MERCIER
La Libre Parole", Québec
Pendant son séjour à Paris, en 1891, Honoré Mercier fut banqueté par l'Alliance Française. Le dîner était présidé par le Vicomte de Nogiié de l'Académie Française qui proposa la santé de l'hôte canadien. Ce dernier en proposant ce toast, s'exprima comme suit:
**Vous revenez vous asseoir au foyer de l'aïeule. Nous y recevions naguère votre éminent concitoyen, le vénérable curé Labelle, enlevé prématurément à sa tâche; nous y fêtons aujourd'hui l'homme d'Etat qui a le plus fait pour le progrès du Canada, qui représente le mieux les aspirations nationales de son peuple.
''Votre coeur est demeuré fidèle et chaud sur
LES QUELQUES ARPENTS DE NEIGE, comme les qualifiait une politique aveugle. Ces arpents de neige méconnus, vous en avez fait un grand Etat, vigoureux, florissant, promis aux plus hautes destinées."
Dans le cours de sa réponse, M. Mercier fit un résumé rapide et éloquent de notre histoire :
"On raconte, dit-il, qu'un des anciens colons, qui
avait pendant des années, lutté contre l'Anglais et l'Iroquois, versait des larmes amères en voyant disparaître à
l'horizon le drapeau de la France qu'il aimait tant. Un prêtre français, s 'approchant de lui, lui dit: ** Pourquoi désespères-tu? Toute la France n'est point partie; regarde sur le clocher de l'église de la paroisse: la croix y reste. Elle te rappelle la civilisation chrétienne, et le prêtre, apôtre de cette civilisation, est près de toi pour t 'aider à rester Français."
....''Oui, messieurs, nous sommes fiers de le dire, de le dire surtout à une société d'hommes travaillant à répandre et maintenir la langue française : nous sommes restés Français, et Français comme vos ancêtres l'étaient au XVIIIe siècle; nous apprenons à nos enfants à conserver cet amour de la vieille France comme un dépôt sacré, comme un héritage précieux qu'ils devront transmettre plus tard à ceux qui les remplaceront ! Nous nous considérons, si vous voulez nous permettre d'emprunter cette image au langage juridique, comme des frères de substitution nationale, substitution perpétuelle acceptée d'âge en âge comme irrévocable."
Le ''Temps" de Paris, en parlant de ce discours, disait:
"Il nous paraît que le discours prononcé au banquet de l'Alliance Française par M. Mercier mérite quelque attention,
La France ne peut rester indifférente à de pareils témoignages de sympathie et d'affection qui lui viennent de ses enfants passés aujourd'hui sous une autre dénomination politique. Si ce discours ne renfermait que des choses agréables à notre amour propre national, il n'y faudrait pas insister. Mais il s'y trouve quelques leçons et quelques exemples qui, venant d'une famille soeur de la nôtre, doivent être d'autant mieux accueillies et méritées.
. . . . " On dit quelquefois que sur les bords du St-Laurent, les descendants des Français de jadis sont fiers de nous; l'autre jour, sur les bords de la Seine, en entendant M. Mercier, nous avions bien plus raison encore de nous sentir fiers d'eux".
Ce témoignage si flatteur venant de l'un des plus importants journaux de France est bien propre à faire oublier les polissonneries de L'p]VENEiAIENT et du NATIONA- LISTE.