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SYMPTÔMES CONSÉCUTIFS OU DIATHÉSAUX

Syphilis constitutionnelle.

Si, lorsque la syphilis est locale et primitive, elle n'engendre qu'un petit nombre d'accidents, il n'en est plus de même lorsqu'elle dure depuis un

mois jusqu'à plusieurs années 5 alors elle est constitutionnelle et donne naissance à une foule d'affections consécutives, plus ou moins précoces ou tardives, dont l'ordre d'apparition, relatif dans les divers tissus, varie souvent. Néanmoins, ces symptômes consécutifs se montrent le plus fréquemment, d'abord dans la peau et dans la matrice des ongles et des poils, où ils constituent les syphilides; 2° dans les membranes muqueuses; 3° dans les tissus blancs, tissus cellulaires, ligamenteux et osseux; 4° dans le tissu musculaire ; ô® dans les appareils vaseulaire , nerveux, dans les viscères et le parenchyme de nutrition des tissus. Ces phénomènes appartiennent à la pathologie spéciale. Il suit de la que la division chronologique des symptômes ou manifestations de la syphilis aurait besoin d'être portée plus loin qu'on ne l'a fait, pour être plus exacte.

Marche de la syphilis consécutive. — Suivant Fernel, la première lumière de la syphilis, dans l'ordre chronologique, le premier qui ait compris l'ensemble de ses symptômes, ses manifestations se montrent successivement à la surface du corps, puis à des profondeurs de plus en plus considérables jusqu'aux os. Elles se partagent , d'ailleurs , en quatre degrés , en quatre groupes de symptômes successifs. Esclave de la loi qu'il s'est imposée, l'illustre Fernel place, contrairement à la marche ordinaire des choses, "litéA's par système, dans le premier groupe, la chute des poils, parce qu'ils sont tout ce qu'il y a de plus extérieur, dans le second, les syphilides, dans le troisième, les affections syphilitiques des muqueuses; dans le quatrième, celles des os et des parties plus profondes. Suivant Astruc, la deuxième lumière de la syphilis, la vérole est commençante ou confirmée, et il en décrit les symptômes dans cet ordre {Traîté

des mal. vén., Paris, 1740, t. 2 et 3), d'après cette double division. Hunter dit qu'il y a différents ordres des parties , relativement au temps de l'apparition des symptômes (part. 6, eh. Il, § 7), et il en distingue trois divisions, auxquelles correspondent ce que l'on nomme en ce moment les symptômes primitifs, secondaires et tertiaires. La division de M. Lagneau participe de celle d'Astruc et de celle deJHunter.

Mais on sait que ces symptômes ne suivent pas un ordre parfaitement constant, que des symptômes secondaires paraissent parfois primitivement, comme les syphilides, les végétations, les plaques muqueuses; d'autres fois tardivement, les tertiaires parfois avant les secondaires ; que les symptômes constitutionnels dits consécutifs se manifestent quelquefois primitivement; que leur apparition à tous varie dans une amplitude de temps assez considérable; que les secondaires paraissent en général de trois semaines à six mois après la contagion ; les tertiaires, de cinq mois à un an, ou plus; les quaternaires, de six mois également à plusieurs années; les quinternaires et sexternaires, ordinairement de neuf ou dix mois à plusieurs années.

Quoi qu'il en soit, de tous ces symptômes, les primitifs et locaux sont les plus contagieux et les plus inoculables avec plaie; les secondaires le sont moins, mais le sont encore, tandis que les autres ne paraissent plus l'être du tout. Mais tous ces symptômes ne naissent pas également les uns des autres ou ne s'engendrent pas également. Ainsi un chancre naît de la contagion d'un chancre et peut engendrer un chancre ou des plaques muqueuses, ou une balanite, ou une urétrite, ou des végétations (Baumes, p. 22), et plus tard des symptômes constitutionnels. Une

blennorrhagie peut être issue d'un chancre, et cependant sa matière n'en produit pas ordinairement par le contact; celle-ci cause desblennorrhagies sur la surface libre des muqueuses, des plaques muqueuses, des végétations (Baumes, p. 258-6 1,32 6). Elle engendre sur le malade lui-même des bubonsqui peuvent suppurer, puis plus tard des symptômes constitutionnels, mais moins souvent que le chancre n'en produit (Baumes, p. 226, 232, 233). Très-souvent les manifestations contagieuses engendrentjlorsqu'elles se transmettent, une manifestation semblable à elles-mêmes.

Théorie. — On fait jouer un grand rôle au virus syphilitique depuis Fernel. Astruc, Hunter, qui aiment tant les explications, les hypothèses, et une foule d'autres syphiliographes , auteurs des plus distingués, parlent du virus absorbé, transporté par les lymphatiques et arrêté dans les ganglions qui se gonflent, comme s'ils le suivaient des yeux dans sa marche ténébreuse, et aujourd'hui qu'on se vante de sévérité, on disserte sur ce virus comme on pourrait le faire sur la route d'un malfaiteur qu'on aurait suivi à la trace et enfin appréhendé au corps.

Nous avons déjà vu que si l'on constate l'existence d'un virus syphilitique mrfen« à l'origine de la plupart des syphilis, on ne peut pas la constater dans l'hérédité et pas toujours dans l'allaitement; que la théorie de l'unicité du virus est insuffisante pour expliquer une foule de syphilis et de symptômes; qu'elle est impuissante à expliquer la non-syphilicité de certaines blennorrhagies et les diverses contagions; pourquoi le virus du chancre, si actif à faible dose, n'ulcère pas les muqueuses circonvoisines à la vulve, au gland, à l'anus, à la bouche, à la peau, à la circonférence des chancres où il se répand; pourquoi il s'arrête dans ses ravages. On sait qu'une

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inflammation, qu'une écorchure aux doigts, au pied suffisent, sans virus, pour causer des gauglionites. Qui donc a prouvé que les ganglionites syphill'tiques viennent d'un virus absorbé ou que ce soit le privilège exclusif des ganglionites du chancre? Qui a prouvé que dans la syphilis constitutionnelle il est partout, dans le sang, le lait, le sperme, etc.? Est-ce que Hunter et les autres l'ont démontré? Et chacun de se faire nouveau chevalier de la Manche, pour courir après ce fantôme, ee farfadet, qu'on ne voit presque nulle part, qu'on ne saisit jamais qu'à son berceau, et presque jamais au foyer de ses ravages. Dans l'embarras de l'expliquer, on» dit aussi que c'est un poison. Mais un poison, en général, vous tue promptement, ou est chassé de l'économie et vous laisse bien portant. Votre virus, au contraire, semble s'attacher plutôt à sa victime pour la torturer que pour la détruire. Enfin, comme on ne le comprend pas, et que lorsqu'on est savant on ne veut pas passer pour un âne, on cache ses oreilles sous son bonnet et on raconte la fable du virus. Cela est arrivé à l'illustre Fernel , au très-savant et trèsillustre Astruc, et même au grand Hunter, qui leur est supérieur à tous deux. — Mais voilà qu'un questionneur malicieux m'invite à dire à mon tour ce que j'en pense? — Eh bien, je déclare que je n'en pense rien, sinon que la théorie du virus syphilitique me paraît insuffisante, impuissante à rendre compte des faits de la syphilis, et que les chancriers, qui se font innavateurs par métier, auraient bien dû ne pas s'enfoncer à ce sujet dans des sentiers aussi battus, sans les nettoyer des assertions hasardées qu'on trouve partout sous ses pas.

Diagnostic. — Il est facile lorsque les antécédents, les causes de la maladie sont bien connus, et qu'elle

se révèle par les manifestations décrites ou indiquées plus haut. Il peut devenir difficile, et même impossible, par l'ignorance où l'on est des causes du mal, et par l'obscurité, le peu de développement ou les caractères équivoques de ses symptômes et de leur marche, par les caractères mentionnés plus haut de la blennorrhagie, du chancre, de la ganglionite suppurée, des plaques muqueuses et des végétations. IVIais alors ne pourrait-on pas se permettre de chercher à inoculer la maladie à une personne saine pour apprécier sa contagiosité spécifique'} Non, car ce serait tout à la fois contraire à la morale et aux lois de tout peuple un peu civilisé, qui protègent toujours l'homme contre le mal qu'on peut lui faire, même involontairement. — Eh bien, ne pourrait-on pas se permettre d*inoculer le malade lui-même, dans une région saine, avec du virus pris sur lui-même, sur les lésions qui le sécrètent, et qui sont indiquées dix lignes plus haut? Si la question m"eùt été adressée avant la première inoculation que Hunter fit si héroïquement sur lui-même en 1767, j'aurais répondu non, sans hésiter. Je l'aurais fait encore après cette expérience et celles qu'il fit postérieurement sur d'autres malades. Mais après les expériences si nombreuses faites par M. Ricord et d'autres, depuis une vingtaine d'années, je dis oui, mais conditionnellement, lorsque l'inoculation est indispensable pour éclairer le diagnostic j non, s'il n'y a pas nécessité absolue. — Et pourquoi me dira-t-on? — Pourquoi? parce que l'inoculation a des dangers. Qui oserait le nier? Ne l'a-t-on pas vue maintes fois causer des chancres difficiles à guérir et subsistant après ceux oii l'on en avait pris le germe? N'a-t-on pas vu nu malheureux élève en médecine, bien portant, égaré par des idées systématiques, s'inoculer au bras

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gauche, et, désespéré après huit mois d'efforts inutiles pour se guérir, s'ouvrir la veine crurale, se percer le cœur et mourir? N'a-t-on pas vu un pauvre ouvrier inoculé à la cuisse, avec le pus d'un bubon qu'il portait, être pris d'un vaste ulcère qui, résistant aux traitements, le plongea dans le désespoir et le poussa à se noyer {Annal.de la Chir. franc., etc., 1842, p. 1 15)? On me dira que c'est exceptionnel 5 je le crois; sans cela, je maudirais inoculation et inoculateurs. Néanmoins, ce fait et une foule d'autres prouvent que l'inoculation a eu ses jours de débauche et de licence. Qui ne sait qu'elle a été employée trop souvent en effet, sans autre utilité que celle de satisfaire une vaine curiosité? Le système des chancriers plaisante les médecins qui , consultés par un homme non-marié, pour une blennorrhagie, ne lui conseillent pas de mercure, et qui le lui ordonnent quand il veut se marier et devenir père de famille» Le système en cela n'est point plaisant du tout et tombe, sans l'apercevoir, en pleine licence. Quand un homme non-marié fait la contrebande de l'amour, si lui ou sa maîtresse est blessé, c'est un peu moins fâcheux que s'il s'agit d'époux légitimes et de leurs enfants. J'approuve donc la prudence, je dis plus, la délicatesse des médecins qui se conduisent ainsi, et tout médecin qui a le sens moral un peu délicat pensera de même.

Le pronostic de la syphilis, sans être grave, reçoit de l'incurabilité spontanée et de la diffusion croissante de cette affection , un caractère sérieux qui ne permet pas de l'abandonner à la nature, même dans les pays chauds où le mal passe pour être infiniment moins sérieux que dans les autres climats. La maladie est aussi d'autant plus grave qu'elle est plus éloignée de son origine, et compliquée de

DE LA SYPHILIS. — TRAITEMENT. 6/l5

symptômes consécutifs plus nombreux. Les symptômes diathésaux sont pour cela même plus sérieux que les primitifs 5 mais parmi eux les plaques muqueuses et les végétations sont des plus bénins.

Prophylaxie. — Tant que nous n'aurons pas de moyens hygiéniques plus commodes et plus efficaces que des lotions acides, astringentes ou uncondom, pour prévenir la contagion syphilitique, il sera du devoir des gouvernements d'en combattre la propagation par des règlements de police. Je crois que si la police avait un bureau destiné à recevoir les plaintes des individus infectés contre les individus qui les auraient infectés ; que si elle publiait et affichait dans les lieux de prostitution une courte et claire instruction populaire sur les caractères des organes génitaux malades -, que si toutes les femmes qui pratiquent la prostitution étaient assujetties à se faire visiter tous les trois jours à la police 5 que si tous les individus étaient assujettis à se visiter réciproquement avant de se rapprocher, sons peine d'amende contre la prostituée ou la maîtresse de maison prostituée, quand l'une ou l'autre aurait accueilli un homme évidemment malade, ou en aurait infecté un autre, ces mesures diminueraient considérablement la fréquence de la syjSiilis, et soulageraient d'autant l'humanité.

Traitement général. Il convient à presque toutes les manifestations de la syphilis primitive ou constitutionnelle. Beaucoup de moyens ont été proposés, mais il en est deux qui dominent tous les autres par leur efficacité réelle : le mercure et l'iodure de potassium. Aussi ne ferons-nous que mentionner sommairement les autres.

Mercuriaux. Ils s'emploient à l'intérieur ou à l'extérieur : 1° à l'intérieur, la préparation qui est la plus

6hk CHAPITRE IV. — MALADIES UNIVERSELLES.

gauche, et, désespéré après huitmois d'efforts inutiles pour se guérir, s'ouvrir la veine crurale, se percer le cœur et mourir? N'a-t-on pas vu un pauvre ouvrier inoculé à la cuisse, avec le pus d'un bubon qu'il portait, être pris d'un vaste ulcère qui, résistant aux traitements, le plongea dans le désespoir et le poussa à se noyer {Annal.de la Chir. franc., etc., 1842, p. 1 15)? On me dira que c'est exceptionnel-, je le crois; sans cela, je maudirais inoculation et inoculateurs. Néanmoins , ce fait et une foule d'autres prouvent que l'inoculation a eu ses jours de débauche et de licence. Qui ne sait qu'elle a été employée trop souvent en effet, sans autre utilité que celle de satisfaire une vaine curiosité? Le système des chancriers plaisante les médecins qui , consultés par un homme non-marié, pour une blennorrhagie, ne lui conseillent pas de mercure, et qui le lui ordonnent quand il veut se marier et devenir père de famille. Le système en cela n'est point plaisant du tout et tombe, sans l'apercevoir, en pleine licence. Quand un homme non-marié fait la contrebande de l'amour, si lui ou sa maîtresse est blessé, c'est un peu moins fâcheux que s'il s'agit d'époux légitimes et de leurs enfants. J'approuve donc la prudence, je dis plus, la délicatesse des médecins qui se conduisent ainsi, et tout médecin qui a le sens moral un peu délicat pensera de même.

Le pronostic de la syphilis, sans être grave, reçoit de l'incurabilité spontanée et de la diffusion croissante de cette affection , un caractère sérieux qui ne permet pas de l'abandonner à la nature, même dans les pays chauds où le mal passe pour être infiniment moins sérieux que dans les autres climats. La maladie est aussi d'autant plus grave qu'elle est plus éloignée de son origine, et compliquée de

symptômes consécutifs plus nombreux. Les symptômes diathésaux sont pour cela même plus sérieux que les primitifs 5 mais parmi eux les plaques muqueuses et les végétations sont des plus bénins.

Prophylaxie. — Tantque nous n'aurons pas de moyens hygiéniques plus commodes et plus efficaces que des lotions acides, astringentes ou uncondom, pour prévenir la contagion syphilitique, il sera du devoir des gouvernements d'en combattre la propagation par des règlements de police. Je crois que si la police avait un bureau destiné à recevoir les plaintes des individus infectés contre les individus qui les auraient infectés ; que si elle publiait et affichait dans les lieux de prostitution une courte et claire instruction populaire sur les caractères des organes génitaux malades-, que si toutes les femmes qui pratiquent la prostitution étaient assujetties à se faire visiter tous les trois jours à la police j que si tous les individus étaient assujettis à se visiter réciproquement avant de se rapprocher, sous peine d'amende contre la prostituée ou la maîtresse de maison prostituée, quand l'une ou l'autre aurait accueilli un homme évidemment malade, ou en aurait infecté un autre, ces mesures diminueraient considérablement la fréquence de la syjtiilis, et soulageraient d'autant l'humanité.

Traitement général. Il convient à presque toutes les manifestations de la syphilis primitive ou constitutionnelle. Beaucoup de moyens ont été proposés, mais il en est deux qui dominent tous les autres par leur efficacité réelle : le mercure et l'iodure de potassium. Aussi ne ferons-nous que mentionner sommairement les autres.

Mercuriaux. Ils s'emploient h l'intérieur ou à l'extérieur : 1° à l'intérieur, la préparation qui est la plus

usitée , c'est le deulo-chlorure de mercure ou sublimé corrosif. On l'administre, tantôt sous forme de solution, 40 centigrammes de sel dans 600 grammes d'eau distillée (liqueur deVan-Swieten), donton donne chaque matin une cuillerée à bouche dans une tasse de lait ou de tisane; ce qui revient à 12 milligrammes environ par dose 5 tantôt sous forme de pilules dont chacune renferme 1 centigramme de sublimé, et dont on prend d'abord une, ensuite deux par jour si on n'en souffre pas. Ce médicament irrite parfois l'estomac , provoque des nausées et même des vomissements. Aussi est-il bon de lui associer l'opium ou de le suspendre de temps en temps, deux ou trois jours. J'emploie habituellement de cent à cent cinquante pilules assez semblables à celles dites de Dupuytren, et composées chacune de sublimé et opium, de chaque I centigramme, extrait de salsepareille 15 centigrammes. J'en fais prendre d'abord une dans les vingt-quatre heures, puis deux si l'estomac le permet. Le traitement dure de deuxà trois mois. Quand l'opium éteint Fappétit, je le supprime ou je le diminue; quanta l'extrait de salsepareille, il agit avantageusement comme sudorifîque. Le deuto-chlorure peut encore être adminislré sinvant la méthode de Dzondi, à doses fractionnées, S centigrammes en vingt-quat»e pilules, dont le maladeprendd'abord une, puis, en augmentant graduellement, jusqu'à dix, douze et même plus. Le proto-chlorure est rarement usité ; il paraît cependant avoir réussi adûiinistré, comme dans le cas précédent, à doses réfractées, 5 centigrammes avec sucre, 5 gr. en douze paquets, à prendre dans les vingt-quatre heures; mais il provoque très-facilement la salivation.

x4près le sublimé, le proto-iodure de mercure est, depuis Biett, la préparation mercurielle la plus em-

ployée, surtout daos les syphilides et autres manifestations secondaires. On le donne en pilules de 2 à 5 centigrammes, dont ou arrive facilement à prendre deux par jour. Ce composé porte moins à la salivation que le calomel, moins même que le sublimé; il cause rarement des coliques et de la diarrhée. M. Giberl a, dans ces derniers temps, beaucoup vanté le deuto-iodure de mercure, associé à l'iodure de potassium, et donné en sirop ou en pilules, à la dose de 1 centigramme par jour.

f Quant au mercure vif, au cyanure de mercure et quelques autres composés, ils sont très-rarement ordonnés.

2° A Vextérieur, les mercuriaux s'emploient surtout sous forme de//vc;ioî2s ; autrefois très-usitées, maintenant très-peu, surtout dans l'école de Paris. Elles se font avec l'onguent mercuriel (mercure vif et axonge, parties égales), à la dose de 2 à 4 grammes, à la partie interne des cuisses, devant un feu doux, et avec la main nue si c'est le malade qui se frictionne luimême, ou gantée si c'est un étranger, et jusqu'àceque l'onguent soit absorbé, que la peau devienne sèche, ce qui exige huit à dixminutes. On suspend ordinairement pendant un jour, tous les quatre ou cinq jours. Cette méthode expose beaucoup à la salivation, à des éruptions vésiculeuses. On y a cependant quelquefois recours quand les voies digestives se refusent à l'usage intérieur du mercure. On a aussi simplifié le mode d'administration, en faisant seulement des onctions sur le gland et la face interne du prépuce (Torreilhe); en faisant déposer chaque soir 4 grammes d'onguent mercuriel dans le creux de l'aisselle, où il est rapidement absorbé (Scatigna).

Les bains de sublimé sont à peu près généralement abandonnés j cependant M. Trousseau les regarde

comme très-bons dans la syphilis des jeunes enfants (V. plus bas). Les fumigations avec le cinabre que l'on fait volatiliser sur des charbons ardents, et dont le malade reçoit les émanations dans une boîte qui le renferme, à l'exception de la tête, sont très-communément employées, surtout dans les manifestations cutanées de la syphilis. On brûle ainsi 2 à 4 ou 6 gr. de cinabre dans une boîte chauffée à 45». Ce moyen peut être appliqué localement, à l'aide d'appareils particuliers. Il faut ranger parmi les fumigations mercurielles les pipes et cigarettes à la manière indienne, et que l'on compose de différentes manières. Ainsi 60 grammes de sulfure rouge de mercure pulvérisé pour 500 grammes d'herbes aromatiques, hachées à la façon du tabac, avec addition de 8 à 10 grammes d'opium, et 60 grammes de gomme : on fume ce mélange dans des pipes. C'est le procédé employé dans l'Inde. Ici on imbibe des cigarettes faites de feuilles de tabac privé de nicotine par macération dans de l'eau acidulée, avec une solution de 4 centigrammes de deuto-chlorure de mercure, et 2 centigrammes d'opium. Ce moyen convient surtout dans les ulcérations syphilitiques de la gorge. Quant aux autres moyens extérieurs, tels que pommades, lotions, etc., ils s'appliquent aux différentes formes de la syphilis. Ce n'est pas le lieu d'en parler ici.

L'usage des mercuriaux peut produire certains accidents dont le praticien doit être averti. Le plus commun est la salivation, regardée autrefois comme très-avantageuse, parce que l'on voyait là un mouvement dépurateur, mais justement regardée aujourd'hui comme un accident fâcheux qu'il faut éviter et combattre au moindre symptôme qui l'annonce. Les mercuriaux produisent encore des ulcérations aux gencives, qu'il faut bien se garder de confondre avec

les accidents réellement syphilitiques, comme l'ont fait les adversaires du virus, qui attribuaient aussi au mercure des phénomènes consécutifs, tels que les exostoses, les périostoses, les douleurs ostéocopes, etc.; enfin l'hydrargirie ou éruption vésiculeuse, sans gravité. Il faudra donc surveiller attentivement l'état de la bouche pendant l'emploi des mercuriaux, les suspendre à la moindre menace de salivation, et, s'il le faut, changer le mode d'administration et la nature de la préparation. On sait que les substances qui produisent le plus souvent ces accidents sont d'abord le calomel, puis les frictions avec l'onguent napolitain, le mercure coulant ou oxidé, puis, en dernier lieu, le sublimé et les iodures. De là, la préférence généralement accordée à ces derniers.

Il est aussi certaines précautions qu'on recommande de ne pas négliger. Si le malade est vigoureux, pléthorique, il en est qui font précéder le traitement d'une émission sanguine ou tout au moins d'un régime rafraîchissant 5 si, au contraire, il est faible, débile, cacochyme, on commencera par relever les forces au moyen d'un régime réparateur, des ferrugineux, du séjour à la campagne, etc. Si le traitement a lieu forcément pendant la mauvaise saison : précautions attentives pour éviter le froid, vêtements chauds, secs, fréquemment renouvelés; usage de la flanelle sur la peau, etc. Du reste, dans tous les cas, pas de veilles, de fatigues. Faut-il proscrire les stimulants, tels que liqueurs, café, etc.? Cela n'est pas fondé sur des observations précises, si ce n'est dans le cas de blennorrhagie.

Enfin, il faut se rappeler que le mercure, si puissant pour combattre les accidents consécutifs, ne les prévient pas toujours, même quand il a été convena-

blement administré et pendant un temps suffisant^ c'est-k-dire pendant six semaines au moins, et deux ou trois mois , ou même davantage , dans les cas de sypbilis invétérée ; que la guérison des accidents secondaires par le même moyen n'a pas empêché la manifestation d'accidents postérieurs, et même, dans des cas beaucoup plus rares, la récidive d'accidents secondaires; enfin que, dans beaucoup de cas, il est nécessaire de changer la nature et le mode d'administration du mercure, quand, par exemple, une première prépararation, administrée d'une certaine manière, a échoué.

îf mitres préparations minérales, des sels d'or, d'argent, le bichromate de potasse et une foule d'autres substances, ont été présentées comme pouvant suppléer le mercure dans le traitement des accidents primitifs et consécutifs. Mais, excepté peutêtre l'or, préconisé par un médecin distingué de Montpellier, le docteur Chrestien, les autres n'ont jamais été franchement adoptées par les praticiens : tous ont préféré s'en tenir au mercure dont, malgré quelques accidents aisés à éviter, l'administration est facile et suivie d'avantages désormais incontestables.

Pendant le règne éphémère de la médecine dite physiologique, alors que l'on niait l'existence du virus vénérien, le dieu des syphiliographes, quelques personnes, entraînées par l'esprit de système, traitèrent les manifestations syphilitiques primitives et consécutives par la seule méthode antiphlogistique. On obtint ainsi, il est vrai, des guérisons, mais les fâcheuses conséquences de cette méthode ne tardèrent pas à se faire sentir. Aussi , les moyens antiphlogistiques , abandonnés comme moyen principal de traitement, ne furent-ils plus employés que comme utile

auxiliaire quand des symptômes ou des complications inflammatoires se présentaient.

Plus anciennement, dans le XYP siècle, des médecins, épouvantés des désordres que produisaient souvent les mercuriaux, alors mal administrés, et séduits par quelques avantages fournis par les sudorifiques mmvellement importés en Europe, les proposèrent comme méthode unique de traitement. C'est réellement là un moyen très-utile et qui est habituellement employé sous différentes formes : sirop de salsepareille simple ou composé (sirop de Cuisinier), tisanes de gayac, de sassafras, etc., en même temps que l'on administre le mercure. On peut les associer plus directement à cette substance comme dans la tisane de Zittmann, ou bien au sulfure d'antimoine, comme dans les tisanes de Vinache, de Vigaroux , de Feltz, d'Ârnoud, etc. — L'opium n'est encore qu'un auxiliaire utile pour reposer de l'abus ou de l'usage trop prolongé des mercuriaux, pour neutraliser Taction trop irritante de ceux-ci, calmer des douleurs nocturnes, etc.

Vient enfin Ciodure de potassium. Déjà les préparations d'iode avaient été employées, dès 1830, par Lugol, et avec succès, contre la syphilis constitutionnelle (IIP Mémoire, p. 156 et suiv.). Déjà l'iodure de mercure avait été , vers la même époque , appliqué avantageusement par Biett aux syphilides, lorsqu'eo 1836, le doct.Wallace, de Dublin, publia, dans la Lancette anglaise, des leçons cliniques sur le traitement de la syphilis par l'iodure de potassium. Les succès qu'il annonçait excitèrent l'attention des syphiliographes, et les expériences tentées dans les hôpitaux spéciaux ayant confirmé pleinement les assertions du médecin irlandais, cette préparation entra largement dans la thérapeutique des afl'ections vécé-

rienoes. De faits mille et mille fois répétés, il résulte que l'iodure de potassium, sans effet dans les symptômes primitifs, peu utile, mais pouvant quelquefois réussir là où le mercure avait échoué contre les symptômes secondaires , jouit d'une incontestable efficacité dans les symptômes tardifs, et plus particulièrement contre les lésions osseuses, les ulcérations invétérées, etc., etc. On peut, du reste, employer l'iodure avec les mercuriaux simultanément ou successivement, suivant les indications particuticulières. L'iodure de potassium s'administre ordinairement à la dose de 50 centigrammes à 1 , 2 grammes, ou même plus ; mais il est rarement nécessaire de dépasser 2 grammes, et, le plus ordinairement, 1 gramme par jour, en deux fois, dans une tasse ^de lait ou de tisane, suffit.

La plupart des praticiens reconnaissent aujourd'hui que l'on peut, que l'on doit même traiter les femmes grosses atteintes de syphilis, et que le fœtus est accessible à l'action des remèdes pris par la mère. Les cas d'avortement, attribués à la médication, doivent être bien plus tôt mis sur le compte de la maladie principale. Seulement, l'emploi des mercuriaux doit, ici, être très -attentivement surveillé, à cause de l'intolérance si fréquente des organes digestifs, surtout pendant les premiers temps de la grossesse; aussi, comme l'a indiqué M. Devilliers fils {Acad. de méd., 28 oct. 1851), est-on parfois obligé de recourir aux frictions mercurielles convenablement ménagées. On a remarqué que le traitement était d'autant plus efficace que l'affection était plus profonde et plus compliquée. II en est de même pour les enfants à la mamelle; s'ils tettent, on fait prendre à la mère, chaque jour, une dose ordinaire d'une des préparations mercurielles ci-dessus ; mais, s'ils

ne tettent pas, on lui fera prendre, dans du lait ou dans du sirop, 1 ou 2 milligrammes de deuto-chlorure de mercure. On pourra aussi employer les bains de sublimé , 1 gramme de sel dissous dans 6 grammes d'alcool, pour un petit bain dans lequel l'enfant restera dix à douze minutes {BuUet. de thérap., t. XXXI, p. 216). L'iodure de potassium peut encore être administré avec avantage, suivant la nature des accidents.

Traitement local. C'est celui qui convient aux accidents locaux. Nous n'avons à nous occuper ici que du chancre, du bubon, des pustules ou plaques muqueuses et des végétations.

Le chancre primitif simple doit-être attaqué immédiatement parla cautérisation avec le nitrate d'argent, à laquelle on faitsuccéder les émoUients, bains locaux et lotions ou applications émollientes, si le chancre est enflammé. Cette cautérisation doit être répétée et variée plusieurs fois. On peut aussi panser le chancre avec delà charpie enduite d'une pommade mercurielle à l'iodure de mercure, au calomel, etc., avec une solution d'opium , si les douleurs sont très-vives. Ces cautérisations sont surtout avantageuses dans le phagédénisme. On pourra même appliquer en permanence de la charpie imbibée d'une solution plus ou moins concentrée de nitrate d'argent. Les ulcères invétérés sont encore attaqués parla cautérisation, soit avec la pierre infernale, soit avec le nitrate acide de mercure, les pansements à l'iodure de mercure, etc.

Du bubon. Il faut tâcher d'en obtenir la résolution au moyen des antiphlogistiques, émissions sanguines générales et locales, applications émollientes, bains de siège, etc., quand il est enflammé; et des fondants, des pommades et onguents mercuriaux, des préparations iodiques, de l'emplâtre de Vigo, de la compres-

sion, etc., quand il est indolent. Enfin on a proposé de fendre sous la peau la coque celluleuse du ganglion, quand il est bien isolé et seul malade. Quand ces moyens n'ont pas réussi, que la suppuration se manifeste, que faut-il faire?... Le vésicatoire, que certaines personnes emploient comme résolutif, a été conseillé par M. Reynaud, de Toulon, pour faire évacuer l'abcès par une sorte de transsudation.

Un vésicatoire, de la grandeur d'une pièce de 10 sous à 1 franc, est placé dans le point fluctuant de la tumeur, puis, l'épiderme enlevé, on applique un plumasseau de charpie imbibé d'une solution de sublimé (l gramme de sublimé pour 30 grammes d'eau distillée). Deux heures après, une escarre superficielle est formée 5 on la recouvre d'un large cataplasme éraollient. Au bout de trente-six à quarantehuit heures, pendant qu'elle commence à se détacher, un liquide séro-purulent filtre à travers le derme aminci, le bubon revient sur lui-même, et l'inflammation adhésive excitée par le vésicatoire en favorise la guérison. Un second vésicatoire est quelquefois nécessaire pour obtenir une oblitération complète. Ce moyeu a souvent très-bien réussi, mais il est trèsdouloureux. D'autres auteurs lui préfèrent l'ouverture large au moyen de la potasse caustique, du bistouri, ort les ponctions multiples avec une lancette, ou le cautère effilé rougi k blanc, etc. Quant à moi, je préfère le bistouri lorsque le bubon est aigu, le caustique lorsqu'il est indolent, et il m'est arrivé d'extirper, avec succès, les parties malades pour mettre un terme à des bubons suppures indurés devenus fistuleux et incurables.

Les pustules plates ne réclament que des lotions émollientes, ou légèrement résolutives, ou astringentes, de sulfate d'alumine et de potasse, de sous-

acétate de plomb, de chlorure de soude ou d'acide liydroclilorique. Si elles résistent, des cautérisations superficielles avec le nitrate d'argent, des pansements, des onctions avec les pommades à l'iodure de mercure ou au caiomel, en font assez promptement justice.

Enfin les végétations seront réprimées, soit avec la pierre infernale, soit avec la poudre d'alun seule ou mélangée avec la poudre de sabine, comme le veut M. Vidal, soit avec une solution saturée de bichromate de potasse, suivant la pratique de M. Puche. D'autres enfin veulent les extirper avec l'instrument tranchant 5 mais les autres moyens réussissent ordinairement, et les malades les préfèrent à l'opération sanglante. Cependant celle-ci étant plus sûre et plus prompte pour les détruire, quand le malade supporte bien le chloroforme, on peut très-raisonnablement recourir à l'excision.

Conclusions. — Ainsi, toujours mystères et ténèbres sur l'horizon de la syphilis, au lieu de l'éclatante lumière partout annoncée par le système chancrier; assertions contradictoires, absolues et fausses de constance et de variations; expérimentations poussées jusqu'à une sorte de licence et de débauche d'inoculations; confusion des faits avec les prétendues lois qu'ils suivent dans leur développement et leur accomplissement ; sévérité extrême et aveugle pour les autres, qui ébranle le système lui-même et le ruine, à cause qu'en rejetant les observations incomplètes sur l'état du vagin, il en rejette une foule des siennes nulles ou incomplètes sur l'état d'une foule d'organes plus profonds que nous ne pouvons examiner et apprécier; observations incomplètes et bouffonnes qui compromettent la vérité; enfin, contagion et inoculation prouvées un grand nombre de fois pour la

blennorrhagie, la balanite, les plaques muqueuses, l'ecthyma, les végétations, les affections secondaires en un mot, malgré les assertions du système; doctrine des bubons également fausse et hypothétique, doctrine théorique du virus admise sans critique dans toute la syphilis constitutionnelle, comme pour les bubons inoculables -, divisions insuffisantes dans l'ordre chronologique des accidents, tels sont, surtout, les faits que j'ai voulu rectifier dans cette histoire abrégée de la syphilis.

Historique. — L'origine de la syphilis est environnée de ténèbres épaisses. Suivant les uns, ce serait une maladie connue et décrite de toute antiquité 5 suivant les autres, une affection moderne et datant seulement de la fin du XV siècle. La syphilis a-t-elle été réellement connue dans l'antiquité et au moyen âge? On a invoqué à cet égard Moïse, Hippocrate, Celse, Galien, les poètes satiriques et les historiens anciens. Il y est bien question en effet d'écoulements, de poireaux, de verrues, de rhagades, etc., aux parties génitales et à l'anus ; mais ce sont là des affections locales, indépendantes de la syphilis, dues à des causes irritantes, locales elles-mêmes, à la malpropreté, à des excès de libertinage. Les auteurs du moyen âge n'ont pas plus d'autorité. Les fameux statuts de la reine Jeanne sur les maisons de prostitution d'Avignon, sont un document apocryphe, créé de toutes pièces par des plaisants pour mystifier Astruc- Chose digne de remarque ! les écrivains de la fin du XVe siècle et du commencement du XVI» (époque à laquelle parut la syphilis), Gaspardo Torello, Jos. Gremdpeck, Alex. Benedetti, Nie. Leoniceno, Ant. Benivieni, J. de Vigo, etc., etc., s'attachent à distinguer les lésions déjà connues et signalées par les anciens, et dont les parties génitales

peuvent être le siège, des lésions récemment observées par eux. Tous s'accordent à regarder ces dernières comme s'étant montrées pour la première fois vers 14 95, en Italie, pendant que les arraéesitalienne, espagnole et française étaient en présence. De là, divers noms qui furent alors imposés à la maladie, chaque nation l'attribuant naturellement à la nation ennemie; pour les Français, c'était le mal de Naples; pour les Italiens, le mal français. Mais d'autres prétendent que la maladie s'est montrée, à la fois, en Europe sur plusieurs points très-éloignés. D'oîi venait donc ce mal, mal inconnu, terrible, dont on ignorait d'abord la cause contagieuse, mais qu'on sut bientôt être puisé à la source des voluptés de l'amour?

Les uns y ont vu une dégénération de la lèpre, si commune depuis les croisades 5 les autres, une importation des nouvelles colonies espagnoles en Amérique. Une dégénération de la lèpre? Mais, d'abord il faudrait que celle-ci fût bien réellement et facilement contagieuse, ce qui n'est pas; et comment aurait-elle dégénéré, changé de nature si subitement? Ne la voyons-nous pas encore tous les jours avec les caractères si nets, si franchement accusés qui lui ont été attribués de toute antiquité? N'a-telle pas toujours la même marche essentiellement chronique? S'accompagne-t-elle jamais, est-elle jamais précédée de lésions aux parties génitales, de chancres, d'écoulements aigus, de bubons?... Il n'y a donc aucune espèce de rapport entre la lèpre et la syphilis. Quant à l'origine américaine du mal, appuyée par le savant Astruc d'un concours de preuves très -nombreuses et très- habilement coordonnées, elle compte un grand nombre de partisans. Et cependant, malgré tant de docu-

6f58 CHAPITRE IV. — ^ MALADIES CHIRURGICALES.

ments, en dépit de ce féroce et avide Gonzalve Fernandez d'Oviedo, contemporain de Christophe Colomb et directeur des mines d'Hispaniola, qui attribue l'origine de la syphilis aux indigènes des Antilles -, en dépit de la filiation que l'on a cru pouvoir suivre entre le retour des compagnons de Christophe Colomb en Espagne et leur présence en Italie dans les armées de Gonzalve de Cordoue , beaucoup d'esprits sérieux ont conçu des doutes sur ce point de départ, et les preuves qu'ils apportent de leur côté, les témoignages qu'ils invoquent, sont assez puissants pour jeter de nouveau la confusion dans toute cette histoire.

Quoi qu'il en soit, c'est bien réellement depuis la fin du XV* siècle que la syphilis a été reconnue et décrite. Comme on le comprend , ce furent les phénomènes consécutifs, les syphilides, les ulcérations, les caries, les douleurs ostéocopes , peut-être plus violentes alors qu'aujourd'hui, surtout en l'absence de moyens curatifs, qui frappèrent d'abord l'attention des premiers syphiliographes ; ce n'est guère qu'à partir de 1520 que l'on voit appréciés et reconnus les phénomènes que nous appelons primitifs : les chancres, les bubons, etc.

Quant aux détails plus approfondis que l'on pourrait désirer sur cette question, nous ne pouvons que renvoyer à l'ouvrage d'Astruc, dont la partie historique renferme une foule de documents du plus haut intérêt, et dont lesdescriptions méritent ericore aujourd'hui d'être consultées; à Sprengel {Hist. de la méd.. H, p. 375, 499, trad. par Jourdan). Nous citerons ensuite le livre si original de Hunter, rempli d'explications ingénieuses, bien que tropsouvent hasardées; les traités de Swédiaur et de M. Lagneau, empreints d'un caractère tout pratique. Ceux de MM. Desruelles,

Jourdan, ont été écrits dans les idées de la doctrine physiologique et n'en valent pas mieux; ceux de M. Ricord dans les principes du système chancrier, composé d'idées prises à Hunter, Hermandez, etc., reproduisent toujours les mêmes hypothèses; celui de M. Baumes dénote un esprit supérieur et un observateur des plus distingués.

En finissant, je ne puis m'empêcher de faire observer que si je me suis montré si sévère ici, pour les partisans de l'omnipotence du chancre, comme dans la discussion qui vient d'avoir îieu sur la syphilis, à l'Académie de médecine (septembre et octobre 1852), ça été par devoir. Je savais bien que je n'avais rien à gagner dans cette désagréable besogne, si ce n'est beaucoup d'injures et de calomnies, et de semblables récompenses n'enflamment pas l'émulation. Si ceux qui se sont chargés de me faire si noir, pour avoir osé lever un coin du voile qui cache la vérité, ne sont pas bien récompensés, ils font, j'en conviens, une besogne bien plus triste que la mienne. Pour moi, j'ai du moins la satisfaction d'un devoir accompli avec dévouement pour la vérité et l'humanité. Dans tous les cas, je me bornerai à dire à mes détracteurs, pour compléter le tableau de ma méchanceté : plus de dix fois dans ma vie, je me suis vengé des adversaires qui m'avaient leplus cruellement outragé, non-seulement en oubliant leurs torts, mais encore en votant pour eux et défendant leurs droits quand ils me paraissaient l'avoir mérité par leurs travaux ou leur talent. Et chose remarquable! au moment où je donne le bon à tirer de cette feuille, j'apprends qu'un de ces obligés, M. Dubois d'Amiens, vient de me témoigner sa reconnaissance par un nouvel outrage. Je le remercie de me fournir l'occasion d'un nouvel acte de générosité.

Elles sont généralement produites, comme nous l'avons déjà dit, par des agents extérieurs, et quelquefois par des organes intérieurs agissant mécaniquement sur l'économie animale, par des musclés déterminant des ruptures, des fractures, des luxations, des hernies, etc., qui sont des lésions complexes, physiques, vitales, etc. Si le froid et la chaleur ne déterminaient qu'une sorte de maladie, des inflammations ou de la gangrène, nous n'aurions pas attendu ce moment-ci pour donner la description de quelques-uns des effets morbides de ces agents; mais comme ceux de ces effets qui nous intéressent en chirurgie et que nous devons décrire d'une manière spéciale sont plus nombreux, plus variés et complexes, nous n'avons voulu aborder ce sujet qu'après en avoir déjà étudié tous les éléments en général. C'est donc dans les maladies chirurgicales que nous placerons les brûlures et les froidures, parce que celles-là réunissent en général, avecdeslésions physiques, mécaniques, des lésions nerveuses, inflammatoires, gangreneuses, organiques, diathésales, qui en font en général les maladies les plus complexes. C'est aussi pour cela que nous les étudions les dernières ; nous marchons ainsi du simple au composé. On prévoit que les blessures, les contusions, les plaies trouveront nécessairement place dans ce chapitre, parce qu'elles sont très-générales 5 mais les fractures, les luxations, les hernies, etc., ne sont pas assez générales pour que nous les y réunis-

DE LA BRULURE. 661

sions. Elles se rapportent à la pathologie spéciale des différents appareils organiques.

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