‹ Deuxième monographieChapitre 40 sur 59 · DE LA DIATHÈSE SCORBUTIQUE OU SCORBUT · texte numérisé non relu

DE LA DIATHÈSE SCORBUTIQUE OU SCORBUT

Le mot scorbut, que l'on dit provenir du danois schorbect, ou du hollandais scorbeck, qui signifient également ulcère de la bouche, ou de l'esciavon, scorb (maladie), désigne une affection diathésale, caractérisée par le ramollissement des gencives, des taches pétéchiales sur les membres, des hémorragies, des ulcérations de la bouche et de différentes parties du corps , de l'œdème, de la faiblesse, des syncopes , etc.

Causes extérieures. — L'hérédité , la contagion , n'y ont aucune part. On l'a observé particulièrement en mer, pendant les voyages de long cours, dans les villes assiégées, dans les camps, les hôpitaux, les prisons, les localités sombres, basses et humides, dans les régions septentrionales du 60^ degré de latitude au pôie nord (Lind, du Scorbut, t. I, p. 109). On le voyait très-souvent autrefois dans diverses parties des Pays-Bas , de la Hollande , du Danemark, de la Suède, de la Norwége, de la Russie; et enfin, il régnait très-souvent à Londres et à Paris. Mais depuis les progrès de l'hygiène pratique, qui datent de la fin du XVllP et du XIX^ siècle, il a bien diminué et presque disparu.

Les professions qui exposent au froid hamide en sont des causes prédisposantes. Les maleiots, qui laissent sécher sur eux leurs Yéteinents, couchent dans des hamacs imprégnés d'eau de la mer, etc. (Lind, liv, cit., p. liO), en sont souvent affectés. La chaleur neutralise en partie la fâcheuse influence de l'humidité ; aussi, le scorbut est-il généralement plus rare et moins grave vers l'équateur que dans les zones tempérées et surtout froides, l'été que l'hiver, etc. {Id,^ ibid.). Lind a également prouvé qu'il ne fallait pas accuser le sel des salaisons, mais les qualités éminemment indigestes d'une alimentation composée de viandes sèches, fumées, souvent gâtées, de !ard rance, de légumes secs, mal assaisonnés, d'une eau insuffisante, saumâtre, corrompue, etc. Cette dernière circonstance est une des causes les plus actives. Je tiens de M. le capitaine Duperrey, de l'Institut, que c'est surtout depuis que nos marins conservent leur eau douce dans des caisses de tôle et qu'ils en boivent à leur soif, qu'ils n'ont plus de scorbut, même dans les longs voyages de circumnavigation et de recherches.

Causes individueUes . — L'âge, le sexe, le tempérament, l'hérédité, etc., sont sans influence. Les émotions morales, pénibles et prolongées -, la tristesse chez les marins éloignés de leur pays pendant des années entières j le découragement qui accompagne la défaite; les ennuis d'un long siège, chez les troupes de terre; les chagrins et la misère de certaines populations, etc., y prédisposent. Du reste, il ne faut pas prendre l'abattement, la paresse, qui signalent l'invasion du scorbut, pour la cause de celuici. Ajoutons : fatigues excessives au milieu des conditions indiquées ci- dessus ; état de convalescence, de maladies antérieures longues et graves, et surtout

parmi les antécédents ; existence antérieure plus ou moins éloignée du scorbut lui-même. Enfin, la maladie se déclare parfois sans causes appréciables. Du reste, le scorbut peut être sporadique, endémique ou épidémique.

Caractères anatomiques . — Lésions matérielles d'une foule d'organes divers. Ramollissement avec congestion sanguine de la plupart des tissus. Le cœur est pâle ou noirâtre, il se déchire facilement; ses cavités sont remplies et souvent même distendues par du sang rarement coagulé ; la langue, le foie, les muscles sont gorgés de sang noir, très-friables, et parfois comme putrilagineux 5 la rate, friplée, quadruplée de volume, semble transformée en un caillot de sang (Lind) ; les intestins sont ramollis, ecchymoses, les os fortement injectés, et leur cavité médullaire abreuvée de sang noir; les côtes sont quelquefois séparées de leurs cartilages, et chez les jeunes sujets, les os de leurs épiphyses (Lind). Sous la peau, entre les muscles, dans le tissu de ceux-ci, dans le parenchyme des viscères, infiltrations et épanchements sanguins; dans les grandes cavités splanchniques et articulaires, surtout dans celle du genou, collections sanguinolentes, séro-sanguinolentes ou séreuses. Infiltrations œdémateuses dans le tissu cellulaire des membres inférieurs particulièrement; ulcérations putrides de la bouche et de différentes parties du corps. Le cerveau reste ordinairement sain au milieu de ces désordres. Il y a aussi des inflammations congestives, des abcès dans difféxentes parties, mais ce sont là des complications.

Etat du sang. — Son aspect physique a été très-bien décrit par Mead, un des chirurgiens de la célèbre expédition de lord Anson, dont la flotte fut si cruellement ravagée par le scorbut. « Dans le commence-

ment de la maladie, dit-il, on pouvait observer dans le sang des raies obscures. Par la suite, le sang paraissait dissous etlrès-noir en sortant des vaisseaux ; mais, après avoir demeuré quelque temps dans la palette, il s'épaississait et prenait une couleur obscure. Il ne se faisait pas de séparation régulière de ses parties, et sa surface paraissait verdâtre dans plusieurs endroits. Lorsque la maladie était parvenue à son troisième degré, le sang était aussi noir que de l'encre; et quoiqu'on l'eût gardé plusieurs heures dans le vase, en le remuant souvent, sa partie fi-sbreuse ressemblait à de la laine ou à des cheveux flottant dans une matière bourbeuse. Après la mort, le sang était entièrement dissous dans les veines; cette dissolution était si considérable, qu'en coupant quelques rameaux de veines un peu gros, on pouvait vider toutes les branches voisines avec lesquelles ils communiquaient, de la liqueur noire et jaunâtre qu'ils contenaient. Le sang extravasé était de même nature. Enfin, ce fluide avait la même apparence, tant pour la couleur que pour la consistance, dans les hémorragies qui arrivaient fréquemment dans la dernière période de la maladie, soit qu'elles vinssent de la bouche, soit qu'elles vinssent du nez, ou de l'estomac, ou des intestins, ou de quelque autre partie. » (Mead, dans Lind,t. I, p. 431.) Tous les observateurs, sauf quelques rares exceptions, ont constaté les mêmes désordres. M. Magendie , ayant injecté dans les veines d'animaux du sang défibriné ou une solution de sous-carbonate de soude ou de potasse, a déterminé des accidents analogues k ceux du scorbut (congestions, hémorragies), et il en a conclu que les accidents dépendaient d'un défaut de fibrine dans le sang {Leç. sur les phén. phys. de ta vie^ t. II, p. 316; Paris, 1837). Des analyses de MM. Andral et Gavar-

61 k CHAPITRE IV. — MALADIES UNIVERSELLES.

ret,il résulterait également que le chiffre de la fibrine descend à 1,6-, dé là toute une théorie des hémorragies scorbutiques qui s'expliqueraient par la fluidité anormale du sang. Mais à ces observations, des ïaits contradictoires ont été opposés (Fauvel et Becquerel etRodier, Arch. gén. de méd.^ juillet 1847). C'est donc une question à étudier de nouveau.

Symptômes et marche. — Les auteurs ont partagé en trois périodes progressive^ la marche du phénomène scorbutique 5 mais aucnne délimitation nette et bien tranchée ne sépare ces périodes et ne justifie cette distinction.

r Au début, pâleur et bouffissure de la face, expression de tristesse et d'abattement^ aversion insurmontable pour le mouvement, lassitudes générales, mais surtout dans les jambes et dans les lombes 5 dyspnée en montant ou après quelques efforts; bientôt, démangeaisons aux gencives qui se tuméfient, deviennent rouges, violacées, fongueuses, saignantes, fétides; tendance aux hémorragies 5 peau sèche, ici rude, écailleuse , là douce et luisante, mais, dans tous les cas, offrant,surtout aux membres inférieurs, des taches ecchymotiques, rougeâtres, noirâtres, livides ou pourprées, ordinairement alors petites, irrégulièrement arrondies ; œdème vers les malléoles, d'abord vers le soir, puis permanent et gagnant toute la jambe.

2° Ces symptômes ne tardent pas à s'aggraver; la teinte du visage devient plombée, verdâtre ou comme de la cire; découragement profond; douleurs vives souvent erratiques, et augmentant par ie mouvement, dans les côtés de la poitrine, le dos, les membres, dans les genoux, qui se gonflent par hydarthrose; rétraction des muscles fléchisseurs de la jambe sur la cuisse; les gencives s'ulcèrent, les dents

se déchaussent, vacillent et tombent; quelquefois salivation abondante et excessivement fétide ; les taches ecchymotiques augmentent de nombre et d'étendue; elles gagnent le tronc, la poitrine, rarement le visage ; s'il y a des plaies récentes ou anciennes, des ulcères, ils deviennent saignants, violacés , fongueux 5 hémorragies fréquentes et quelquefois trèsabondantes par la bouche, le nez, les voies digestives. Persistance et progrès de l'œdème; dyspuée, tendance aux syncopes , aux lipothymies ; menace de suffocation au moindre mouvement, et même mort subite dans un effort ; selles fétides, souvent sanguinolentes; urines épaisses et promptement décomposées; pas de fièvre, pouls plus lent qu'à l'état normal ; appétit, intelligence et perceptions sensoriales conservées.

3° Enfin le découragement se change en désespoir; les hémorragies sont plus abondantes, plus difficiles à arrêter ; les anciennes cicatrices se rouvrent et se transforment en ulcères scorbutiques. Alors, rupture de fractures déjà consolidées , ou même fractures spontanées; déchirure et ulcération de la peau au niveau des ecchymoses ; gonflement, dureté, tension des muscles, mais surtout des fléchisseurs delà jambe, qui sont parfois contractés au point que le talon est accolé à la fesse. Collections séreuses dans les cavités splanchniques ; sueurs froides , fétides , gluantes à la face et à la poitrine ; anxiété précordiale très-douloureuse. La mort survient soit par épuisement après des hémorragies, soit par suffocation, soit avec une sorte de fièvre pétéchiale.

Les symptômes ne se succèdent pas toujours régulièrement dans cet ordre. Chez les sujets déjà afî'aiblis, ou quand les causes sont très-énergiques, le mal débute par le gonflement des gencives, les hémorra-

gies, les taches scorbutiques ; quand il y a une lésion locale, plaie, fracture, etc., les phénomènes d'extravasation du sang, d'ulcération, d'œdème, s'y montrent en premier lieu 5 des complications inflammatoires vers quelque organe important , le poumon, l'intestin, déterminent de la fièvre, etc. Quand le malade ne peut être soustrait aux causes productrices, la mort est la terminaison en quelque sorte nécessaire ; mais quand ces causes disparaissent et qu'un traitement convenable est employé, les accidents se dissipent peu à peu, et tout rentre dans l'ordre. Très-souvent, il reste longtemps encore des douleurs dans les membres et dans les jointures, et il y a une grande tendance à la récidive.

Il est très-difficile de dire quelle est la durée du scorbut-, c'est une affection qui peut durer plusieurs mois, s'améliorer avec la diminution des causes, et s'exaspérer avec leur retour.

Diagnostic. — L'ensemble des caractères du scorbut (ramollissement et saignement des gencives , pétéchies de la peau, hémorragies, ulcères, etc.), mais surtout la nature des causes antécédentes, ne permettent pas de confondre le scorbut avec aucune autre maladie, pas même avec l'anémie et la chlorose, desquelles on l'a théoriquement rapproché.

Pronostic. — Grave tant que les causes persistent et qu'on ne peut les écarter; d'ailleurs d'autant plus sérieux que le sujet est plus faible, qu'il est atteint d'une autre maladie , que les causes sont plus intenses, que les désordres sont plus considérables et affectent des organes plus importants. En mer , le danger est souvent plus grand, parce que les influences sont plus actives et que le traitement est plus difficile à bien faire.

Nature. — Des différents caractères du scorbut ré-

sultent des manifestations morbides qui dénotent une altération profonde des solides et des liquides, une diathèse en un mot. En quoi consiste-t-elle? L'altération si frappante du sang des scorbutiques a fait admettre par l'immense majorité des auteurs anciens et modernes qu'il s'agissait là d'une modification primitive de ce liquide , que chacun a expliquée à sa manière (sulfuro-saline, Willis; acide, Charleton; alcaline, Huxam ; défibrination, MM.Magendie, Andral , etc.). Mais cette altération du sang n'est-elle pas plutôt le résultat des désordres si graves de la nutrition que produisent les influences déjà mentionnées de l'état du sang?

On a voulu établir une distinction entre le scorbut de terre et le scorbut de mer. Les symptômes sont les mêmes; seulement, pour les raisons déjà énoncées, en mer, les désordres sont souvent plus graves. On a appelé scorbut froid celui que nous avons décrit ici, Gi chaud celui qui s'accompagne de fièvre ou de phlegmasies de divers organes; mais ce sont là des complications, et non une forme spéciale. Quant aux formes sporadique, endémique, etc., elles résultent des circonstances particulières, individuelles ou générales, dans lesquelles se développe la maladie.

Traitement. — Prophylactique. Air chaud , sec , fréquemment renouvelé -, soins de propreté rigoureusement observés 5 alimentation composée de viandes, de légumes frais , surtout de légumes verts ; de certaines conserves (la choucroute et les conserves-Appert), d'herbes en salade, de fruits acidulés, oranges, limons, cerises, groseilles; pour boisson, vin coupé, cidre, bierre, sapinette, limonades végétales, mélange d'eau-de-vie ou de rhum et d'eau acidulée avec le jus de citron (grog) , eau renfermée dans des vases de fer, parce qu'elle se conserve très-bien et agit comme

ferrugineuse. Vêlements chauds, secs, changés quand ils sont mouillés; éviter les fatigues trop grandes, à bord des vaisseaux ou dans les camps; combattre l'ennui, le découragement, le chagrin, par la musique, les danses, les spectacles.

Ces moyens prophylactiques doivent constituer à peu près tout le traitement : ce sont îà les véritables antiscorbutiques , et non toutes les plantes irritantes (cresson, raifort, cochiéaria, etc.) que l'on a si gratuitement décorées de ce titre. Il appartiendrait plus justement aux fruits acides et légèrement sucrés, tels que les oranges, dont les navigateurs vantent tous les effets prompts et efficaces. L'espèce de petit-lait qui se trouve dans le fruit non mûr du cocotier a rendu de grands services dans les relâches aux îles de rOcéanie. Pour tisanes, les boissons indiquées plus haut sont celles qui conviennent le mieux.

Quant aux médications proprement dites, il ne faut que très-rarement y avoir recours ; les purgatifs même salins, les saignées, sont, à part quelques cas exceptionnels , plus nuisibles qu'utiles; les vésicatoires exposent à des hémorragies , à des ulcères fongueux, à des gangrènes. — Les mercuriaux sont trèsdangereux pour la bouche. Les hémorragies seront combattues par les styptiques énergiques et , au besoin, par le fer rouge. Les ulcères seront pansés avec des décoctions vineuses aromatiques, des poudres astringentes, des bandelettes de sparadrap, etc. On prendra de grandes précautions pour le transport des malades très-gravement affectés , qui succombent quelquefois dans ces mouvements.

Historique. — Les anciens ont-ils connu le scorbut? Rien ne le prouve, et c'est vainement que l'on a torturé leurs paroles pour en faire sortir une description qui ne s'y trouve pas. La première mention un peu

détaillée qu'on ait est celle que donne le sire de Joinville de la maladie qui frappa l'arnaée de saint Louis en Egypte, vers l'an 1260. Les grands voyages sur mer de la fin du quinzième siècle et des siècles suivants fournissent tous les documents que nous possédons sur cette maladie. Ainsi Vasco de Gama, qui doubla, en 1497, le cap de Bonne-Espérance, nous oflfre le premier exemple de scorbut en mer. Sur 160 hommes dont son équipage était composé, il en périt plus de cent. Parmi les auteurs qui ont donné de bonnes descriptions du scorbut, nous citerons J. Echt, à qui l'on doit la première monographie de cette maladie (1541), Wier (1557), B. Ronssœus, l'ouvrage si souvent cité, bien qu'assez inexact, d'Eugalenus (1588); mais le meilleur traité, celui qui, à part quelques hypothèses, quelques explications urannées, est encore, après un siècle, le plus complet et le plus exact, est celui que Lind fit paraître en 1752. Cet auteur n'est pas seulement remarquable par son histoire si judicieusement critique du scorbut, mais encore par l'analyse détaillée que, sous le nom de Bibliothèque scorbutique^ il donne des écrivains qui l'ont précédé. Quant aux acquisitions nouvelles de la science , elles portent particulièrement sur l'interprétation des altérations du sang. Nous les avons mentionnées , en faisant ressortir ce qu'elles offrent de peu certain.

Affection qui, le plus ordinairement, se manifeste d'abord aux organes génitaux par des accidents primitifs et locaux, qui finit un peu plus tard par des symptômes consécutifs et diathésaux qu'on voit partout éclater, si l'art n'en arrête le développenient,

et qui, enfin, présente ainsi de nombreux caractères dont il sera parlé plus bas. Les manifestations primitives et locales forment la syphilis primitive ou locale ; les manifestations diathésales et consécutives, la diathèse syphilitique ou la syphilis constitutionnelle.

Cette affection, mystérieuse par son origine, obscure par ses causes , ses symptômes , son universalisation, l'est rendue davantage par les ténèbres dont on l'enveloppe, par les contes et les mensonges dont les malades, hommes et femmes, entremêlent l'histoire de leur affection particulière pour en dissimuler la vérité, souvent par les assertions et les promesses du [charlatanisme et de la spéculation {Traité prat. des malad. vénér. par Bicord, p. 1 , 2; Paris, 1838.) Aussi, quand nous croyons être parvenus à la vérité, dans la pratique comme dans la théorie, nous sommes parfois la dupe d'un malade ou d'un charlatan. Il en résulte qu'il est difficile d'être sûr de la vérité qu'on croit avoir découverte, et qu'en général il ne faut pas s'en vanter trop haut. Les malades trompent même souvent, pour ne pas donner un démenti à une question affirmative , ou pour en finir plus tôt avec un interrogatoire qui les ennuie et dont ils ne sentent pas l'importance.

Par suite de l'obscurité et des difficultés que présente la syphilis, il y a toujours eu dans ce sujet des mystères impénétrables et des opinions très-diverses, dont la vérité ou l'erreur, également difficiles à prouver, se prêtent très-bien aux systèmes. Là, en effet , oîi la vérité est aussi impossible à démontrer que l'erreur, les systèmes ont des chances de succès auprès de la foule 5 et, comme il y a des gens qui, même avec de l'intelligence , n'ont pas assez de dignité, de délicatesse et de goût pour désirer d'autres

succès que les applaudissements de la multitude, ils les recherchent avidement.

De semblables moyens, on le prévoit, doivent inspirer de la défiance aux gens sérieux et les faire douter de vérités réelles présentées de cette manière. Si vous avez découvert la vérité, montrez-la, montrez-la toute nue; elle n'a pas besoin d'ornements qui la cachent et la compromettent.

Parfois, d'autres motifs que ceux de faire du bruit ou fortune, n'importe comment! jettent les hommes de science dans les luttes d'opinion les plus animées, et tel est le spectacle que nous avons aujourd'hui sous les yeux. Les uns veulent que la blennorrhagie transmette la syphilis par le contact, et qu'il en soit de même des accidents dits secondaires : ce sont les blennorrhagiens , les pluricontagiens; les autres n'accordent ce privilège qu'au chancre primitif, dans la période de progrès ou celte de statu quo spécifique, je cite textuellement : ce sont les sectateurs du chancre , les chancriers. Pour moi , qui ne veux que le triomphe de la vérité, je raconte et je prends la liberté, si le démon de la discussion me pousse, de dire mes impressions.

Caractères anatomiques et symptômes, ou manifestations locales de la syphilis. ^- Elles sont très-multipliées et très-variées. Ce sont, par exemple, ordinairement d'abord, la blennorrhagie, la balanite, la blennorrhagie anale chez les pédérastes, et une foule de phlegmasies circonvoisines, telles que prostatites, cystites, urtérites, néphrites, vésiculites, séminiférites, testiculites, ganglionites ou bubons, enfin le chancre; tous symptômes qui sont ordinairement primitifs; 2° les tubercules muqueux, les excroissances, les végétations, les fissures ou rhagades, qui sont souvent secondaires, consécutifs et diathé-

saux, mais quelquefois primitifs; 3° des affections de la peau, des muqueuses, de îa gorge, de la bouche, du nez, des yeux, de l'oreille, etc.; 4° des affections des tissus blancs, fibreux, osseux avec tumeur, etc.; 5*' celles des nerfs, vaisseaux et viscères qui se montrent diathésalement et tardivement dans des parties en général éloignées du lieu où s'est accomplie la contagion. Ainsi, parmi ces manifestations, les unes se développent immédiatement et directement, sous l'influence d'un contact virulent, comme la blennorrhagie, le chancre ; les antres par voisinage, comme les prostatites, cystites, épididymites, testiculites, les bubons ; les autres consécutivement par diathèse, comme les affections de la peau, des muqueuses, des os, etc. ; d'autres , en apparence tantôt primitivement, tantôt consécutivement, comme les végétations, l^s plaques muqueuses, les ganglionites. Parmi ces affections, les unesse guérissent par les antisyphilitiques, c'est-à-dire par des spécifiques, les autres sans ces moyens, ce qui annonce une différence de nature^ quoiqu'elles paraissent se rattacher toutes à la même maladie, la syphilis. Il y a donc là des ténèbres à dissiper, des analyses à faire, analyses que tout le monde n'est pas en situation d'accomplir ou de vérifier. De toutes ces affections, nous ne décrirons ici que celles qui sont communes à toutes les parties du corps ; les autres trouveront leur place dans la pathologie spéciale.

Page 1