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DE LA GANGRÈNE PAR COMPRESSION

les antiphlogistiques que le second admettait dans certains cas. La question en était là, quand Enaux et Chaussier firent paraître leur fameux précis dont la partie symptomatologique a été copiée depuis, par la plupart des auteurs {Méthode de traiter^ etc., suivie d'un Précis sur lapust. mal., Dijon, 1785, in-12). A dater de cet ouvrage, la pustule et le charbon furent définitivement séparés. Une vingtaine d'années après, Bayle, dans sa Dissertation inaugurale (1802), rapporta les détails d'une épidémie observée par lui dans les Basses- Alpes, et crut avoir constaté le développement spontané de cette affection. Depuis cette époque, les principales recherches que nous puissions citer sont celles de M. Régnier (De la pust. mal., 1829), qui soutient l'efficacité du traitement antiphlogistique , et de M. Bourgeois, dont nous avons mentionné plus haut les idées. (Archiv., mém. cité).

10° Gangrène par compression. — Cet acte mécanique n'est pas une cause simple, et il produit divers effets morbides qu'il ne faut pas confondre; ce sont : l'ulcération inflammatoire, qui n'est pas de la gangrène, quoiqu'on les confonde souvent ensemble ; l'ulcération gangreneuse, et enfin la gangrène plus ou moins profonde. L'ulcération gangreneuse de la peau et des parties sous-jacentes, par exemple, à la région du sacrum, du grand trochanter, de l'épine de l'omoplate, etc., par la pression sur ces régions dans le coucher prolongé, s'observe dans les fièvres graves ou le traitement d'une fracture chez un vieillard, chez un paraplégique, un homme d'une constitution altérée, qui est forcé de coucher sur le dos pendant trois semaines ou un mois. Dans ces cas, la compression a concouru seulement à produire la gangrène, car les fièvres graves suffisent pour l'amener sur des

vésicatoires qui lie sont soumis à aucune compression. L'état général ou diathésal de la santé y a concouru également, puisqu'un homme, bien portant d'ailleurs, dans l'âge de la virilité, reste couché, pour une fracture du col, des mois entiers, sans gangrène, ni ulcération. Gela tient-il à ce que le sang a été chassé des capillaires de la peau et des tissus sous-cutanés qui ont été privés de sang et oblitères? Alors, comment y a-t-il à la fois inflammation par afflux et gangrène par défaut de sang? Pourquoi n'y a-t-il pas toujours, comme dans le cas de compression douloureuse par un bandage (voir t. I, p. 410), gangrène sèche ressemblant à de la viande fumée? Comme, dans ce cas, il y a eu concours d'irritation locale et d'obstacle à la circulation capillaire, peut-on dire comment ces deux causes opposées ont produit le même mal? Les partisans des gangrènes par défaut de sang ne s'embarrassent pas de ces difficultés. Visionnaires ! qui prennent les ténèbres pour la lumière.

Symptômes. — Sous l'influence de la compression, la peau s'enflamme, se couvre de phlyctènes plus ou moins nombreuses et étendues, elle s'ulcère; des escarres livides, molles on sèches, plus ou moins profondes, se produisent. Si un membre est exactement embrassé dans toute son étendue par un appareil trop serré, il peut être sphacelé tout entier. Il peut en résulter, dan^ les cas où la gangrène est moins étendue, des décollements considérables, des suppurations fétides qui épuisent les maladies , dénudent les os, amènent des caries et dans le cas oii la destruction occupe le sacrum, une méningite rachidienne mortelle. Dans d'autres cas, chez des sujets très-âgés ou très -affaiblis, la suppuration et les douleurs peuvent amener également une issue fatale.

DE LA GANGRÈNE PAR CONTUSION. 3'Sâ

Le pronostic est en rapport avec l'étendue et le siège de la mortification, mais surtout avec l'état du malade^ son âge, etc.

Traitement. — Les moyens de traitement consistent surtout à prévenir la gangrène, en levant, aussitôt que l'on en est averti par la douleur que ressent l© malade, le bandage ou l'appareil trop serré 5 en s'o^-^ posant aux effets du décubitus sur les parties saillantes et amaigries du corps, au moyen de coussins de balles d'avoine, de coussins remplis d'air qui répartissent la pression sur de larges surfaces; à l'aide surtout de lits et d'appareils mécaniques qui permettent de soulever le malade, de lui faire changer dé position, et s'opposent à toute pression trop circonscrite. Si le malade laisse aller sous lui ses urines et ses excréments, on l'entretiendra dans la plus grande propreté; ici encore on pourra garantir les parties menacées ou déjà atteintes avec des morceaux de sparadrap, s'ils n'irritent pas, etc.. Si la gangrène est survenue, on tâchera d'arrêter ses progrès à l'aide des moyens mentionnés, et de plus on la traitera suivant l'état dès tissas. Les lotions toniques et fortifiantes sont indiquées chez les sujets âgés ou très-débilités, ce qui est la condition la plus ordinaire où ces gangrènes se développent.

11° Gangrène par coNTtsroN. — Tantôt une contusion violente altère les tissus et les frappe de moï't; c'est ce qui arrive aâseï souvent dans les plaies par armes à feu; tantôt la contusion affaiblit, stupéfie seulement les propriétés vitales , et prédispose à la gangrène, surtout s'il se fait un épanchement ou une infiltration considérable de sang, ce qui arrive alors, avec ou sans inflammation.

Symptômes. — Les caractères anatomiques de ces lésions seront décrits à l'occasion des plaies contuses;

quant à la gangrène, s'il y a eu broiement, elle survient d'emblée. La partie reste molle, infiltrée, elle brunit, noircit, la putréfaction s'en empare, etc.; dans d'autres cas, ou bien la partie frappée de stupeur devient livide , se refroidit et tombe plus ou moins promptement en gangrène, ou bien une phlegmasie violente s'y développe et la mortification ne tarde pas à s'en emparer, surtout s'il s'y joint de l'étranglement par quelque aponévrose.

Traitement. — Dans le cas d'attrition, de stupeur locale, réchaufi'ez la partie et attendez le retour de la vitalité, puis modérez le mouvement inflammatoire par les antiphlogistiques généraux et locaux. Suivant les cas, réfrigérants administrés avec prudence, tièdes ou frais, et si la gangrène survient, comportez-vous d'après les indications générales. Quand un membre est fracturé comminutivement, que les tissus en sont en partie broyés, amputation immédiate.

12° Gangrènes par caustication.^ — Causes. Certains acides minéraux concentrés (acides sulfurique, nitrique, chlorhydrique, etc.); certains alcalis (soude, potasse, chaux, ammoniaque, etc.); certains composés métalliques salins ou non, tels que les chlorures d'antimoine, de zinc, le nitrate d'argent, etc., appliqués sur nos tissus, déterminent d'abord une irritation très-vive, puis les frappent de mort en se combinant avec eux et les désorganisant.

Symptômes. — Douleur ordinairement très-vive et d'autant plus promptement remplacée par l'insensibilité que la substance caustique est plus énergique. L'étendue de l'escarre est ordinairement en rapport avec l'état solide, mou ou liquide de la substance caustique, d'autant plus étalée que cette dernière est plus fluide. Quant à sa couleur et à sa consistance, en voici un tableau assez exact dressé par Virey. — L'a-

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