LA SOUBRETTE
Mesdames, Messieurs,
« La Soubrette » 1 Ces deux mots prononcés suscitent devant nous la vision d'un petit être charmant, pétri de malice et de grâce, dont le regard jeune et rieur forme un contraste piquant avec la blancheur des cheveux poudrés, dont l'ajustement très simple est pourtant d'une élégance et d'une coquetterie toutes françaises, dont l'esprit moqueur pétille comme la iftousse de notre Champagne, panneau galant peint par Watleau pour un boudoir. Sèvres ravissant qui pare une étagère, figurine délicieuse, qui est, dans notre art du xviii" siècle, à peu près ce qu'étaient dans l'art grec ces exquises figurines de Tanagra que des fouilles récentes ont révélées à l'admiration des hommes.
Comment, à la fin du règne de Louis XIV, la Soubrette est-elle apparue sur notre théâtre, emportée avec les autres personnages dans la bouffonnerie débridée
(1) Conférence faite à la Société industrielle d'Amiens.
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des pièces de Regnard, éclairant de son sourire la comédie tristement réaliste de Lesage, ou bien égayant de son gentil caquet les poétiques fantaisies de Marivaux ? D'où venait-elle ? De quelle chrysalide s'échappait ce papillon aux aimables et fraîches couleurs? Ah ! Messieurs, ce qui s'était métamorphosé en cette délicate et légère créature, c'était la plus épaisse et la plus lourde des chenilles. Car la Soubrette, la fine et gracieuse Soubrette du xvm* siècle, vient en droite ligne de la Nourrice, de la large et plantureuse Nourrice de la Renaissance; et, pour que tout concoure à rendre l'opposition plus marquée et plus curieuse l'évolution de cet emploi, le rôle de la Nourrice avait été joué par un homme. Cela vous surprend, habitués que vous êtes à voir au contraire aujourd'hui nos directeurs de théâtre chercher toutes les occasions, bonnes ou mauvaises, de faire paraître sur la scène, en costumes de pages ou de cavaliers, des femmes, quelquefois jeunes'et jolies ; mais vous cesserez de vous étonner, quand nous aurons jeté un coup d'œil rapide sur les origines de notre comédie.
Elle a été formée par l'union, par la fusion de la farce du moyen âge et de la comédie antique, et toutes deux, si différentes par leur valeur littéraire, avaient ce caractère commun d'être grossières et licencieuses . Sur les tréteaux, devant lesquels les pitres et les bateleurs attiraient et retenaient, par leurs quolibets cyniques et par leurs obscènes lazzi, une foule populacière et bruyante, la présence d'une femme eût été impossible, et de même à Rome aucune actrice n'aurait pu jouer ces comédies de Plante, à la représentation desquelles longtemps les convenances ne permirent point aux jeunes filles de mener leurs mères; c'étaient
des pièces pour hommes, jouées naturellement par des hommes, et le masque était là, qui rendait moins invraisemblable le travestissement. Quand la farce quitta la place publique et s'enferma dans l'Hôtel de Bourgogne, devenue plus littéraire, elle n'en conserva pas moins cette double tradition, et l'on continua de voir sur la scène des éphèbes imberbes en jupes d'ingénues et des hommes faits sous la coiffe de duègnes, comme on en pouvait d'ailleurs également voir à la même époque sur le théâtre anglais. Car, prenez-en votre parti. Mesdames, les plus délicieuses, les plus idéales créations de Shakespeare, Cordélia, Desdémone, Juliette, ont été représentées à l'origine par des jouvenceaux rasés de frais ; et quels éclats de rire saluaient l'entrée du gros luron qui jouait la Nourrice de Juliette, alors que Mercutio disait au laquais, qui lui portait la traîne : « Je t'en prie, donne-lui son éventail pour cacher son visage : son éventail est le plus beau des deux! » Ce rôle étourdissant de la Nourrice, dans Roméo et Juliette^ d'un comique de foire assurément, mais d'un comique prodigieux dans son énormité, vous permet de vous imaginer ce qu'était le personnage de la Nourrice dans toutes les farces ou comédies burlesques représentées a Paris vers le même temps.
Vous savez que dans la commedia dell'arte Arlequin, Pierrot, le Docteur, Colombine, à quelque intrigue qu'ils fussent mêlés, gardaient toujours leur caractère consacré. Notre vieille comédie avait de même des types conventionnellement immuables : le Pédant, le Capitan, le Parasite, la Nourrice.
La Nourrice était une femme sur le retour, aux allures décidées et viriles, qui avait le verbe haut et ne ménageait point ses expressions, parfaitement capable
même, lorsqu'elle avait épuisé les propos agressifs et piquants, les mots salés et orduriers, de relever ses manches et d'aller jusqu'aux voies de fait ; avec cela, très sensible, fort complaisante à la jeunesse amoureuse, prenant toujours parti pour les enfants contre les parents, et inventant les stratagèmes grâce auxquels les amants vont se trouver mariés au nez et à la barbe des vieillards bernés. C'est le type même de ces femmesdu peuple, très criardes, mais excellentes, qui, à la vérité, n'ont rien de la bégueule et ne détestent pas les vocables énergiques, mais qui ont la larme aussi facile que l'injure, et qui passent de la colère à l'attendrissement avec une rapidité telle que, dans son Thermidor^ M. Sardou a pu sans invraisemblance nous les montrer arrachant à l'échafaud ces mêmes victimes de la dernière charrette qu'un quart d'heure auparavant elle& poursuivaient de leurs insultes et de leurs menaces, LaNourrice de notre vieille comédie, c'est déjà M">« Angot. Vous comprenez maintenant la longue faveur dont a joui un pareil personnage devant un auditoire plébéien, qui applaudissait au passage les dictons faubouriens, les proverbes populaires et les locutions triviales, qui riait à gorge déployée des équivoques graveleuses et de certains jeux de scène traditionnels et attendus : la Nourrice, dans un élan impétueux de colère retroussant sa robe sur des chausses d'homme, ou dérangeant, par un mouvement trop brusque, l'harmonie préétablie de ses appas postiches.
Au milieu du xvii^ siècle, Tristan L'Hermite s'est amusé à faire encore un pastiche de ce personnage de l'ancienne comédie dans son Parasite^ et j'en détache une scène caractéristique, qui vous donnera une idée très exacte de ce qu'avait jadis été la Nourrice.
Une bourgeoise de Paris, Manille, a promis au Capitan sa fille; mais Lucinde est éprise de Lisandre, fils de Lucile, prévôt delà maréchaussée pour la généralité d'Orléans. Afin d'introduire Lisandre dans la maison et de s'entendre avec lui sur les moyens de rompre le mariage projeté, la Nourrice Phénice le fait passer pour un fils de Manille, Sillare, qui fut jadis enlevé par les pirates, et qui s'est, dit-elle, évadé d'Alger. Mais, au moment où Lisandre, déguisé en forçat, sort de chez Manille, il se trouve face à face avec son propre père, venu d'Orléans pour le chercher. Il paie d'audace, refuse avec aplomb de reconnaître le vieillard, et lui soutient mordicus qu'il est Sillare, fils de Manille. De son côté, la Nourrice déclare insolemment à Lucile qu'il a la berlue, et, traitée par le bonhomme indigné de « fîUe de brelan », elle lui prodigue les propos pleins d'amc'nité :
De berlan ? Parlez mieux ; allez, vieux halebran, Simulacre plâtré, antiquaille mouvante, Squelette décharné, sépulture ambulante, Monopoleur insigne, et maître des larrons, De qui les coins des yeux semblent des éperons, Et de qui chaque tempe est creusée en saucière ! Attends-tu donc ici la croix et la bannière? Si, mais je dis bientôt, tu ne t'en vas plus loin, Ton nez s'enrichira de quelque coup de poing*.
Et comme Lucile prétend pénétrer dans la maison :
Vouloir entrer chez nous 1 Va, ne sois point si sot :
Tu serais affublé d'un couvercle de pot ;
Je te ferais voler toutes les ustensiles ;
Tu ne marcherais plus qu'avecque des béquilles.
Enfin, après avoir étourdi le vieillard de ses dictons injurieux et de ses menaces criardes, la Nourrice lui adresse le plus ahurissant des adieux:
Monsieur, adieu ; bonsoir ; je vous baise les mains. Une bille, un tambour, une coiffe à cornette, Une citrouille, un coq, de l'épine -vinette, C'est, en bon baragouin, tire, passe sans flux, Abandonnez cet huis, et n'y revenez plus ; Ou, sur l'étui chagrin de ce cerveau malade, J'irai bientôt verser un pot de marmelade... Attendez seulement.
Lucile n'attend pas : il craint le déluge odorant qui s'est abattu sur l'infortuné don Japhetde Scarron, traîtreusement enfermé sur un balcon, tandis qu'à une fenêtre de l'étage supérieur une vieille criait par deux fois : « Gare l'eau f «
Mais je vous ai dit que la Nourrice était, au demeuran t, la meilleure femme du monde : que Lucile s'apaise et donne son consentement au mariage de Lisandre, et voilà Phénice calmée etretournée ; elle demande humblement pardon au vieillard de ses vivacités et conclut par cette excuse mémorable :
Les sages savent bien que les femmes sont folles.
Sous Louis XIII, en même temps que l'acteur Bellemore se vouait aux Capitans, incarnant tour à tour Tranche-Montagne, Brisemur, Fierabras, Bodomont, Matamore, et les jouant avec tant de conscience qu'il finit par les jouer au naturel dans la vie privée, un de ses camarades, Alizon, s'était fait une spécialité des rôles de vieilles Nourrices, et avait créé au théâtre l'emploi des Âlizons. Lorsque le grand Corneille, pour attirer chez Mondory la cour et la ville, entreprit d'épurer la comédie et de lui faire peindre les mœurs et parler le langage de la société élégante, il dut d'abord, faute d'actrices, conserver la Nourrice et l'acteur Alizon; mais si, dans Mélite et dans la Veuve, la Nourrice a
gardé son front ridé, son teint blême et ses cheveux gris, si elle s'y montre toujours positive et rusée, elle n'y est déjà presque plus comique ; et en 1633, dans sa Galerie du Palais, Corneille va remplacer la Nourrice par une Suivante, et confier ce rôle aune femme. C'en est fait, la Nourrice a vécu. Alizon jouera désormais les vieilles dames ridicules. Vous savez que cet emploi sera encore tenu dans la troupe de Molière par des hommes : d'abord par Béjart, qui représentera dans Tartuffe Mme Pernelle, puis par Hubert, qui jouera dans George Dandin la belle-mère , Mme de Sottenville, dans le Bourgeois gentilhomme l'acariâtre Mme Jourdain, dans les Femmes savantes cette grotesque et moustachue Bélise, qui croit tous les hommes amoureux d'elle, et plus tard, dans la Devineresse de Thomas Corneille, Mme Jobin, c'est-à-dire, sous un nom de théâtre, la Voisin, cette fameuse sorcière qui venait d'attirer chez elle tout Paris, comme avant-hier tout Paris allait demander à une voyante non moins fameuse la communication téléphonique avec l'ange Gabriel. Molière lui-même a voulu paraître sur le théâtre en habits de femme, et vous vous souvenez de la scène où M, de Pourceaugnac, déguisé en dame de qualité, est lutine par deux Suisses ivres. Ce dernier mot était inutile, un Suisse étant toujours ivre dans le théâtre du xvii* siècle ; plus tard ce seront les Polonais.
La Suivante, Messieurs, n'a pas été la légataire universelle de la Nourrice ; elle a partagé dans le théâtre de Molière sa succession avec la Femme d'intrigue et avec la Servante, dont il convient d'abord que je vous dise deux mots.
Le plus grave reproche que l'on pût adresser à la Nourrice, c'était de trop compatir, sans doute en sou-
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venir de sa jeunesse, aux souffrances des amoureux, eè de les soutenir contre leurs parents par des moyensqui n'étaient pas toujours conformes, je ne dis point au respect filial, mais même à la plus vulgaire morale. Ce défaut, beaucoup plus accentué, est devenu le fond même du caractère, le tout de la Femme d'intrigue.
Vous vous rappelez la Frosine de l'Avare, cette honnête dame, « à qui le ciel n'a donné d'autres rentes que l'intrigue et que Tindustrie », et qui « sait l'art de traire les hommes ». Pour détourner Harpagon d'épouser celle qu'aime son fils, elle imagine, avec une rapidité d'invention admirable, tout un plan de campagne, aussi bien conçu qu'il est irrespectueux :« Si nous avions quelque femme un peu sur l'âge, qui fût de mon talent et jouât assez bien pour contrefaire une dame de qualité par le moyen d'un train fait à la hâte et d'un bizarre nom de marquise ou de vicomtesse, que nous supposerions de la Basse-Bretagne, j'aurais assez d'adresse pour faire accroire à votre père que ce serait une personne riche, outre ses maisons, de cent mille écus en argent comptant; qu'elle serait éperdument amoureuse de lui, et souhaiterait de se voir sa femme, jusqu'à lui donner tout son bien par contrat de mariage; et je ne doute point qu'il ne prêtât l'oreille à la proposition. » Ce morceau curieux est toujours coupé à la représentation ; car, on ne sait pourquoi, Molière a renoncé à cet excellent stratagème, qui eût si heureusemen t dénoué sa comédie.
Nous retrouverons Frosine dans M.dePourceaugnac, où, sous le nom de Nérine, elle écoute, en rougissant de plaisir, les éloges que lui prodigue Sbrigani, un galant homme, expulsé de Naples, son pays, parce qu'il ne valait pas la corde pour le pendre : « Que dire de la gloire
que vous acquîtes lorsque, avec tant d'honnêteté, vous pipâtes au jeu, pour douze mille écus, ce jeune seigneur étranger que Ton mena chez vous ; lorsque vous fîtes galamment ce faux contrat qui ruina toute une famille ; lorsque, avec tant de grandeur d'âme, vous sûtes nier le dépôt qu'on vous avait confié ; et que si généreusement on vous vit prêter votre témoignage à faire pendre ces deux personnes qui ne l'avaient pas mérité ? » Cette Nérine-là peut être bien tranquille pour ses vieux jours : elle a le vivre et le couvert assurés dans les prisons du roi.
Il y a des Servantes qui ne valent guère mieux que ces Femmes d'intrigue : témoin cette « carogne » de Claudine, comme l'appelle si justement George Dandin, son maître. Mais la plupart sont de braves créatures très simples, résignées et placides, obéissant à des maîtres fort rudes, comme de malheureux chiens battus : telle cette Flipote, célèbre parce qu'elle ne paraît dans Totr/M/^e que pour être appelée « gaupe » et souffletée par Mme Pernelle ; ou encore la « pauvre Servante » des Femines savantes, une naïveetbonnefilledes champs, qui est chassée par sa maîtresse, avec menaces de lui bailler cent coups,
A cause qu'elle manque à parler Vaugelas,
mais qui, ramenée par son maître, prouve victorieusement qu'il y a entre l'honnête bon sens du peuple et l'esprit perverti des cénacles et des ruelles la même différence qu'entre l'or et le clinquant. Ces braves Servantes ont la vulgarité de la Nourrice, dont la Femme d'intrigue reproduit etgrossitles défauts. Nous trouvons ses qualités dans la Suivante. Sous ce
nom je comprends, avec la Dorine du Tartuffe, la Nicole du Bourgeois gentilhomme etlaToinette du Malade imaginaire, qui ne sont, à vrai dire, que des Servantes, mais des Servantes un peu plus relevées que les autres, et qui, dans les maisons plus modestes de M>ne Jourdain et d'Argan,occupentla mêmeplace et tiennent le même rang que la Suivante Dorine dans la maison plus riche d'Orgon. Toutes les trois vivent dans l'intimité de la famille, et si Dorine est comme la gouvernante de Mariane, Nicole et Toinelte sont comme les anciennes bonnes d'enfant de Lucile et d'Angélique ; de sorte qu'elles ont toutestrois pour la jeune fille, qu'elles ont vue grandir, quelque chose de l'attachement de laNourrice pour l'enfant qu'elle a porté sinon dans, du moins à son sein. Toinette partage même encore la chambre d'Angélique, et c'est elle qui l'accompagne, qui la « suit», quand elle sort. Nous pouvons donc considérer comme des Suivantes Nicole, Toinette et Dorine.
Toutes trois ont, avec des différences qui s'expliquent par la diversité des ^ges et par celle des milieux, bien des caractères communs. Et tout d'abord elles aiment cette famille dans laquelle elles vivent, et dont elles ont fini par faire enquelque sorte partie. Quels que soient les défauts de leurs maîtres, elles leur restent affectionnées et prennent toujours leurs intérêts, même contre euxmêmes. Sont-ils aveuglés par une passion égoïste, elles essaient, avec leur rude bon sens, de leur dessiller les yeux ; menacent-ils, par leur sotte manie, de faire le malheur de leurs filles, alors les Suivantes se fâchent, et, devenant, par leur affection même, impertinentes et brutales, elles tiennent sans respecttête aux vieillards et leur montrent sans ménagement le ridicule et l'odieux de leur conduite. A M. Jourdain, ce bourgeois,
aïeul de M. Poirier, qui veut faire de sa fille une marquise, Nicole se contente de dire : « Nous avons le fils du gentilhomme de notre village, qui est le plus grand malitorne et le plus sot dadais que j'aie jamais vu » ; et puis elle se tait, pour laisser parler le défenseur naturel de Lucile, sa mère. Mais Angélique et Mariane n'ont plus de mère ; et voilà pourquoi ces braves filles^ qui s'appellent Toinette et Dorine, se font un devoir de mettre au service des pauvrettes le franc parler et l'autorité qu'elles ont, avec le temps, par leurs bons services, conquis dans la maison. Pour rompre un mariage, ici burlesque, et là abominable, toutes deux engagent crânement avec leur maître une lutte longue et acerbe, dans laquelle elles déploient toutes les ressources d'une malice aiguisée et inventive. Toinette est plus bouffonne, parce que le sujet du Malade imaginaire, comme celui de George Dandin, est si triste au fond, et d'une telle rosserie, comme on dirait aujourd'hui, que Molière, ^ pour ne pas tomber dans le drame, a dû verser danslaj farce ; Dorine est un peu plus modérée et réservée, parce; que l'artuffe est de la haute comédie, et aussi parce que Dorine est plus âgée que Toinette; mais cette réserve et cette modération sont toutes relatives, et, digne sœur cadette de la Nourrice, Dorine s'attire encore de Mme Pernelle le reproche d'être
Un peu trop forte en gueule et fort impertinente.
Oncques reproche ne fut même plus mérité, si vous vous rappelez la grande scène du deuxième acte :