et la 3° p. sg. du même temps, remplaçant l’ancienne forme ftruis. Elle est, à son tour, plus ancienne que la forme moderne trouve. Confort 395 (: mort), qui semble être la 2 p. sg. de l’impératif, doit être une forme analogique (d’après la 3° p. du subj. ?) pour la forme régulière conforte. Il en est de même de la forme gard 540, prouvée
1 Voir Chatelain, o. c., p. 26.
2 Nyrop, o. c., II, p. 109.
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par le mètre (garde se lit 1112, 1137, 1143, 1153, 1259). Les rimes entreprint 76, print 77: advint, souvint, et print 284, aprint 286, comprint 287: vint prouvent que l’auteur a connu ces formes, employées depuis le XIVE siècle, du verbe prendre où s’est introduit un n parasite. ! L'auteur emploie les formes modernes mirent — et non pas mistrent — (qui est prouvée par des rimes comme misrent 833: nourrirent, 1240: ouvrirent), firent (832: nourrirent, 1206: perdirent, fondirent), dirent (1216: yssirent, rendirent) et acquirent (1230: souffrirent, offrirent). Les parfaits suivants présentent la nouvelle forme analogique: pleuct 240 (: voluf); eust 253, peust 254 (: fut, creust); eurent 706, peurent 708 (: furent, congnurent); despleut 569, peult 570, sceut 571 (: voulut, etc.).
Quant aux traits un peu plus anciens, relevons le vers 580 où le régime direct les est tombé devant le régime indirect lui, la construction As tu point eu etc., 641, Voeulz tu pas etc., 963, eust au vers 618, qui y figure pour il y eust, a pour il y a, 468, et les 1" personnes du présent de l'indicatif sans e(p.ex. pry 654, prouvé par le mètre), et s (croy 824: moy). Relevons encore les anciens superlatifs plus grand 424, et plus tost 660, ainsi que la construction Le benoict sainct promist alors 164, où le fonctionne comme datif, sans préposition.
Les constructions suivantes font voir un affaiblissement dans la signification du mot en dans le verbe composé, qui a amené la répétition de ce mot: Qui l’ung enfant en emporioit 498, et Qui les enfans en emporterent 578.
1 Nyrop, o. c., II, p. 139. —— Ces formes se retrouvent aussi dans la graphie du copiste (print 299, 611, 894, prindrent 1210, prinssent 1083, prins(e) 375, 827).
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Le vocabulaire de l’auteur est celui du XV° siècle, abondant en latinismes, caractéristiques de cette époque. En voici des exemples: police 42, pacifique 66, amateur 938, dubitation 1222, propice 44, incredule 1164, petition 1179, deïficque 69, 203, archiprince 70, exemption 128, eruditz 154, practicien 214, facteur 531, deprecateur 533, orateur 534, curateur 539. Et pourtant sa langue ne presente pas à cet égard les extravagances des »grands rhétoriqueurs» de la seconde moitié du XV® siècle !, ce qui nous confirme dans notre idée que le poème date de la première moitié de ce siècle. La teinte dialectale qu'offre la langue de l’auteur n’est pas. en contradiction avec cette datation.
3. — Langue du copiste. — Pour un homme du XVI° siècle Ÿ notre copiste a une orthographe assez sobre et pas trop surchargée. Relevons quelques exemples d’une graphie étymologique: sainct 2, 57, etc., escript 122, etc., dict (part. parf.) 201, etc., mauldict 1007, etc., destruict 306, 1141, corps 159, je croidz 94, faict 123, nuict 1210, receupt 573, debvoir 321, doibt 1225, deubt 574, racompter 895, submettre 377, adventure 540, 560, dejecté 248, gectoit 409, 501, angels 1254. Dans les exemples suivants il y a une graphie surchargée ou faussement étymologique: attendict 868, fendict 1008, crisme. 1134, mectz 255, dict (— dixit) 204, etc., acquerir 12, ung 3, etc., roch 93, 201, 1092, brefve 208, griefve 553, 696, cincq 159, pugnilion
1 Voir Nyrop, o.c., I, 1914, p. 45.
? Rappelons que P. Meyer, Hist. littéraire de la France,
XXXIIT, 349, date Ile poème de la fin du XVe siècle. 3 Voir Nyrop, o.c., I, 1914, p. 118.
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1198, regnier (— renier) 1048. C’est encore une graphie étymologique que d pour f final dans verd 927, vid 86, 95, etc., quand 422, grand 424, ouyd 647. Il l'écrit aussi faussement dans vond 327. La graphie christien 207, christienne 682, 977, christiens 1054, 1216, est un latinisme plutôt qu’une graphie dialectale, bien qu’on ait d'autre part iront 1125 (pour feront); cf. possideront
Çà et là on rencontre des graphies dialectales ou remarquables à un autre titre comme ch pour c (cherf 86), s. pour cç (se 169, 824, 877, 1177), qui 721 pour quil, -aige pour -age (couraige 291, 845, 982, 1122, saige 298, 500, oraige 436), eu pour e (cheu(lyx 655, 840 — chez) :, ü pour à ({umberent 999, anunçant 1170), encoire 587, 944, l'en (= l'on) 39, 1233, Il pour ill (despouller 989), aveuc 471, 621, 646, 657, .aveucque(s) 624, 920, 1052, e pour oi dans vecy 378, 799, e pour ie (p. ex. aydé 956, chef 970) et la graphie quesse 365 pour qu'est ce. Le copiste redouble parfois les consonnes (p. ex. esperrit 2, frivolles 112, parolles 113, 204, coupper A44, escouiter 894, honnourer 969).
Il n’y a pas de » dans ce manuscrit, seulement u. Bien souvent les monosyllabes en -e sont écrits en toutes lettres devant la voyelle du mot suivant, quoique cet e ne se prononce pas (que pour qu’ 58, 86, etc.; ne pour n’ 62; te pour ? 110, 1256; se pour s’ 125, etc.; de pour d’ 128, etc.; le pour [l’ 223; ce pour c’ 297; me pour m’ 377; je pour 7.732), mais d'autre part on trouve la graphie moderne l’homme 279, l'humilité 460, l’honneur 1, 461,
1 Selon Nyrop, o.c., 1, 1914, p. 237, ce serait une forme très employée jusqu’au XVIIe siècle et encore conservée dans le patois normand.
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l'humain gerre 1006, l’hospital 1248, avec h et l’article élidé. Les abréviations sont bien rares et ne présentent pas de difficultés (p. ex. viennét 1050, les 1204, donne 1213). |
4. —: Versification. — C'est peut-être au point de vue de la versification que nous intéresse le plus cette version tardive de la vie de saint Eustache. Si Paul Meyer ! l'appelle »version en huitains de vers octosyllabiques», c’est parce qu'il s’est borné, en dressant sa liste, à en parcourir le commencement. Le rythme indiqué par Paul Meyer n’est en effet employé que dans les neuf premières strophes. La suite offre une grande variété de mètres. oo
Le tableau suivant indique les différents rythmes qui
sont employés dans la version XI.
| 1. — V. 1—72 — neuf huitains de vers octosyllabiques rimant ababbcbc.? — H. Chatelain* dit de cette forme qu’elle est des plus usitées dans la ballade à strophes de huit vers pendant tout le XIVe et le XVe siècle et cite (p. 92—93) un grand nombre de poésies où elle se trouve; E. Stengel 4 en ajoute d’autres. M. A. Piaget nous apprend que Martin Le
1 Hist. litt. de la France, XXXIII, 349.
? Ici, comme partout où le contraire n’a pas été indiqué, les différentes rimes peuvent être indifféremment masculines ou féminines, variant de strophe. en strophe. — Il faut relever que H. Chatelain (0. c.) ne donne pas d’indications ‘sur le caractère masculin ou féminin des rimes dans les types strophiques qu’il enregistre.
# Zeitschrift für franzôsische Sprache und Lilteratur,t. XX XIII, 2 (1908), p. 153.
5 Martin Le Franc, prévot de Lausanne. Thèse de doctorat présentée à la Faculté des Lettres de Genève; Lâäusanne, 1888, p. 257. Ce poète est né vers 1410 et mort vers 1161 (p. 13).
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Franc avait un faible tout particulier pour ce même schéma. Il a été signalé par M. G. Naetebus? dans deux poésies de 1307 et de 1345. Et il a cité aussi d’autres poèmes qui présentent ce schéma sans qu’il l’ait su. M. Arthur Längfors a bien voulu m'informer que les nos 17 et 18 (p. 182) du chapitre LXXXVII EStrophische Gedichte über deren Bau ich keine genaue Auskunft zu geben vermag») présentent précisément ce rythme, et qu'il a été employé en outre dans un poème se trouvant dans le même manuscrit que les deux poésies précédentes (le manuscrit français 147 de la Bibliothèque nationale, XVe siècle), qui commence {fol. 11) par Las, bien sçay que quant partira. En outre, ce type se retrouve dans la quatrième légende versifiée de sainte Christine, de la liste de Paul Meyer, ‘ du XVe siècle, et dans la vie de saint Fiacref, également du XVe siècle. Quant à l’indication de Paul Meyer que la même forme strophi-
1 Continuant immédiatement par la remarque que la combinaison ababbcboc, rare au XIlle siècle, déjà plus fréquente au XIVe, est excessivement employée au XVe, M. Piaget énumère une grande quantité de poèmes du XVe siècle qui présentent cette forme, mais il néglige de dire le nombre de syllabes des vers: ainsi on ne sait pas dans combien de ces œuvres on rencontre exactement notre type en vers octosyllabiques, ni si ce type fut en effet représenté dès le XIIIe siècle.
? Die nicht-lyrischen Strophenformen des Altfranzôsischen, Leipzig, 1891, type LXX VIII, p. 168.
# Je saisis cette occasion pour dire tout ce que je dois à mon ami Arthur Lângfors. C’est lui qui m’a indiqué le sujet de la présente étude dès 1906, à une époque où ce sujet était encore presque entièrement neuf. Dans le cours de mon travail, qui a été bien souvent retardé par défaut de loisir, toutes les fois qu'il m'a fallu, à cause des publications qui ont paru dans l’intervalle, en changer le plan, c’est toujours M. Längfors qui m'a encouragé et qui m’a prêté son appui. C’est un agréable devoir pour moi de lui en exprimer ici ma sincère et profonde reconnaissance.
4 Hist. litl. de la France, XXXIII, 344.
5 Jbid., p. 350.
$ Jbid., p. 351.
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que se retrouve aussi dans la quatrième des Vies de saint Georges contenue dans le manuscrit Nouv. acq. français 4412 de la Bibliothèque nationale, il faut dire qu’il n’en est rien. Ce court poème de 42 vers pour la plupart de six syllabes a été si maladroitement composé et rimé qu’on n’y peut voir qu’un mélange, sans aucun ordre, de rimes diverses, où il est impossible de distinguer des strophes quelconques.
Nous aurons à revenir plus loin (n° 17) sur cette forme en traitant de la ballade qui est à la fin de notre poème.
2. — V. 73—144 — six douzains en vers coupés de 4 et 8 syllabes disposés ainsi: aab aab bbc bb ce
La même disposition de rimes a été fréquente à partir de Greban !, mais H. Chatelain ne connaît pas de poème avec la même disposition de vers de 4 et 8 syllabes. Il paraît donc que notre auteur a lui-même inventé cette disposition des vers de 4 et de 8 syllabes dans ce schéma.
3. — V. 145—216 — six douzains de vers octosyllabiques rimant aabaabbbcbboe, c’est-à-dire la même disposition de rimes que dans la partie précédente. Ce douzain ne paraît pas se rencontrer chez les poètes français antérieurement au XVe siècle ?, maïs dès cette époque il est assez commun. #
4, — V. 217—288 — douze sixains de vers de 4 syllabes, rimant aab aab avec des rimes différentes (toujours masculines) à chaque nouveau sixain. M. Naetebus fait mention d’un poème de Nicole Bozon (fin du XIIIe ou commencement du XIVe siècle) de la même construction, où il y a toutefois cette particularité que la rime b est la même dans tout le poème. H. Chatelain n’a trouvé notre type que dans deux ouvrages di XVe siècle; il ne paraît donc pas avoir été bien répandu.