PLAIES DE LA RAGE
la nature qui donne aux carnivores avec le virus le penchant propre à le mettre en usage. La rage de l'homme ne paraît pas contagieuse (Exp. de Giraud, Girard, Paroisse, Bezard, qui n'ont pu l'inoculer).
On ne sait que très-peu de choses sur les circonstances qui font naître la rage spontanée chez les animaux, maladie rare dans les régions polaires etéqualoriaies et commune dans la zone temporée, plutôt pendant l'été que pendant l'hiver. Des relevés faits par Trolliet {Nouv. traité de la rage) démontrent que le plus grand nombre de chiens enragés a été observé en mai et en sei3tembre, et pour le loup, en mars et avril, saison du rut, surtout quand le besoin de l'union des sexes ne peut être satisfait.
Le virus rabique ne se trouve que dans la bave. C'est vainement que l'on a inoculé le sang d'animaux enragés. Des anatomistes (Marjolin, Ândral) se sont piqués ou coupés en disséquant des cadavres d'hommes ou d'animaux morts de cette maladie; il n'en est rien résulté. Le virus, pour agir, doit être déposé sur une surface dénudée, et c'est presque toujours par une morsure.
Caractères de la rage chez le chien. — Tristesse, abattement, recherche de la solitude, perte de l'appétit et de la soif, poil terne, voix sourde et rauque, abandon du domicile de son maître, démarche tantôt rapide, précipitée, tantôt incertaine et chancelante 5 gueule entr'ouverte remplie d'une bave écumeuse, langue pendante, yeux brillants, hagards, enflammés; queue basse; il se jette sur les hommes et les animaux qu'il rencontre pour les mordre, surtout pendant les accès convuîsifs qui se renouvellent plus ou moins souvent; c'est alors qu'il méconnaît son maître, qu'il se roule à terre avec fureur, mordant et déchirant tout ce qu'il trouve. La vue de l'eau, d'un corps bril-
laat reproduit ces accès, auxquels il finit par succomber en moins de qiialre ou cinq jours. On a beaucoup parlé de vésicules situées sous la langue de chaque côté du frein, comme signes caractéristiques de la rage, mais leur existence n'est rien moins que démontrée. Cette horreur des liquides, qui est un caractère de la rage {lujdropbobie), n'est pas permanente : on a vu des chiens, des loups boire entre leurs accès, traverser des rivières a la nage, etc.
Caractères, symptômes et marche de la rage chez l'homme. — Les morsures sont simples ou multiples, avec ou sans déchirure des tissus, affectant surlout les parties découvertes, les mains, le col, le visage, les pieds et les jambes. Elles n'ont du reste, rien de particulier ; elles guérissent souvent avec facilité et promptitude.
Les symptômes généraux sont ceux de la rage proprement dite, dont nous esquisserons seulement ici les principaux traits, renvoyant pourles détails aux traités de pathologie interne. Un mois, six semaines, rarement moins, quelquefois plus, après la blessure, tristesse morose, rêves affreux ; les cicatrices rougissent, deviennent douloureuses et se rompent quelquefois; puis vient par accès un sentiment de strangulation vers l'isthme du gosier, avec horripilalion,cra('hottemenls fréquents, exaltation des sens, de la vue et de l'ouïe qui rend la lumière et le bruit insupportables ^ enfin, accès convulsifs de rage, surtout à l'aspect d'un corps brillant, d'un vase rempli d'eau-, horrible maladie, comme le dit Celse,oii le malade est tourmenté à la fois par une soif ardente et par l'horreur des boissons; rapprochement des accès à la moindre cause ou même sans motif; mort au bout de trois, quatre ou cinq jours, au milieu d'un paroxysme, trèsprobablement par asphyxie, a peu près comme dans le tétanos.