CHAPITRE IV
A. — Substance blanche.
IIlSTOniQUE.
Développement de la substance blanche. Remak, Eichiiorst, Boll, Kœlliker, Bis. Embryon de mouton de 12 millimètres, de lo millimètres. Moelle d’embryons longs de 10 centimètres et de 25 centimètres; apparition de la myéline. — Origine des cellules enveloppantes des libres de la substance blanche.
Historique.
Vous rappellerons que, pour Remak(l), la substance blanche ne fait son apparition dans le tube médullaire qu’après la substance grise, et nous passerons de suite sans transition il Eichiiorst.
J*our cet auteur, quoiqu’au troisième mois de la vie intra-utérine la substance blanche entoure de toute part la substance grise; il est encore cependant possible de reconnaître la formation des libres nerveuses.
D’après lui, au voisinage de la substance blanche, les cellules embryonnaires dont il a été question ])lus haut [Uist., p. 55) et qui forment la majeure partie delà substance grise, prennent une forme elliptique et s’orientent de telle sorte que leur grand axe se trouve dirigé dans le même sens que celui de la moelle ; elles sont situées très proche les unes des autres et n’ont entre elles qu’une faible zone de substance linement granuleuse ; aux deux pôles elles possèdent de fins prolongements. Ces prolongements grandissent de plus en plus et se soudent avec ceux qui sont situés au-dessus et au-dessous, de façon à ce que la
(1) Remak, loc. cit.
TUliE NERVEUX.
chaîne des cellules forme un cliapelet variqueux; à mesure que le prolongement devient plus épais, le noyau s’amincit; enfin le noyau vient se placer sur les côtés de ces fibres.
Les différentes phases de ce développement s’observent en allant delà substance grise à la périphérie de la moelle.
Quant à la myéline, elle ferait son apparition vers le quatrième mois, après que la substance intermédiaire s’est constituée et a contracté une adhérence intime avec les fibrilles.
La myéline apparaît d’abord sous la forme de fines granulations dans la substance interfibrillaire ; ces granulations grossissent, se soudent et forment autour de chaque fibie un manteau isolant. Le noyau qui était devenu libre dans la substance intermédiaire s’applique sur la myéline et recouvre celle-ci.
Boll(l) a étudié le développement de la substance blanche dans le corps godronné du poulet : quoique ces observations ne soient pas faites sur la moelle, nous les résumerons.
D’après cette histologie, la substance blanche se forme du 4® au G'’ jour de l’incubation, aux dépens de cellules fusiformes, qui s’allongent petit à petit, et envoient de longs prolongements à leurs deux pôles. Ces prolongements sont d’abord variqueux, puis le noyau disparaît de la cellule, alors elle ne forme plus qu’une longue fibre rectiligne.
Du G'" au 8° jour, la substance blanche ou plutôt les fibrilles qui la forment, augmentent de volume sans changer de structure.
Du 18° au 21° jour, on voit que la substance blanche est envahie par un grand nombre de cellules graisseuses, cellesci proviennent de cellules qui se trouvaient dans la substance fondamentale de la substance grise, qui s’infiltrent de graisse, une fois qu’elles sont arrivées par leurs mouvements amiboïdes dans la substance blanche, elles entourent les fibres nerveuses et leur constituent unmanchon de myéline. Celui-ci, d’abord fort incomplet, se complétera par l’augmentation de volume et la soudure des granulations de la cellule amiboïde.
(1) Boll, loc. cit.
lOG
SYSTÈME NEHVEIIX EÉRÉBKO-SPINAL.
D’après Kœlliker, la substance blanclie apparaît chez le lapin vers le onzième jour (cordon antérieur et cordon postérieur). Vers le douzième ou le quatorzième jour, la substance blanche entoure toute la moelle, à l’exception d’une faible partie de la face dorsale. Sur une coupe longitudinale, la substance blanche paraît être formée de fines fibrilles, un peu plus grosses dans les cordons postérieurs que partout ailleurs.
A cette époque, dans tous les cordons, mais surtout dans les postérieurs, on aperçoit quelques noyaux isolés qui, d’après cet anatomiste, doivent être considérés comme des éléments détachés de la substance grise. Les fibres formant la commissure antérieure se croisent avec celles qui existent dans la substance grise.
La moelle du lapin ne montre, au vingt-troisième jour, aucune trace de fibres à myéline, ce qui est d’autant plus étonnant, que les embryons ne sont plus qu’à cinq jours de leur naissance.
Kœlliker, sans toutefois être absolument affirmatif et en se basant sur les recherches précédentes qu’il lit sur le développement des nerfs dans la queue des têtards, pense que la myéline est une « sécrétion venant du plasma sanguin, sécrétion qui se dépose sur le cylindre-axe, qui n’est peutêtre pas étranger à cette sécrétion. » [Loc. cit., p. GOI.)
On sait que llis, dans différentes publications (1), a fait revivre les opinions de llemak et de Bidder et Kuppfersur le développement des fibres nerveuses périphériques, qu’il considère comme venant des or2,anes centraux, sous la forme de fines fibrilles ne contenant aucun noyau. Mes observations des embryons de bœuf et de brebis me conduisent aux mêmes conclusions, ainsi que je l’ai exposé plus haut, dans le chapitre traitant du développement des fibres nerveuses périphéri(pies (2j. Dans un mémoire qu’il a publié dans le courant de l’année 188'i, llis expose les résultats auxquels il est arrivé en étudiant quebjues jeunes
(I) llis, Ueher die Aiifiin^c des periplierischen Nervciisystems {Archiv f. Anal, und p/njs. Anal. Ahth., 1880, p. 474)
{'l) llis, Ueher das Auftreten der weissen Suhstanz und der Wurzelfasern irn Uückenmark lueiiscldicher Eiubryouen (A)'ch. /. Anal, und phy. Anal. Ahlh., 1883, p. 1G3).
TUBK NERVEUX.
embryons liiimains. Sur un embryon long' de 5 millimètres, on voit, dit cet auteur, que le premier rudiment de la substance blancbe est forme par des libres radiales qui, lorsqu’elles arrivent à la périphérie, s’élargissent un peu en forme de pavillon de trompette, et cet élargissement de toutes les fdjres se soudant ensemble, forme une espèce de membrane qu’il nomme membrana limitans mechdlaris ^ qu’il ne faut pas confondre avec la membrana limitans de llensen, qui est désignée par Ilis sous le nom de inembrana limitans meningea. Cette membrane n’est pas cependant continue; dans toute la périphérie de la moelle et à la partie antérieure elle présente de nombreuses solutions de continuité, car dans les parties inférieures et latérales de la moelle, un grand nombre de prolongements cellulaires ne concourent pas à la formation de la « membrana limitans medullaris », mais traversent la « membrana limitans meningea » pour poursuivre leur trajet dans le corps.
Il semble à Ilis qu’il peut résumer ses observations dans les conclusions suivantes :
La substance blancbe du système nerveux central apparaît comme étant formée par le prolongement des cellules émises par celles-ci sous la forme de fibres radiées.
Les libres radiées émettent des ramifications latérales qui, plus ou moins lard, deviendront des fibres longitudinales.
Les racines antérieures naissent beaucoup plus tôt que les racines postérieures; celles-ci ne feraient leur apparition que beaucoup plus tard, lorsque le ganglion montrerait déjà une striation longitudinale.