‹ Deuxième memorandumChapitre 5 sur 30 · I . Le Vicomte de Brassard des Diaboliques · texte numérisé non relu

I . Le Vicomte de Brassard des Diaboliques

je veux connaître la fin. Ai dévoré (le mot quoique enthousiaste est vrai) le premier volume (in-8% trois cents pages), pendant l'absence de la Marchesa. — Rentrée. Taquiné de part et d'autre jusqu'au dîner. Dîné et resté encore. Refusé d'aller au spectacle. — Allé voir ApoUina-Flora. — Remonté au Boulevard en causant avec L. M. — Le temps chargé et à l'orage. Rentré, les nerfs agacés. Ainsi j'ai passé tout un jour à lire un volume de jolies sornettes et à en débiter d'autres à des femmes qui ont accompli devant moi toute leur révolution diurne, depuis le peignoir jusqu'à la robe habillée (style de ces péronnelles), et cela sous l'empire de je ne sais quelle influence magnétique, pleine de nonchalantes communications. Je deviens aussi indolent qu'un méridional et aussi frivole qu'une caillette. — Aristide Boissière m'a écrit questa sera. Demain, rendez-vous chez ce timbalier de Musard. — Ah ! j'ai soif d'une journée passée, en pantoufles, dans la solitude de ma chambre ! — Cela ne m'est pas arrivé depuis P... — Suis-je donc si changé que je ne puisse supporter une solitude qui me plaisait tant autrefois ?

Journée creuse et tracassée. — Habillé de bonne heure. — Allé au Palais Royal lire les journaux et chercher des livres. Descendu à l'Instruction publique. Pas trouvé R...' — Avalé deux œufs et du café à Corazza. — Tourmenté de préoccupations matérielles, mais du moins non abattu. Dieu merci, je n'ai plus cet effroyable abattement de cet hiver, mais il est vrai de dire que le cœur me fait moins souffrir qu'alors. — Rude époque dans ma vie ! et à laquelle je ne veux plus penser de peur des souvenirs.

Allé chez Ap... deux minutes, puis chez ma ravissante Tia^ qui était sortie malgré les nuages et les averses. Revenu chez moi brisé de fatigue. Essayé de lire, mais n'ai pu que m'occuper de la femme de la fenêtre d'en face. Il me semble que déjà nous commençons à nous entendre. J'ai compté deux ou trois rougeurs aujourd'hui et deux gestes assez éloquents. Nous marchons. Mais vers quoi? Qui le sait? La fantaisie humaine est si bizarre ! — J'ai envie, si elle ne sort pas demain, de passer le soir aussi chez moi.

Page 1