‹ Deuxième collection Camille LecuyerChapitre 40 sur 77 · PLANCHE XXXIX · texte numérisé non relu

PLANCHE XXXIX

1 et 2. Joueuse de cithare assise. — Elle a une tunique à manches courtes ouverte en triangle par devant; les deux bouts de l’iiimation forment un gros nœud à la naissance de la cuisse droite. Elle est assise sur une grande chaise à dossier cintré et à pieds arqués, dont le siège dessine un creux rempli par un coussin. Elle a les pieds chaussés, le gauche pose sur un tabouret. Des feuilles de lierre et des fruits ronds formant couronne sont piqués dans ses cheveux ondulés sur le front, puis étirés vers le sommet de la tête en un chignon où ils s’épanouissent frisés en boules et d’où pendent, sur les épaules, deux tresses en torsade. — Hauteur : o m. 275.

La figurine a été reproduite sous deux aspects, pour qu’on voie mieux le jeu des bras et la cithare. Celle-ci est un instrument en bois* de structure élégante, mais sans ornements; la base est carrée, la caisse de résonance très vaste, et les montants forment une courbe prononcée. Les cordes partent d’une proéminence rectangulaire et vont s’attacher à la traverse supérieure. La citharistria tient l’instrument de la main gauche, et, de la droite, attaque les cordes sans le secours du plectre. Est-ce une Muse ou une simple mortelle? II est difficile de le dire1. Voici comment, dans Y Anthologie Palatine % une de ces brillantes musiciennes, aussi goûtées pour leur beauté que pour leur talent, est saluée par un de ses adorateurs :

« Par Pan l’Arcadien, c’est une douce mélodie que tu exécutes avec ton plectre, Zénophila; oui, par Pan, c’est une douce mélodie. — Où te fuir? De toutes parts les Éros m’entourent et ne me laissent pas un instant pour respirer. — C’est ta beauté qui m’inspire l’amour; puis c’est ton talent, puis ta grâce, puis.... comment dire? tout. — Un feu me brûle. »

3. Joueuse de tympanon assise. — Elle a pris place sur un rocher dont une proéminence sert d’appui à l’un de ses pieds nus. Son bras gauche repose sur la pierre, dont un pan de l’himation adoucit le contact, et supporte sa tête inclinée; le bras droit est pendant et la main retient le tympanon, accoté

1. Cari von Jnhn, Arch. Zcitung, i858, Die griechischen Saiteninstruracnte, p. 183-190, pl. CXV. — a. Voir mes Terres cuites grecques , pl. XX, fig. I, p. 69 sq. — 3. T. I, ch. v, 139.

TERRES CUITES ANTIQUES TROUVÉES EN GRÈCE ET EN ASIE MINEURE

contre le bas du rocher. Les cheveux, abondants et d’une pousse vigoureuse, forment au-dessus de la tête une épaisse calotte, sont noués sur la nuque et tombent par derrière en longues boucles. La tunique, qui laisse un des seins nus et que ne maintient aucune ceinture, offre à la partie supérieure, non des plis verticaux, comme d’habitude, mais des sinuosités horizontales. — Hauteur : o m. 2 f\.

Notre tympanistria est dans l’attitude, non pas du repos, mais de la douleur. Le regard est dirigé vers la terre et la figure respire la tristesse. C’est peut-être une nouvelle raison de croire que nos musiciennes sont représentées aux Champs-Elysées enveloppées de la mélancolie de la vie d’outre-tombe.

Page 1