SOCIÉTÉ DE DERMATOLOGIE ET DE SYPIIILIGRAPHIE
arrière du léprome, à fond très superficiel recouvert d’un bourbillon gris jaunâtre, à bords coupés nettement et entourés d’un liséré rouge vif. La sensibilité est normale sur tout le reste de la peau du scrotum qui n’est nullement altérée, mais seulement injectée. Malgré des examens réitérés, nous n’avons pas pu constater, dans le sang puisé au niveau de ce léprome, la présence du bacille de Hansen.
La palpation est très facile à cause de \ indolence presque absolue des testicules.
Le testicule gauche a la forme et le volume d’un citron. La tunique vaginale ne renferme pas de liquide; la peau des bourses glisse facilement sur la glande ; il n’existe ni épaississement, ni rugosités, ni d’.adhérences de la séreuse. La consistance du testicule est uniformément ferme et rénitente. Par une palpation minutieuse demeurée possible grâce à l’absence de douleur, on peut se convaincre que la masse tuméfiée comprend à la fois l’épididyme et le testicule proprement dit. Peut-être la queue de l’épididyme est-elle un peu plus indurée que le reste de l’organe. Le cordon, suivi dans la bourse et dans son trajet inguinal, n’est ni douloureux, ni tuméfié, ni induré.
Le testicule droit a le volume d’un abricot. Il glisse aisément sur son sac séreux qui ne contient pas de liquide. 11 est absolument indolent; on peut le serrer vigoureusement sans réveiller la douleur testiculaire normale. De ce côté, le testicule et l’épididyme sont également lésés au même degré, mais le fait est beaucoup plus facile â démontrer grâce à un sillon qui sépare de chaque côté l’épididyme de la glande proprement dite. La consistance est très ferme, scléreuse, presque ligneuse ; cette induration acquiert son maximum au niveau de la queue de l’épididyme. Le cordon a gardé sa souplesse.
En somme, c’est seulement à cause de la traction que produisent les testicules augmentés de poids et à cause des phénomènes fébriles que le malade garde le lit.
Les pléiades inguinales n’ont pas augmenté de volume depuis le début de l’orchite.
L’exploration de la prostate et des vésicules séminales est absolument négative.
Le 5 mars, on constate une amélioration notable. La peau du scrotum est légèrement revenue sur elle-même et ridée, mais elle .est encore d’un rouge sombre et les veines restent turgescentes. Le testicule gauche n’a plus que le volume d’un gros abricot. On peut facilement distinguer les deux parties qui le constituent : d’une part, le testicule proprement dit qui a repris de la souplesse, mais qui donne la sensation d’un corps élastique dans lequel seraient disséminés de petits grains durs; d’autre part, l’épididyme qui est le siège d’une induration diffuse ayant son maximum au niveau de la queue. La vaginale est libre et ne contient pas de liquide. Le cordon spermatique n’est pas intéressé.
A droite, le testicule est aussi très diminué de volume. La glande proprement dite a repris de la souplesse; on sent disséminés çà et là, dans son parenchyme, de petits nodules miliaires durs.
L’épididyme reste induré, surtout au niveau de sa queue. Le cordon spermatique est sain.
Le canal de rurètlire a été examiné chaque jour depuis le début de la poussée. Jamais il n’a présenté la moindre trace d’inflammation. Le malade a été examiné plusieurs fois à l’improviste et particulièrement le matin, au réveil, pour éviter toute supercherie de sa part : nous n’avons jamais constaté le plus léger écoulement. Du reste le malade n’a pas de dysurie et les mictions ne sont pas fréquentes.
Nous n’avons relevé chez lui aucun signe de syphilis ou de tuberculose.
Dans cette dernière atteinte, l’orchite n’a été que l’un des éléments de la poussée lépreuse.
Nous avons déjà signalé le léprome qui s’était développé sur le scrotum en même temps que l’orchite. Quelques jours avant l’apparition des accidents testiculaires, le malade se plaignit des yeux. Il avait de l’injection des conjonctives et du larmoiement. Avec des lavages à l’eauboriquée, ces phénomènes s’amendèrent. Mais quand l’orchite apparut, ils reprirent une nouvelle acuité.
Outre l’injection des Conjonctives bulbaires, on observa un cercle périkératique autour de chaque cornée ; la chambre antérieure des deux yeux prit un aspect enfumé ; les iris devinrent paresseuses et la photophobiefut très vive. Il n’y eut pas de phlyctènes ou d’ulcérations sur la conjonctive ni sur la cornée. En même temps, le malade ressentit des points douloureux au niveau des coudes, des poignets et de la partie moyenne des avant-bras. Ces douleurs rhumatoïdes étaient accompagnées d’un certain degré de gonflement siégeant au niveau des poignets et du dos des mains. A la face dorsale du carpe et du métacarpe, on observait des deux côtés une saillie cylindroïde suivant le tendon extenseur de l’annuiaire dans ses mouvements : .cette synovite tendineuse est apparue dans le cours de la dernière poussée.
Les os et le nerf cubital n’étaient pas douloureux à la pression. Depuis l’apparition de ces douleurs, la main gauche, qui était presque intacte, a pris une forme de griffe cubitale et elle ne peut presque plus rendre aucun service. Jusqu’à ce moment, elle avait à peu près conservé tous ses mouvements.
En résumé, la jjoussée aiguë dont nous venons d'être témoins a porté sur les appareils les plus divers. Elle s'est traduite par une conjonctiviie avec iritis double, par des douleurs rhumatoïdes siégeant dans les mem.br es supérieurs , par V apparition rapide d'une griffe cubitale de la main gauche, par un léprome situé sur la peau du scrotum et par des lésions testiculaires.
De toutes ces manifestations, lapins intéressante assurément est Lo?"chite aiguë lépreuse. Les principaux caractères ont été les suivants :
1° L'm filtration lépromateuse simultanée de répidid.yme et du testicule proprement dit ;
2° La localisation cpui avait porté exclusivement sur le testicule gauche dans les deux premières jooussées d'orchite et s'est faite sur les deux glandes dans les dernières ;
3° L'absence d’épanchement dans les vaginales ;
4° L’indolence presque absolue des testicules qui pouvaient être malaxés sans que le malade ressentît aucune douleur, caractère