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DE LA GANGRÈNE DES FIÈVRES GRAVES

cas beaucoup plus communs oîi les artères et les veines sont oblitérées simultanément, comme dans les cas de cpippression circulaire, de compression pjortqint à la fois sur l'artère principale et les troncs veineux principaux d'un membre, c'est plus paj'ticuijèrement la gangrène humide avec œdèiBc des parties ^oust jaceutes au point comprimé que l'on observe. Le traitement consiste, ici, à lever l'obstacle et à se comporter comme daa§ les cas de gangrène humide ordinaire.

6° Gangrène diathésale des fièvres asynamique, ATAXiQUE, pestilentielle, ctc. — Elle survient sons l'influence; des fièvres graves, exanthémateuses, typhoïdes, typhus, peste, morve, dans les parties sur lesquelles le malade repose, et qui sont soumises à uijjb pression lente, telles que les régions do sîiçrupi, dg^ trochanter^, des cordes. Cette pression, seule est ordinairement insuffisante. Aiis?si un homme qui a une fracture du col du fémur, et se porte bien d'ailleurs, peut rester couché trois mois et plus, sur le dps, sans gangrène. Au contraire, la gangrène attaque, dans ces diathèses, des parties préalablement enflammées, des surfaces de vésicatpires par exemple, le cou dans les scarlatines malignes, le nez, les orteils, les parotides dans certains typhus, sans être aidée parla compression. Boyer a vu dans des fièvres typhoïdes trojs cas de gangrène dii pénis, chez des sujets atteints antérieurement de blennorragie aiguë.

Quelquefois celte gangrène semble raétaslatique ou critique, comme on voudra, et sauve le malade, du moins en apparence. Ce qu'il y a de certain, c'est que ces destructions partielles ont lieu surtout pendant la convalescence de ces fièvres, alors que la constitulion a été violemment ébranlée et afl'aiblie par elles. Hébrçard en a réuni un certain uQmbre de cas as^ez eu-

28/j CHAPITRE II.

rieiix dans son Mémoire. En voici un au hasard : «Il est rapporté, dit-il, dans ['Histoire de l'Académie des Sciences (an 1703, p. 41), qu'une fille d'un village de Bourgogne eut, à l'âge de sept ans, une fièvre, à la suite de laquelle ses bras et ses mains se desséchèrent et tombèrent spontanément Elle apporta ellemême à l'Académie, ses mains dans ses poches, et les en tira avec un de ses moignons : elles étaient noires et sèches comme les mains d'une petite momie. » (Mém. cité, p. 64.) Dans beaucoup de cas, c'est un accident de plus qui s'ajoute à la gravité d'un autre mal ; c'est ce qui a lieu particulièrement pour la peste.

Caractères anatomiques. — Tantôt la mortification survient rapidement au milieu d'accidents phlegmasiques; ou la partie est congestionnée, et alors la gangrène est humide, ou bien elle se déclare lentement, et il y a momification et dessèchement des parties frappées de mort, comme chez la petite fille dont nous venons de parler.

Elle se reconnaît aux caractères de la gangrène et de la diathèsequi se manifestent.

Le pronostic est grave, tant à cause de la maladie principale que de la gangrène elie-ménie.

Traitement. — Il faut combattre la maladie principale, et traiter la gangrène par les moyens locaux ordinaires, suivant les indications. Seulement, on s'efi'orcera de la prévenir en empêchant, à l'aide de coussins remplis de balles d'avoine, que le poids du corps ne porte sur le point qui se gangrène. Dans la peste, on limite quelquefois le mal par la cautérisation avec le fer rouge, etc.

7* Gangrènes spontanées. — Les auteurs modernes, pensant avoir reconnu que la plupart des gangrènes dites spontanées dépendentd'obstacles au cours du sang, croient avoir diminué le nombre de celles qui se dé-

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veloppent ainsi sous l'influence d'une dialhèse gangreneuse. Mais nous avons vu aux gangrènes artérionerveuses, et même dans les pages précédentes, combien ils se font illusion. Toute gangrène qui se développe sous l'influence d'une disposition morbide individuelle rentre dans les gangrènes spontanées; et par conséquent toutes les gangrènes par causes diathésales en font partie.

Causes. — Généralement les sujets atteints de ces gangrènes le sont en apparence au milieu de la santé, sans présenter aucun phénomène capable de les faire soupçonner, ni aucun symptôme capable de les expliquer. C'est vainement que l'on en chercherait le, point de départ dans une alimentation vicieuse, dans une inflammation extérieure ou profonde, dans une artérite, etc. On ne trouve aucune de ces circonstances pour les expliquer, et alors même qu'elles existeraient, elles ne les expliqueraient pas, ainsi que nous croyons l'avoir démontré précédemment (p. 272, 280), Les gangrènes compliquées sont aussi spontanées-, si je les ai distinguées les unes des autres par des litres divers, c'est pour faire saillir leurs complications. Quand Boyer racontait dans ses leçons cliniques qu'une personne, jeune encore, attachée à l'ambassade de Danemarck , enjambant un soir les banquettes de l'Opéra, se fit aupied une très-légère contusion, qui fut bientôt suivie, sans motif, d'un sphacèle du membre inférieur qui se termina par la mort; ne parlait-il pas d'une gangrène spontanée?

Symptômes, — Des taches, des plaques gangreneuses se montrent à la peau, restent isolées ou se réunissent, pénètrent plus ou moins profondément, gagnent quelquefois toute l'épaisseur d'un membre ; dans d'autres cas la gangrène est interne et éclate dans les viscères.

Traiternent. — S'il y a delà faiblesse, de la débilitation, régime tonique approprié; quant aux moyens ehirurgicaux, ce sont ceux dont nous avons parlé.

Des modes de gcîngrènes sous te rapport des causes.

Les uns tiennent à des causes internes ou individuelles, à une disposition morbide gangreneuse particulière, générale ou locale, et nous venons de les décrire à l'occasion des gangrènes compliquées; d'autres h des causes extérieures surtout. Les premiers ont un développement, une marche presque irrésistibles, en soVte que l'art eétàpeu près impuissant à les combattre. Plusieurs des seconds ont une progression circonscrite, bornée, et l'art peut triompher de quelques-uns d'une manière éclatante. Les premiers sont les gangrènes inflammatoires aiguës, les chroniques, les gangrènes avec épuisement et faiblesse , la gangrène infantile, les gangrènes angiopathiques, celles des fièvres graves, celles dites spontanées que noiis venons de décrire.

Les seconds sont les gangrènes par ergotisme, par empoisonnement venimeux, par vii^ulence, par eom^ pression, par contusion, par caustication, qu'il nous reste à exposer. Si nous sommes dans la vérité, nous aurons bien simplifié et rectifié \A pathogénie de la gangrène.

Nous renverrons les gangrènes par venins aux plaies enveuiméesj comme la pourriture d'hôpital aux plaies d'armes à feu.

8" Gangrène par l'ergotisme. — Fraction d'une maladie très-complexe qui appartient par l'ensemble de ses symptômes sensitifs, cérébraux, nerveux, convulsifs, gangreneux, etc., aux diathèses les plus graves et dont il faudrait peut-être abandonner l'histoire à

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la pathologie interne pour n'en pas donner un tableau jncomplet en l'abrégeant.

Causes. — Nourriture de seigle ergoté. Vergot est un produit anormal développé entre les valves florales de certaines graminées, plus particulièrement du seigle, et tenant la place des grains normaux qui avortent. Il y en a quelquefois jusqu'à dix, quinze et vingt dans un seul épi. Le grain altéré est long de deux à trois centimètres au plus, légèrement fusiforme, recourbé en ergot de coq, strié longitudinalement, offrant ordinairement trois saillies ou arêtes mousses j quelquefois criblé de petits trous semblables à de la vermoulure ^ d^uo brun violacé à l'extérieur, blanc grisâtre en dedans ; d'une cassure nette et cornée. L'odeur n'est appréciable que quand l'ergot est réuni en grande quantité 5 elle est vireuse, approchant de oeHe du moisi. Sa saveur est légèrement acre et mordicante. Cette production se montre surtout dans les années pluvieuses, dans les terrains humides, bas, sablonneux, très-communs en Sologne, dans l'Artois, la Picardie, la Touraine, l'Angoumois. On s'accorde à la regarder, avec M. de Candolle, comme un champignon développé dans l'ovaire même.

M. Bonjean, de Chambéry, qui s'est beaucoup occupé de cette substance, y a reconnu r une huile ergolée, dans la proportion de 35 pour 100, blanche, épaisse, un peu acre, dou^e de propriétés toxiques qui paraissent agir particulièrement sur le système nerveux 5 2° un extrait, daiis la proportion de 15 à 20 pour 100, rouge brun, d'une odeur de viande rôtie, d'une saveur légèrement piquante et amère. C'est le principe médicamenteux actif de l'ergot; car ce poison est aussi un remède précieux contre l'inertie die la conlractililé de l'utérus et ses hémorragies. C'est cet ergot qui, mélangé au pain, détermine des

accidents et la mort. Le méiaûge doit être dans une forte proportion : un quart ou même un tiers, et prolongé pendant une quinzaine de jours au moins pour produire ses effets toxiques. En moindre quantité, ii produit des accidents moins graves. Ainsi on a vu périr dans une pauvre famille, le mari, la femme, deux enfants, qui avaient mangé de la farine de seigle ergoté dans une forte proportion 5 un troisième enfant qui en avait mangé en bouillie resta sourd, muet et impotent des deux jambes.

L'ergotisme se montre plus particulièrement chez les adultes, les vieillards, pins rarement chez les femmes, à moins, comme le dit M. Courhaut, qu'elles ne soient nourrices ou dans l'élat de grossesse, car en huit jours elles perdent leur lait, en quinze jours ou trois semaines elles avortent. ( Traité de l'ergot de seigle, p. 44. Cliâlons, 1827.) L'ergot agit plus promptement sur les individus cacochymes, sur les scrofuleus, les sujets affectés de scorbut. {Jd., ibid.) Il règne épidémiquement dans les mauvaises années et dans les localités où l'ergot est très-abondant dans les céréales. Est-ce bien réellement l'ergot du seigle qui agit alors? Le fait a été contesté dans les temps par quelques auteurs, et notamment parParmenliér. Mais les expériences de Salerne, de Read*, de Tabbé Tessier, et d'une demoiselle charitable qui soignait les malades dans une épidémie d'ergotisme; des observations et des épidémies sans nombre, en France, en Alsace, en Lorraine, en Dauphiné, en Sologne, en Suisse, en Allemagne, dans la Hesse, la Saxe, la Prusse, en Suède, etc., etc., ont démontré que les hommes et les animaux nourris avec de la farine ainsi altérée éprouvaient les mêmes accidents; que ces accidents sont en général proportionnés à la quantité de l'ergot mêlé à la nourriture. Les quadrupèdes et

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les oiseaux soumis aux expériences sont morts avec la gangrène des extrémités, des oreill"fes, de la queue, du bec ; avec des taches gangreneuses dans les viscères, le foie, les intestins, etc. Enfin les recherches de Barbier d'Amiens, de M. Payan d'Aix, ont démontré que l'ergot du seigle exerçait sur la moelle épinière une action analogue à celle de la strichnine.

Caractères matériels et symptômes. — Quoiqu'on n'ait fait que deux modes de l'ergotisme, le convulsif et le gangreneux, cette maladie affecte des formes plus variées^ car les lésions anatomiques et phénoménales se montrent dans tous les organes, ainsi qu'on va le voir, par leur énuniéralion, et se combinent de bien des manières chez les différents malades.

Lésions de sensations. — T)o\x\env^ de tète, douleurs dans les extrémités qui gagnent le tronc et sont violentes, brûlantes, ou comparées par certains malades à des sensations d'arrachement des membres; engourdissement, fourmillements aux pieds, aux mains, qui s'étendent progressivement ; peau rouge, tendue ou ridée au point de cacher les veines sousjacenles; éblouissemenls, obscurcissements des yeux, cécité même 5 bourdonnements d'oreilles, surdité 5 lésions de C intelligence, vertiges, sorte d'ivresse, hébétude, stupidité, manie, mélancolie, coma, sommeil troublé ou non, léthargie; lésion de l'innervation musculaire, contractions convulsives, spasmodiques, tétaniques d'opisthotonos, et mort par attaque d'asphyxie convulsive épilepliforme avec écume à la bouche, ou faiblesse, paralysie des membres; voix quelquefois affaiblie, éteinte; lésions de la digestion, nausées, quelquefois faim canine, cardialgie violente, gonflement delà langue, intumescence du ventre, parfois dévoiement; lésions de la respiration, dyspnée et

épanchernenls sanguins dans la poitrine ; lésions delacircidation, pouls paiiois aflaibli, sang altéré dans sa couleur, sa consistance; de sécrétion, snenvs, abondantes dans les douleurs, enflure de la face, des membres, suintements des yeux , des oreilles, etc. 5 lésions de nutrition, amaigrissement 5 delà chaleur animale, refroidissement des membres jusqu'à la raideur; lésions génératrices, souffrances aux époques menstruelles cédant à l'écoulement des règles; lésions inflammatoires viscérales gangreneuses, avec épanchements, bubons au cou; lésions gangreneuses commençant ordinairement aux orteils, aux pieds, aux doigts, aux mains, gagnant peu à peu le reste des membres et le tronc en produisant presque constamment une gangrène sèche, momifiante, quelquefoisavecphlyctènes, qui met un terme aux douleurs ardentes précédemment indiquées, et se détache après un tempaplus ou moins lorig, mais toujours long. Séparation des parties mortes avec souffrances affreuses, d'autres fois sans douieurs et facilement, comme il arrive aux malades qui amènent les phalanges de leurs doigts en retirant leurs gants ou leurs bas; dans certains cas, chute des chairs, séparées spontanément des os qui restent; dans d'autres, séparation spontanée des membres dans leurs jointures, même les plus considérables, comme celles du coude-pied et du poignet, du genou et du coude, de l'épaule et de la cuisse. Ordinairement, détachement des parties morîes sans hémorragie ; souvent mort à cette époque ou auparavant , parfois guérison avec mutilation plus ou moins considérable, perle d'un ou de plusieurs membres, de quelques facultés sensitives ou intellectuelles et motrices.

Marche. — Ordinairement lente, durée de vingt jours à plusieurs mois; début ordinaire par les

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