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qui soit à l'autre côté du théâtre, garnie de tableaux et autres peintures ; et, à côté de la boutique, il faut un jardin ou bois, où il y ait des pommes, des poires, un moulin (1). » Corneille nous cite même, dans VExamen de sa Mélile, une pièce d'un de ses contemporains où l'on voyait en même temps sur le théâtre Paris, Rome etConstantinople. Dans ce cas, l'acteur, qui, au cours du même acte, se transportait de Paris à Rome, rentrait dans la coulisse, revenait en scène par le couloir qui séparait les compartiments, et arrivait k Rome, essoufflé; pour aller de Rome àConslantinople, il rentrait encore dans la coulisse, et arrivait d'un autre côté à Constantinople, très essoufflé.
Le décor à compartiments permettait des scènes simultanées : c'est ainsi que dans la Mort de Mithridate, par La Calprenède, pendant que le traître Pharnace s'apprêtait à assiéger son père avec les Romains, sa femme Bérénice, du haut des remparts, lui reprochait son indigne conduite; et dans la grotesque Panthée de Durval, tandis que dans la plaine Tigrane provoquait
(1) Ce décor, si étonnamment compliqué, ne l'était pas encore assez pour permettre de jouer la pièce telle que Durval l'avait écrite et qu'il l'a imprimée. Elle était aussi touffue que ces drames romantiques, ie Roî s'amuse, la Maison du Baigneur, le Juif errant, la Jeunesse des Mousquetaires, dont certaines décorations multiples rappellent un peu celles de l'hôtel de Bourgogne ; comme eux elle cherchait à frapper les yeux autant qu'à toucher les cœurs. On y dansait au troisième acte le ballet des Quatre Vents, quinterrompait brusquement im assassinat, et les scènes du cimetière étaient des plus pittoresques : on y voyait Polycaste déguisé en batelier, emmener sa maîtresse, la nuit, dans un bateau, après lui avoir fait laisser quelques-uns de ses vêtements sur la rive, pour qu'on crût à un suicide ; et la scène où deux pêcheurs retrouvaient le lendemain le masque et la coiffe d'Agarite était d'un excellent réalisme, qui fait songer à la célèbre scène des fossoveurs dans Hamlet.
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en duel Crésus, Arménide coatemplait le combat du sommet d'une tour, et exprimait pathétiquement la crainte de s'y enrhumer. Le décor à compar.iments n'a point introduit dans la Mariamne des effets aussi dramatiques ; mais, au second acte, pendant que Salomé dans la chambre d'Hérode prépare l'esprit du roi à l'accusation de l'échanson, vous verrez ledit «chanson traverser le théâtre, d'un couloir à l'autre, pour gagner l'antichambre d'Hérode.
Nous songions à vous montrer, au quatrième acte, tandis que Mariamne implore Dieu dans sa prison, le peuple éploré se pressant au bas de la tour. Et cette scène était l'objet de contestations. M. le directeur de rOdéon, qui, comme vous le savez, ne recule devant aucune prodigalité pour satisfaire ses chers et fidèles abonnés, avait fait habiller tout un bataillon de figurants prêts à entrer sur le théâtre. Et moi, je lui disais : « Gela est contraire à l'exactitude historique. Les troupes comprenaient alors un très petit nombre d'acteurs. Rappelez-vous ce que nous conte Scarron : quand la troupe du Roman comique arrive au Mans, et représente, dans le tripot de la Biche, la Mariamne de Tristan, elle se compose de trois acteurs seulement. Le comédien Destin fait Hérode, une corbeille sur la tète en guise de couronne ; M^e de la Caverne représente à la fois Mariamne et Salomé, les deux rivales, et l'utile La Rancune joue, à lui tout seul, tous les autres rôles de la pièce. Soyez bien certain qu'à Paris même, chez Mondory, un même acteur tenait plusieurs des petits rôles, et qu'un seul figurant représentait la foule (1). La répétition générale a mis fin à nos débats : le cadre
(1) Voir la Conférence suivante, p. 143.
est si étroit qu'il ne laisse même point place à un seul figurant !
L'heureux temps, Messieurs, pour les directeurs de théâtre que le commencement du xviie siècle ! Qu'il était facile à contenter, ce public simple et naïf !
Dans la Clorise de Balthasar Baro, cette pastorale dont Cyrano de Bergerac interrompt la représentalion au premier acte du beau drame de M. Rostand, une roche, qui s'élevait au premier plan, à gauche, de trois mètres environ au-dessus du plancher, figurait un mont
dont les pointes cornues Surpassent en hauteur la région des nues.
Au S"* acte, Alidor gravissait péniblement cette montagne, aussi effrayante que celle de La Haye, et, parvenu au sommet, il s'écriait :
Je suis monté si haut qu'à mes yeux ces forêts N'ont pas plus de hauteur que l'herbe des marais.
Tous les spectateurs se sentaient, avec lui, pris de vertige !
Et comme ils pleuraient et s'attendrissaient sans mesure, les braves gens, au Pijrame et Thisbé de Théophile! Quel décor pourtant, et quelle mise en scène! Au fond, perpendiculaire à la rampe, comme celui des Romanesques, le fameux mur; de chaque côté quatre marches, par lesquelles les deux amants s'élèvent à la crevasse qui leur permet de s'apercevoir; à gauche une fontaine; à droite un tombeau entouré de petites pyramides; « un antre, d'où sort un lion, du côté de la fontaine, et un autre antre, à l'autre bout du théâtre, où il rentre i. Toute la salle frissonnait de terreur, quand
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riionnête figurant, qui rugissait le rôle du lion, poursuivait, à travers la scène, Thisbé éperdue. Je crains bien qu'aujourd'hui il ne vous fît pouffer de rire, et qu'un louslig ne s'avisât de lui crier : « Bien rugi, lion! »
La dernière chose dont se soient souciés les spectateurs duxvu« siècle, c'est bien certainement la couleur locale; leurs historiens et leurs peintres ne leur représentaient-ils pas les hommes de tous les siècles et de tous les pays avec les mêmes idées, les mêmes mœurs et les mêmes vêtements? Je ne saurais vous dire cependant si les comédiens jouaient alors la tragédie en des costumes franchement modernes, ou vaguement antiques. Les gravures placées en tête des pièces imprimées présentent des différences telles qu'elles ne permettent pas de rien préjuger. Abraham Bosse représente Hérode avec un turban, surmonté d'une couronne et d'une aigrette ; mais je vois, dans une lettre de Balzac à Mondory, que celuici a joué le rôle avec un grand bonnet. Mlle Valenline Page aura le costume attribué par Abraham Bosse à Mariamne, parce que ce costume est très joli; mais je crois bien que la Mariamne de 1636 devait être beaucoup moins luxueusement vêtue. Tout ce que je puis vous dire avec certitude, c'est que les acteurs portaient alors tous la perruque, puisque l'on regardait comme une singularité que Mondory jouât sous ses cheveux naturels. Sur la question du costume le manuscrit de Mahelot ne nous apprend presque rien ; cest tout au plus s'il indique, dans l'Heureuse tromperie de Boisrobert, « une robe de damas pour un roi », et dans le Clilophon de du Ryer « des turbans, si Von veut, pour des Turcs ».
En revanche, il ne manque pas d'énumérer tous les accessoires nécessaires à la représentation des pièces de l'hôtel de Bourgogne, et nous constatons avec sur-, prise que dans ce système de décoration, où la convention tenait une si large place, on recherchait avec le plus grand soin la vérité du détail. On avait pour la Philis de Scyre de Pichou un agneau vivant; pour les Vendanges de Suresnes de du Ryer, non seulement le paysage avait été fidèlement copié, mais encore « en la saison du raisin » on attachait « poiir la feinte » cinq ou six grappes aux premiers ceps, comme, à l'acte II de Cyrano de Bergerac, c'étaient de vraies oies et de vrais canards que nous voyions au premier plan dans la rôtisserie des poètes. Le réalisme était même, sur certains points, poussé plus loin qu'aujourd'hui ; c'est ainsi que nous trouvons, parmi les accessoires de Clitophon, « du sang, des éponges, une petite peau pour faire la feinte du coup du sacrificateur » , et, parmi ceux du Roman de Paris de des Bruyères, à côté d'une « barbe pour une femme », un« plastron feint pour tirer du sangdu corps, une épée à dessein et du sang pour la feinte ». Pour d'autres pièces, il faut « des draps pour des ombres, des têtes feintes », un « corps de femme sans tête ». Mais les accessoires, qui, dans le manuscrit de Mahelot, reparaissent le plus souvent, sont des « rossignols » et des «saucissons ». Les rossignols ne vous surprennent point, puisque vous savez qu'on jouait alors beaucoup de pastorales ; mais je vois bien que les saucissons vous étonnent. Mesdames, pour parodier un vers célèbre,
Le saucisson n'est pas ce qu'un vain peuple pense ;
c'étaitune pièce d'artifice, qui devait son nom à sa forme allongée.