TERRE DE GRAHAM
Nous avons, d'accord avec avec Biscoë, appelé Terre de Graham la partie de l'Antarctide Sud-Américaine située en arrière des îles Riscoë, c'est-à-dire limitée au Nord par la baie Beascochea et au Sud par le baie Auvert.
Cette terre, prolongement vers le Sud de la Terre de Danco, présente le même aspect montagneux et chaotique sur la côte ; mais ses lignes sont beaucoup plus régulières dans l'intérieur.
Sa partie Nord, que nous voyions de l'île Petermann, se composait d'un plateau neigeux assez mamelonné, d'une altitude moyenne de 1 «00 mètres, étendant à perte de vue sa surface blanche, qu'aucun minatak ne venait percer.
Ce plateau se termine à une bonne distance de la côte par des falaises à pic dans une plaine glaciaire inclinée vers la mer et d'où émergent des
massifs chaoliqnes en tout seniMiiblcs à ceux île la p.-irfM' de l;i 'I'i^itp de Daiico, (jul nous faisait face.
Nous avons mentionné plusieurs de ces massifs dans la description de la baie IJeascochea. Leur faisant suite au Sud, nous trouvons une longue ligne rocheuse surplombée par deux cônes aigus très voisins.
In»' autre ligne de sommets située en arrière se termine sur la mer par un (îuiie surmonté de deux aiguilles rocheuses.
Entin, soudé au plateau neigeux de l'intérieur, un massif arrondi, le mont Garcia, vient aboutir directement sur la mer, dans des falaises à pic.
l»c la l.aic l'endleton, nous avons suivi la continuation vers le Sud de ce massif par une arête sensiblement horizontale paraissant former le rebord d'un plateau.
Au delà, après une brèche assez accentuée formant probablement un cin|ue. nous n'avons pu distinguer dans la brume que la silhouette de deux hautes montagnes, en avant desquelles plusieurs petits pâtés rocheux formaient probablement des caps.
Côte et îles de la Terre de Graham.
Cette côte, que nous n'avons vue que de loin et dont nous n'avons relevé que les principaux accidents, s'étend vers le Sud-Ouest à partir de la pointe Nunez et semble très découpée.
L'île Lahille, qui prolonge en mer la pointe précédente, est constituée de deux arêtes assez régulières soudées par une carapace neigeuse; elle se termine à l'Ouest par un cap à pic, au large duquel se trouve un petit îlot conique neigeux, l'île Lipman.
L'île (^haves, au Sud-Ouest de l'ilc Laliille, présente un prolil dentelé très accidenté et où le rocher est partout à nu, sauf à la base, où se trouvent des cônes d'éboulis. La côte derrière ces îles est formée d'une série de caps (|ui terminent les massifs de l'intérieur et entre lesquels s'écoulent les glaciers.
L'un d'eux, particulièrement important, dresse sa marche rocheuse presqueàpic dansle prolongement d'une grande montagne arrondie, qui fait partie du plateau neigeux intérieur, dont elle semble être un éperon avancé.
Expédition Cliarcot. — Boxgbain. — Description des c6tcs et banquises. C>
Plus au Sud, la cote continue vers le Sud-Ouest jusqu'au cap ou ile Waldeck-Rousseau, où de l'île Petermann nous la perdions de vue.
L'île Ferin est formée sur sa face Nord par une arête à peu près horizontale et dominée par un cône neigeux situé un peu en arrière.
L'île Waldeck-llousseau est bordée de falaises régulières à pic vers l'Est; sa face Ouest, visible de la baie Pendieton, est beaucoup plus accidentée, présentant en particulier un monolyte incliné très semblable à celui du cap des Trois-Perez, quoique moins aigu.
A cette première ligne d'îles correspond une deuxième ligne d'îles coniques rocheuses, les îles Vieugué, Duchaylard et Larrouy, dont la base est noyée dans une calotte de glace.
Enfin une troisième ligne d'îles parallèle aux deux premières est formée par la chaîne des liiscoë.
Iles Biscoë.
Les îles Biscoë s'étendent vers le Sud-Ouest depuis les îles Martin jusqu'à la baie Matha. Elles sont coupées en deux groupes par une large brèche : la baie I*endIeton.
Ces îles sont composées exclusivement de calottesde glace souvent très étendues de 2 à Ki milles et bordées de lignes d'écueils, où des quantités considérables d'icebergs viennent s'échouer.
Vues du large, elles semblent chevaucher l'une sur l'autre, et les canaux qui les séparent doivent être très étroits.
Aucun nunatak n'est visible sur ces îles où le rocher n'apparaît qu'au pied des falaises.
Nous pensons pouvoir leur attribuer un altitude moyenne de 200 mètres, aucune mesure n'ayant pu être effectuée.
Elles forment devant la Terre de Graham une véritable digue qui cache cette terre presque entièrement aux vues du large.
Il est très probable que ces îles doivent oUVir de nombreux abris; Biscoë en signale d'ailleurs un dans l'île Pitt, du côté de la Grande-Terre. Le « Pourquoi Pas?» a longé ces îles à bonne distance et du côté du large, sauf au Nord de l'île Nansen, où il lut arrêté par le pack, et ne put découvrir de refuges.
. Le « FiNiiicais », en l!M>;5- 100."), l'ut loiijdiu's Icnu à i;i';iiKlo distance de ces îles pat' le pack cl. en dt''|ii( de l'fs ril'oris, ne put los aU(Mndr(>.
Le chenal Grandidier, (|ui sépare les îles Hiscoë de la leiTe Icrnie, nous pai'ul libre de glaces en février et mars l!)()!l. Kvcnsen semble d'ailleurs lavdir traversé quand il relate qu'il passa entre bîs plus Nord d(^s IJiscoë et de la tei're.
Nos caries ne présentent qu'une esquisse assez vague de ces îles; nous nous sommes contentés, faute de [xinvoii' faire mieux, de limitei- leurs agglomérations et de mar<|uer les (juelipies caps, canaux et l'écifs que nous avons pu voir.
Terre Loubet.
La Terre Loubet forme la continuation vers le Sud de la Terre de Graham et s'étend du cap Bellue, dans la baieMatha, au fjord Bourgeois, dans la baie Marguerite. Cette partie de l'Antarctide Sud-Américaine était totalement inconnue avant le passage de l'expédition française 1!I08-1()I0. IJien que nous l'ayons pénétrée assez profondément aussi bien au Nord qu'au Sud, nous n'avons rencontré nulle j)art de masse continentale proprement dite, comme plus au Nord, nuiis seulement un amas de pâtés rocheux séparés par des dépressions basses ou des fjords profonds. Plusieurs de ces pâtés ont été reconnus connue formant des îles d'étendues souvent très vastes. L'île Adélaïde en est l'accident le plus occidental.
La banquise côtière, qui soudait toutes ces terres, ne nous a pas permis de vérifier si ces fjords étaieiit l'erniés ou si, au contraiie, nous avions alVaire à des canaux. Le seul fait certain est qu'ils se prolongeaieid au delà des points extrêmes fixés sur nos cartes, et la proximité de certain d'entre eux nous autorise à considérer connue possible leur réunion.
Une autre raison militerait encore en faveur de cette division insulaire : l'absence presque complète de glaciers importants, (jui siM'viraient d'issues aux glaces de l'intérieur.
Enfin, dans la baie Matha et dans la baie Marguerite, nous avons constaté l'existeMce de fosses sous-marines en dedans de la ligne d'îles d'avantgarde, fosses parallèles à la ente, c'est-à-dire orientées Nord-Esl-Sud- Ouest, à peu de chose près dans le |)rolongenient des fjords. C'est assez
dire que la reconnaissance de cette région n'est qu'ébauchée et qu'un très gros travail hydrographi(|ue y reste encore à faire.
Nous étudierons en détail cette terre en nous plaçant aux différents points d'observation atteints par le « Pourquoi Pas? ».
Baie Matha.
La baie Matha est le profond enfonoeniont compris entre les iles Biscoë, le cap de Bellue, la Terre Loubet et l'île Adélaïde.
Cette baie est bordée de hautes montagnes formant des massifs isolés ; plusieurs fjords ou détroits y aboutissent, découpant profondément la Terre Loubet.
En parlant du Nord, nous rencontrons tout d'abord le cap Bellue séparé des îles Biscoë par la cuvette du chenal Grandidier. Ce cap, à l'aspect très caractéristique, se prolonge vers le Sud-Est par une chaîne de mamelons (jui disparaît en arrière le cap Bey dans une chute très nette.
La baie Marin-Darbel, dont nous n'avons pu voir que l'entrée, semble creuser profondément la terre entre le cap Bey et le cap Bellue ; de petites îles en calotte bordent sa rive Nord.
Le cap Bey, au protil dentelé et aux falaises à pic, se détache en noir sur la cote voisine et limite une calotte glaciaire qui baigne le pied d'une chaîne montagneuse dont le cap est l'aboutissement sur la mer. Cette chaîne court vers le Sud-Est sans accidents bien saillants, en présentant un sommet de 1 040 mètres après lequel se creuse une dépression occupée par un glacier peu incliné qui se déverse dans la calotte.
In nunatack noir visible de loin, présentant la forme d'un cône légèrement incliné, perce la croûte neigeuse en avant de ce massif.
Une deuxième chaîne à peu près parallèle à la première lui fait suite après la dépression; sa base est noyée dans une plaine de neige dont les falaises forment la bordure Est du fjord Lallemand.
La chaîne, d'abord assez accidentée et percée en maints endroits par les issues de petits glaciers de l'intérieur, semble se régulariser plus au Sud Cl) une espèce de plateau neigeux aux contreforts saillants qui présentent le rocher à nu sur presque toutes leurs pentes. .
Une grosse île coiii(|iu', l'ilc Andresen, située en avant de la côte, est presque entièrcnienl enfouie^ dans la neii^e.
Le petit ilôt Delaille la di'iioi'dc à rOuest; il (;st entoui'é de récifs et donne asile à une inipoilanle colonie de Pingouins d Adélie.
Le fjord Lalleniand, cpii lors de notre passage était entièrement pris dans une épaisse banquise côtière semée d'icebergs, pénètre vers le Sud de IaTerr(> l.ouhet.
Après avoir subi un étranglement entre deux massifs, il s'élargit de nouveau et se divise en deux tronçons dirigés l'un au Sud-Ouest, lautre à l'Ksl.
Un plateau neigeux aux falaises à pic semble opérer cette division.
Sur la rive Ouest du fjord Lallemand, nous rencontrons deux petits massifs, séparés par un vaste glacier issu des sommets Gravier. Le massif Nord, presque entièrement recouvert de neige, ne dépasse pas 575 mètres d'élévation. Il diMache au Nord une île arrondie, l'ile (Iharles-lloux, qui n'en est sépaiée que par un étroit canal.
A l'Ouest de l'île C-harles-Houx, s'ouvre une vaste baie, (pie nousavons appelée fjord llanusse.
La côte Sud-Est de cette baie est constituée par un vaste glacier convexe percé en maints endroits par les contreforts du massif Gravier et qui se termine à r( luest contre un petit uiassif rocheux. A l'Kst de ce massif s'ouvre une dépression profonde mais éti'oite, qui nous a |)aiu descendre au niveau de la mer et que nous supposons former communication entre les fjords llanusse et Laubeuf.
C'est ce col ou détroit, dont la longueur ne dépasse pas 10 milles, qui sépare lile Adélaïde du continent.
L'ile Liard, qui occupe le centre du fjord llanusse, se compose d'une arête rocheuse orientée Nord-Est-Sud-Ouest, détachant perpendiculairement quelques contreforts et dont la base est noyée dans une calotte glaciaire aux falaises à pic sur la mer. La cote Xoid-Ouest et Nord de cette île baignait en eau libre lors de notre passage.