‹ Développement des éléments du système nerveux cérébro-spinalChapitre 127 sur 163 · A. Voisin. De la Paralysie générale des aliénés · texte numérisé non relu

A. Voisin. De la Paralysie générale des aliénés

2. Kcart. Quelques observations de Paralysie générale à longue durée. Th. Paris, 1890.

Réglée à 13 ans. Mariée à 20, A au deux enfants mort-nés. Les deux accouchements ont été faits au forceps. — Pas de syphilis ;

A lYige de 20 ans, elle aurait déjà manifesté des idées bizarres, espérant devenir très riche, voulant même acheter un petit château, etc.,,, alors que son mari gagnait à peinç'de quoi vivre. Plus tard (1871) elle assurait que Canrobert et Mac-Mahon devaient être ses parents, et qu’elle hériterait d’eux.

Histoire de la maladie. — En septembre 1881 : Attaque épileptiforme ou apoplectiforme : elle tombe subitement sans connaissance ; écume aux lèvres, mais pas de convulsions. L’attaque dure 3/4 d’heure. L’embarras de la parole s’accentue aussitôt après. C’est à partir de la même époque que la malade présente de l’affaiblissement très marqué de la mémoire avec conceptions délirantes hypocondriaques et mégalomaniaques. Elle -était mariée avec l’Empereur, avait 60 'enfants dans son ventre etc.,

M. le D' Vallon notait alors (1882); au point de vue physique : le météorisme, qui a persisté pendant très longtemps, et’ des troubles vésicaux.

Entre à l’asile.. Diagnostic : Paralysie générale.

1883. — Alfaiblissement intellectuel prononcé. Ne sait pas son âge, se rappelle cependant la date de sa naissance et la date de son mariage. Ne sait plus calculer. Sa famille possède 12 mille 500 milliards, il lui revient 33 milliards par jour. Mais, elle avoue naïvement qu’elle n’a jamais touché un sou et qu’elle est o,bligée pour vivre de travailler aux équipements militaires. — Elle descend delà famille prmcière de Monaco. Celui-ci est venu la voir dimanche dernier dans le service, avec tout son état-major. Aucune idée de persécutions, pas de conceptions mélancoliques ou hypocondriaques.

Etat physique. — Partie osseuse du nez affaissée. La malade prétend que cette lésion osseuse est congénitale. Prognathisme léger. Dentition défectueuse, caries multiples et^profondes. La langue n’est pas déviée ; tremblement fibrillaire. Pas de tremblement des mains. Au dynamomètre, M.D, 30. M.G. 24. Marche bonne. Se tient solidement sur la j^mbe droite un peu moins sur la jambe gauche. Pas de signes de Rornberg. Réflexes rotuliens un peu exagérés. Pupille gauche plus large.. Son réflexe accommodateur, très affaibli. La pupille droite ne réagit pgs à la lumière, mais très bien à La distance. Vue assez bonne.

Muscles extrinsèques oculaires normaux. Sensibilité cutanée normale, égale des deux côtés. L’ouïe l’odorat, le goût sont normaux. Pas de troubles digestifs.

Depuis que la malade est à l’asile, elle n’a jamais en aucune attaque épileptiforme ou apoplectiforme. Elle s’y est d’ailleurs améliorée, après une période d’excitation maniaque qui, pendant 5 ans, a nécessité des soins spéciaux, et l’isolement cellulaire fréquent. Depuis 1892, elle commence à travailler quelque peu dans le service. Elle séjourne, très tranquille, dans les cours, balaie, fait le ménage. Par exemple, elle ramasse constamment tous les objets qu’elle peut trouver. Tremblement iibrillaire persistant du menton et de la lèvre inférieure, se produisant ou spontanément ou par excitation mécanique. La parole est toujours difficile : Dit. bien « artilleur de l’artillerie » — mais ne peut dire « Nabuchodonosor ». Toutefois, amélioration aussi de ce côté. La marche est toujours bonne. Ménopause en juin 1894. Curieuse résorption progressive de la machine supérieure (bien plus prononcée à droite).

En juillet 1895, on trouve l’inégalité pupillaire encore plus nette. Absence de toute réaction à la lumière ; mais l’accomodation est conservée. L’acuité est normale. Parole embarrassée dans la prononciation des mots longs. Réflexes tendineux conservés. Sensibilité intacte. Léger tremblement de la langue. Mais l’état mental est vraiment amélioré. La malade dit très bien son âge, ladate, etc. L’affaiblissement intellectuel perceptible n’est que léger. Toujours quelques préoccupations mégalomaniaques.

Gâtisme. — Avant son entrée à l’asile (janvier 1882), la malade n’a présenté que de V incontinence urinaire ; et encore seulement 15 jours avant son entrée. Un jour qu’elle était debout, faisant sa lessive, son mari s’aperçoit qu’elle urine sous elle, tache le parquet. 11 lui eu fait l’observation. Elle ne s’étant aperçue de rien, riposte tranquillement, mais sur un ton aigre doux : c’est mon baquet qui fuit. Ne t’inquiète pas ! — Le même fait se reproduit les jours suivants, dans les mêmes conditions, c’est-à-dire une fois par jour, dans la station debout. La nuit, rien. Pas de faiblesse concomitante des membres inférieurs à cette époque.

En 1883, le gâtisme disparaît complètement^ alors que l’état mental reste à peu près pareil. Plusieurs jours de permission

qui lui sont accordés pour rejoindre son mari, se passent sans incidents de ce côté.

En 1885-1890, pendant toute la période d’excitation, le gâtisme est complet.

Depuis 1890, époque où la malade s’est calmée, aucun trouble des sphincters.

FORMES DE LA PARALYSIE GÉNÉRALE. — II serait intéressant de pénétrer plus loin dans l’interprétation des phénomènes ; et, la paralysie générale commune étudiée, de rechercher la valeur de l’apparition du symptôme gâtisme en particulier dans les formes médullaires, différenciées par le début primitivement cérébral ou prie mitivement médullaire, ou à la fois cérébral et médullairs (Magnan) (1). En effet, comme le prouvent les recherches, plus récentes du P'’ Joffroy, confirmées par Fürstncr, Moeli, Nageotte, toutes les lésions de la motilité, de la sensibilité, de la sphère psychique, (encéphale moelle, nerfs, ganglions sympathiques), peuvent se voir dans la paralysie générale. Pas de neurone, pas de cellule nerveuse qui ne puisse être touchée. Ces lésions médullaires sont même la règle. C’est à ce propos que, on le sait, notre maître, M. le professeur Joffroy (2) distingue, à côté des formes cérébrales communes, les formes tabétiques à évolution lente, souvent môme extrêmement lente, et les formes spasmodiques dont révolution est la plus rapide (2 ans en moyenne).

Ce serait un fait intéressant, si le gâtisme apparaissait

Page 1