MA DEVANT LE RIDEAU
le nombre des compartiments (1). Au 4« acte, le rideau delà chambre de Mariamne se tirera donc, et dans la prison, ouverte du côté du public par un procédé que vous avez pu remarquer dans la Maison du Baigneur, vous verrez la reine en prière. La scène terminée, le rideau se refermera.
Je suis sûr que plusieurs d'entre vous désireraient me poser une que-tion : comment voyait-on les acteurs dans ces maisons, dans ce palais du roi de Danemark ou dans cette auberge de VOrmeau, que le spectateur n'apercevait que de proQl? On les voyait très bien, par Texcellenle raison qu'ils sortaient de la maison pour venir se parler confidentiellement devant la porte. Voilà, pourquoi, lorsque Mairet écrit : « Soliman sort », cela veut dire en langage moderne : « Soliman entre », et réciproquement. D'ailleurs, le plus souvent une courte et basse balustrade, s'avançant des deux côtés de la porte, marquait les limites du compartiment, et aidait les spectateurs à s'imaginer que les acteurs étaient encore dans le palais (2). Cette convention a
(1) Ainsi, dans la pièce de Lysandre et Caliste par du Ryer, on ne voyait au premier acte que trois compartiments : d'un côté « une chambre élevée de deux ou trois marches»; de l'autre « un hermitage sur une montagne et un antre au-dessous » ; au fond un palais peint sur une toile. Cette toile se levait au second acte, laissant voir au fond «le petit Chàtelet de la rue Saint -Jacques •■, à gauche une prison et à droite « la rue où sont les bouchers ». De même, Rotrou ayant écrit son Hypocondriaque pour le cinquième acte, qui se joue dans une « cave fort noire » avec trois cercueils de plomb et « quantité de lumières ardentes », il eût été dangereux de montrer aussitôt ce compartiment aux spectateurs impatients de voir l'action s'y transporter ; il restait donc caché durant quatre actes par une toile peinte représentant la façade d'un château.
(2) 11 n'était pas toujours aisé de se rendre compte de l'endroit oii les acteurs étaient censés parler. Ainsi, dans l'Hypocondriaque,
LA MARIAMNE DE TRISTAN l'hERMITE H5
même survécu en parlie au décor à compartiments. Combien de comédies, au xviie siècle, se jouentdans la rue, qui se devraient jouer dans la maison! Est-ce donc devant sa porte que Perrin Dandin devrait juger solennellement le chien Citron?
Comment passait-on enfin d'un compartiment dans Tautre? Rien de plus simple pour Mariamne. Tous les compartiments représentant différents endroits delà même ville, Muriamue ira tranquillement, sous nos yeux, de son appartement dans celui d'Hérode ou dans la salle du trône, étant supposée y entrer par une porte que vous ne voyez point, parce qu'elle est dans le mur que les nécessités du théâtre obligent naturellement de supprimer entre les spectateurs et les acteurs.
Mais la scène représentait souvent à la fois des endroits très éloignés les uns des autres. Voyez plutôt {'Agarlle de Durval : « Au milieu du théâtre il faut une chambre garnie d'un superbe lit, lequel se ferme et ouvre, quand il en est besoin. A un côté du théâtre il faut une forteresse vieille, où se puisse mettre un petit bateau ; laquelle forteresse doit avoir un antre à la hauteur de l'homme, d'où sort le bateau. Autour de ladite forteresse doit y avoir une mer haute de deux pieds huit pouces, et à côté de la forteresse un cimetière garni d'un clocher de brique cassé et courbé. Trois tombeaux et un siège du même côté du cimetière, et une fenêtre d'où Ton voit la boutique du peintre,
Haliaste et Perside au contraire, en quittant la chambre pour prendre le milieu du théâtre, sont censés être sortis dans la rue, où ils abordent la devineresse Celinde, sans que rien ait indiqué aux yeux ce déplacement, qui se devine seulement au texte du poème.