MALADIES ORGANIQUES
ici en opposition directe avec les faits et en flagrante inconséquence avec la vérité et la raison 5 car les lésions matérielles sont des phénomènes morbides, et presque toutes sont les effets de la lésion des phénomènes de la vie. En effet, à l'exception de la plupart des lésions dites chirurgicales, qui sont produites par des forces étrangères à l'individu, ou par des causes individuelles qui agissent mécaniquement , comme l'action musculaire , dans la production d'une hernie, d'une luxation, d'une fracture, d'une rupture, toutes les autres viennent d'une altération de la nutrition , de l'accroissement ou de la fonction de formation, fonction qu'il faut bien distinguer des autres, quoique les physiologistes ne l'aient pas fait encore. {Yo\r ma. PhysioL méd.^ t. I, p. 218-19, 347. Paris, 1832.)
Caractères anatQmiques. — Les maladies organiques sont souvent uniques ou multiples sous la même espèce. Elles se montrent dans tous les tissus , quoique plus souvent dans les parties molles que dans les parties dures. L'étendue qu'elles acquièrent est trè&variée, et leur forme ne l'est pas moins. Sous cerap^ port, les unes semblent amorphes ou sans forme spéciale, comme le tubercule infiltré dans les mailles des tissus, dont il prend en partie la forme; les autres ont des formes déterminées, sphériques , ovalaires, comme le lipome, massives ou cavitaires, indivises ou divisées, ramifiées, etc. Leur organisation offre des différences assez tranchées pour qu'on ait été obligé de les diviser en ordres, en genres, en espèces et en variétés déjà énumérés (t. I, p. 111). Ainsi, celles dans lesquelles le tissu d'un organe est transformé en un autre, un muscle, une artère, etc., en os, du tissu cellulaire en tissu fibreux, sont des dégénérations; celles oîile tissu n'est point transformé,
mais accru seulement, sont des hypertrophies; là où il est, au contraire, amoindri, il y a atrophie; mais ces hypertrophies et atrophies présentent d'ailleurs des modifications dans les divers tissus, suivant qu'elles affectent tous les éléments d'un organe, plusieurs ou un seul. Les lésions organiques formées de tissus différents de ceux que l'on doit trouver normalement dans une partie , en un mot de tissus étrangers a une partie , sont des formations morbides; elles diffèrent des formations de l'hypertrophie en ce qu'elles n'augmentent pas le tissu normal, et parfois même l'atrophient. Mais qu'elles viennent d'une dégénération de la nutrition ou d'une lésion des fonctions de formation et d'accroissement, ce qui n'est pas toujours aisé à distinguer, elles peuvent donner lieu aux mêmes phénomènes.
Symptômes et marche des maladies organiques. — Leur naissance et leur enfance sont toujours mystérieuses, à moins que la maladie ne commence à la surface de la peau; encore, souvent on ne les y remarque que lorsqu'elles ont acquis déjà une certaine étendue. C'est assez dire qu'en général elles ne présentent d'abord aucun phénomène local qui puisse les faire reconnaître. Mais à mesure qu'elles prennent du développement, l'âge de lenr innocence se passe, et il arrive un moment oii des phénomènes pénibles inspirant de justes inquiétudes, provoquent des recherches qui révèlent leur existence, et cela d'autant plus prompteraent qu'elles sont moins profondément cachées et plus accessibles au toucher et à l'œil.
Les troubles qu'elles causent viennent d'ellesmêmes, plus souvent des parties voisines, qu'elles gênent, compriment, distendent, dont elles embarrassent ou empêchent les fonctions. Alors elles sont dans leur période maligne, dans leur période de
DE LA NUTRITION (dÉGÉNÉRATIONS). 329
gravité, et si on les abandonne à elles-mêmes, elles peuvent causer plus ou moins promptement des douleurs plus ou moins vives, des accidents d'inflammation, de suppuration, d'ulcération, de g^angrène , de fièvre , d'amaigrissement , de consomption et la mort.
Les maladies organiques, impossibles à reconnaître dès leur naissance, se révèlent quelquefois plus tôt par les troubles fonctionnels qu'elles causent dans le cerveau, les poumons, que parla saillie que des maladies organiques très-superficielles font sentir au toucher-, et quelque profondément qu'elles soient, leur diagnostic peut devenir très-facile par les dérangements fonctionnels qu'elles déterminent. Leur diagnostic peut d'ailleurs être éclairé par les nombreux moyens d'investigation que nous possédons aujourd'hui, et surtout par le toucher, le palper, la percussion , l'auscultation , les ponctions exploratrices, le sondage, etc.
Le pronostic en est trop varié pour en rien dire de général.
Le traitement médicamenteux est, en général, im puissant. Le traitement chirurgical a plus d'efficacité; mais il faut qu'il puisse s'appliquer à la nature, à la situation, à l'étendue de la lésion; il faut, enfin, qu'il puisse détruire ou enlever la maladie par extraction, extirpation, amputation, cautérisation, etc., sans tuer le malade ou l'exposer à plus de mal que de bien.