SYMPTÔMES PRIMITIFS
Syphilis primitive.
Causes de la syphilis. — Quelquefois contact d'une partie malade avec une partie saine sur le même individu, par exemple d'une lèvre de la vulve affectée d'un chancre avec celle du côté opposé; — contact
de fluides syphilitiques avec une peau fine, même épaisse, mais surtout humide, dépouillée ou non d'épiderme, excoriée, affectée de plaie ou d'ulcération, contacts qui s'observent ordinairement dans les rapports naturels de la génération ou dépravés du libertinage ; — contacts de la nourrice avec son nourrisson, pendant l'allaitement : d'où syphilis coula^ gieusè. Assez souvent, hérédité du côté paternel ou maternel, même sans affection aux parties de la génération de la mère : d'oii syphilis héréditaire.
Théorie des causes. — Quelle est la véritable cause du mal dans les deux cas de contact et dliérédité? Par quel mécanisme se communique la syphilis? Quoique la question soit obscure et difficile, on tombe d'accord que c'est par le contact d'un fluide morbide, d'un virus avec une partie contagionable. Mais on demande encore si c'est aussi par la contagion que le nourrisson prend la vérole en tétant, lors même qu'il n'y a pas de lésion évidente au» mamelon. A cette question, les chancriers, qui ne doutent de jien et sont fort tranchants, déclarent, sans hésiter, que c'est toujours par le contact du virus que les nourrices s'inoculent elles-mêmes; qu'elles le portent des parties génitales au mamelon qu'elles éraiilent en le tiraillant, et oii il survient un chancre, car la nature ne se permettrait pas de désobéir à leurs lois,, et de communiquer une syphilis sans virus, poison morbide, comme ils disent, sans chancre, et même sans chancre en progrès ou en statu qiio spécifique. (Voy. Ricord, Lett. sur la syphilis, p. 129, etc., c'est le code du chancrier.) Mais la syphilis héréditaire, qui se transmet par génération , sans contact avec aucun chancre, d'oîi vient-elle? est-ce encore du chancre? « Un enfant peut contracter des chancres en naissant,si sa mère en est affectée j cela est rare, mais
pas impossible (p. 104). » — Ceci ne répond pas à la question, qui noériterait pourtant d'être clairement expliquée par la théorie du virus. N'importe ! je m'en tiens, pour le moment, à cette conclusion, que la vérole se communique tantôt par un virus chancreux évident, tantôt sans virus évident, comme la syphilis héréditaire. Je dois ajouter que des contacts, rendus habituels par des relations constantes, peuvent préserver un homme ou une femme de la syphilis, tandis qu'ils pourront la prendre par un tiers et par une seule infidélité.
Marche de la syphilis. — Très-souvent la syphilis débute par la blennorrhagie. Celle-ci est tantôt simple et bénigne, comme celle que cause une sonde, et qui guérit en un ou quelques jours, en retirant la sonde 5 iSiïitàl contagieuse, mais non syphilitique; tantôt contagieuse et syphilitique. Mais, questions de la plus haute importance pour la pratique! 1» La blennorrhagie qui se transmet lorsque le muco-pus est déposé à la surface libre de la muqueuse balano-urétrale ou vulvo-vaginale, est-elle contagieuse lorsqu'on l'inocule artificiellement sous la muqueuse avec la lancette? Non, l'inoculable seule offre ce caractère {Bibl. du Méd. prat., t. VII, p. 512). L'est-elle lorsqu'on l'inocule sous la peau? Pas plus {Bell., t. I, p. 493; et Bibl. du Méd. prat., 512)5 et M. Baumes {Traité sur les mal. vénér., Lyon, 1840 5 t. ï, p. 233) a vainement inoculé le muco-pus d'une blennorrhagie très-contagieuse, qui, réduite à une goutte blennorrhagique, jugée innocente par plusieurs médecins, communiqua deux fois la maladie 5 non, car la blennorrhagie contagieuse est très-commune, tandis que l'inoculable est rare ; non encore, car le même praticien a répété d'autres fois la même expérience sans plus de succès.
2° La blennorrhagie syphilitique urétrale est- elle due
à un chancre? Non, disent les blennorrhagiens; si, répliquent aussitôt les chancriers, le chancre à la période de progrès ou de statu quo spécifique est la seule source du virus syphilitique. Eh bien, monsieur, dis-je un jour à un chancrier, comment prouvez-vous l'existence d'un chancre urétral quand Je chancre n'est pas visible, que le toucher et les bougies ou la sonde introduites dans l'urètre n'en peuvent donner Ib certitude? — Alors nous inoculons le pus ou le muco-pus de l'urètre dans la peau , à l'aide d'une pointe de lancette chargée du virus. Or, le virus donne lieu à une pustule suivie de chancre, sans interruption 5 c'est un ruban pathologique (p. 130, Leti.). Nous en concluons qu'il y a un chancre dans l'urètre. — Permettez, lui dis-je, ce fait ne prouve que la virulence syphilitique de la blennorrhagie. Cette virulence pourrait bien dépendre de sa spécificité; il faut donc absolument montrer Je chancre dans les bJennorrhagies virulentes. — Vous avez raison, monsieur, reprend le chancrier; sans cela nous n'aurions pas fait d'efforts pour y parvenir. — Et combien de fois y êtes-vous parvenus, depuis vingt-deux ans de pratique? — Monsieur, on en a montré deux fois à l'Académie de médecine ; lisez les Lettres sur la Syphilis, p. 34. — Ainsi, reprisje, deux fois, seulement, on a prouvé la coexistence de la blennorrhagie virulente avec le chancre, qu'on affirme être constante ! et c'est sur ces deux faits que s'élève la théorie de la blennorrhagie syphilitique. Mais du moins a-t-on prouvé que la virulence fût bien due à cette coexistence et non à une autre cause? — On n'en a pas seulement douté.... Mais, reprend mon cicérone, j'oubliais de dire que, plusieurs fois, on nous a démontré des chancres dans l'urètre sur le vivant, soit en faisant bâiller le méat urinaire, soit en faisant sentir la base indurée du
chancre {Mal. vénér., p. 372-74). — Comment, c'est ainsi qu'on vous prouvait Texistence du chancre syphilitique, et qu'on le distinguait d'un ulcère bénin et granuleux de l'urètre? Mais, dites-moi, monsieur, vous enseigne-t-on dans votre école pourquoi le pus blennorrhagique qui contagionne si bien, déposé à la surface libre de la muqueuse balano-urétrale on vulvo-vaginale, ne contagionne point à la surface adhérente et dans le tissu cellulaire sous-muqueux? pourquoi la première inoculation , qui est naturelle et non traumatique, est féconde, et cause l'inflammation des muqueuses, des blennorrhagies si graves, des ophthalmies si terribles? pourquoi l'inoculatioa artificielle ou traumatique se montre là, plus faible que la naturelle ou spontanée et vous endort dans une sécurité trompeuse? Vous a-t-on jamais rappelé que Hunter a ouvert l'urètre d'un grand nombre de sujets qui avaient une gonorrhée au moment de leur mort, sans jamais y trouver uneseuleulcération? {Trad.de Richelot, 1845 ,p. 192)^ que cependant la bleunorrhagie syphilitique est bien moins rare que le chancre urétral ; que M. Baumes a vu des blennorrhagies simples, qu'il n'avait pu inoculer, etqui n'offraient d'ailleurs aucun symptôme de chancre urétral, bien cherché par les doigts, les yeux et la sonde, donner lieu à une syphilis constitutionnelle (Précis, t. I, p. 332) ; que le même observateur, qui est aussi un penseur qui réfléchit, a vu un malade affecté d'une simple balanite {Ib., p. 247), sans ulcération, infecter, dans l'espace de quatorze ans, deux maîtresses et son épouse, d'écoulements et de syphilides; un monsieur de Villefranche (p. 256), vierge de toute autre affection vénérienne, qui, se mariant affecté d'une simple et légère balanite sans excoriation, sans affection urétrale, avec une femme bien portante, lui communiqua son écoulemeut; que
plus tard celle-ci eut, ainsi que lui, des éruptions syphilitiques au visage, qui ne guérirent que par les antisypbilitiques? M. Pnche,dont le système se vante toujours d'avoir le savant appui, n'est-il pas accusé d'avoir publié un fait analogue où le pus inoculé d'une balanite, sans ulcération, aurait causé une ulcération chancreuse? Et M. Bartholi n'a-t-il pas vu aussi le pus d'une balanite, sans ulcération ni exfoliation de l'épidernîe, causer, par l'inoculation, la pustule caractéristique de l'ectyma (Thèses de 1845, p. 18)? n'annonce-t-il pas qu'il en a recueilli dix cas, et qu'il en possède une vingtaine, qu'il doit à M.Puche, avant tout, ami de la vérité? N'ayant rien à répondre à tant d'objections, le chancrier déclare que tous ces gens-là ne savent pas la vérole et qu'ils ont besoin de l'apprendre. (Séance du 6 octob. 1852, de l'Acad. de médecine. Historique.)
Du CHANCRE. — Unique ou multiple, il se montre ordinairement sur le gîancl, le frein, le prépuce 5 à la vulve, et même sur la peau fine des génitoires, de l'anus, sur la muqueuse anale, celle des lèvres et de la bouche, sur la peau du mamelon, du visage et des membres. Le chancre a une étendue variable depuis une ulcération imperceptible jusqu'à un centimètre et au delà. Sa forme est arrondie, son fond inégal alvéolé, ses bords sont à pic j la couleur du fond est grisâtre, les bords sont indurés (Astruc, t. II, 309 5 J. Hunter, trad., p. 225; Lagneau, 6« éd., p. 165, t. I, etc.), entourés d'une aréole d'un rouge dit cuivré. Le fond , plus ou moins induré, est recouvert d'une couche pseudo-membraneuse qui se reproduit très-vite. Mais ces caractères varient, le fond peut être élevé, ulcus elevatum, ou plus ou moins profond, la rondeur altérée, le bord, en talus, denté, décollé. Le pus en est sanieux.
Symptômes et marche du chancre. — Il offre trois périodes. — V^ Période ou invasion. — Le chancre, mode d'invasion le plus commun de l'affection vénérienne, est une inflammation ulcéreuse; alors il est primitif et provient certainement de la contagion d'un chancre ou d'une blennorrhagie virulente, ou peut-être des suintements de plaques muqueuses, d'excroissances, de ragades, etc. Quand je dis que le chancre est l'invasion, je fais abstraction des formes vésiculaire, pustulaire ou directement érosive qui peuvent le précéder, et font le fameux ruban pathologique. Vous avez dit peut-être, s'écrient les pluriçontagiens en parlant de l'action contagieuse des plaques muqueuses et d'autres accidents consécutifs; eh bien, nous affirmons ce fait. — Soit. L'ulcère vénérien se développe aussi consécutivement par diathèse , sans contact évident de virus, et il est consécutif o\x diathésal.
Incubation. — Le chancre apparaît plus ou moins promptement, depuis douze heures jusque plusieurs semaines après la contagion. Ce temps de développement a été comparé à l'incubation nécessaire au développement d'un ovipare couvé par sa mère ou par le soleil, et désigné aussi par métaphore sous le nom d'incubation.
Cette expression claire, simple, parfaitement conséquente à l'idée d'un virus syphilitique, est rejetée par MM. les chancriers. Et pourquoi, je vous prie, messieurs? Est-ce qu'il ne s'écoule pas un certain temps entre l'action du contact virulent et ses effets apparents? — Sans doute, répondent-ils 5 nous en proclamons même le îait {Lett., p.^ 26), mais nous en rejetons l'explication. Est-ce qu'il ne s'écoule pas aussi un certain temps entre le coryza et l'action du froid qui l'a produit? Est-ce là de l'incubation? — Mais il n'y a pas là d'explication, reprend un pluricontagio-
nisle. On sait bien qu'il n'y a pas d'œuf couvé dans ce phénomène : il n'y a donc là qu'une simple métaphore. Pourquoi donc l'attaquez-vous? — Pourquoi, dit un chancrier en prenant un air grave, un peu embarrassé, n' est-il pas plus rationnel cC admettre une autre cause qui reste inconnue, que cette prétendue incubation que rien n'explique? (Lett.^ p. 26.) Et le chancrier, satisfait de lui-même, prenait un air triomphant, quand son adversaire, ouvrant les Lettres sur la syphilis, lui réplique : « Mais , puisque vous ne niez pas qu'il s'écoule un temps plus ou moins long entre la contagion et l'invasion des phénomènes visibles, à la page vingtsixième, pourquoi le niez-vous aux pages 26, 130, où vous dites que c'est un tout continu, un ruban pathologique (excepté des exceptions assez fréquentes; Letl.y p. 108), » puis 5 que le virus sijphilitique est une graine spéciale qui pousse là où elle a été semée; que, ferment particulier, ce sont les parties qu'il touche immédiatement, qui entrent d* abord en fermentation ; tout cela plus ou moins vite, selon les dispositions du terrain, selon les aptitudes fermentescib les!.... Et la non-existence d'une période d'incubation n'est pas encore acceptée! ajoutez- vous avec un accent de regret amer.
2® Période : Chancre au début. — Il y a souvent du prurit, quelquefois beaucoup de douleur, parfois érosion immédiate, sans vésicule ni pustule, ou avec vésicule, papule, pustule, ou même bulle sans incubation dans les inoculations trauniatiques mais avec croûte d'éctyma. Chute de la croûte ou rupture de l'épiderme; pus plus ou moins sanieux, quelquefois sanguinolent, alcalin, contenant des animalcules qui ne sont point propres au chancre. D'ailleurs le chancre , dès cette période de progrès et pendant la suivante, qui sera la période stationnaire, que les chancriers appellent plus élé-
gamment la période de statu quo spécifique, est iaoculabîe, mais il ne l'est plus dans la quatrième.
3^ Période : État stationnaire. — Le chancre a une marche et une durée qui varient d'un mois à plusieurs années, dit-on, sans interruption. Il peut rester stationnaire ou progresser incessamment, d'où le chancre progressif rongeant ou phagédénique, que M. Vidal regarde comme une gangrène moléculaire, ce que je ne puis admettre. Ce chancre s'étend tantôt dans un sens et tantôl dans uu autre, comme un reptilequi ondule, en même temps qu'il se cicatrise du côté opposé; c'est le chancre rampant ou serpigineiix. Il est parfois assis sur une base indurée, circonserife, reconnue et signalée par Astruc, Hunter et une foule d'autres, MM. Lagneau, Vidal, etc. Les chancriers réclament à cette occasion. Suivant eux, tous les chancres ne s'indurent pas, c'est le plus petit uombre(Voy. Lett. sur la syph., p. 147); mais ils en cherchent la cause. Vous croyez que c'est dans l'observation des chancres indurés.... Mais non , c'est dans la petite-vérole. Au fait , il y a tant d'analogie de nom entre les deux affections! Alors ils s'écrient : Nous voilà sur la voie! Règle générale : un malade qui a eu une première fois un chancre induré n'en a pas d'autres [Lett. sur la syph.^ p. 148-49). — Et la preuve? — Quand il y a chancre induré , il y a furcément vérole constitutionnelle. — Et la preuve, la preuve? — Et le chancre n'est plus inoculable (p. iô7). Et la diathèse continue et ne se double pas, ne se triple pas, et le chancre induré est la pustule de la vérole et du vaccin, et le chancre non-induré la pseudopustule.... Voilà une loi admirable I (p. 148-49.) — Et toutes ces déclamations, ces comparaisons fausses se succèdent à l'infini.
4^ Période : Cicatrisation. — Après un temps plus ou moins long, îe chancre se cicatrise ou entrame
quelquefois la mort par ses progrès incessants. Quand iî guérit, sa cicatrice est souvent blanche et déprimée; mais les chancres qui ont infecté sont, suivant les chancriers [Lett. sur- la sijphilis, p. 216), ceux qui, dans la très-grande majorité des cas, ne laissent aucune cicatrice. On conçoit que c'est à vérifier.
Des bubons ou ganglionites. Engorgements inflammatoires des ganglions où se rendent les vaisseaux lymphatiques de la partie infectée.
Causes. — Surtout chancre, blennorrhagie, plaie infectée de virus ou inoculée, d'où bubons circonvoisins, sans lésions visibles, d'où bubons d'emblée (Reynaud de Toulon, Gibert, Lagneau, Cazenave, Baumes, Vidal, Mai. vénér..^ 203). Le chancre peut enfin ne causer qu'une lymphite. Le bubon quelquefois se développe par la diathèse syphilitique , d'où bubon diathésai ; rarement par urétrite de cause mécanique ou chimique, et cette affection est plus commune chez les hommes que chez les femmes, plus aussi chez les gens sales et livrés à de rudes travaux (Vidal , MaL vénér.y p. 200).
Caruct. anatom. — Ganglionite rarement multiple, si ce n'est une à droite et une àgauche, quand la maladie qui en est la cause est sur la ligne médiane; presque toujours à l'aine, d'où lui vient le nom de bubon 5 mais on l'observe aussi aux aisselles, au cou, sous l'angle de la mâchoire 5 presque toujours du côté de la maladie qui la produit; des deux côtés quand celle-ci existe des deux côtésou près de la ligne médiane, par suitedansce dernier cas, du croisement des lymphatiques à leur origine vers la ligne médiane. Les ganglionites sont ordinairement superficielles, quelquefois profondes. La tuméfaction du bubon peut être périganglionaire, ganglionaire , et l'une et l'autre en même temps. Quand il y a suppuration, l'abcès est périphé-
rique et phlegmoneux , ou intraganglionaire. Le phlegmooeux est plus homogène, l'intraganglionaire grumeleux. Quand il y a ouverture du bubon suppuré, les bords en sont perpendiculaires, irréguiiers, dentelés, décollés et indurés, ainsi que le fond, s'ils sont syphilitiques. Il y a parfois divers clapiers plus ou moins profonds, communiquant par des trajets fistuleux.
Marche et symptômes de ta ganglionite. — Début , k la première semaine de l'existence, d'un chancre ordinairement; parfois, au preniier ou au deuxième mois après la guérison du chancre par la nature ou par l'art. Il y a donc encore ici unesorte d'incubation du principe syphilitique. Parfois le bubon n'apparaît que par la diathèse. En sorte qu'il y a des bubons — syphilitiques: \° primitif s on d'emblée; 2° circonvoisins ; 3° constitutionnels^— et des bubons non syphilitiques. J'appelle circonvoisins ceux que les chancriers appellent sympathiques, précisément parce qu'ils s'expliquent par la continuité des vaisseaux lymphatiques et non par la sympathie , qui est une relation indépendante de toute continuité matérielle connue. Telle est la doctrine que j'oppose à celle du système. Dans certains cas, la ganglionite est aiguë, précédée de fièvre; la tumeur du bubon est sensible, douloureuse, pulsative, chaude, rouge, accompagnée d'une tension variable avec douleurs circonvoisines plus ou moins étendues, et fièvre concomitante plus ou moins vive. Alors elle se termine par résolution ou par suppuration et ulcération chancreuse, à bords coupés à pic, à fond gris, quelquefois par ulcération rongeante. Et cette suppuration fournit souvent un pus plus ou moins épais, contagieux naturellement et inoculable. Làdessus, les chancriers demandent à s'expliquer. Suivant eux, le pus des bubons est tantôt inoculable, tan-
tôt il ne l'est pas. Quand il fie l'est pas, c'est que le buUoa a été la conséquence d'une autre cause que le chancre. Aussi, les bubons d'emblée et extérieurs aux ganglions ne sont pas inoculables, parce qu'ils n'ont pas reçu le pus virulent d'un chancre. Mais, s'écrie un adversaire, cela ne prouveque la non-virulence, cela ne prouve pas que les globules du pus, qui sont beaucoup plus gros que les globules du sang et même que ceux de la lymphe, puissent être absorbés et transportés par les capillaires lymphatiques ^ cela ne prouve point que le pus inoculé aille dans les ganglions, et lorsqu'on assure avoir trouvé dans un abcès du pus non inoculable, et un ganglion central qui renfermait du pus inoculable (Voy. Bibl. du Méd. prat., 221), si ce fait est sans erreur, il n'est pas démontré et a besoin d'être revu plusieurs fois pour entrer dans la science. Au reste, il est certain que le pus des ganglions se produit dans leur sein et à leur surface; qu'il ne vient pas du chancre, et que toute cette théorie, quoique assez bien inventée, est une hypothèse sans preuves. C'est ce que démontrent les abcès virulents voisins du chancre, et les bubons d'emblée inoculés par M. Baumes avec succès, malgré les lois du système -, et ceux dont la Bibliothèque du Médecin praticien rapporte l'histoire (p. 225 et suiv.), et surtout les observations de bubons inoculables sans chancres antérieurs, de M. Bartholi (p. 19, Thèse à^ 1845).
D'autres fois , la ganglionite est chronique, indolente, ferme, également lente à se résoudre ou à s'enflammer et k suppurer, et, quand elle suppure, s'ulcère, également lente à se cicatriser ou à guérir; alors le pus est plus ou moins grumeleux, parce qu'il vient des ganglions, séreux, parce qu'il est le produit d'une inflammation chronique.
Les plaqdes muqueuses sont connues sous le nom
de papules, pustules muqueuses, plates , de tubercules mugueux, etc.
Causes. — Les plaques muqueuses sont susceptibles de se développer par le contact avec un chancre^ avec la matière blennorrhagique par dialhèse, de se reproduire par contact, et d'être, par conséquent, des effets primitifs comme des effets consécutifs. Dans les plis de la peau, elles se développent parfois sur un côté du pli ou du sillon, puis sur l'autre, avec une symétrie et une exactitude si parfaites, qu'une impression mécanique seule est capable d'expliquer ce phénomène. Les cliancriers contestent l'action pontagieuse des plaques muqueuses, parce qu'elles ne s'inoculent pas, et i!s ajoutent que souvent elles sont la transformation d'uo chancre. Mais M. Baumes réplique: « Oui, elles ne s'inoculent pas, mais elles ne laissent pas d'être contagieuses par le coït (t. I, p. 11). » Après viennent deâ preuves qui montrent un observateur attentif et sagace.
Caractères anatomiques. — Les plaques muqueuses sont souvent multiples, et s'observent surtout aux ouvertures naturelles, sur les muqueuses, sur la peau fine des environs, souvent humide ou humectée soit par la sueur, soit par les écoulements qui s'y font, etc. Ainsi, on les rencontre ordinairement à la vulve, au col utérin, au nombril, à l'anus, en dedans des cuisses, sur le gland, le scrotum, les plis génitocruraux, dans la bouche, aux commissures des lèvres, dans le conduit auriculaire et derrière l'oreille, à l'entrée des narines, sur les ailes du nez, aux aisselles, autour des mamelons, entre les orteils, autour des ongles. Elles existent fréquemment sur d'autres points, en même temps que sur les organes génitaux. Elles ont une étendue variable, depuis un grain de millet jusqu'à plus d'un centimètre de diamètre, surtout
quand plusieurs se réunissent par leur circonférence. Elles ont tantôt la forme d'une plaque discoïde, adhérente par tout le côté inférieur, ou seulement par un pédicule plus ou moins étroit, libre, scissurée, fongueuse, rouge, violacée par la surface opposée qui est parfais ulcérée; tantôt la forme de plusieurs plaques confondues par une partie de leur contour.
Symptômes ou phénomènes. — Elles ont peu de sensibilité en général 5 parfois elles sont le siège de démangeaisons 5 elles sécrètent un fluide séreux ou puriforme, abondant, parfois elles ne sécrètent rien et se montrent à sec. Elles peuvent végéter avec peu ou beaucoup d'activité, s'ulcérer, se transformer en fissure, en crête sur les bords de l'anus, dans les plis des cuisses, des grandes lèvres, des ailes du nez, etc.
Ajoutez, s'écrient ici les pluricontagiens, qu'elles peuvent s'inoculer, car Wallace en a publié des exemples. — Nous les connaissons, mais nous ne les acceptons pas, reprennent les chancriers. Wallace dit bien [Syphilidologie de Bebrend, 1841, p. 60) qu'il a déterminé chez des individus sains, inoculés avec du pus emprunté à des malades placés sous l'influence d'accidents secondaires, des accidents primitifs suivis d'accidents constitutionnels, mais il n'a pas démontré la nature des accidents réputés secondaires {Lett. sur la syph. , p. 108). — Qu'est-ce que vous dites là? reprend M. le docteur Vidal 5 est-ce que Wallace ne sait pas ce que c'est qu'un accident secondaire? Pas de sophisme! Depuis longtemps l'expérimentation a prêté son appui à l'observation, et l'inoculation de la pustule muqueuse du sujet malade au sujet sain a été faite avec un plein succès nombre de fois par Wallace. Il dénude la peau par un vésicatoire, y dépose des portions de pustules plates ou de la charpie imprégnée de leur sécrétion^
et fait pousser ainsi des pustules presque à volonté (Yidal, Mal. vénér.^ p. 242). Le même chirurgien continue avec son accent méridional : « M. Bouley a fait aussi des expériences à ce sujet avec son interne, M. Schuep {Annal, des mal. de la peau, t. IV, 1851)5 il a publié surtout une observation importante d'inoculation de pustules plates, par le vésicatoire, sur une syphilis tertiaire : le ô« jour, le vésicatoire fut guéri-, le 17% des papules lenticulaires cuivrées apparurent à la place du vésicatoire, et, le 27% des croûtes et un ecthyma syphilitique. » Ainsi ce fait viole deux de vos prétendues lois à la fois : la non-transmissibilité de la syphilis secondaire ou constitutionnelle, l'impossibilité de la syphilis constitutionnelle une seconde fois.
D'ailleurs, messieurs, voici venir un Allemand de Prague, que vous trouvez bien lourd probablement, parce que ses arguments ont plus de poids que les vôtres 5 vous épuisez contre lui toutes les pointes de votre esprit , et allez , faute de mieux, jusqu'aux injures, toujours plus faciles à trouver que des raisons. Quoi qu'il en soit, M. Waller montre des scarifications qu'il a couvertes de charpie imprégnée du virus de pustules plates, et où se sont aussi développés, 25 jours après, 14 tubercules cutanés , qui se couvrirent bientôt de croûtes. Après 52 jours apparut sur la poitrine, le dos, le ventre, une syphilide maculée. Qu'en dites-vous, messieurs? lui reprocherez-vous encore de n'avoir pas mis ses scarifications sous ses beaux verres de Bohême? est-ce que vous les trouvez moins fragiles qu'un tampon de charpie fixé par une bande? Je ne vous parle pas des inoculations de symptômes secondaires, d'ecthyma, faites aussi par MM. Puche, Cazenave, Richet, etc., etc. (Vidal, L. c,, p. 361 et suiv.); il
faut mettre un terme à tout et ne pas abuser, même des meilleures choses.
VÉGÉTATIONS SYPHILITIQUES. — Les végétatioDs sout desproductions nouvelles qui s'élèvent au-dessus de la surface du derme, tandis que dans les excroissances il y a épaississement et hypertrophie du derme et du tissu cellulaire sous-dermique de la peau et des muqueuses.
Causes des végétations. — Blennorrhagie, chancre, tout ce qui appelle le sang à la verge paraît y favoriser le développement des végétations (B. Bell). Les végétations sont elles-mêmes contagieuses et en produisent d'autres (Voy. les obs. du docteur Baumes, entre autres, celle de P., qui gagna des végétations avec sa maîtresse et en donna à sa femme. Loc. cit., p. 325, ou Bibl. du Prat., p. 280, t. VII). Voici d'ailleurs un exemple de végétation a la suite d'une blennorrhagie : Ch. est pris d'une urétrite qui dure trois mois et disparaît d'elle-même; deux mois après, arthrite, ophthalmie, végétation conjonctivale (excision et traitement mercuriel), guérison {Bibl. du Méd. prat.^ 281). La malpropreté cause des végétations non-syphilitiques. Il ne faut pas confondre celles-ci avec les premières. Les végétations sont primitives ou consécutives et constitutionnelles.
Début. — Ces affections naissent ordinairement plus ou moins longtemps après une blennorrhagie, un chancre, avec ou sans prurit dans la région qui leur sert de berceau, et on ne s'en aperçoit d'abord que par hasard, par l'œil ou par le toucher.
Caractères anatomiques des végétations. — Presque toujours multipliées. — Siège. Sur les muqueuses et à la peau des organes génitaux et de l'anus surtout, dans l'urètre même, notamment à l'entrée 5 dans la bouche, la gorge, sur la conjonctive, le visage, les seins, à l'om-
bilîc des nouveau-nés, etc. — Etendue: d'un volume imperceptible, au volume du poing et plus. — Formes : 10 proéminence à base large, à sommet plane, convexe (verrue), granuleux comme celui des mûres ou des fraises; 2° saillie à base étroite, pédiculée, à tête arrondie (poireau), à sommet divisé, fissuré, comme dans les crêtes, et branchu comme dans les choux-fleurs. — Propriétés. Tumeurs plus sèches et plus dures sur la peau*, plus molles et plus humides sur les muqueuses; couleur blanche ou de plus eu plus rouge, suivant la richesse de la vascularité. Tout ce qui dépasse la peau se réduit par la macération prolongée en une pulpe grisâtre, qui, au feu, dégage l'odeur de la corne brûlée et paraît épidei:mique.
Marche et symptômes. — Elles croissent plus pu moins vite, et ne gênent ordinairement que par leur volume, quand elles sont plus ou moins incarcérées, comme sous le prépuce, entre les fesses, dans la vulve, et causent un embarras par leur présence.
Peu sensibles , elles peuvent suppurer plus ou moins, se flétrir, tomber et disparaître pour toujours, ou récidiver et finir par guérir , ou s'irriter par les frottements, par la pression, etc., s'enflammer, s'ulcérer et offrir l'aspect d'un cancer, surtout au gland, où les caractères du cancer sont encore très-mal déterminés.