XII DISCUSSION
lis. Sans cela, me dil-il, vous suivriez difficilement ia discussion. Je le remerciai beaucoup de sa bienveillance et lui annonçai que j'élais prêt à l'écouler. 11 m'txpliqua d'abord ce que je viens de vous dire sur les deux partis, et continua en ces termes :
« Le système chancrier a pour caractère de suivre la méthode baconnienne. — Ah! m'écriai-je, j'ignorais que Bacon eût jamais fait d'inoculations vénériennes arliQcielles. — Je veux dire, reprit mon interlocuteur, que notre école en fait '''après la méthode exjiérimentale de Bacon, pour arriver au diagnostic de la nature des accidents syphililiques inoculables, et par là on y arrive sûrement. — On ne reconnaissait donc pas, lui disaisje, un chancre vénérien avant la naissance du système? — Non, me dit le chancrier, on croyait le reconnaître ; mais, dans la réalité, on n'en était jamais sûr. — Que je suis fier et heureux, m'écriai-je, d'exister à l'époque d'une aussi grande découverte l
Mais diles-moi, je vous prie, monsieur, l'inoculation est-elle infaillible? — InfLiillihle! « L'égalité la plus [larfaile existe en jjrésence d'une pointe (ie lancette. » {Lett. sur la sypkiL, j). 87.) — Cependant, on m'a assuré un fait qui m'étonne; on prétend avoir inoculé sur la même malade : 1" par deux piqûres sur la cuisse une plaque muqueuse des grandes lèvres; 2° par deux autres piqûres de lancetle, un ulcère rose et granuleux du col utérin ; 3° par deux autres piqûres les fluides de l'intérieur du col, qu'on alla y chercher avec nn pinceau et une curetle, et dans chacun de ces trois eus une piqûre réussit et une manqua, en sorte qu'on obtint de six piqûres seulement irois résultats positifs? — Le chancrier : Pas possible! (1) — Eh bien! puisque celte variation est impossible, dites-moi, je vous prie, si l'inoculation arlificielle esl sans danger? — Mais certainement, me répondit mon interlocuteur. — Cependant, repris-je, on m'a assuré que le chancre produit par l'inoculation, se guérit quelquefois fort difficilement; qu'il s'étend, et peut s'étendre parfois beaucoup. M. Thierry n'a-t-il pas même rapporté deux cas : 1° celui d'un élève, aveuglé par le système physiologique, qui, après s'être inoculé, se tua de souffrance et de désespoir au bout de huit mois, parce qu'il ne pouvait guérir; 2° celui d'un ouvrier qui se noya par les mêmes causes? — Le chancrier : Ce sont là des faits exceptionnels, extraordinaires. — Vous avez raison, mais il suffit qu'ils puissent arriver pour qu'une pareille opération ne soit permise que dans un cas de nécessité absolue, et coupable dans les autres. (Bravo, applaudissements.) D'ailleurs l'innculabilité prouve-t-elle la contagionabilité et réciproquement ? — Le chancrier : Qui pourrait en douter? — Mais il parait qu'il y a des gens qui en doutent, car ayant inoculé vainement le mucopus de la blennorrhagie sous la muqueuse de l'urètre, ils l'ont inoculé avec succès en le déposant seulement à la surface de la muqueuse urétrale (2).
Mon interlocuteur : C'est possible; la blennorrhagie non syphilitique ne s'inocule pas traumatiquement. Mais, permettez que nous pariions
(1) bibliothegue du médecin praticien, page 513.
(2) Bell, Maladies vénérifnnti, tom« 1, page 49-