‹ Deuxième monographieChapitre 22 sur 59 · DE LA GANGRÈNE PAR L ERGOT. 2M · texte numérisé non relu

DE LA GANGRÈNE PAR L ERGOT. 2M

douleurs, les troubles des sens, del'mteHigence, tes^ convulsions, quelquefois accès périodiques de douleurs, de convulsions tous les trois ou quatre jours, avec liberté d'aller et de venir.

Au moment de la mort, les malades ont ordinairement le teint jaune, le ventre gros et dur, des coliques, de la diarrhée, depuis un temps plus ou moins long, le pouls est petit, imperceptible, etc.

Suivant Mi Gourhaut (p. i2), l'action styptique du seigle ergoté resserre les vaisseaux artériels. Dans les cas qu'il a observés, les' troncs artériels étaient réduits au seul rapprochement de leurs tuniques, dont la couleur était brune, et l'introduction d'un stylet très-mince ne pouvait avoir lieu dans leur cavité. — L'action délétère de l'ergot porte, suivant lui, plutôt sur les parties profondes et sur les os que sur les muscles et sur les téguments-, il a observé que ces derniers débordaient de beaucoup le moignon > après la chute des parties sphacélées et que les os étaient toujours nécrosés plus haut que le sphacèle des parties charnues. — Il a constaté aussi directement que les cordons nerveux conservent leur structure et leur sensibilité, même au sein des parties mortifiées.

Ces lésions des artères, les douleurs vives ressenties dans leur trajet, l'absence de battements dans les gros troncs pendant la marche de la gangrène, les phénomènes de celle-ci qui ont tant d'analogie avec ceux qui résultent de l'artérite, ont fait croire à quelques personnes que le sphacèle était précédé d'une véritable artérite par intoxication ergotée. Nous avons déjà pesé ces opinions.

Modes. — Yaiiables suivant la prédorainence et les combinaisons des douleurs, des troubles des sens, de l'intelligence, de la musculation, des inflammations

gangreneuses intérieures et delà gangrène des membres.

Diagnostic. — Il est fondé sur l'ensemble des eommémoralifs et des symptômes. Cependant s'il s'offrait un cas isolé, le diagnostic pourrait être difficile.

Pronostic. — Très-grave en général. Néanmoins il varie suivant la quantité de l'ergot ingéré, suivant la durée du temps pendant lequel les malades en ont pris 5 suivant l'intensilé des accidents; suivant la période à laquelle la maladie est arrivée ; suivant l'âge et l'état de force ou de faiblesse des malades.

Traitement. — Prophylaxie. — Bonne nourriture, conditions hygiéniques meilleures. îl serait bien à désirer que l'on eût, ici, un antidote, mais on n'en connaît point. Voyons ce que l'on a fait. On a combattu les douleurs très-aiguës, les vertiges, la réaction fébrile par la saignée; les symptômes d'embarras gastriques, rares d'ailleurs, par les vomitifs et les purgatifs ; les spasmes, les convulsions, parle camphre, les antispamodiques. les opiacés; la forme gangreneuse, par les excitants et les Ioniques intérieurs et extérieurs (thériaque, quinquina). On a aussi employé les sudorifiques, les vésicatoires; M. Courhaut a vanté l'ammoniaque, en potion et en topique, etc. Voici le traitement que je conseillerais : quand l'empoisonnemenl est léger, et à son début, secours de l'hygiène, mais surtout nourriture saine et fortifiante. S'il y a des vertiges, du coma, des accidents spasraodiques, de la fièvre, que le pouls ait de la force, que la constitution du malade soit bonne, l'âge pac trop avancé, saignées modérées, générales ou locales, à la base du crâne, le long du lâchis. Dans les cas où la faiblesse du malade s'oppose aux émissions sanguines, appliquer des vésicatoires dans les mêmes points. Si les douleurs des membres sont très-violentes, vésica-

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loires loco dolenti et opiacés à l'intérieur. Si l'affaiblissement est extrême, s'il y a troubles très-graves ou abolition des sens, vésicatoires derrière les oreilles, surtout si le pouls est faible et la lièvre nulle. Dans le cas de tétanos, opium à l'intérieur porté rapidement à un demi-gramme, un gramme, deux grammes et plus encore. Sauf le cas, d'ailleurs très-rare, de réaction inflammatoire, cordiaux et stimulants à l'intérieur et à l'extérieur. La gangrène externe se traite comme les autres gangrènes, suivant qu'elle est sèche ou humide, et elle est ici presque toujours sèche. L'amputation n'est, ici, réclamée que quand le sphacèle est bien limité, et. encore, dans beaucoup de cas, doil-on attendre la chute des membres. Enfin, si les accidents offraient une intermittence régulière, on les combattrait par le sulfate de quinine.

Historique de C ergotisme gangreneux. — Réad ( Traité du seiij/e ergoté, 2^ édil., Metz, 1774) s'est efforcé de rapporter à des épidémies d'ergotisme une foule d'épidémies relatées par les historiens anciens et du moyen âge, et dans lesquelles il paraît y avoir eu des phénomènes de gangrène : il va même jusqu'à y comprendre la fameuse peste ou plutôt le typhus d'Athènes décrit par Thucydide. Quant aux épidémies du moyen âge, plusieurs paraissent en effet se rapporter à l'action du seigle ergolé. Néanmoins ce n'est que vers la fin du seizième siècle ( toOG et 1597 ) que la cause de ce sphacèle des membres fut reconnue par les médecins de Hambourg, lors d'une épidémie de gangrène sèche qui avait désolé la Hesse. Thuillier rapporta à la même cause des phénomènes analogues observés en France (1630). Les observations de Perrault (1672), de Bourdelier (1674) ; le rapport de Dodart à l'Académie des sciences {Mém. de l'Acad. des

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sciences, 1676, t. X, p. 562.), les remarques de Noël à Orléans (1694), et divers travaux et rapports académiques publiés en France et à l'étranger avant cette époque, etpendantlapremièremoitiédtiXVIIPsiècle, fixèreut la science sur ce point. Parmi les travaux plus récents^ nous iciiterons ceux de Salernje {Mém. sur les maLadies que muse le seigle ergoté, Mém. des sav. étrangers,, t. II), de Réad {Traité du seigle ergoté, Strasbourg, 1771, et Metz, 1774), d«e l'abbé Tessier (divers mémoires dans ceux de la Soc. roy. de méd., 1776, i777, J778), Bordot (thèse, 1818), Goiirhaut (De l'ergot, Chàlons, 1827). Enfin, nous renverrions à Ozanam {Eist. des épid., t. IV^p. 201-233), pour les épidémies dues à l'ergot, à partir du XVI^ siècle.

9° Gan^Grènës par virulence [Maladies charbonneuses, charbon, pustule maUgue), — Maladies locales au début quand elles sont contagieuses, mais bientôt et toujours diatlsésal^s un peu plus tard, souvent diathésales dès ie principe, caractérisées par une ou plusieurs tumeurs gangreneuses, comparées au charbon par leur couleur rouge et noire successivement; développées par des causes intérieures, ou par un contact virulent, soit «Tec des animaux atteints du charbon, soit avec l^urs dépouilles et les choses qui en proviennent. Cette circonstance nous oblige d'éUidier un peu celte maladie des animaux puisqu'elle devient cause d'affectli9f)s analogues ©hez l'homme.

Causes du charbon des animaux. — Certaines spécia- Mités animales, animaux domestiques, mammifères et oiseaux, mais surtout, espèces ©vane et bovine; de plus, diathèse ou disposition morbide gangreneuse produite par les fatigues excessives, les eourses forcées, surtout par un soleil brûlant, boisson d'eau bourbeuse, croupissante, putride, mauvaise nourriture, fourrages vases et rendus putrides par les in-

sectes morts dans les herbes nuirécageuses, atmosphère également putride^ matières provenant des tumeurs charbonneuses, de l'intérieur de la gorge, des intestins, du sang, et même de la peau des animaux atteints de la même maladie; endémicité en Languedoc, en Bourgogne 5 épidtmicilé.

Caractères. — Tumeur unique ou multiple, d'abord inflammatoire.^ plus ou moins livide et douloureuse, puis noire et gangreneuse, ayant son siège à la peau et dans le tissu cellulaire sous-cutané, ou dans les viscères, avec symptômes généraux d'adynamie, puis ordinairement mort rapide, quelquefois élimination de la tumeur et guérison par suppuration plus ou moins longue.

Modes. — Il y en a trois, suivant Chabert, qui les a bien décrits, l*' La fièvre charbonneuse, qui ne se révèle souvent, à ce qu'il paraît, que quelques heures avant la mort, par des symptômes d'adynamie, d'alaxie, mais qui montre à l'autopsie des tumeurs charbonneuses, des ecchymoses et des épanchements sanguins viscéraux. Cette maladie est un des exemples les plus frappants de la diathèse gangreneuse et du caractère symptomaîique et non causal des altérations matérielles desdialhèses. On ne saurait trop le rappeler aux ultra-matérialistes qui voient toujours la cause de la maladie dans les lésions anatomiques. (V. t. I, p. 80.) Ce mode est donc une gangrène au moins aussi évidemment diathésale que celles que nous avons rapportées précédemment à ce premier ordre de causes.

2o Le second mode de Chabert est le charbon symptomatique qui commence par une fièvre essentielle de douze à quarante heiires, après laquelle apparaissent une ou plusieurs tumeurs charbonneuses avec rémission des symptômes généraux. Alors, aggravation de

ces symptômes et mort. A l'autopsie , on trouve des lésioDS gangreneuses cutanées, sous-cutanées et viscérales, livides et noires, analogues à celles du premier mode dont celui-ci ne difl'ère guère que par une moindre rapidité.

3° Le troisième mode, enfin, est le charbon essentiel ou idiopathique de Chabert, qui débute par une tumeur unique ou multiple à la peau et sous la peau. Les symptômes généraux apparaissent quand la tumeur a pris un certain volume, puisTinflammalion locale et la fréquence du pouls sont remplacées par la gangrène, par l'adynaraie, et l'animal meurt avec ou sans convulsions. Ce hdode n'est pas plus idiopathique que les autres, lorsqu'il se développe spontanément, sans contact virulent avec la région du corps où il se montre, il n'en a que l'apparence et est encore réellement diathésal. Le charbon n'est réellement idiopathique et local que lorsque la tumeur charbonneuse se manifeste dans un point contagioné par des matières provenant d'un animal affecté ou mort du charbon.

Il y a deux espèces d'affections charbonneuses chez l'homme : le charbon et la pustule maligne.

Charbon ou anthrax malin, chez l'homme.

C'est une inflammation gangreneuse, ordinairement diathésale dès le principe, quelquefois h)cale.

Causes. — Ordinairement diathèse gangreneuse, commune en Languedoc, en Bourgogne, par les grandes chaleurs; travail forcé à un soleil ardent, parfois peste, misère, mauvaise nourrituie, boissons d'eaux saumâtres, vaseuses, infectées de plantes, d'animaux en putréfaction, de gaz putrides. Ordinairement sporadjque, le charbon peut régner épidémiquement, comme à Montpellier, en 1724 (époque rapprochée de la fameuse peste de Marseille en 1720). Souvent

contact avec le virus charbonneux des animaux par l'intermédiaire de leur sang, de leurs excréments, de leurs humeurs, de leurs tissus. Ingestion parfois nuisible, dans l'estomac, des viandes qui en proviennent, et enfin action sur les voies respiratoires des émanations du même virus charbonneux. Quelques exemples abrégés serviront d'exemples et donneront de la probabilité à ces assertions, sans les rendre toutes parfaitement certaines pour un critique sévère. La célèbre observation de Duhamel, que la plupart des auteurs citent à propos de la pustule maligne, paraît être un exemple de charbon transmis par le contact. « Un bœuf surmené, dit il, fut tué dans une auberge de Pithiviers, par un garçon boucher qui eut l'imprudence de tenir dans sa bouche, pendant un instant, le couteau qui lui avait servi à faire son opération. Quelques heures après il fut attaqué d'un épaississementde la langue, d'un serrement de la poitrine, avec difficulté de respirer; il parut des pustules noirâtres sur tout son corps, et il mourut le quatrième jour d'une gangrène générale. L'aubergiste ayant eu la paume de la main piquée par un os du même bœuf, il s'éleva dans cet endroit une tumeur livide; le bras tomba en sphacèle, et la mort survint au bout de sept jours. Sa femme ayant reçu quelques gouttes du sang de l'animal sur le dos de la main, cette main enfla, il y vint une tumeur dont la guérison ne fut pas obtenue sans peine. La servante passa sous la fressure du même bœuf, qu'on venait de suspendre ; elle reçut quelques gouttes de sang sur la joue, et il lui vint une grande inflammation qui se termina par une tumeur noire : elle a guéri, mais elle est restée défigurée, etc.

Chaussier a réuni plusieurs exemples de charbon contracté par inoculation (ouv. cit., p. 172 et suiv.),

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mais ces faits sont si prouvés, qu'il n'y apa« de doute à leur égard. Il n'en est pas de même pour l'influence contagieuse des chairs d'anioiaux morts du €harbon ef ingérées dans l'estomac. Un homme vigoureux , disent Enaux et Chaussier (p. 176), ne craignit pas de faire usage de la viande d'une vache morte d'un charbon malin, et bientôt il périt avec tous les symptômes qui annoncent une violente inflammation de resloniac. Dans d'autres cas ou les personnes qui avaient dépecé des bœufs ou des vaches charbonneux ou surmenés furent atteintes de l'anthrax malin, celles qui en mangèrent n'éprouvèr«nt riefl, et à cet égard, Gilbert rapporte que la chair d'ua bœuf mort de maladie gangreneuse qui, mangée crue, avait donné la mort à un chien, fut mangée impunément par un autre chien, lorsqu'elle fut ciike (V. Hébréard, mém. cité, p. 96). Ces faits différents iaissent donc la science dans l'incertitude, mais il résulte d'une n( te que le savant directeur de l'école d'Alfort, M' Renault, l'ient de présenter à l'Institut (17 novembre (861) que «des chiens, des porcs et des poules (animaux carnivores et omnivores), en assez grand nombre, ont mangé ou bu à Vétat cru des chairs, du sang pris sur des animaux qui venaient de succomber à des maladies charbonneuses, chairs et sang dont la virulence avait été préalablement constatée .par l'inoculation ^ qn'aucun de ces animaux qu'on a sairveillés ensuite, pendant longtemps, n'en a éprouvé la plus légère ineoaimodité ^ que, sur six herbivores (moutons ou chèvres) qui ont été souoiis à des expériences semblables^ trois ont contracté le charbon 5 que deux ont éprouvé des atteintes graves, bien que momentanées, dans leur santé; qu'un seul a paru n'en Tien éprouver; que Barthélémy aîné avait déjà éonstalé à Aifort, que le cheval succombait au charbon

après avoir avalé des liquides charbonneux que le chieii peut boire impun-ément (p. 9); que la matière virulente du sang de rate, que peuvent manger sans inconvénients le chien^ le porc et la poule, donne souvent lieu à des accidents charbonneux quand elle est avalée par des herbivores, tels que le mouton, la -chèvre et le cheval 5 que les porcis et les poules n'éprouvent, ni dans leur santé, ni dans la qualité des produits qu'ils fournissent à l'alimentation de l'homme, aucune altération par suite de leur nourriture avec des matières provenant d'animaux morts de la morve ou du farci n, du charbon ou de la rage, et que l'homme peut se nourrir sans danger de la chair et des produits de ces animaux ainsi alimentés ; que la ads&on des viandes et Vébullitioii des liquides provenant d'animaux affectés de maladies contagieuses, ■ont pour effet d'miéantir \es pnopriélés viruieîîtes de ces liquides et de ces viandes, à tel point que, nonseulement les matières morveuses peuvent alors être avalées impunément par le cheval, les matières charbonneuses par le cheval, le mouton et la chèvre, les débris des gallinacés morts del'épizootie contagieuse par les poules ; mais encore que toutes ces matières qui sont si actives, quand elles sont inoculées à l'état frais, lestent complètement inertes, sur quelque anicnal que ce soit, même après leur inoculation, quand •eUes ont mbi L'action de La cuisson et de l'ébullifion.

Relativement à l'influence des émanations charbonneuses, on lit dans Chaussier qu'un chamoiseur ayant acheté plusieurs peaux de bœufe morts depuis quelque temps d'une maladie charbonneuse, s'occupa à les battre, à les ranger dans son atelier-, peu de jours après il fut attaqué d'une fièvre très-grave qui se termina par une éruption de taches gangreneuses en différentes parties du corps, et notamment aux par-

lies génitales. Un chirurgien, M. de Chaignebrun, ayant examiné les matières fécales excessivement fétides d'un malade atteint d'une fièvre gangreneuse^ éprouva dès l'instant du malaise, un mouvement spasmodique , et le lendemain il fut attaqué d'un charbon à la cuisse {Ouv. cit., p. 176).

Caractères anatomiques , symptômes et marche. — On peut les partager en quatre périodes. Aii début, malaise, faiblesse, tristesse, sentiments de frayeur sans motif apparent, nausées, sensations pénibles à répigastre, cardialgie, syncopes, puis symptômes locaux. '*

V^ période. — Vésication sur une tumeur rouge. Chaleur vive, brûlante, douleurs lancinantes dans un point de l'enveloppe tégumentaire, apparition en ce point d'une tumeur très-dure, peu saillante, exactement circonscrite, très-douloureuse, d'un rouge vif à la circonférence, livide, violacée, ardoisée au centre, avec une ou plusieurs vésicules, remplies d'un liquide brun ou noir. Rupture des vésicules, prurit intolérable sur les parties voisines, soif ardente , fièvre intense, pouls fréquent, petit, peau sèche et aride.

2" période. — Escarre centrale. Dans le point dénudé, escarre noire, sèche ou molle, concave dans le premier cas par suite de rétraction cellulaire, bombée dans le second, entourée d'un cercle inflammatoire rouge lisse, tendu, rénitent, comme emphysémateux, d'oîi partent quelquefois des rayons violacés, brunâtres, divergeant vers les parties saines. En même temps gangrène du tissu cellulaire sous-cutané, s'avançant sous la peau encore saine en apparence.

3' période. — Progrès et mort. Le mal continue ses progrès, lâs parties tuméfiées deviennent molles, violacées, se couvrent de phlyclènes et tombent en

gangrène. Celle-ci gagne profondément, atteint les tissus sous-aponévrotiques et peut même s'étendre jusqu'aux os. Elle comprend quelquefois des artères d'un certain calibre, qui à la chute des escarres donnent lieu à des hémorragies très -considérables. Cependant, accidents généraux d'adynamie, d'ataxie avec langue sèche, noire, fendillée, ardeur intérieure, rétraction du ventre, selles fétides, respiration suspirieuse, hoquet, convulsions, coma ou délire, puis mort du malade, avec gangrène cutanée ou sous-cutanée plus ou moins étendue, avec lésions analogues et noires dans les viscères, l'estomac, les intestins, le foie, les poumons, etc., avec fluidité et altération du sang 5 enfin putréfaction rapide.

• 4^ période. — Guérison. Dans des cas plus heureux, mais bien rares, l'escarre se limite, l'adynamie cède la place à une fièvre inflammatoire et la séparation se fait comme à l'ordinaire. C'est ce qui arrive surtout quand la plaie gangreneuse est peu étendue, le malade vigoureux, la guérison s'obtient dans un espace de temps plus ou moins court. Quand elle est très-vaste, au contraire, le sujet chélif, débilité, etc., la mort peut survenir par épuisement.

Durée. — Ordinairement très-courte-, mort en dix, quinze, trente heures. « Un homme âgé de près de cinquante ans, demande à être admis à Thôpital, et me montre au cou une petite tumeur brune, dure, qui selon le malade était très-chaude et très-douloureuse. 11 était uneheureaprèsmidiquandje reçus ce malade. La deuxième visite du chirurgien en chef devant avoir lieu à trois heures, je n'allai pas dans la salle oîi avait été couché le malade pour procéder aupansemenl; je crus pouvoir attendre l'arrivée de M. Mouland. Mais quelle fut ma surprise quand, a la visite de ce chirurgien, je vis le cou de cet individu si énormément

tuméfié qu'il se confondait avec la face et la poitrine. De grandes phlyctènes s'étaient élevées;: au-dessous étaient des taehes noires, autour un endurcissement marqué , aux environs une mollesse remarquable des tissus. C'était en dehors de la zone d'un rouge vif et luisant; la peau avait une couleur cadavérique qui d'ailleurs était répandue partout. Le hoquet, la suffocation , le coma, l'extrême petitesse du pouls

annonçaient »la mort, qui eut lieu à six heures

C'était un malheureux qui paraissait singulièrement épuisé par la misère; la cautérisation profonde avec l'acide nitrique et tous les toniques possibles n'ont en rien entravé la marche de cette tumeur » (Vidal de Cassis, Traité de path. exL, t. I, p. 19U).

Diagnostic. — Il se tire des circonstances commé-^ moratives et surtout de la marche des accidents. Ob ne peut avoir des doutes sur sa nature qu'en l'absence de tout renseignement sur les antécédents et de tout caractère de gangrène et d'asihénie ; mais aussitôt qu'après 4«^s douleurs brûlantes très-vives, se montrent des vésicules et des pustules qui noircissent en se déchirant, que le noyau central se charbonne et noircit, que les douleurs entraînent des syncopes et les accidents généraux exposés, il n'y a plus de doute à conserver et il faut agir avee énergie.

Pronostic. — 11 est d'autant plus grave que les points gangreneux sont plus multipliés; que le mal siège sur la face ou le cou, qu'il attaque des vieillards ou des sujets débilités; qu'il est parvenu à un degré plus avancé; qu'il est symptômatique d'une diathèse gangreneuse générale ou pestilentielle. Survenant à la fin de ces maladies, on Ta regardé quelquefois comme critique, mais c'est le plus ordinairement une complication fâcheuse. Si les symptômes viennent à disparaître brusquement, il y a, dit-on, danger demé-

tastase, il faudrait des faits antlientiques pour prouver cette assertion. Il est difficile d'admettre qu'une gangrène puisse disparaître ainsi. Tout au plus peuton admettre qu'un cbarbon intérieur puisse révulser le mal extérieur de manière à en amoindrir les symptômes locaux. C'est, eu définitive, une affection trèssouvent mortelle.

Traitement préservatif. — Enfouir profondément les corps des animaux morts du charbon, ou mieux encore les brûler ainsi que les fumiers et tout ce qui les a touché ou a reçu leurs matières. Se graisser les mains et se ganter pour donner des soins à ceux qui vivent et qu'on peut espérer sauver.

Traitement curaîif local. — An début, s'il y a des phénomènes d'embarras gastriques, on donnera un vomitif, comme le voulait Fournier. S il y a une réacticm inflammatoire très-violente, que le sujet soit jeune, vigoureux, on pourra pratiquer une saignée, ou appliquer des sangsues, mais avec modéra lion, et sans les réitérer; l'adynamie qui succède plus ou moins* promptement aux phénomènes phlegmasiques doit rendre très-réservé à cet égard. Si, coffirue dans la grande majorité des cas, il y a de la prostration, on d<mnera des limonades minérales ou vineuses, lé quinquina en potion, en décoction, seul ou associé au camphre, l'acétate d'ammoniaque et autres toniques excitants. Dans le cas de charbon avec coma, on appliquera des vésicatoires aux cuisses.

Traitement clnrunjicul. — Incision circulaire d'abord, puis incisions croisées, plus ou moins rapprochées, suivant la profondeur du mal, et, autant que possible, presque au vif, puis cautérisations avec le fer rouge jjisqu'au vif, en refroidissant la région avec des éponges imbibées d'eau froide, si la chaleur des cautères peut atteindre des viscères sous-jacents.

Au besoin, et par surcroît de précaution, cautérisatioa continuée avec des mèches de charpie imprégnées de caustiques liquides. Que l'escarre soit mince ou épaisse, il faut la fendre crncialement ou la cerner et porter le cautère dans le vif, à moins qu'on ne soit exposé à léser une partie importante, une grosse artère, auquel cas on modifie le procédé, puis on applique des cataplasmes émoUients pour calmer l'irritation des parties.

Boyer ne veut pas que l'on fende l'escarre pour cautériser, mais seulement pour favoriser l'écoulement de l'ichor fétide. Il ne veut pas que l'on scarifie ni que l'on incise jusqu'aux parties vivantes, de peur d'une hémorragie qu'on ne pourrait arrêter. A cela nous répondrons : A quoi servirait une cautérisation faite sur des parties déjà mortifiées?

On pratiquait autrefois l'extirpation entière des tumeurs charbonneuses et l'on cautérisait le fond de la plaie. C'était une opération horriblement doulou t-euse et inutile, car le mal n'est pas circonscrit dans la tumeur, puisque, le plus souvent, l'anthrax malin est de cause interne.

L'escarre s'étant limitée et les phénomènes généraux s'étant amendés, on favorisera la chute de l'escarre, comme il a été dit. Quant à la putridité des parties déjà gangrenées, lotionez-les avec des chlorures, ou résequez-les et pansez-les avec beaucoup de soin, et suivant leur siège, pour empêcher les difformités.

Pustule maligne.

C'est une inflammation vésiculeuse et grangréneuse de la peau, accompagnée d'accidents généraux graves-, ordinairement locale d'abord, toujours diathésale ensuite.

Véiiologk de cette affection exige beaucoup de dou-

tes et de critiqaes; aussi déclarons-nous d'avance que l'on ne peut admettre qu'avec circonspection les faits qui semblent les mieux avérés quand ils ne sont point parfaitement prouvés.

Causes. — Dans l'immense majorité des cas, action par contact sur la peau ou inoculation par une plaie du sang, des mucosités digestives et peut-être de toute humeur provenant d'animaux fatigués , surmenés, atteints ou non d'affections charbonneuses. Ces animaux appartiennent le plus souvent à l'espèce bovine ou ovine 5 quelquefois ce sont des solipèdes, plus rarement d'autres espèces. Cependant Chaussier cite l'observation d'une personne atteinte de pustule maligne pour avoir préparé un lièvre, sans doute fatigué à la chasse (Enaux et Chaussier, de la Pust. mal.^ p. m). Thomassin, l'un des premiers qui aient exactement décrit cette maladie, l'a vue chez un individu qui avait dépouillé un loup, trouvé mort sur le bord d'un ruisseau {Dissert, sur la pust. mal.^ p. 28). Une jeune fille l'aurait gagnée à la main, après avoir frotté, dit-on, un chat galeux. {Bullet. de Thérap.)

Cette maladie est comme endémique, et souvent même épidémique dans les lieux bas et marécageux où l'on élève des bestiaux, la Bourgogne, la Franche- Comté, le Lyonnais et le Languedoc-, le Nord y paraît moins exposé. Elle est commune à la suite des grandes chaleurs, dans les régions oii les fourrages souvent inondés, infectés d'insectes en putréfaction, causent aux animaux qui s'en nourrissent des affections typhiques et gangreneuses. M. Bourgeois, d'Étampes, ajoute que la pustule maligne est surtout commune dans les plaines, à la suite des étés chauds et secs, alors que les bestiaux paissent une herbe brûlée par le soleil. C'est alors, dit-il, que les épizooties. charbonneuses sont très-communes , du moins

dans la Beauce {Archiv. génér.de méd,.^ 4' série, t. I, p. 341).

Professions favorables au développement de la pustule inaligne. — Professions de pâtre, de laboureur, de vétérinaire, de maréchal, de boucher, qui soignent ou dépouillent les animaux malades: puis de ceux qui touchent à leurs débris : mégissiers, tanneurs, laveurs et peigneurs: de laine, matelassiers, etc.

Bayle raconte qu'ua chirurgien s' étant blessé à la main avec une lancette qui avait servi à ouvrir un animal mort du charbon, fut pris de pustule maligne (^Dissertât, inaug.^ an X). M. Bourgeois en a observé une produite par une écharde détachée d'une pièce de bois provenant d'une bergerie {Mém. cit.^ p. 343), On en a vu chez des hommes qui avaient introduit la maîa dans le gosier ou dains le rectum de vaches ou de bœufs malades (Eaaux et Chaussier, Mém. cit.^ p. 172) ; d'autres fois c'est un simple contact avec les dépouilles d'animaux morts depuis longtemps. Ainsi on assure qu'en Bourgogne, les paysans* sont pris quelquefois de pustule maligne au dos du pied, pour avoir porté en brides sur leurs sabots, des morceaux de peajjx de mouton d'une origine suspecte. C'est ainsi que les matelassiers la gagnent en cardant des laines. M. Bourgeois a vu en 1830, à l'hôpital Saint-Antoine, un jeuae tapissier qui vint se faire soigner d'une pustule maligne a la jambe; cet ouvrier était employé, depuis quelque temps, à extraire le crin contenu dans de vieux fauteuils. 11 paraît que le virus peut, quoi qu'on en ait dit, être porté sur l'homme par des insectes qui se sont reposés sur des animaux charbou'neux. Thomas&in prétend avoir observé une pustule maligne chez une jeuoe fetome qui avait été piquée par une abeille 5 M. Begnier, chez un charpentier de Couiommiers qui , lui aussi , avait été pique par un

insecte. M. Bourgeois a observé la transmission du mal par un ricin ou taon, qui sorlait de la toison d'ane brebis. D'autres fois, c'est le contact avec des ouvriers qui travaillent les peaux, les lainages, etc., bien qne ceux-ci n'aient absolument rien. C'est ainsi qu'un garçon tailleur la contracta auprès d'une jeune ouvrière en laine parfaitement bien portante qu'il allait épouser; qu'une petite fille de neuf ans en fut atteinte au visage pour avoir embrassé son oncle, qui était mégissier (Bourgeois, Mém. cit.^ p. 178 et 183 .

On a révoqué en doute la transmission de la maladie de l'homme à l'hooime (M. Rayer, etc.); mais à cette assertion on oppose les observations d'une femme qui la contracta en couchant avec son mari malade; d'une femme pansant son mari atteint de pustule maligne, qui vit la même maladie se développer à sa joue pour s'être touchée le visage avec les doigts empreints de l'ichor des vésicules pharbonneuses (Thomassin).

Les viandes provenant d'animaux morts du charbon peuvent- elles donner la pustule maligne aux personnes qui en ont mangé? Il n'y en a pas d'exemples.

Une questiou encore litigieuse, c'est de savoir si la pustule maligne peut naître spontanément chez l'homme. Bayle, dans sa dissertation déjà citée,, a réuni une suite d'observations qui sembleraient le prouver : presque tous les malades étaient bien assurés, dit-il, de n'avoir touché les restes d'aucun animal mort du charbon. A cette assertion on a opposé quelques objections qui ne sont pas sans valeur : ainsi Boyer a remarqué : 1° que le charbon règne trèssouvent dans les contrées oii observait Bayle, et que précisément dans le même temps, il y avait une épizootie dans le voisinage; 2° que, d'après son aveu,

tous les malades n'étaient pas certains de n'avoir pas touché à des débris suspects j 3° enfin que chez tous les malades la pustule maligne atteignit des parties du corps habituellement découvertes où peut se déposer le virus, et où i! se dépose en effet dans les cas de transmission bien constatée. Suivant M. Rayer, le docteur Davy Lachevrie aurait recueilli des faits analogues à ceux de Bayle (Dissertât. Paris, 1807). On a encore rapporté quelques fails isolés dans lesquels le mode de transmission n'a pu être trouvé. En résumé, dans beaucoup de cas, on ne peut remonter à l'origine d'un contact générateur certain, parce que le malade en parle par préjugé ; le développement spontané est un fait encore douteux, quoique extrêmement probable, et sur lequel il est impossible de se prononcer. Les doutes doivent même augmenter depuis les faits de contagion médiate rapportés (voir p. 307) par M. Bourgeois.

Symptômes et marche. — La pustule maligne débute, en général, sans prodromes, trois, cinq, dix, quinze jours et même plus, après le contact virulent. On l'observe surtout à la peau, là où cette membrane est fine et délicate, aux joues, aux paupières. Peut-être le virus y est-il porté par la main, qui, plus dure, surtout chez les ouvriers tanneurs, corroyeurs, etc., résiste davantage. On la voit très-rarement sur les muqueuses, si même on l'y voit. Dans le cas, cité par Thomassin, du boucher qui avait mis son couteau entre ses dents, et dont la langue fut prise d'une affection gangreneuse, il s'agissait probablement d'un véritable charbon. Il n'y a ordinairement qu'une seule pustule centrale sur la tumeur ^ quelquefois, cependant, il y en a plusieurs réunies.

On dislingue, depuis Enaux et Chaussier, quatre périodes dans la pustule njaligne :

\" période, Vésiculaire. — D'abord tache rougeâtre très-petite, semblable à une piqûre de puce (d'où son nom de puce maligne usité en Bourgogne), accomgnée d'une démangeaison légère, puis de picotements vifs et passagers 5 bientôt apparition dans ce point d'une ou plusieurs vésicules miliaires (et non d'une pustule) qui brunit promptement, puis prurit trèsincommode qui porte le malade à se gratter, d'où rupture de. la vésicule, écoulement de la sérosité et cessation de la démangeaison pendant quelques heures : durée de vingt-quatre heures.

2^ période. Lenticulaire etaérolaire. — Sous la vésicule vidée se forme un noyau d'engorgement gangreneux, de la grosseur d'une lentille, régulier ou irrégulier, à surface chagrinée et d'une couleur livide. En même temps, cuisson très-vive; à l'entour, engorgement circulaire où la peau lisse, tendue, livide, est couverte de vésicules remplies de sérosité acre, rousse dans ces vésicules qui ne tardent pas à se réunir : c'est Varéole védculaire de Ghaussier. Pendant ce temps, le tubercule central brunit et forme une escarre : durée de quelques heures.

3^ période. Progressive en surface et en profondeur. Noyau gangreneux qui se déprime par la rétraction des tissus enflammés 5 aérole qui l'entoure et se gonfle; tuméfaction de voisinage, qui n'est ni inflammatoire ni œdémateuse, mais rénitente et comme emphytémateuse, et crépitante sous les doigts, parfois dure comme du bois, par suite de l'induration et de la rétraction des tissus blancs, avec peau tendue, luisante, couverte de vésicules d'un rouge plus ou moins vif, ou d'un blanc bleuâtre, demi-transparent ou terne. Extension de ces symptômes à une distance quelquefois considérable, à toute la tête, au cou et à la poitrine, si le mal siège à la face; à tout le bras

jusqu'à l'épaule, s'il esta la main, etc.; quelquefois traînées rosées dans le trajet des vaisseaux lymphatiques; sentiment de stupeur, d'engourdissemient, de pesanteur après la douleur ■ chaleur acre, sensible au niveau de l'escarre. Ordinairement apparition de quelques symptômes généraux : sensation d'allourdissement, anorexie, langue blanche, muqueuse, pouls plein, mou, peu fréquent : cette période dure quelques heures ou quelques jours.

4^ période, Dinthésnle. — Progrès de la gangrène à la peau et dans le tissu cellulaire, aufour de l'escarre centrale; alors rénitence avec crépitation, sans que, néanmoins, la mortification pénètre jusqu'aux muscles. Les choses arrivées à ce point, deux ordres de phénomènes peuvent se manifester : 1° des symptômes graves d'adynamie ou d'ataxie, déjà décrits plus haut (p. 250), se déclarent, et le malade succombe, plus ou moins rapidement, dans un affaissement profond, conservant soninteliigence jusqu'au dernier moment (Bourgeois), ou dans un état comateux; 2° le gonflement, la tension cessent d* faire des progrès, diminuent même bientôt ; l'escarre se borne et se cerne d'un cercle rouge vermeil , un sillon se creuse à l'entour, le pouls se soutient ou racme se relève, et tantôt l'escarre se détache et tombe presque sans suppuration, dans l'espace de deux ou trois semaines, puis la guérison survient; tantôt une réaction inflammatoire vive apparaît, et une suppurati(m plus ou moins abondante soulève et détache la partie mortifiée. Alors la cicatrisation se fait attendre d'autant plus longtemps que la réaction inflammatoire est moins vive, et que la solution de continuité est plus considérable. La cicatrice reste ordinairement rouge pendant plusieurs années, entraînant avec elle des difformités variables, suivant le siège et

DE LA GANGRÈNE CHAr.BONNEUSE. 311

l'étendue du naal. 11 reste aussi quelquefois, après la guérison, un empâtement oedémateux qwi persiste pendant plusieurs semaines.

Durée. — Elle est très- variable; quelquefois îa maladie atteint son maximum en dix-huit ou vingt-quatre heures. Ailleurs, les périodes se confondent ou se succèdent si rapidement qu'il est impossible de les distinguer nettement. Aussi quelques auteurs, notamment MM. Bourgeois et Huzard, n'admettent-ils que deux périodes : l'une, pendant laquelle raffection est toute Locale, et qui comprend environ les trois premières périodes de Chaussier; l'autre, qui annonce une infection générale et commence vers la fin de la troisième période. Quant à la durée totale, elle est, en généra! , moins rapide qu'on ne le croit généralement; elle est ordinairement de cinq à six ou huit jours : on l'a vue même durer quinze jours.

Convenablement traitée dès les premiers moments, tantôt on arrête ses progrès sur-le-champ; tantôt le mal continue de croître jusque vers le huitième ou neuvième jour. Alors les accidents s'arrêtent, l'escarre se cerne, puis le gonflement diminue et le malade guérit; mais dans ces cas, on n'observe pas les phénomènes généraux d'adynamie ou d'ataxie.

Variétés. — La pustule maligne ne se présente pas non plus toujours exactement telle que nous l'avons décrite; ainsi, dans l'épidémie observée par Bayle, la maladie était souvent précédée d'accidents généraux tels que sentiment de faiblesse, de défaillance , ou au contraire d'exaltation. 11 y avait dès le début gonflement plus ou moins considérable , le cercle aréolaire manquait souvent, la gangrène s'étendait quelquefois assez loin et assez profondément.

Sousle nom d' œdème charbonneux des paupières, M. Bourgeois a décrit une forme de pustule maligne obser-

vée plusieurs fois par lui : elle consiste dans un gonflement pâle d'abord, mou, demi-transparent et rarement rosé des paupières ; il n'y a pas de douleur, à perne une légère démangeaison ; au bout de deux ou trois jours des vésicules se développent, puis des escarres et enûn tout l'appareil symptomatique , tant interne qu'externe, de la pustule maligne la mieux caractérisée. Ce mode de début pouvant induire en erreur un praticien inexpérimenté, nous avons cru devoir le signaler.

La maladie ofl're aussi, d'après son siège, des différences qui méritent d'être signalées : au crâne, assez rare, accidents cérébraux possibles, quelquefois mortels (Bourgeois, obs. I, p. 174) 5 à la /ace, très-fréquente, tuméfaction énorme qui gagne le cou, la poitrine et peut même descendre plus bas; visage boursoufflé, hideux, paupières gonflées, nez effacé, suintement par les narines d'un ichor plus ou moins abondant 5 lèvres épaissies, avancées et relevées en forme de groin -, bouche entr'ouverte qui laisse écouler une salive visqueuse et fétide; au cou, la tuméfaction peut devenir telle qu'elle gène considérablement la respiration et la déglutition; aux membres. traînées lymphatiques qui aboutissent souvent aux ganglions engorgés et douloureux de leur base.

Les cicatrices consécutives à la chute des escarres déterminent souvent de grandes difformités; à la paupière inférieure, il survient un renversement parfois très considérable, le nez peut être détruit en partie, etc.

Indépendamment des caractères anatomiques indiqués à l'article de la marche, il en est quelques-uns des plus profonds que j'ai laissés en arrière. Ainsi, au niveau de la pustule maligne on trouve la peau et les couches les plus superficielles du tissu cellulaire

gangrenées; aux alentours la peau et le tissu cellulaire sont parfois iinlurés, coriaces, rétractés; ce dernier peut être infiltré de sang noir et parfois surtout Ters les limites de rengorgeaient, de sérosité jaunâtre gela uniforme; quelquefois collections purulentes dans le voisinage. Dans un cas de pustule maligne de la lèvre inférieure, pus dans les veines de la face et petits abcès dans les poumons (Litlré, Rev. méd., 1M30, t. I, p. 481); d'autres fois engouement dans ces derniers (Rayer, Mal. de la peau, t. II, p. 38); dans l'estomac plaques gangreneuses, noires au centre, jaunâtres à leur circonférence, avec la grandeur d'une pièce de six francs, et une auréole jaune de largeur variable, où la membrane muqueuse était plus ferme que sur les points noirs (Id., Ibid., p. 39); d'autres fois, ecchymoses dans l'estomac et l'intestin grêle, infiltrations sanguines dans les feuillets du mésentère (Stansky, Ballet, de la Soc. anal,, 1837, p. 324). Une autre fois, intestin grêle infiltré de sang dans son extrémité inférieure, et présentarit dans le point correspondant un grand nombre de petites lumeurs noirâtres, confluentes; petite phlyclène dans l'estomac qui, ouverte, laisse à nu une plaque circonscrite par un cercle inflammatoire; mésentère contenant de véritables caillots, 'poumons gorgés de sang {Archiv. gén. de méd., 4« série, t. VIIl, p. ô02). Tous les auteurs ont conslaté qu'après la mort le sang est noir, fluide, poisseux, et que les cadavres se putréfient avec une grande rapidité.

Diagnostic. — 11 se déduit directement des caractères exposés ci-dessus et des commémoratifs (profession, relations directes ou indirectes avec des animaux malades ou leurs dépouilles). On ne doit jamais oublier d'ailleurs le caractère pathognomonique de la pustule maligne, l'existence d'une ou de quelques

Mil CHAPITRE II.

vésicules centrales sur un noyau induré , gangreneux, entouré d'un cercle vésiculeux et au deîk d'un engorgement dur s'étendant plus ou moins loin.

Certaines piqûres d'insectes pourraient simuler la pustule maligne; mais alors la vésicule est sur le sommet d'un petit cône dur et non entourée de l'aréole vésiculeuse, les démangeaisons sont moins viv«s, moins opiniâtres, etc.; mais si !e sujet habite une région où règne une épizootie charbonneuse, une simple piqûre d'insecte doit être surveillée, puisqu'elle peut inoculer le venin gangreneux. Le diagnostic distinctif de l'anthrax peut être difficile. En général la pustule est l'effet de la contagion charbonneuse, le charbon celui d'une diathèse; la première est d'abord locale, le second le plus souvent diathésal, universel ; la première se montre à la surface de la peau découverte, le second est plus ou moins profond 5 la première a une auréole vésiculeuse circulaire à la vésicule centrale, le charbon a des vésicules sans auréole, ni cercle vésiculaire; tous deux ont une tumeur pour base, mais bien plus dure pour la pustule, mieux circonscrite, noire au centre et d'un rouge vif à l'entour pour le charbon.

Pronostic. — Il diffère suivant plusieurs circonstances, le siège, par exemple; aussi il y a danger plus grand quand le mal est situé près de gros vaisseaux ou de nerfs importants, a cause des difficultés de la cautérisation. On a vu les nerfs du bras mis à nu à la chute des escarres, amener un tétanos mortel. (Régnier.)

Le danger est plus grand si la pustule est multiple, si elle est parvenue à la période d'infection générale; si elle affecte un enfant, un individu faible, débilité, une femme, mais surtout une femme enceinte qui est alors exposée à l'avortemenl.

Traitement. — Préservatif. Dans les temps d'épizootie

charbonneuse, brûler les fumiers, détruire le corps et les dépouilles des animau:s morts de «aaladie, de ma- DÎère à ce que personne ne puisse chercher à les employer, soit à l'alimentation, soit à tout autre usage. Les individus qui soignent les bestiaux, qui les abattent, etc., auront soin de se graisser les mains ou mieux de les envelopper ou de se ganter soigneusement, surtout s'ils ont des écorchures aux doigts. Dans les pansements, ils éviteront de toucher aux linges salis et aux matières provenant de la suppuration. On se lavera soigneusement les mains ou les parties qui auraient été en contact avec des provenances suspectes, au moyen de vinaigre, de l'eau de savon, mais par dessus tout de chlore, de l'eau chlorurée de Labarraque ou de l'eau dejayelle.

Traitement de la pustule maligne. — Tous les auteurs sont aujourd'hui d'accord pour proscrire la méthode antiphlogistique vantée par les médecins physiologistes -, elle oe suffit pas à arrêter les progrès du mal, et elle augmente la tendance à la prostration qui caractérise toutes les affections charbonneuses. La première chose à faire, c'est donc de cautériser dans le but de s'opposer aux progrès de la gangrène et à l'absorption de la matière virulente. On ne diffère que pour le choix du caustique et le mode d'application. En général, on emploie le fer rouge ; les uns le veulent rougi à blanc 5 d'autres, au contraire, au rouge brun, afin qu'il étende son action plus profondément et amène une inflammation plus franche et une réaction éliminatoire plu,s active 5 d'autres préfèrent les caustiques liquides : le nitrate de mercure, le muriate d'antimoine j d'autres, enfin, la pâte de Vienne, la potasse à la chaux, etc., etc. Le mode d'emploi diffère suivant la période.

Si l'on est appelé pendant la première ou la seconde

ol6 CHAPITRE II.

période, on incisera en croix sur la vésicule et le petit noyau gangreneux sur lequel elle est assise, et l'on y portera, soit le fer rouge que nous préférons, soit un petit bourdonnet de charpie imprégné d'une liqueur caustique, soit enfin une petite plaque mince de pâte, ou un fragment de potasse que l'on maintient avec un morceau de sparadrap, de diachylon. 11 faut que l'escarre artificielle dépasse les limites du tubercule primitif et couvre l'aréole vésiculeuse. Quelques personnes conseillent de recommencer le lendemain la cautérisation, si la tuméfaction fait des progrès 5 on fend crucialement l'escarre, on l'enlève et on cautérise. Ce parti est assurément le plus prudent ; il ne faudrait cependant pas continuer ainsi. Rappelons-nous que M. Bourgeois a vu le gonflement continuer jusqu'au huitième et neuvième jour pour décroître ensuite. C'est là au reste une question d'expérience ; mais que les jeunes praticiens sachent bien qu'en pareil cas il vaut mieux aller au-delà que de rester en-deçà. A part le cas où la pustule est située très-près de parties qu'il importe de ménager, on doit cautériser très-hardiment. Après la cautérisation, pansez avec un plumasseau de charpie enduit d'un digestif, tel que le styrax, ou bien imbibé d'une solution de sureau animée par l'alcool camphré ou du chlorure de sodium.

A la troisième période, c'est le même traitement, mais plus énergiquement appliqué encore ; l'escarre sèche et cornée qui existe à cette époque sera fendue crucialement, Içs lambeaux emportés et la place cautérisée profondément avec le fer rouge, après avoir eu soin de bien éponger le sang, afin que le cautère ne soit pas éteint avant d'avoir produit son efifet. Au besoin, d'ailleurs, on revient à plusieurs reprises à la même cauté-

risation , afin d'être parfaitement sûr de détruire le mal.

M. Denouvilliers a rapporté dans le Compendium de chirurgie l'histoire très-intéressante et très-instructive d'un berger. Il avait été atteint d'une pustule maligne à la partie supérieure de la poitrine et inférieure du cou , parvenue à sa quatrième période , et fut amené mourant à la Pitié. M. Denouvilliers, en désespoir de cause, cerna l'escarre, qui était grande comme la paume de la main, d'une incision circulaire d'un peu moins d'un centimètre de profondeur, trois incisions verticales d'un décimètre de longueur et de deux à trois de profondeur, furent pratiquées à la partie antérieure du thorax. Ces plaies furent amplement brûlées par le fer rouge que l'on promena aussi sur la peau du cou et de la poitrine, de manière à produire une brûlure de second et peut-être du troisième degré. Quinze à vingt cautères furent portés sur ce malheureux... A peine une heure s'était-elle écoulée que le pouls s'était relevé, la chaleur se répandait par tout le corps; l'agitation nerveuse, le hoquet, les sueurs froides avaient disparu ; une suppuration abondante s'établit, et au bout de deux mois le malade était guéri. C'est là un beau fait de chirurgie qui doit servir d'exemple aux praticiens timorés. On conseille dans cette période, après la cautérisation, des applications toniques et excitantes de compresses trempées dans l'eau de sureau avec addition d'alcool campbré, ou dans le vin aromatique, dans la décoction de quinquina, etc.; en même temps on donne à l'intérieur les excitants dont nous avons si souvent parlé. Quelques personnes ont vanté les vomitifs et les piirgalits. Ces médications peuvent être utiles pour répondre, dans un cas donné, à des indications particulières, mais non comme traitement général.

Si, lorsque l'on est appelé auprès du malade, l'escarre s'était déjà limitée d'elle-même, que le gonflem,ent fût arrêté, il n'y aurait pas à recourir à la cautérisation, mais seulement à favoriser le travail de séparation de l'escarre par les moyens déjà indiqués. Quand le mal â son siège sur un point où la cicatrice peut être suivie de difformité , il faut surveiller attentivement le travail de consolidation, comme dans les cas de brûlure s'opposer le plus possible aux désordres qui ea peuvent être la conséquence.

Historique des affections charbonneuses. — Du temps de Virgile, qui est né soixante-dix ans avant Jésus- Christ, les anciens connaissaient déjà la terrible puissance de propagation des maladies charbonneuses par les restes et les dépouilles des animaux charbonneux. La description que Virgile a donnée d'une épidémie de ce genre qui ravagea de son temps la haute Italie le démontre suffisamment. « L'épidémie frappe des troupeaux entiers et entasse dans les étables des cadavres qui s'y pourrissent, jusqu'à ce qu'on apprenne à les ensevelir et a les cacher sous terre, dans des fosses. Personne ne peut faire usage de leurs peaux, ni en purifier les entrailles par le lavage des eaux ou par la flamme, ni en tondre les toisons infectées. Malheur à celui qui tenterait de s'en servir ! de brûlantes papules, une sueur immonde couvriraient ses membres de puanteur, et un feu brûlant dévorerait les parties frappées par la contagion.. » Pline a aussi parié de cette affection (1. XXVI).

Sous le nom de charbon {carbunadus) ^ Gelse décrit une affection gangreneuse dont il donne les caractères. C'est une rougeur sur laquelle se montrent des pustules, peu saillantes, le plus souvent noires, quelquefois livides ou pâles, renfermant de la sanie^ au-

dessous, la peau est noire, sèche , plus dure qu'à l'état normal 5 à l'entour est une sorte de croûte environnée d'un cercle infliammatoire 5 dans ee point la peau est adhérente aux parties sous-jacentes; il va de la somnolence, quelquefois du frisson, de la fièvre. Ce mal s'étend en profondeur, comme par des racines, tantôt rapidement, tantôt lentement; il se forme à' l'entaur de petites pustules : si le mai envahit la goj^ge, il; déîermine une prompte suiiocation. Le traitement consiste dans une ^cautérisation qui doit être pratiquée jusqu'à ce que le malade sente la douleur; l'esearre entraîne dians sa chute toutes les parties viciées, et il reste une plaie de bonne nature, que Ton panse à l'ordùnaire (lib. V, cap, sxviu).

Galien ueconnait deux sortes d'anthrax, suivant la nature du sang altéré qui les constitue ; le second formé de sang noir, féculent, effervescent et mêlé d« sanie, est le plus grave {De arte curât, ad. gl. \. il, c. 1).. La description qu'il en donne ailleurs (1/ef/ï. med: 1. XIV, c. 10) est analogue à celle de Celse ; il est toujours question d'éruption pustuleuse, reposant sur une escarre, entourée d'un cercle inflammatoire, et envahissant de proche en piioche; il j a toujours de la fièvre. Son traitement .est moins raiionnel que celui de Celse ; il conseille la saignée jusqu'à syncoipe, des scarifications, des résolutifs ou des suppuratifs.

Les auteurs sufeséqaiieDts Quh copié plus ou moins exactement ces descriptions : c'est la braise (pruna), le feu persique des traducteurs arabistes, le charbonele des auteurs du moyen âge qui constatent son existence dans la peste. Du reste, nous ne chercherons pas à débrouiller le chaos des affections diverses désignées à cette époque sous les noms de feu persique , feu sacré , feu saint Antoine , estliiomène ,

anthrax, et qui semblent se rapporter tantôt à des affeclions charbonneuses, plulôt ici à la pustule maligne, plutôt ailleurs au charbon proprement dit, tantôt à des épidémies d'érysipèles ou d'ergotisme gangreneux.

Parmi les travaux les meilleurs sur le charbon, nous mentionnerons d'abord le travail de Foiirnier {Obs. et exp. sur le charbon malin, etc., Dijon, 1769), les remarques de Duhamel et de Morand , et le travail de Chabert qui date de 1792. Les expériences de Leuret, communiquées à l'Athénée de Paris (1826, in-S") et dans lesquelles il fit voir que les altérations graves du sang pouvaient communiquer d'un animal à un autre les accidents du charbon.

La pustule maligne n'a été réellement décrite et reconnue qu'à partir du milieu du deriiier siècle. Déjà, en 1752, Muret, de Dijon, avait présenté à l'Académie de cette ville un travail sur ce sujet (Thomassin, Dissertât, sur le charb, malin de la Bourg., 2^ édit., réponse à M. Chambon, p. 15). Fcmrnier, dans ses intéressantes recherches sur le charbon malin (1769), avait parlé de la pustule maligne qu'il différenciait déjà du charbon proprement dit. Mais ce n'est réellement qu'à partir du concours institué sur ce sujet par l'Académie de Dijon que la question se trouve ujise dans son véritable jour. Le prix fui décerné en 1780 et partagé entre Chambon et Thomassin. Chambon le fils, dans l'édition qu'il donna du mémoire de son père, attaqua avec beaucoup d'âpreté et souvent trèsinjustement celui de Thomassin, qui ré|»liqua à peu près sur le même ton dans la seconde édition de son livre (Baie, 1782). La querelle portait sur l'identité entre le charbon et la pustule maligne, soutenue par Chambon et niée par Thomassin, et sur les indications thérapeutiques, le premier rejetant

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