‹ Deuxième monographieChapitre 48 sur 59 · DE LA CONTUSION · texte numérisé non relu

DE LA CONTUSION

Attrition de nos tissus, à divers degrés, mais toujours au moins avec ruptures, déchirures intérieures des tissus et infiltrations sans ou avec épanchement de sang plus ou moins considérable, sans solution de continuité aux téguments.

Causes. — Forces contondantes d'une énergie médiocre, compression, pincement, coup de poing, de pied d'homme, chute de hauteur d'homme; forces plus énergiques : coup de pied de cheval, force contondante extrêmement puissante, chute d'un lieu très-élevé sur le pavé, contusion par un projectile de guerre, de machine à vapeur, etc. Tantôt ce projectile est emporté par un mouvement simplement progressif, tantôt il tourne en même temps sur luimême, comme cela a lieu dans les balles, les biscaïens, les boulets, etc. Les effets varient 1° suivant le volume, la forme, l'intensité du mouvement et la vitesse de ces agents; 2° selon le mode spécial de résistance de la partie ou des parties frappées, selon qu'elles résistent plus ou moins : par mouvement de céder, en pliant comme le roseau sans se rompre; par ressort, en repoussant le corps contondant, ainsi qu'on le voit dans un plateau de marbre qui repousse la

bille tombée à sa surface, et qui pourrait bien être le même phénomène que le précédent; par transmission de mouvement, comme il arrive aux pieds et à la Jambe lorsque, tombant sur les pieds, le mouvement se transmet par les pieds, les jambes, les cuisses aux parties supérieures-, par la cohésion, l'adhérence, la ténacité des particules constituantes des tissus. On doit comprendre, sans que j'entre dans les détails, que chacune de ces résistances étant différente, les effets des contusions doivent varier aussi.

Caractères anatomiques des parties contuses. — Lésions à l'état unique ou multiple, des tissus et de leurs vaisseaux capillaires rompus dans une ou plusieurs parties, ce qui rend ces lésions simples ou complexes. Siège superficiel dans la peau, le tissu cellulaire souscutané ou profond, dans les muscles, les parties articulaires, les os, les vaisseaux capillaires, les vaisseaux plus considérables, les nerfs ou les viscères. — Étendue plus ou moins considérable, parfois dans une direction déterminée. — Nature, solution de continuité à différents degrés en profondeur, en largeur et en longueur des vaisseaux capillaires, du tissu cellulaire et des parenchymes, avec infiltration ou épancheraent de sang, de lymphe et parfois d'autres matières, telles que les matières intestinales, la bile, l'urine, etc., qui se laissent voir et sentir plus ou moins distinctement, suivant leur profondeur.

l^r Degré. Déchirure des vaisseaux capillaires, légère infiltration sanguine résorbable , noire ou violacée dans les premiers jours, quand elle est superficielle et visible, jaunâtre vers la fin de l'infiltration, quand elle est en grande partie résorbée et qu'elle n'est pas trop profonde.

2^ Degré. Bosses sanguines avec infiltration ou épanchement, de la grosseur d'un pois à un œuf de pi-

DE LA COx\TUSION. 705

geon, avec rupture de vaisseaux capillaires seulement, comme ou le voi t ordinairement dans les bosses sanguines de la tête chez les enfants. Consistance de ces bosses molles dans les régions ou les tissus qui couvrent répanchement sont lâches, extensibles et le sang épanché dans une cavité du tissu cellulaire 5 dures dans le cas où le sang est infiltré dans un tissu cellulaire dense, comme le sous-cutané du crâne, de la face sous-cutanée du tibia 5 dures a la circonférence et molles au centre quand le sang est infiltré à la circonférence, épanché au centre. Ces bosses sont d'ailleurs résorbabies OU suppurabtes.

3^ Degré. Êpanchements sanguins, presque toujours suppurables, mous ou durs, suivant la laxité des tissus qui les couvrent.

4^ Degré. Rupture de vaisseaux plus ou moins volumineux, avec infiltration et épanchement de sang plus ou moins considérables, sans solution de continuité des téguments.

5^ Degré. Broiement des parties molles, sous-cutanées" ou profondes, avec lésion de viscère creux, avec infiltration, épanchement de sang et d'autres matières, sans solution de continuité de la peau , comme lorsque le foie, les intestins, etc., ont été déchirés par le passage d'une roue de voiture qui n'a point rompu les parois du ventre et notamment la continuité de la peau , parce que celle-ci a résisté par un mouvement de céder.

6^ Degré. Broiement des os, tandis que les téguments ayant encore cédé n'ont point été déchirés. C'est ce que l'on observe parfois à la suite d'un coup de canon, dans lequel le boulet a roulé sur un membre ou le tronc sans y laisser de plaie ; quelquefois cependant à ce degré, et «iéme à des degrés moins élevés de contusion, il peut y avoir quelque escarre à la peau.

Symptômes. — Locaux : Douleur parfois très-vive au moment du pincement, de la compression d'un doigt, par exemple, d'une morsure de la peau par un cheval; d'autres fois, douleur obtuse ou à peu près nulle, par une balle qui blesse sans qu'on s'en aperçoive dans la chaleur d'un combat. Ecchymose ou tache violacée plus ou moins foncée, suivant la finesse de la peau, la laxité des tissus; noire aux paupières, et surtout à la vulve, au scrotum; gonflement dur ou mou de la région blessée; fluctuation plus ou moins distincte avec sensation de frottements sourds, produits par le déplacement rude des caillots sanguins, qui fuient et se dispersent, en s'écrasant, sous la pression des doigts; quelquefois emphysème. "Quelquefois engourdissement, commotion locale, ou même insensibilité générale et mort immédiate, par suite des déchirures ou des broiements profonds et de la commotion générale.

Fonctionnels : Troubles variables, suivant les organes lésés, et qui sont même les causes de la mort immédiate dont nous venons de parler.

Généraux ou sympathiques : Nuls dans les contusions peu étendues et peu graves, par suite du peu d'importance des parties blessées ou de la légèreté de la lésion ; considérables dans les contusions importantes par l'étendue, par le nombre des parties lésées et la gravité des lésions ; ainsi symptômes d'engourdissement, d'insensibilité, de stupeur, de commotion, dans certains cas ; d'irritation, de souffrance, et de fièvre dans d'autres.

Marche. — Dans la contusion du 1^^ degré, ecchymose et gonflement modérés qui se forment promptement; ecchymose d'abord peu foncée, mais qui devient promptement violette, noire, et se forme souvent à une certaine distance de la partie frap-

Di; LA CONTUSION. 707

pée, dans un lieu plus déclive, dans un endroit oîi rinfiltralion du sang qui la produit est favorisée par du tissu cellulaire lâche, oiji arrêtée par des adliér rences. C'est ce que l'on voit ordinairement aux paupières, à l'œil, à la suite de coups reçus aux environs du sommet de la tête; aux membres oii l'ecchymose gagne la partie inférieure , quand les malades laissent le membre dans une situation verticale, ou derrière les membres et derrière le tronc, quand les malades se couchent sur le dos (Pelletan, Clin, cil., t. II, p. 119, 126). Ordinairement, résorption en dix, ou quinze et même soixante jours, suivant la quantité et la profondeur du sang- épanché ou infiltré; extension de l'ecchymose, qui devient d'un jaune de plus en plus clair et disparaît. L'ecchymose présente parfois une figure qui a assez d'analogie avec le bâton, les dents, qui ont produit la contusion, pour qu'on puisse en reconnaître l'instrument.

Dans la contusion du 2^ degré avec bosse sanguine^ extension par imbibition et par progression déclive plus bornées; résorption possible, mais inflammation et su[)puration possibles aussi, qui donnent alors un pus mêlé de caillots sanguins et de sang dissous.

5^ degré avec grand épanchement sanguin, — Phénomènes analogues à ceux du 2* degré, résorption, encore possible, surtout par les émissions Sianguines, mais lente et longue, quelquefois ?i.xae transformations df.^ caillots de sang n^aj connues (Velpeau, 7hès$ de 1843), ou iPafij^mniat^p.n et suppuration l^^ ^ales, même ^ï^^^a fièvre tr§s=po§^lblfâ.

é^ m.(/re, ^ Déchirure de vaisseaux. Symptômes lô- "càûx d'infiltration et d'épanchements sanguins, avec inflammation, suppuration, phlébite, lymphite, gangrène et mort possibles. (F. plus bas, plaies des vaisseaux et hémorragies internes.-)

5^ degré de coniusion. — Broiement des parties molles; mêmes symptômes et même terminaison possibles que dans le cas précédent, mais avec symptômes fonctionnels plus variés et relatifs aux viscères déchirés.

Coniusion au Q" degré. — Broiement des os, ostéite, inflammation , suppuration , phlébite , lymphite , phlegmon difi'us; quelquefois gangrène, mort, trèsrarement guérison sans amputation; j'ai pourtant une pièce qui le prouve. (V. fractures comminutives, à la 3^ monographie.) Les effets immédiats et les effets consécutifs des contusions sur les divers tissus et dans les différents organes seront exposés dans la pathologie spéciale à chacun des appareils auxquels ils appartiennent.

Le diagnostic est facile lorsqu'on a des renseignements exacts sur la cause et l'époque de la contusion, qu'elle est superficielle, que les caractères en sont prononcés et en harmonie avec le temps qui s'est écoulé depuis la contusion, lorsqu'on le sait. Le diagnostic est difficile quand, manquant de renseignements exacts, on cherche, d'ailleurs, à tromper le chirurgien, comme ce n'est pas rare; alors, pour ne pas s'en laisser imposer par la couleur, par des taches destinées à simuler des ecchymoses, il faut soigneusement laver la peau, l'examiner et explorer les parties sous-cutanées avec la plus grande attention. Le diagnostic est même difficile ou impossible quand les contusions sont profondes et n'ont pas lésé sensiblement de viscères importants. Alors, les symptômes fonctionnels, qui pourraient prévenir le chirurgien, font défaut, et il peut s'endormir parfois dans une dangereuse sécurité.

On distingue, d'ailleurs, des taches de la gangrène, l'ecchymose des contusions parce qu'elle est

Page 1