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II. dimanche

Levé à huit heures, — la pluie tombe à flots d'un ciel de papier gris. — Reçu deux

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lettres. L'une de Gaud..., qui ne pourra pas se trouver probablement au mariage de G... Caramba ! — L'autre de du M..., qui m'envoie son adresse. — Allé au Journal. — Travaillé. — Lu journaux et Revues dans un marasme intellectuel que cette pâteuse lecture n'a pas su guérir. — Sorti à cinq heures, l'eau ruisselant. — Allé taquiner madame A..., que j'ai mise réellement en colère, — une bonne œuvre ! — De là chez Ap..., où j'ai dîné en tête-à-tête, — abîme d'ennui ! — Rentré chez moi. — Répondu un mellifluent billet à madame de F... qui m'invitait à théifier pour ce soir, mais de ce temps ne sortirais pas pour la plus belle créature femelle, les seuls êtres pourtant qui fassent faire ce qu'on ne veut pas. — Point travaillé, mais couché.

12 novembre.

Levé, habillé et coiffé à neuf heures. — Reçu une lettre de L..., dont le romanesque caprice n est pas passé, mais qui du moins m'a obéi. — Allé au Journal. Travaillé jusqu'à quatre heures. — Cousin le philosophe a remarqué mon article sur l'archevêque de Cologne. Le temps triste quoique

moins pluvieux qu'hier. — Revenu par chez la Marquise. Avait du monde. Entre autres personnes, une jeune femme^ mais encore fille, à cause de Tavarice de son père, mademoiselle de M..., parti splendide, une grande taille et des joues jonchées de roses. — La Marquise d'une familiarité aussi charmante qu'hier. — L^'ai quittée pour aller au bain. Resté une heure dans l'eau brûlante à lire les Gentilshommes de Vérone et le Roi Lear. Sorti de là souple, nerveux et léger. Dîné chez moi et avec un appétit gigantesque. — Reçu un billet de G..., fort en humeur contre sa fiancée, oiseau capricieux comme toutes celles de l'espèce. — Ai répondu. — Payé des notes. — Travaillé. — 11 est tard. — Griffonné ceci de couché, et j'éteins mes bougies, lionne nuit!

Le temps bleu et clair, avec une vapeur grise vers le soir. — Levé bien portant. — A neuf heures au Journal. Travaillé jusqu'à trois heures. — A trois heures allé chez Ap... prendre une fleur. De là parti en cabriolet pour Stanislas. Passé une heure chez le P. Bucquet auquel j'ai rendu l'argent qu'il m'a-

vait prêté. Embarras de moins. — De là chez G... — Sommes allés dîner ensemble chez Véfour. Causé intimement. Lui ai tracé tout un plan de conduite pour les commencements de son mariage et il paraît résolu à le suivre. — Allés à Valentino. — Enivrés de musique. — Promenés une demi-heure au Boulevard, ressassant notre vieux sac de poésie. — Rentrés de part et d'autre, — et moi, lu et couché.

Aujourd'hui interrompu mes chiennes d'occupations de journaliste pour être le témoin indispensable de Guérin, marié légalement et qui doit recevoir la bénédiction religieuse demain. — Maria est venue. Habillé, — en demi toilette. — Monté en voiture, — conduit chez G... Signé le contrat de mariage, — puis à la mairie, — puis revenu. — Allé passer une heure et demie chez la Marquise. — De là au Journal, prendre Tair du bureau. — Dîné par occasion chez madame A... avec une danseuse de l'Opéra, bête dans ce qu'elle a de beau comme dans tout le reste ; une vulgaire fille, mais puissante sur les passions d'en bas, — Pas resté. — Allé chez madame

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de L. R... Une soirée assez douce, passée à débiter des tendresses et à manger du sucre de cerise, occupation virile et spirituelle ! — Revenu vers minuit et couché.

i5 novembre i838.

Je rentre à une heure et demie du matin. — Guérin est marié. — Ai passé mon temps dans les fêtes religieuses et profanes de cette grande journée. — Ai marchaillé quatre contredanses, ce qui ne m'était pas arrivé depuis des années. — Le soir, ai manqué madame P... qui devait venir à ce bal, — par con^éç\\xQntvexed and disapointed. — Ne suis pas convenu de ce que je pensais diablement pourtant, que madame H... était presque belle ce soir, dans sa robe noire, avec ses purs et longs sourcils et son dos d'albâtre. — La femme de Guérin remarquablement jolie, V^Àv comme il faut et naturelle, eA plus, comme on ne Test pas à Paris. — Le vin de Madère était excellemment bon. — Bon soir!

i6 — au soir.

Assez bien dormi, malgré les excès de la

veille (excès du moins pour moi qui affecte la sobriété depuis quelque temps). — Habillé, mais pas au Journal avant onze heures. — Remis au courant et article sur la Belgique.

— A quatre heures et demie parti. — Allé causer chez G. . . revenu d'hier de Normandie.

— Dîné tête-à-tête. — Allés ensemble, par un temps de pluie propre à engendrer tous les spleens de la terre, chez madame A... Roulé sur le canapé à dire des riens. — Revenu chez moi à dix heures, résolu de me coucher sans travailler à cause de je ne sais trop quelle enragée inflammation de Tœil droit qui, par parenthèse, commençait hier à crucifier ma coquetterie, — ce mot que je répète tant, dit mademoiselle de G., parce que probablement j'ai la chose. — Pensé à ce mariage et aussi à madame H... Mais pourquoi ces pensées ? Bonsoir !

Samedy 17.

Un temps de brouillard, résolu en pluie vers le soir. — Levé à huit heures. — Fait diverses choses. — A neuf heures au Journal. — Travaillé jusqu'à* quatre heures et demie. — En sortant, remarqué cette femme qui ressemble à P... mais P... brunie, colo-

rée, plus vivante, passionnée, ardente, ni si blanche^ ni si blonde, ni si froide. — Je veux voir ce qu'il y a en cette femme, dont le regard est chargé de tant de choses quand il rencontre le mien. — Reçu deux billets. — Dîné chez moi. — Allé chez G... et descendu avec lui jusqu'au Palais-Royal. — Pris un cabriolet. — Allé faire une visite à madame de F. — Ennuyé prodigieusement et d'une nonchalance de conversation incroyable. — Fait jeter au concert Valentino. Salle vide et sonore, quelques hommes, mais pas une robe bien faite. — Ramené chez moi par une pluie fine et dense. — Essayé de lire, mais la tête lourde et par conséquent couché.,

La pluie continue toujours. — Ce matin pris un bain de pied. — Habillé et allé au Journal en voiture. — Lu et écrit, enfin travaillé jusqu'à quatre heures. Achevé la brochure de M. Duvergier de Hauranne, très remarquable. Froide et même lourde, dans l'ensemble, quoique relevée de quelques réticences assez spirituelles, — d'une logique exercée, — enfin accusant les qualités et les défauts de ces doctrinaires qui sont comme

les Jansénistes politiques de notre âge. — Allé chez la Marchesa, en train de gaîté et qui m'a prié à dîner pour demain. — Revenu chez moi où je n'ai trouvé ni lettre ni billet. — G... est si perdu dans le gouffre de son bonheur conjugal qu'il ne m'a pas encore donné signe de vie. — Allé au bain, dans lequel je suis resté une heure et demie, lisant Fievée (ses Lettres sur l'Angleterre, 1802). Ouvrage moins spirituel que tous ceux du même auteur, en arrière de ce qu'on sait à présent sur les Anglais. — Bref, un livre débordé. Mais deux choses que j'estime en Fievée, c'est sa haine très philosophique pour les Encyclopédistes et son appréciation de ces institutions Anglaises que nous avons si piteusement singées sur la foi punique de Montesquieu. — Revenu, et diné au coin de mon feu. — Lu l'examen de Bacon par M. de Maistre avec une ivresse d'intelligence que je puise toujours dans les matières de philosophie, celles qui m'entraînent toujours avec le plus de force de toutes les séductions de l'esprit. — Prolongé la veille en buvant de Teau de Cologne et du sucre, — écrit ceci, et jeté au lit.

La pluie à torrents. — Levé à huit heures, les nerfs douloureux, la tête pesante, après une nuit d'un sommeil fiévreux et tourmenté. — Habillé. — Au Journal. — Travaillé jusqu'à quatre heures. — Lu un article de M. de Carné sur l'Angleterre avant la Réforme, — fort, mais souvent faux. — Revenu chez moi par une pluie battante, l'âme triste et le corps souflPrant. — Fait, malgré tout, un bout de toilette. Puis allé dîner chez la Marchesa, que j'ai trouvée d'une humeur massacrante et qu'elle m'a fait presque partager en m'annonçant que la vicomtesse de Saint-M... dînait avec nous. — Causé de Pitt avec M. de B... Organisation aventureuse, chevaleresque, — soldat qui ne se doute pas qu'il est poétique, ce B... Dit qu'il aimerait mieux être le Corsaire Rouge que tous les grands hommes vivants de l'époque. — Moi j'aimerais mieux être M. de Metternich. C'est qu'il y a sous le jeu de l'intelligence la plus froide en apparence une profondeur de poésie qui échappe à ceux qui ne voient la poésie que dans les passions. — Pas en train. Et pour taquiner la Marchesa, sorti de bonne heure.

— Revenu chez moi finir les Lettres de Fievée sur l'Angleterre. — Puis écrit ceci dans mon lit, en proie à des pensées plus sombres que la nuit qu'il fait au dehors. — L'ennui me reprend dans sa griffe et me dévore par les souvenirs.

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