‹ Deuxième collection Camille LecuyerChapitre 39 sur 77 · PLANCHE XXXVIII · texte numérisé non relu

PLANCHE XXXVIII

1 • Jeune femme jouânt âvec une tortue. - - Elle s’est laissée tomber sur une grande dalle rectangulaire, dans une pose très abandonnée, une main sur son genou, l’autre appuyée sur le sol. Le pied et la jambe droites sont de face; le buste tourné de trois quarts, la tête inclinée, la jeune femme regarde avec un intérêt souriant une tortue qui marche et qui est modelée sur l’original avec une remarquable précision. Son seul vêtement est l’himation enroulé autour des jambes. La chevelure est partagée par des raies profondes en six bandeaux ondulés, dont quatre sont réunis par derrière en chignon ; les deux autres sont noués au-dessous du chignon pour former une torsade dont les deux bouts, séparés, flottent sur le dos. Pas de trou d’évent. Tanagre. — Hauteur : o m. i(>.

La tortue servait, comme de nos jours, d’amusement aux enfants et aux jeunes filles ; elle est quelquefois associée à Aphrodite, et Plutarque y voit un symbole qui doit engager les femmes mariées à garder la maison et à observer le silence’. Il est douteux que notre jeune personne médite ces allusions philosophiques tirées d’un peu loin ; elle se divertit tout simplement à voir marcher de son pas mesuré l’animal inoflênsif et lent.

Le dos de la figurine est modelé avec beaucoup de soin et offre une courbe très gracieuse, comme on peut le voir sur la planche suivante. Le corps, de proportions élancées, est souple et moelleux; les Grecs, pour rendre ces qualités, avaient un mot intraduisible en français : ùypo;.

2. Bacchante couchée. — Elle est étendue sur un rocher formant un lit naturel, les jambes croisées, la tête soutenue par le bras gauche, le droit replié dans l’attitude consacrée par l’art grec pour exprimer le repos. Elle a les yeux grands ouverts et le regard dirigé en bas, peut-être vers ce tympanon dressé le long du rocher, qui lui rappelle l’ivresse dionysiaque. Base rectangulaire à deux degrés. — Hauteur : o m. ao5.

Notre statuette fait songer aux nombreuses répliques de l’Ariane endormie — sujet fréquent dans les œuvres d’époque récente — et en particulier à la célèbre Ariane du Vatican. La pose est identiquement la même et la parenté entre les deux œuvres évidente; mais la diversité du traitement de la draperie révèle deux écoles différentes. Ici le mode d’exécution est celui que j’ai essayé de définir à propos de la Léda de la planche 20. La tunique et l’himation sont d’une étoffe analogue à celle de l’himation de cette figurine : assez mince, très souple, cette étoffe ne se tient point, n’a pas de forme par elle-même et épouse les

[. De Isid. el Os., c. ~5.

contours du corps; elle se plisse facilement autour des membres et tombe verticalement en zigzags caractéristiques. Elle accompagne habituellement des corps élancés, qui se ploient avec élégance et non sans quelque manière. Le rocher à petites bossett.es pressées est la propriété du même atelier, j’allais dire du même artiste.

Les cheveux ondulés s’élèvent du front et sont ceints d’une ténie au-dessus de laquelle ils s épanouissent en bouillons; puis ils sont aplatis par le bras de la bacchante et se réunissent en chignon. Encore une coiffure qui témoigne d’une singulière richesse d’invention et dont je ne connais point d autre exemple.

La statuette est finie par derrière avec autant de soin que par devant, bien qu un petit trou d évent rond vienne interrompre certaines lignes; on voit dans le dos la ceinture qui, au-dessous des seins, est cachée par les plis de la tunique.

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