GLACES DANS LES ENVIRONS DE L'ILE PETERMANN
11 nous semble intéressant, quoique cela n'ait aucun caractère de généralité, d"indi(|uer la situation de la banquise pendant notre séjour à la station d'hivernage de 1909.
A notre arrivée à l'île Wandel, le .10 décembre 1908, nous n'avions encore rencontré, en dehors d'ice-blocs de toutes sortes, que des floesoii pla(iues de peu d'étendue et sans cohésion dans le chenal Peltier.
De la colline du Cairn à Wandel, nous ne voyons au large qu'une banquise paraissant peu épaisse, semée d'ice-blocs et d'icebergs, sillonnée de canaux d'eau libre et dont la lisière extrême semblait joindre le cap Albert-de-Monaco (île Anvers) aux îles Biscoë. Le o janvier, nous nous rendons à Petermann par le détroit de Lemaire, rencontrant seulement
deux bandes de petits ice-blocs ou bourguignons provenant sans doute des glaciers avoisinants.
Le 8 janvier, allant de Port-Girconcision au cap Tuxen, nous naviguons dans des débris d'icebergs, des morceaux de banquise pourrie et un dédale d'icebergs de toutes dimensions. A Tuxen, nous rencontrons une pellicule de glace solide de 10 à lo centimètres d'épaisseur et non recouverte de neige, qui s'étend, coupée de quelques failles, jusqu'à l'île Berlhelot. Au delà, la banquise paraît assez épaissie, mais sillonnée de failles.
Le 10 janvier, lors de notre retour à l'île Petermann, même état de glace dans les chenaux, mais la banquise du large a disparu.
Le chenal entre les îles Argentines et les îles Vedel est encore très encombré le 13 janvier.
Le 3 février, au retour de notre campagne d'été, nous retrouvons à peu près le même état de glaces.
Petit à petit, les glaces s'éclaircissent à la suite des coups de vent de Nord-Est; le cap Tuxen, l'île Berlhelot, les îles Larrouy, Vieugué et Dnchaylard baignent en eau libre.
Les icebergs et ice-blocs se concentrent sur la ligne des îles Argentines et Quintana et dans le fond des baies, laissant les chenaux presque entièrement libres.
En fin janvier, une excursion en embarcation dans la baie lîeascochea ne rencontre de glace de mer qu'au fond de cette baie; l'île Lahille est encore soudée à la côte par une banquise côtière.
En fin mars, la débâcle se continuant, l'île Lahille, l'île (Ihaves, l'île Ferin baignent en eau libre ; la côte de la Terre de Graham semble complètement dégagée et se perd vers le Sud, baignée par la mer.
En avril commencent les premières gelées sérieuses : tout se |)rend en dedans de la ligne formée par les îles Biscoe-Quintana-A'edel et le cap Albert-de-Monaco.
On peut circuler sur la glace du chenal de Lemaire.
Fin avril, une série de coups de vent chaud brise la glîice, qui manquait d'homogénéité ; le chenal de Lemaire est de nouveau libre jusqu'à l'île Uerthelot; les îles Vieugué, Dnchaylard et Vedel reparaissent bai-
giiées par lamop. dépendant, la baie Beascochea elles îles côticres restent prises dans la banquise.
Pendant mai, juin («tjuillot, nous avons des alternatives de gel et de dégel et aucune i)anquise au large; le chenal entre les Quintana et les Vedel se remplit peu à peu de pack.
Le 3 août, nous nous réveillons avec une grosse banquise arrivée du large pendant la nuit et qui semble englober l'ile Victor-Hugo. La houle des coups de veut (|ue nous ressentions est supprimée.
Le 18 septembre, à Tallitude de 500 mètres, la banquise paraissait . s'étendre sur tout notre champ visuel; l'ile Victor-Hugo, cependant, semblait être en eau libre. Cette banquise n'était formée que de grandes plaques laissant entre elles de vastes clairières d'eau libre. Au large d<'s îles Vedel, une grande clairière d'eau libre, large de 3 ou 4 milles, s'étendait jus(iu"au cap Albert-de-Monaco.
L(> délroit de Lemaire, à la hauteur de l'île Wandel, était libre de glaces vers le Nord.
En fin Septembre, la banquise se casse entre Petermann et la Terre de Danco, laissant iiu lac deau libre qui se déplace et se déforme avec les courants de marée et au hasard des vents.
Le IS octobre, nous pouvons aller à pied sur la banquise de l'île Petermann, aux îles Vedel et à l'île Wandel, en passant à l'Ouest de Ilowgaard. La croûte glacée de cette banquise n'existe pour ainsi dire pas; il n'y a guère qu'une couche de neige de oO centimètres à 1 mètre infiltrée d'eau de mer et soudée par les gelées; un bâton la traverse sans difficulté. Au large, la grande clairière derrière les lies Vedel s'étend vers le Sud, et, dans les périodes de calme atmosphérique, on constate un fort courant dérivant vers le Nord les icebergs visibles à notre horizon.
Une série de coups de vent de Nord-Est nous ramène la ban(juise du large, qu'une abondante chute de neige rend compacte. La banquise se démolit de nouveau rapidement, sillonnée de canaux et clairières.
Après une série de beaux temps calmes, le chenal de Lemaire se dégage. On peut encon' aller aux iles N'edcl suc la glace, le l!l novembre, mais la banquise au large a disparu, et la houle des coups de vent se fait de nouveau sentir.
Le 21 novembre, la pointe Ouest de l'île Peteruiann est en eau libre.
Le 20 novembre, nous quittons Petermann, et le « Pourquoi Pas? » navigue dans le chenal de Lemaire, où il trouve un pack assez serré. A lu hauteur de la pointe Sud de Pile Wandel, le chenal est bouché par une digue d'icebergs dont les interstices sont fermés par des lloës très serrés. La banquise côtière qui s'appuie sur l'île liowgaard vient se terminer à 100 mètres de l'île Wandel, laissant un étroit chenal d'eau libre que nous prenons. La baie de la Salpêtrière est libre, mais encombrée d'icebergs.
Au nord de l'îlot Rallier-du-Baty, nous tombons dans la bouillie glaciaire, dans laquelle nous ne marchons que 2 nœuds, la machine donnant toute sa puissance. Port-Gharcot paraît pris dans la banquise côtière comme en novembre et décembre 1904. Enfin, à 3 milles du cap Errera (île Wiencke), nous sommes en mer libre.
Tous les chenaux du détroit de Gerlache sont dégagés jusqu'à l'île Déception. Nous n'y avons rencontré que quelques icebergs et des fragments de glace de dérive.
Le 26 novembre, Port-Lockroy était complètement pris dans une épaisse banquise côtière.