‹ Devant Québec et Rome ou Collection de documents se rapportant au projet de loi pour incorporer les adminstrateurs de l'Université Laval à Montréal [microforme] (volume 2)Chapitre 18 sur 70 · Z-MOI · texte numérisé non relu

Z-MOI

Collège Canadien,117 rue des Quatre-Fontaines, Roue, 11 février 1892.

Sa Grandeur Mgr L. Z. Moreau, Evêque de St- Hyacinthe.

MOXNSEIGNEUR,

J'ai reçu tout dernièrement votre lettre du 25 janvier ; elle m'a presque fait honte. Je me sentis coupable d’un trop long silence vis-à-vis Votre Grandeur. Mais j'étais embarrassé. Nos affaires n’ont jamais eu mauvaise mine ; mais, sous le travail de la discussion, elles avaient un peu le miroitement du prisme, et il était difficile de saisir à un moment donné la couleur juste qu'en aurait le résultat. Je n'aurais pas voulu donner des informations, que j'aurais été obligé de contredire plus tard. Puis quand la lutte se serre, quand les choses se corsent, j'éprouve un

sentiment de concentration, qui me porte à une

os 00 discrétion qui touche au mutisme, discrétion trop grande, puisqu'il est des personnes envers qui il n’est pas besoin d’en avoir ; et, Monseigneur, vous êtes de ce nombre.

Maintenant le ressort a reçu sa détente, l’af-

faire Universitaire est résolue ; la journée d'hier nous a tout appris. J'ai fait copier pour vous ce que j'écrivais sur cette question à Mgr l’Archevêque de Montréal, d’abord le 29 janvier, puis le 10 février. Ces extraits vous donneront l’historique de nos efforts en ces derniers temps, et de l'issue où ils ont abouti. Que Dieu soit béni! Je sais, Monseigneur, que vous avez beaucoup prié pour le succès de notre mission, je n’ai pas besoin de vous demander vos prières pour nous aider à remercier Dieu, déjà elles nous sont acquises.

Evidemment, nous sommes dans la voie, et le Ciel nous favorise. Nous arriverons à établir le fonctionnement de l’Université sur sa base véritable, qui n’est pas la Charte de la Reine seule. ment, mais qui est aussi l’ensemble des décrets

romains qui ennoblissent, expliquent, déli- , paq ,

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Charte. L'Université ne sera vraiment pro-

vinciale, elle n’aura la paix solide et la prospé-

rité grandissante, seulement quand elle aura accepté, non d’une manière spéculative, mais en pratique, non pour certains actes choisis, mais pour tous ses actes Universitaires indistinctement, la direction agissante et efficace de l'épiscopat des deux Provinces de Québecet de Montréal ; là est sa vie, ià est le principe de son unité. Il est extraordinaire qu’on n'ait pas saisi, en certains quartiers, l’accentuation des décrets toujours de plus en plus marquée dans ce sens. Rome aime que l’on comprenne de soi-même, tant elle répugne à la violence; mais enfin, quand on s’obstine à ne pas comprendre, elle met les points sur les 1.

Un jour viendra (quand la génération actuelle aura passé), que Québec s’applaudira du travail que nous faisons maintenant ; et c’est nous qui auront maintenu à la tête d’une grande Uuiversité Catholique en Amérique. Car sa poli-

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tique présente pousse à la division, au morcellement, à l’anéantissement. Une Universitélargene tient pas dans le creux de la main d’un Recteur; il ya certaines libertés et certaines latitudes (mais des réalités et non pas des ombres de libertés) qui doivent descendre dans les différentes parties de ce corps, si l’on veut que la vie et l’activité circulent partout. La centralisation est un éteignoir, mais nulle part plus que dans un corps savant. Donc libertés locales, et unité centrale dans l’Episcopat : avec ces principes, les décrets apostoliques sont appliqués dans toute leur étendue, et les droits du Conseil Universitaire (même tels que constitués par la Charte) ne sont pas en danger.

Monseigneur, j'ai voulu réparer mon long silence, je n’ai réussi qu’à produire une tirade soporifique. Je vous demande pardon, si je vous ai endormi; mais quelquefois le sommeil est un bienfait. C’est. un bienfait que le Ciel me laisse pour me refaire de toutes mes tracasseries. Les

retards calculés et les objections souterraines,

contre lesquels nous avons eu à lutter, n’ont pas

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réussi à me faire perdre une heure de ce que les poètes appelaient ‘le don des dieux.” Ma santé est excellente, Mgr Racine est alerte comme un jeune homme. On fêtait dernièrement ses soi-

xante-dix ans. Il peut dire qu’il les porte légère-

ment ; et depuis trois mois, avec une prestesse

étonnante, il les a portés bien souvent au haut des longs escaliers jusqu’au troisième et quatrième piano. Je m’arrête en vous faisant mes souhaits de bonne année, s’il n’est pas trop tard. Je vous demanderais de vouloir bien me rappeler au souvenir de M. le Grand Vicaire, de M. le Curé,mon ancien confrère de classe, de M. le Chanoïine Bernard, et des autres messieurs de votre Evêché. Et veuillez croire que je suis à Rome, comine au Canada, avec la considération la plus haute, De Votre Grandeur, Monseigneur,

Le très humble et très dévoué serviteur,

J. B. PROULX, Prre,

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Collège Canadien, 117 rue des Quatre-Fontaines, Roue, 11 février 1892.

Sa Grandeur Mgr Edouard Charles Fabre,

Archevêque de Montréal.

MOoNSEIGNEUR,

Hier, en vous envoyant la bonne nouvelle, je vous annonçais une lettre plus détaillée ; ayant aujourd’hui un peu de temps libre devant moi, je vous la fais sans retard.

Voici quelles ont été, sur la question Universitaire,les propres paroles de M.X...: “Il vous est accordé ce que vous avez demandé. Avec les retranchements que Myr Racine a proposés, le Saint-Siège n’a aucune objection à ce que le projet de loi soit présenté à la Législature de la Province de Québec. On est à rédiger la réponse,

adressée à Mgr l’Archevêque de Montréal ;

comme vous êtes les délégués de la Province de

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Montréal, une copie vous sera remise sous peu. Cette réponse sera communiquée par la Congrégation de la Propagande à Son Eminence le Cardinal Archevêque de Québec; et comme Son Eminence a accepté d'avance la décision du Saint-Siège, vous n'aurez plus à craindre de ce côté-là d'opposition ni de retards.”

Nous sommes donc parvenus au but proposé.

Maintenant par quelle voie ? Celle, je crois, de la droiture, de la modération, du calme, de lu patience et aussi de l’action en temps oprartun.

En arrivant ici, nous fimes de la question un exposé franc, clair et court: notre premier Mémoire ; et nous y ajoutâmes une collection de pièces justificatives, complète et longue, sans omettre un seul document : la Correspondance, Sur ce, le Cardinal Préfet de la Propagande posa à Québec certaines demandes. Nous attendimes en paix, sans rien presser, que Québec eût eu le temps de répondre.

Cependant nous voyions les uns après les

autres les Eminentissimes Cardinaux, exposant

froidement l'affaire, la dégageant de toutes les

a 80 questions incidentes dont on voulait l’embarrasser, ne cherchant aucunement à extraire par avance une approbation, seulement tenant à nous montrer ce que nous sommes, des hommes modérés qui veulent la paix, l'union, le bien de toute la jeunesse du pays, le respect des droits de tous, la prospérité de l’Université sous la direction de l'Eglise, c’est-à-dire des Evêques.

Québec ne rèpondant pas, et par ces retards apportés dans le règlement d’une question qui presse faisant ici même la preuve de notre avancé, nous crûmes que l’occasion était belle d'exposer la manière dont le Recteur et le Conseil de l'Université aidaïient au fonctionnement Universitaire à Montréal ; même Mgr Racine fut d'avis de résumer l’exposé verbal dans un écrit précis: de là le Mémoire sur le peu de bonne volonté.

Le temps d'attendre était écoulé. Notre affaire allait venir régulièrement devant la Congrégation, lorsque soudain une mort, pour nous

bien pénible, vint enlever son Préfet à la Pro-

pagande. C'était un accident grave; l’impor-

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tant, au milieu de la bataille, est de tourner l'imprévu en sa faveur. Nous nous trouvions en face d’une cause de retard, il fallait en faire une cause de résolution prompte. Or le même jour, et pour les mêmes raisons, séparément, chacin de notre côté, la pensée nous vint, à Mgr Racine et à moi, qu'il fallait écrire au Pape, lui demandant de vouloir bien pourvoir à notre cas, d'urgence. C'était le temps,ou jamais. La Congrégation n’ayant pas de Préfet, tout le monde ignorant quand aurait lieu cette impor. tante nomination, personne ne pouvait se déclarer blessé de notre démarche, On connaît avec quelle lucidité le Saint-Père saisit une question, avec quelle prudence et en même temps avec quelle rapidité il donne une décision, et avec quelle fermeté tranquille il tient À son exécution parfaite.

Sur ces entrefaites, le nouveau Préfet fut nommé. Il nous traita avec beaucoup de bienveillance. Nous pressâmes auprès de lui, auprès

du Secrétaire, auprès du Minutante, auprès de

toutes les autorités, Les objections à notre pro-

fl es jet de loi, venant de différentes sources, sortirent de dessous terre. Les réponses ne se firent pas attendre,objections et répliques pleuvaient: fusillade sur toute la ligne. Nous répondîimes à l’une, nous répondimes à l’autre, à celle-ci, à celle-là en traits courts et incisifs. Ces mémoires minuscules sont au nombre de six : vous en recevrez la copie sous peu.

Eufin le trait du Parthe. [1 faut reculer pour mieux sauter. Comme l'autorité universitaire avait toujours refusé de préciser avec nous, Mgr Racine étudia quelles pourraient bien être, au point de vue québecquois le plus strict, les lignes du projet de loi auxquelles, si elle était forcée de parler, la Charte Royale objecterait d’une maniète tangible et ostensible. Car ostensibles et avouables devant Rome ne sont pas les objections d’un trop grand nombre à Québec, et c’est ce qui explique les formes variables, miroitantes et indéterminées de l'opposition qu’on nous a faite. Donc, voulant faire preuve de bonne volonté jusqu’au bout, #roprio motu, de

lui-même, de son plein gré, Monseigneur propo-

faites-n

en tien devant nous fa Donc je n'hésite mis dar la conc aient (

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sa de retrancher au milleur de sa connaissance ces quelques lignes, ajoutant qu'en cela il désirait faire plaisir à Son Eminence le Cardinal Taschereau. Ce futle coup de grâce. Evidemment disait-on, ces gens-là ont raison. Et mardi dernier, le 9 de ce mois, fut prise par qui de droit la décision que je vous ai donnée en tête de cette lettre.

Pour nous, c’est la victoire complète. Le retranchement de ces quelques lignes n’attaque en rien les principes constitutifs et nécessaires de notre syndicat financier. Mgr Racine na été conséquent avec ce que nous avons toujours dit : faites-nous des suggestions, s’il y a lieu, et nous en tiendrons compte. Il à fait plus, il à été audevant des seules suggestions qu'on aurait pu nous faire avec une apparence de plausibilité. Donc je le répète, c'est la victoire. Mais, je n'hésite pas à le dire, je regrette qu’on nous ait mis dans la position de remporter un triomphe: la concorde, pour nous, et la bonne volonté au-

aient été bien préférables.

C'est pourquoi je ne me sens pas le courage de

triompher dans le sens ordinaire du mot; c’est trop pénible pour des personnes vénérables ct vénérées qu’une fausse politique a jetées dans ces déboires. Je me contente de me réjouir dans non intérieur, devant Dieu, du grand bien qui doit en résulter pour la jeunesse et la religion dans le district de Montréal. Peut-on espérer que, enfin éclairé par tant de déboires, on s’apercevra que l’on marche à côté de la voie, et que, comptant avec une position créée non par nous, non par qui que ce soit, mais bien par la nécessité, par la force des choses, quelque pénible qu’elle puisse paraître à certaines espérances désappointées, on cessera pour tout de bon de nous susciter desembarras et d'entraver notre développement universitaire. Dans cet espoir je demeure avec une très haute considération,

De Votre Grandeur, Monseigneur,

Le très humble et très dévoué serviteur.

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Collège Canadien, 117 rue des Quatre-Fontai nes,

Rome, 16 février 1892.

Sa Grandeur Mgr Edouard Chs Fabre, Arche-

vêque de Montréal,

MONSEIGNEUR

La lettre promise, À vous annoncée et par nous attendue avec une confiante impatience, vient d’être remise à Mgr l'Evêque de Sherbrooke.

J'en ai pris une copie, et je vous adresse l'original immédiatement. Mgr Racine ne veut pas que la joie de cette bonne nouvelle soit retardée pour Votre Grandeur d’une minute.

Impossible de souhaiter une réponse plus favorable. Notre Syndicat financier, après tant

d'épreuves, demeure intact: et en réalité la

Sacrée Congrégation n’y a fait que les quelques retranchements proposés, #o/ Proprio, par Mgr Racine,

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Je vous enverrai à cette occasion une lettre plus longue demain où après demain, Mgr Racine aussi doit vous écrire sous peu... Dieu soit béni !

Je demeure avec le plus grand respect,

De Votre Grandeur,

Le très humble et très dévoué serviteur,

J. B. PROULX, Prêtre.

Collège Canadien, 117 rue des Quatre-Fon taines, RouE, 19 février 1892,

Sa Grandeur Mgr Edouard Chs Fabre, Arche.

vêque de Montréal.

MONSEIGNEUR

Mardi en vous envoyant la réponse de la Sacrée Congrégation, je vous disais : attendez une lettre dans quelques jours. Ce qui m’empêchait

alors d'écrire plus long, c’est la préparation

d’une Ste-M Canac tique Dor rien & ports, | propoi molu, de con désirs constit affecté:

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d’une conférence que j’ai donnée hier jeudi à Ste-Marie des Anges. Le sujet en était : ‘“ Le Canada, ou la religion appliquée à la vie politique et sociale d’un peuple.”

Donc la réponse est superbe, nous ne pouvions rien souhaiter de mieux ; et, sous certains rapports, elle donne plus que nous ne demandions,

I.—Les retranchements se bornent à ceux proposés par Mgr Racine, de lui-même, proprio motu, afin de montrer au Saint-Siège son esprit de conciliation, et sa volonté de rencontrer les désirs avouables de l'Université. Les principes constitutifs du projet n’en sont aucunement affectés,notreSyndicat financier demeure debout, intact. Même ces retranchements font disparaitre du coup les objections qu’auraient pu avoir à notre projet certains membres des facultés. Actuellement, qui peut trouver à redire de ce

que l’administration universitaire à Montréal

qui doit acheter, vendre et bâtir, devienne per-

sonne civile purement et simplement : la

matière manque à la critique.

Quant au désir, flacet, que la phrase où il est

question de l’élection du Vice-Rectenr soit rendue conforme à la Constitution Ya» dudum dans son texte, rien de plus aïsé à observer ; car, déjà, dans son esprit cette conformité existait. En effet les rédacteurs du projet de loi avaient dit : “ Le Vice-Recteur est c/osst par l’Archevêque de Montréal etses suffragants,” et non pas est zommé, et cela à dessein, je me le rappelle fort bien. D’après la Constitution Ye” dudum, “ le Vice-Recteur est désigné par les Evêques de la Province de Montréal, qui le présenteront au Conseil Universitaire ; et celui-ci ne pourra le refuser que pour des raisons approuvées par les mêmes Evêques.” En pratique, il n'en tient qu'aux Evêques que leur c/ozx ne devienne toujours Z’é/x régulièrement #onmé,.

Dans tous les cas, ce petit détail montre combien notre projet de loi a été étudié, ici à Rome, avec soin ; et puisqu'on n’y trouve pas d’autre chose à reprendre, on peut être certain à Montréal comme à Québec, de son orthodoxie.

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