‹ Deuxième expédition antarctique francaise (1908-1910) (volume 3)Chapitre 5 sur 19 · CHAPITRE II Sondages · texte numérisé non relu

CHAPITRE II Sondages

Les sondages que nous avons effectués à bord du « Pourquoi Pas ? » peuvent se diviser en plusieurs séries :

1° Sondages côtiers ;

2° Sondages sur le Plateau Continental de la Terre de Graham et de la Terre Alexandre- 1^' ;

3° Sondages dans le détroit de Branstîeld ;

4° Sondages dans la mer de Bellingshausen.

Nous publions la liste complète de tous les sondages des trois dernières séries. Au point de vue océanographique, ce sont évidemment les plus importants. On trouvera le détail des sondages nombreux que nous avons faits dans les baies de l'Amirauté, de Déception, dans le chenal Peltier, dans le voisinage de Port-Circoncision, dans la baie Matha, dans la baie Marguerite sur les plans particuliers publiés par M. Bongrain.

Lanature du fond indiquée sur la liste des sondages n'a pas été donnée par des analyses. C'est simplemeni la nature ajjparente de l'échantillon rapporté par le sondeur. Ces échantillons, au nombre de trente-six, ont été remisa la Commission des travaux de l'Expédition, et leur constitution sera étudiée dans un volume particulier.

Sondages côtiers. — La plupart des baies que nous avons explorées sont très profondes. Elles rappellent la formation classique des fiords. Les fonds sont composés surtout de vases et de boues glaciaires, et rarement de roche.

La baie de l'Amirauté, dans l'île du Roi-George, n'avait jamais été sondée. Nous y avons trouvé des profondeurs de plus de 500 mètres, et, dans la plupart des anses qui la découpent, la sonde est descendue à 100 mètres, presque à toucher le visage. Le fond est de vase grise.

Port-Foster, dans l'île Déception, n'avait jamais été non plus sondé d'une façon détaillée. Nous n'avions comme renseignement sur les pro-

fondeurs au milieu du port que le chiU're de Foslcr, 97 brasses, c'est-àdire* 17o mètres. Nous avons trouvé au même endroit 170 mètres. Le fond remonte ensuite très régulièrement jusqu'au rivage. Partout on trouve une vase noire mêlée de cendres et de petits cailloux volcaniques.

Dans le détroit de Gerlache, à l'entrée du chenal de Schollaërt, notre sondage de 710 mètres montre que la profondeur de 695 mètres, trouvée par la « Belgica » plusieurs milles au Nord, n'est pas exceptionnelle. Tout ce détroit doit être très profond. Nos sondages dans le chenal de Roosen et le chenal Peltier complètent la carte qu'avait dressée M. Matha pendant l'expédition du « Français ». Au pied de la falaise de glace (le lilc Wiencke, la sonde est descendue jusqu'à 144 mètres; nous étions là probablement en présence d'une formation glaciaire analogue, en tout petit, à la Grande Barrière de la mer de Ross (Voir le Rapport de .)/. fiourdoit sur lu (ilaciologie (Je la Terre de Grahaai).

Le chenal de Lemaire, que nous avons sondé à plusieurs reprises au voisinage de l'ile Peternicm et de l'île Hovgard (Krogman), est aussi très profond, surtout entre Hovgardet le massif du Glacier-Suspendu, où nous n'avons pas trouvé le fond par 3iO mètres.

Dans la baie Matha, nous avons relevé une profondeur de oOO mètres et plusieurs supérieures à 300 mètres. La profondeur maxima a été trouvée au fond de la baie. Le fond est en général de vase verdàtre.

Nous n'avons exploré la baie Marguerite que dans le voisinage de l'île Jenny. Le fond est très mouvementé et dépasse parfois 200 mètres. Nous avons trouvé cependant un profondeur de 63 mètres, avec un fond de vase verte et de coquillages, entre l'île Léonie et l'île Jenny, et il est probable qu'une exploration plus approfondie nous aurait révélé des fonds moins grands.

Sondac/es sar le Plateau Continental de la Terre de Graham et de la Terre Alexandre-l^^ . — Avant l'expédition du « Pourquoi Pas?», on n'avait sur le Plateau Continental de la Terre de Graham et de la Terre Alexandre-1^'' que quelques renseignements épars : un sondage de la x Relgica » et deux sondages du « Français ».

Pendant notre première campagne d'été, nous avons sondé d'une façon

s ROUCH. — OCÉANOGRAPHIE PHYSIQUE.

fréquente dans le voisinage des îles Biscoë, au large de l'île Adélaïde et entre l'île Adélaïde et la Terre Alexandre-pr. Le fond est excessivement accidenté, et, à quelques milles de distance, on trouve des différences de plus de 200 mètres. Parfois, tout près des terres, on rencontre de véritables trous, comme celui de 860 mètres par L = 67° 50' S et G =68° 08' W, au sud-est de l'île Jenny. Presque toujours le fond est de roche. A 6 milles de la falaise de glace de l'île Adélaïde, dans une ligne de sondes assez régulière, le fond dépasse 400 et même 500 mètres. Parmi les sondages que nous avons faits pendant la deuxième campagne d'été, le sondage no 57 (320 mètres par L = 63o25' S et G -- 63o55'W) montre que le Plateau Continental s'étend au moins à une cinquantaine de milles au large de l'archipel Palmer; le sondage n^ 58 (2 500 mètres par L — 64° 55' S et G ^ 68° 30' W) assigne une limite au Plateau Continental de la Terre de Graham et permet de tracer les isobathes le long de la côte d'une façon moins hypothétique.

En résumé, le Plateau Continental de la Terre de Graham est très profond et très accidenté. Il s'étend parfois jusqu'à 100 milles des côtes, puisque le « Français » a trouvé 418 mètres de profondeur par L= 670 30' s et G = 73o00' W.

Sondages dans le détroit de Bransfield. — D'après le sondage n» 1, où nous n'avons pas trouvé le fond par 2 800 mètres, les isobathes doivent se rapprocher beaucoup de l'île Smith. Les grandes profondeurs que nous avons relevées dans le détroit de Bransfield ( 1 i40 mètres, 1 400mètres, 1320 mètres) sont tout à fait analogues à celles qu'avait trouvées, en des points différents, l'Expédition du Dr Nordenskjold. A 1 mille à l'est de l'île Bridgman, la sonde est descendue à 600 mètres.

Sondages dans la mer de Bellhujshmisen. — Nos chiffres, pour celte région, s'ajoutent à la liste de sondages qu'a rapportée la magnifique campagne de la « Belgica ».

A l'est, les sondages du n» 59 au n» 63 complètent nos données sur le plateau continental de la Terre Alexandre-pr et de la Terre Charcot. Au nord de la dérive de la '< Belgica », l'Océan Pacifique est plus profond qu'on ne le supposait : sa profondeur dépasse 4000 mètres par 69o de latitude sud. A quelques milles au nord de l'île Pierre-fer, nous avons

fait descendre la sonde jusqu'à 1 400 mètres sans trouver le fdiid. (letto île monte donc presque à pic du fond de l'océan.

La loi que signalait M. de Gerlache, à savoir que les fonds augmentent sur le même parallèle à mesure que l'on avance vers l'ouest, n'est i)lus exacte à partir du 105^ degré de longitude, puisque, par L = TOoO'i' S et G = 1 18^50' W, nous trouvons \v fonda 1 O.MO mètres, alors (pu- |)lus à l'est, sur le même parallèle, on a des fonds qui dépassent 3000 mètres, il y a donc là un important soulèvement du fond, et, si l'on en juge par analogie, nous n'étions pas loin du Plateau Continental, ('/est là un des résultats les plus importants de notre campagne océanographique.

Enfin, par L = 66° 15' S et G = 119° 26' W, nous avons découvert une fosse de plus de oOOO mètres de profondeur.

Ces divers sondages nous ont permis de dessiner deux cartes bathymétriques (PI. I). La première comprend les sondages principaux ipi(^ nous avons faits près de la Terre de Grahani et di^s terres voisines. Beaucoup de lignes isobathes sont tracées encore d'une faron hypothétique, malgré le nombre assez grand de nos sondages, parce (|ue le fond est très irrégulier.

La deuxième carte bathymétrique comprend tout le sud derOcéan Pacifique, que nous avons parcouru, ef {)ortc nos sondages. Pourle détroit de Drake et la région de dérive de la « Belgica >', les isobathes i[ue nous avons tracées ont été copiées sur la carte de M. Arctowski. Le tracé de notre isobathe de oOOO mètres est tout à fait hypothétique au Nord; mais il est probable que toute cette partie de l'Océan Pacifique est très profonde, puisque par L = ;i 1° S et G = 92° W on a mesuré 1 800 mètres, et que par L = 58° S et G = 100° W, o la Discovery » a trouvé des fonds de 4900 mètres.

K.rpédilion Charcot. — RorcH. — Oct'anograi)hie physique.

ROUCH. — OCÉANOGRAPHIE PHYSIQUE.

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