PLAIES DIVERSES PAR INSTRUMENTS PIQUANTS
rer, se rétracter, se déformer et donner lieu à une cicatrice difforme. Quand le lambeau a sa base en bas, le pus peut s'y accumuler, y croupir. Dans le premier cas, il faut recourir à la réunion immédiate 5 dans le second, faire une ou plusieurs contre-ouvertures à la base du lambeau. (Voy. plaies en général.)
Plaies par instruments piquants ou piqûres.
Plaies produites par des instruments plus ou moins piquants, et quelquefois tranchants.
Effets et mécanisme de ces instruments. — Très-acérés et très-déliés comme une aiguille, ils écartent les fibres des tissus sans les couper, causent une douleur médiocre et pas d'hémorragie, mais la douleur peut être vive. Moins fins et plus gros, comme un stylet, un compas, une baïonnette, ils peuvent causer beaucoup de douleur, une hémorragie sensible et même le tétanos , comme on le voit dans les pays chauds. A quoi tient cette douleur vive et le tétanos? On a coutume de dire à des filets nerveux incomplètement coupés. Qui l'a démontré? Personne. N'importe, cette assertion n'en est que plus respectable, aussi a-t-elle le plus grand nombre pour partisans. Néanmoins, on ne peut y voir qu'une supposition sans critique. — Mais vous ne comptez donc pour rien, me dira-t-on, les douleurs horribles qui accompagnent tant de piqûres au cuir chevelu, aux doigts, aux pieds, en un mot, partout oîi les tissus sont serrés, et qui donnent lieu aux graves accidents du panaris, du tétanos, des angioleucites, des inflammations difi'uses, etc. — Au contraire, j'en tiens le plus grand compte, mais je trouve la source de ces accidents dans la déclivité, dans la disposition de ces plaies qui, au lieu de relâcher les tissus, les resserre par le gonflement inflammatoire, les étrangle
7^0 'CÏÏAPITRE V. — MALADIES CHIRDRGICALES.
elles fait suppurer; dans la structure serrée des tissus, qui ajoute à l'étranglement; dans la vivacité des douleurs, qui augmente l'inflammation. Cepenidant elles peutent guérir immédiatement et spontanément. Enfin, il y a des piqûres qui., blessant une artère, un viscère, donnent lieu a une infiltration, un épanchemnt de sang (^anévrisme ) et à la mort.
Quelques-unes peuvent être compliquées de la présence de l'instrument vulnérant resté ou brisé dans Ja plaie.
Le traitemeM consiste d'abord dans l'élévation de la partie blessée et dans les émollients. Si c'est insuffisant, saignées; si c'est encore insuffisant contre la douleur, débridez, relâetiez les tissus par des incisions convenables. Peut-être que des sections souscutanées seraient ici très-avantageuses.
Si ces plaies sont compliquées d'un corps étranger, le traitement doit être modifié. Une jeune institutrice s'enfonce un crochet à broder dans la paume de la main; elle court chez les médecins de Passy, où elle était , sans pouvoir se faire débarrasser du fer qu'elle traîne après elle. Alors elle vient à Paris, entre chez tous les médecins qu'on lui indique sur Son chemin. Après avoir souffert plusieurs tentatives d'extraction fort douloureuses, son père me l'amène fort épouvantée et demandant en grâce de ne plus la faire souffrir ou qu'on la laisse tranquille. Après avoir examiné l'état des choses, je vis que je pouvais pousser le crochet à travers la peau du dos de la main, en briser la pointe et la retirer par son ouverture d'entrée ; mais j'entrevis aussi la possibilité de le retirer par là au moyen d'une sonde cannelée sans cul-de-sac. Je la glissai de dehors en dedans le long de la tige de l'instrument, et elle arriva dans l'angle rentrant que le crochet fait avec la tige. Dès lors, je
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relirai la sonde et la glissai une seconde fois sur la tige, mais du côlé opposé au crochet 5 arrivé à sa pointe, j'engageai solidement la pointe du crochet dans la canelure de la sonde, je les lins rapprochés tandis que j'imprimais à la tige de l'instrument un mouvement de rotation sur son axe pour engager son -crochet dans la canelure de la sonde. Ce mouvement n'était pas achevé que, par le simple écartement des deux instruments à l'extérieur, le crochet glissa de bas en haut dans la sonde et sortit avec une facilité qui surprit singuiièrement la jeune fille et moi-môme. C'est un procédé à retenir pour sa simplicité et son efficacité.
Plaies par arrachement on déchirures.
Elles résultent de l'avulsion d'une portion plus ou moins considérable des membres ou du corps, par suite d'une traction violente.
Causes. Les puissances avuîsives sont des machines très-fortes, à rouage, à engrenage, des tours mus par la vapeur, des moulins; ici c'est une roue de voiture, là un animal, un cheval qui saisit un doigt et l'arrache.
Caracières anatomiques. — La blessure est ordinairement unique. Cependant plusieurs doigts peuvent être arrachés par une même action. L'avulsion porte ordinairement sur les membres qui offrent plus de prise, tant en raison de leur forme que par la nature de leurs fonctions. Pac celte même raison, les membres supérieurs sont plus souvent atteints que les inférieurs, les doigts que toutes les autres parties. On cite encore des arrachements du scrotum, du cuir chevelu , etc. J'ai vu moi-même la peau de la jambe arrachée et retournée comme un bas, depuis le genou jusqu'au coude du pied, par une machine; les muscles de l'avanl-bras renversés en bas, en qua-
tre ou cinq lanières, par les crochets d'une autre.
La plaie est tantôt nette et comme taillée avec l'instrument tranchant^ surtout au niveau de la peau, tantôt inég^ale, irrégulière, anfractueùse, offrant des lambeaux tout dilacérés. Quand c'est un membre qui est ainsi emporté, la séparation a ordinairement lieu au niveau de la jointure : alors les ligaments cédant, ils se rompent, l'articulation se disjoint, les aponévroses cèdent ensuite, puis les muscles à l'union de leur partie charnue avec la partie tendineuse, les nerfs, et enfin les vaisseaux et la peau qui se rompent les derniers; de telle sorte que les parties les plus extensibles résistent le plus longtemps. (Voy. mes expériences à ce sujet dans le Journal de M. Malgaigne^ 1843, p. 233.) Dans d'autres cas, le membre ayant été fracturé, l'arrachement peut avoir lieu au nivedu de la fracture : et ici, tantôt les parties molles sont tranchées en avant de l'os, de manière à pouvoir le recouvrir comme dans une amputation bien faite; tantôt, au contraire, l'os fait saillie au milieu des tissus mous plus ou moins irrégulièrement disposés.
Le plus souvent surtout, quand il s'agit des doigts -ou des orteils, les parties avulsées emportent avec elles les tendons des muscles extenseurs ou fléchisseurs qui viennent s'y fixer. D'après quelques exemples rapportés dans les auteurs, on croirait que l'on peut classer les différents organes entraînés suivant la hauteur à laquelle la rupture s'est opérée; mais cela me paraît douteux et sans importance. — D'ailleurs, pour plus de détails, voyez les plaies dans les différentes régions.
Symptômes locaux. — Quelquefois douleurs vives, souvent obtuses ou nulles, absence complète ou presque complète d'hémorragie, par suite de la déchirure des