VASO-MORBIES OU TUMEURS VASCULAIRES
Il y en a de trois sortes au moins, 1° des tumeurs
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vaso-capillaires; 2° des tumeurs veineuses ou varices ; 3° des tumeurs artérielles ou anévrismaies.
Tumeurs vasu-capillaires . (Erectiles, fongueuses, sanguines, etc.)
Ce sont des tumeurs formées par un développement considérable de vaisseaux, généralement capillaires, auxquels peuvent s'en mêler de plus volumineux et qui communiquent tous les uns avec les autres directement ou par l'intermédiaire d'un tissu celluieux analogue au tissu spongieux de la rate ou du pénis. Ces mêmes tumeurs ont été désignées, par les auteurs, sous une foule de noms différents : tumeur variqueuse (J.-L. Petit), anévrisme -par anastomoses (J. ^e\\)^ tumeur fongueuse sanguine ou fongus hématode (Boyer, Delpech), tumeur érectile (Dupuytren), télamjiectasis (Graefe) , etc., dont aucun ne réunit les suffrages ; c'est pourquoi je les nomme vaso-capillaires.
Causes. — Ces maladies se montrent les unes au moment de la naissance, et sont co7igénitales ; le vulgaire les attribue à une envie que la mère aurait éprouvée et qui se traduirait sur le corps de l'enfant sous la forme grossière d'un fruit, d'une framboise, d'une groseille, d'une cerise, de tout ce que l'imagination est capable de se figurer. Mais, comme l'a fait observer Richerand, si toutes les envies de femmes grosses trouvaient ainsi leur expression matérielle sur le corps de leurs enfants, que de figures bizarres ne rencontrerait-on pas à la place de ces tumeurs rouges ou bleues ! Et puis d'où viendraient celles qui se forment après la naissance ?. . . Ces dernières apparaissent presque constamment dans la jeunesse et l'âge adulte, et le plus souvent par une cause si légère qu'on ne peut voir là qu'une simple coïncidence. Quelquefois pourtant on a constaté l'existence de contusions anté-
rieures, de pression prolongée, etc.; on en a un exemple dans J.-L. Petit, (li^obs., t. I, p. 276, Malad. cliir. — Voy. aussi Pelletan, Cliniq. chir., t. II, p. 14. — Scarpa, dans Boyer, t. [I, p. 320.) Ne'anmoins, dans Timmense majorité des cas, les causes extérieures ont besoin du secours d'une prédisposition locale, toute particulière, ou d'une maladie préalable des vaisseaux dans le point altéré pour cju'il se produise une vaso-capillaire.
Caractères anatomiques . — • Ces tumeurs s'observent le plus souvent à la tête et au cou, plus fréquemment au tronc qu'aux membres, plus souvent dans ia moitié supérieure du corps 5 mais elles peuvent se rencontrer dans tous les tissus, particulièrement k la peau, dans le tissu cellulaire sous-cutané ou sousmuqueus. On les a trouvées dans différents viscères (Lobstein) et même dans les os. — Il n'y en a ordinairement qu'une, mais quelquefois deux ou trois ; Boyer en a vu cinq, dont quatre à la tête et une à i' épaule; M. Vidal, neuf, sur un jeune homme qui se baignait; toutes d'un rouge éclatant, étaient à l'épaule, séparées par un pouce d'intervalle au plus ; la plus grosse avait à peu près le volume d'une noix {Patliol., t. î, p. 421). J'en ai rarement vu plusieurs.
Structure. — C'est celle de la rate ou du pénis; cellules, vacuoles, canaux, cavités de formes et de dimensions variables, à parois lisses, communiquant avec les vaisseaux ramifiés dans la tumeur, et les uns avec les autres par des ouvertures latérales; cavités qui sont remplies de sang circulant ou épanché, décomposé, altéré et infiltré dans les tissus voisins (Obs. de Pctt., t. llî, p. 54, de Pelletan, Cliniq. chir.^ t. lî, p. 59; de Boyer, t. 111, p. 323, 331 et 334; d'Hodgson, p. 307, 309, 3!0). Un li-
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qnide ÎDJecté par un seul point pénètre dans toute la masse; d'ailleurs les artères et les veines sont parfois assez volumineuses ; le plus souvent ce sont les veines (J.-L. Petit, p. 279 ; Wardrop dans S. Cooper, t. I, p. 268). Les artères et les veines qui arrivent à la tumeur ou en partent sont parfois elles-mêmes dilatées au-delà de la tumeur et à une distance plus ou moins considérable. La nature des éléments vasculaires en est variable ; 1" tantôt la tumeur est formée par des capillaires artériels, multipliés, fluxueux. d'où tumeur ariério-capillaire , et alors la couleur totale est d'un rouge vif; 2° tantôt par des capillaires veineux, d'oîi tumeur veino -capillaire , et alors la teinte est bleuâtre-, 3° d'autres fois la composition est mixte; 4° d'autres fois les artères et les veines ensemble peuvent être dilatées plus ou moins et à d'inégales distances, de là des tumeurs vaso-capillaires, anévrismales ou variqueuses (obs. de Pelîetan, Clin, chir.^ t. lï, p. 50); 5° dans d'au ires cas une ou plusieurs artères dilatées et criblées de trous sont entourées de tissu aréolaire ou spongieux rempli de sang, d'où Vartério-criblure; 6° des veines peuvent s'hypertropliier, se cribler, s'entourer d'un tissu analogue à celui du corps caverneux dans lequel le sang s'infiltre avec facilité, d'où la veino-criblure; M. Roux, M. Andrai, en ont vu chacun un exemple pour la veine jugulaire interne {Dict. en 30 vol., t. XXIX, p. 82«); 7° d'autres fois enfin ces tumeurs offrent en même temps des infiltrations et épanchements de sang décomposé.
Les tumeurs capillaires congénitales que nous observons le plus souvent sont celles de la peau ou des muqueuses èxtéro-intérieures de la face, probablement parce qu'elles sont visibles. Les cutanées s'accompagnent d'une tache rosée, rouge, écarlate, bleuâtre,
violacée ou lie de vin, suivant l'espèce de vaisseaux ou la proportion de leur mélange; il n'y a ordinairement pas d'élévation au-dessus du niveau de la peau environnante; cette élévation ne vient que plus tard dans certains cas et i'épiderme peut les recouvrir seul. Cependant les tumeurs sont parfois saillantes, même pédiculées et considérables à la naissance. Wardrop en a vu du volume d'une orange au dixième jour de la naissance (Hodgson, trad. de Breschet, t. lî, p. 546). Ces tumeurs congénitales se montrent surtout à la tête, au front, aux oreilles, aux paupières, aux lèvres, au nez, quelquefois aux épaules, aux bras, aux lèvres de la vulve. Les tumeurs accidentelles sont plus ordinairement sous-cutanées, plus ou moins profondes, affectant même les viscères ou les os. C'est plus particulièrement à cette forme qu'appartiennent les tumeurs fongueuses infiltrées de sang ou formées par des troncs artériels ou veineux, dilatés et criblés.
Symptômes et marche. — Ils diffèrent suivant que la tumeur est cutanée ou sous-cutanée, que la maladie est constituée par tel ou tel ordre de vaisseaux.
Les tumeurs cutanées, communément congénitales et artérielles, présentent d'abord une tache semblable à une piqûre de puce, ou de la grandeur de l'ongle, rarement plus. Cette tache reste plus ou moins longtemps stationnaire jusqu'à la puberté, ou commence à s'élargir dès les premiers jours qui suivent la naissance; alors le tissu qui la constitue est plus mou, plus chaud, il semble s'y former une base solide et résistante qui s'enfonce dans le tissu cellulaire souscutané; la circonférence en est tantôt arrondie et bien circonscrite, tantôt irrégulière; la surface devient inégale, mamelonnée, semblable à une crête de coq, à une mûre ; la tumeur est plus ou moins molle ou élastique à la pression ; elle semble s'enfoncer de
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plus en plus dans le tissu ceîiulaire sous-cutané j à ce point, tantôt la tumeur cesse ses progrès, soit pour un temps variable, soit pour le reste delà vie, ou bien elle continue sa marche.
Les tumeurs sous -cutanées, plus fréquemment veineuses, se montrent d'ordinaire plus ou moins longtemps après la naissance, précédées ou non de l'action d'une cause locale, et, dans certains cas, rares, de douleurs opiniâtres. Elles s'étendent et marchent parfois avec beaucoup de rapidité, gagnent la surface cutanée qu'elles envahissent, et forment des saillies bleuâtres, inégales, souvent molles et fluctuantes, tandis qu'elles gagnent en profondeur et peuvent ainsi occuper une étendue très -considérable en tous sens, comprenant les tissus cellulaire et musculaire, jusqu'aux os eux-mêmes qu'elles amincissent. Watson a vu une de ces tumeurs, de la grandeur d'un pied carré à la région lombaire (Exper. t. II, p. 250). Boyer cite un cas oii la moitié inférieure du bras, dans les deux tiers de sa circonférence, était envahie. M. Vidal en a vu un autre, dans lequel tout le membre supérieur et sa racine étaient pris. Enfin on trouve dans tous les traités de chirurgie la fameuse observation de Lamorier, sur ce pèlerin espagnol qu'il observa à Montpellier, et qui présentait une altération de ce genre occupant tout un bras.
Les tumeurs artério- capillaires auxquelles aboutissent des artères considérables, présentent souvent une sorte de frémissement, de vibration appréciable à la main qui les embrasse, ou bien un susurrus, un sifflement, un bruit de souffle, ou bien enfin des battements, des mouvements d'expansion isochrones à ceux du pouls, la compression de ces tumeurs ou la compression des gros troncs artériels qui les alimen tent, les fait aisément pâlir et diminuer de volume,
comme une éponge que l'on exprime; elle les rend flasques, molles et y fait cesser aussi suswrus et battements. Lorsque les veino-capillaires sont variqueuses, elles se gonflent, se tendent dans les cris, les efforts, peut-être dans les émotions ; on les a vus devenir, chez des Jeunes filles, le siège d'une évacuation sanguine périodique reniplaçant les règles (Desault, Journal de Chir.^ t. îl, p. 71). Les tumeurs mno-capi/teVes sont plus molles que les précédentes, plus compressibles et réductibles, plus souvent fluctuantes. Chez le pèlerin espagnol dont parle Lamorier, on sentait parfaitement une fluctuation, \m mouvement de transport du sang de-plamain à l'épaule et vice-versa, suivant qu'il levait ou qu'il abaissait le bras. Ces tumeurs augmentent et noircissent par la compression des veines principales qui en sortent, par les expirations prolongées, par la déclivité. On en a vu grossir par la fatigue, diminuer par le repos, par les purgatifs, la diète, la saignée. (Obs. I, p. 277, t. I, Petit; Breschet, dans Hodgson.)
A l'occasion du moindre coup, de la moindre égratignure , il se fait des fissures, des solutions de continuité qui donnent lieu à des hémorragies plus ou moins abondantes, quelquefois inquiétantes, dans le cas de fongus artériel surtout, quelquefois une simple piqûre fait darder le sang à distance, puis il s'arrête. Ces hémorragies cessent souvent d'ellesmêmes ou bien elles exigent une compression modérée. La solution de continuité se ferme, se recouvre d'une croûte, qui, arrachée ou décollée, laisse repartir le sang; ces hémorragies se renouvellent plus ou moins souvent; en même temps la tumeur s'accroît, les vaisseaux qui s'y rendent ou qui en partent augmentent de volume; les ulcérations se renouvellent plus fréquemment et donnent quelque-