INCIDENT TOUCHANT
La péroraison de l'hon. M. Turgeon fut enlevante. Sir "Wilfrid Laurier lui-même ne put résister au mouvement d'enthousiasme et se leva pour donner le signal des applaudissements. Debout Sir AVilfrid saluait l'orateur et la foule à cette vue, eut un accent de suprême émotion.
L'hon. M. Turgeon s'est surpassé en cette circonstance pour célébrer la mémoire de celui qu'il a si bien connu et avec qui il a fait les grandes luttes de sa carrière politique. Ce fut l'hommage d'un ami qui ne sait pas oublier, d'un admirateur qui s'émeut encore à la pensée de celui qui fut l'objet de ce noble sentiment, du patriote qui songe avec chagrin à la perte lourde qu'a subie la patrie par la mort d'un de ses fils les plus généreux.
HON. CHS. DEVLIN
Ministre de la Colonisation des Mines et des Pêcheries
L'HON. C. R. DEVLIN
L'honorable ministre de la colonisation qui représente dans le ministère l'élément irlandais dans la province et qu'on avait prié de bien vouloir, en cette circonstance solennelle, adresser la parole dans sa langue maternelle, n'a pas cru devoir le faire dans le dialecte de la Verte Erin en ces jours de fête du monument de celui qui fut l'un des plus intrépides défenseurs et un parleur exquis du beau verbe de France, il a voulu parler français au nom de cette partie de la race canadienne à qui il appartient. L'honorable ministre a voulu, lui aussi, témoigner de son respect et de son amour pour Honoré Mercier. Cette légende qui a pu circuler après la mort de Mercier et qui avait pour but de tenir une mémoire qui devait bientôt resplendir, n'a jamais existé dans le coeur et l'âme des Irlandais. Mercier qui était un ami sincèrement dévoué de la justice et de l'équité, a donné aux Irlandais dans la province, cette justice pleine et entière. Aujourd'hui, le peuple irlandais lui en conserve un souvenir reconnaissant.
**De cette grandiose démonstration", dit-il, *'se dégage une leçon dont tous devraient profiter: Ne détruisons pas nos grands hommes quand nous en avons. Aimons-les, secondons leurs efforts et respectons-les toujours, durant leur vie et après leur mort. Chaque race qui peuple cette province a fourni des grandes hommes, mais aucune n'en a fourni d'aussi grands que la race canadienne-française. Et je n'ai pas besoin de regarder bien loin, je n'ai qu'à regarder en face de moi pour voir le plus grand d'entre nous. Et c'est à son sujet qu'il convient le plus de dire: **Ne détruisons pas les grands hommes!"
M. l'hon. M. Devlin s'est dit heureux de parler en français de Mercier qui fut le plus vaillant champion de la race française dans notre province.
La foule qui connaît les événements qui se sont déroulés, sur le sol canadien depuis quelque temps, éclata en applaudissements prolongés, rendant par là un bel hommage à celui qui personnifie le mieux nos vertus et nos qualités : Sir Wilfrid. Une autre allusion de l'orateur à Sir Wilfrid et Sir Lomor, a soulevé un tonnerre d'applaudissements; la foule trépignante se lève debout et pousse des vivats.
Nous regrettons de ne pouvoir donner le magistral discours du ministre de la Colonisation. A la demande que nous lui avions faite de nous fournir quelques notes, l'hon. M. Devlin nous répondit ainsi: Je dois vous dire qu'il me serait bien difficile de vous envoyer les notes de mon discours prononcé à l'inauguration du monument Mercier, pour la bonne raison que je n'avais aucune note et que je me suis complètement fié à l'inspiration du moment. Et il me serait bien difficile, après coup, de retrouver l'inspiration et les émotions que j'ai ressenties en cette inoubliable circonstance.
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