PLANCHE XL V
1. Femme assise et Satyre. — Sur une sorte de banc élevé orné en haut et en bas de deux bandeaux en saillie l’un sur l’autre, une femme est assise; elle appuie sa main droite sur le bord du siège et de la gauche ramène l’himation qui lui enveloppe les jambes. Elle a la tête ornée d’un diadème, les cheveux reunis sur la nuque en un chignon d’où tombent deux longues boucles sur le dos. La jambe gauche est posée à plat sur la cuisse droite; un Satyre agenouillé lui tient le pied des deux mains. Il a les cheveux crepes sur le front et son himation le laisse à peu près nu. Une petite queue qu’il avait à la naissance du dos est aujourd’hui brisée. Le groupe est fini avec autant de soin par derrière que par devant; les têtes des deux personnages sont creuses et percées au sommet d’un petit trou. — Hauteur : o m. a35.
Le corps de la femme élancé sans excès, élégant et souple, contraste avec celui du Satyre, qui est vigoureux et ramassé. Les épaules sont carrées, le dos et la poitrine bien musclés, les jambes nerveuses et fortes. Le visage modelé à l’aide d’une foule de petits plans qui se heurtent, est. particulièrement travaillé et curieux avec ses rides, ses plissures et ses yeux évidés très expressifs. Le Satyre regarde avec attention le pied de la jeune femme enveloppé d’une chaussure de cuir mince; quelque accident sans doute vient d arriver. Dans les courses folles du thiase bachique, la femme se sera enfoncé une épine et il s’agit de la retirer ; mais nous n’en sommes qu’aux préliminaires : on regarde, on s'assure, l’opération n’est pas commencée; sans quoi la patiente, qui incline la tête et s’intéresse visiblement à l’examen, n’aurait pas cet air tranquille.
Le sujet rappelle celui du Spinario. Je n’ai pas à résumer les discussions auxquelles ont donné lieu dans ces derniers temps le bronze du Capitole, le marbre Castellani et le bronze Rothschild. Notre groupe se rattache à la série des monuments où l’action comporte deux personnages. Parmi ceux-ci le plus connu est celui du musée Pie Clémentin où un Pan essaye d’arracher une épine du pied d’un Satyre assis devant lui sur un rocher. M. Babelon, en publiant une intaille analogue de la collection de Luynes*, suppose que les représentations du tireur d’épine à deux personnages dérivent d’un original commun librement imité. Notre groupe ne se rattache point à cet original; l’aventure qu’il met en scène est un épisode de la vie bachique interprété d’une façon indépendante.
Ici ne serait-ce pas Ariane elle-même qui a été victime de l’accident? Je ne suis pas loin de le croire.
2. Femme assise rajustant sa chaussure. — La pose des jambes est très analogue à celle de la figurine précédente, mais la jeune femme est seule et s’occupe à rattacher sa chaussure, dont elle tient dans sa main gauche le cordon à demi brisé. Aussi le torse est-il plus penché. Les différences de facture sautent aux yeux. Les chairs, celles des seins en particulier, sont plus moelleuses; le visage est plus plein et plus rond; quant à la chevelure drue, forte et crêpelée qui couvre le crâne d’une épaisse calotte d’où pendent de longues boucles sur les épaules, elle rappelle celle de la bacchante de la planche 39, n° 3. Les deux figurines sont, de même fabrique. — Hauteur : o m. aa5.