‹ Devant Québec et Rome ou Collection de documents se rapportant au projet de loi pour incorporer les adminstrateurs de l'Université Laval à Montréal [microforme] (volume 2)Chapitre 64 sur 70 · MESSIEURS LES ELÈVES · texte numérisé non relu

MESSIEURS LES ELÈVES

J'avais décidé de ne pas prendre la parole en cette circonstance ; mais voici que je viens d’être attaqué, deux fois répétées ; et un brave ne se laisse pas attaquer sans essayer, au moins, de se défendre. (Rires.)

Je commencerai mes remarques par une paro'- ;ui a été prononcée il y a déjà longtemps, deux mile ans passés, par la mère des Gracques. (Rires.) On lui demandait où étaient ses joyaux. ‘‘ Les voici, ” dit-elle, en montrant ses enfants. On me demande en ce moment des paroles. ‘ Des paroles! puis-je dire, mais voyez, mais regardez autour de vous; cette réunion, cette démonstration, ce me semble, parle pour moi assez hautement. ” (Applaudissements.)

Toute comparaison, vous le savez, cloche par un côté. Je ne voudrais pas, non, passer pour une matrone romaine. (Rires.) Ceper-dant, autour de moi, je vois réunie tout à coup une si nombreuse famille que je ne puis ne pas me rappeler cette parole de l’Ecriture, laquelle j'appliquerai toutefois plutôt à l'institution qu’à moi-même : ‘ D'où vous vient, à Jérusalem, tous

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ces enfants que dans votre sein, vous n’avez pas portés.” (Rires et applaudissements.)

Vous riez, Messieurs, et moi aussi je mé réjouis. Tous ensemble, nous nous réjouissons, parce que ce jour fera époque dans la vie-universitaire à Montréal, Il est bien calme, certainement ; il passe bien paisible, bien inaperçu. Pourtant, je n’en doute pas, dans vingt” cinq ans on en parlera comme d’une date mémorable dansl’histoire de l’Ecolede Médecine, de même que certains événements féconds en résultats font date à part dans l’histoire des nations. (Applaudissements.)

Nous nous réjouissons, parce que les professeurs de la Faculté médicale, grâce aux secours pécuniaires que des circonstances meilleures ne manqueront pas d'apporter, voient s’ouvrir devant eux un champ plus vaste, des horizons plus larges, à la poursuite de cet idéal de perfectionnement que tout homme de science entrevoit dans les aspirations généreuses de ses études et ne cesse de rechercher avec passion. (Applaudissements.)

Nous nous réjouissons, parce que l’union sera utile, surtout à vous, Messieurs les élèves, en mettant à votre âisposition l’expérience d’un plus grand nombre d’illustres médecins et de chirurgiens habiles, et en entourant vos études des bienfaits du calme et de la paix ; la concorde, la fraternité, voilà la rosée bienfaisante qui féconde les germes du savoir et les semences du labeur intellectuel, (Applaudissements.)

Nous nous réjouissons, parce nous entrevoyons, dans un avenir rapproché, un accroissement de force et de prestige pour la noble profession médicale. Messieurs,

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je suppose qu’il n’y a pas ici, dans cet auditoire, d'avocats ; car avant d'exprimer toute ma pensée, je prendrais une précautien oratoire. (Rires) A mon avis il n'est pas de profession qui approche davantage du sacerdoce que celle du médecin, non seulement parce le médecin veille au bien-être d’une moitié de l’homme, de cette partie matérielle, qui est l’instrument de ses vertus et, par là, la matière de ses mérites, mais encore, et surtout, parce que, au chevet du malade, il est À portée plus que tout autre de rendre des services inappréciables à son âme immortelle, (Applaudissements.)

Votre honorable président et monsieur le doyen d'âge parmi vos professeurs, viennent de me décerner deux gros compliments. Un compliment, comme dit le proverbe, en attire un autre. Je ne ménagerai pas le mien, la matière est abondante. (Rires) Voici.

Si j'ai pu réusir à amener l’union, je n'étais pas seul ; car une union en suppose au moins deux (rires) ; dans l’affaire des Ecoles de médecine, nous étions vingtdeux (rires et applaudissements). En effet tous, par des voies différentes il est vrai, mais non moins sincèrement, travaillaient pour arriver au même but. Nous l'avons atteint, car tout chemin mène à Rome. (Rires et applaudissements.)

Tous ont su s'élever au-dessus des intérêts du calcul ordinaire des choses de la vie, faisant preuve de cette bonne volonté dont vient de parler Mgr l’Archevêque de Montréal. Je n’en citerai qu’un exemple, lequel en vaudra bien d’autres, je crois. Vous n’ignorez pas que, dans le passé, sur quelques petits détails, Monsieur le Président et moi, nous ne nous sommes pas toujours

entendus complètement (rires). Quand j'ai appris que M. le docteur Durocher, au milieu d’un bon nombre de collègues qui auraient pu prétendre à cet honneur, avait été porté par la vote de la Faculté au siège de la présidence, j'ai dit: C’est bien! (Applaudissements.) Et ce qui est mieux, c’est que depuis je n’ai eu qu’à me féliciter des rapports officiels que j’ai eus avec cet honorable monsieur ; et, ce qui n’est pas plus mal, je crois pouvoir dire qu’il ne paraît pas être trop mécontent de moi. (Rires et applaudissements.)

Quant à vous, Messieurs les élèves, il ne m’appartient pas de me donner, auprès de vous, un certificat. Toutefois, j’ose espérer que vous trouverez en votre Vice-Recteur un homme aux vues larges, libéral, — pas en politique, je ne me mêle pas de politique (rires),—libéral et indulgent. Dans tous les cas, je suis certain que vous avez en lui un ami sincère et dévoué. (Applaudissements.)

Qu'il me soit permis de féliciter Monsieur le Président et Monsieur le docteur d’Orsonnens du tact qu’ils ont su mettre dans leurs paroles, des égards qu’ils ont cru devoir accorder à la circonstance. Nous pouvions craindre d’avoir à marcher sur des rasoirs ; je m’aperçois que, grâce à leur délicatesse et à leur franchise, nous nous avançons sûrement, amicalement, la main dans la main, sur un terrain ferme, vers un avenir brillant. (Applaudissements.)

Je félicite non seulement l'Ecole de Médecine, mais encore le pays tout entier, de ce que, en présence du corps des professeurs au complet, devant la foule des élèves attentifs, et aux applaudissements unanimes

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