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GROUPE. — LA PERSONNALITÉ ANORMALE EST ACQUISE

— Il résulte de ce qui précède qu’un acte quelconque peut se produire en rapport de dépendance avec les idées délirantes. Lii gâtisme sera parmi ces actes possibles, il comptera aussi parmi les plus fréquents. Toutefois, dans ces cas, il s’agit peut-être moins de gâtisme simple, que

d’actes plus compliqués, le barbouillage du corps, le barbouillage des murs, la scatophagie, qui représentent mieux un besoin d’activité toujours empreint d’une si grande exagération.

De prime abord, les conditions et les modalités de toutes ces aberrations semblent innombrables, tant il v a de variétés de délires et tant les tonnes de l’activité v sont dillérentes. On peut arriver néanmoins à déterminer un certain nombre de types, les plus communs en clinique, où puissent se rattacher plus ou moins facilement les cas particuliers.

Si, chez certains malades à fond de dégénérescence chargée, les débiles, les troubles de la personnalité sont mal systématisés, souvent insuffisants et puérils, lout autres sont les délires des individus primitivement intelligents ou instruits, où la dégénérescence héréditaire n’a point imprimé non plus une marque trop lourde. Cette fois la Personnalité sera transformée d'une manière si/stématifjne et, par là môme, des plus curieuses psychologiquement. Les actes du malade varieront avec l’opinion qu’il se fera de lui-môme, et, par suite, les moyens qu’il croira devoir employer logiquement pour arriver à ses fins.

Ouelques-uns de nos cas concernent des paralytiques généraux, chez lesquels, on le sait, toute systématisation (1) ne doit pas être forcément exclue. M. Magnau a en effet nettement établi que, à l’occasion de^la lésion démentielle un délire svstémalisé peut éclater spontané-

L V. Magnan. Leçons sur les délires syslématisés, p. 222.

ment, sans jalon directeur. Un élément plus profond préexiste, alors, et de loin, à la lésion et au délire: un état mental primitivement défectueux, une prédisposition héridairement vésanique. Il s’aqit surtout de tares dépressives (ascendants mélancoliques, ou ayant accompli une tentative de suicide). Les productions délirantes sont alors surtout des idées mélancoliques qui, moins mobiles, peuvent rester invariables pendant presque tout le cours de l’affection.

Il serait des plus intéressants maintenant d’ébaucher une psychologie des différents concepts qui peuvent directement conduire au gâtisme. Nous ne sachions point qu’un pareil travail ait été fait.

Or, si l’on interroge les observations, on voit que le gâtisme peut survenir dans n’importe quel délire systématisé, ce qui laisse entrevoir pour les phénomènes de gâtisme cette vaste extension et en même temps cette remarquable variété d’allures que nous avons annoncées.

Il peut en effet se lier à toute systématisation, si grossière soit-elle, traduisant le changement de la personnalité.

UHallucination cause immédiate. — Prenons les cas les plus simples ; ceux où le phénomène est lié, non pas encore à une série d’interprétations raisonnées, mais à un état psychique moins compliqué, une hallucination par exemple. Sans doute cette hallucination est bien toujours en rapport avec des préoccupations, soit actuelles, soit

plutôt de longtemps antérieures à la maladie (JolFroy) (1). Elle n’en est pas moins, dans ce processus déterminateur de mouvements, le phénomène initial.

Observation XVIII (personnelle).

(Service de M. Dubuisson).

Charles L..., âgé de 36 ans, secrétaire de mairie.

Antécédents héréditaires chargés. Père mort depuis longtemps Mère, 71 ans, tout à fait démente, dont? enfants, sur 9 qu’elle a eus, sont morts. Un frère du malade, entre autres, est mort, à 32 ans, enfermé à Bicêtre. Une sœur est morte, il y a quelques années, à peu près folle. D’autres frères et sœurs ont succombé très jeunes à la méningite. Une autre est â l’heure actuelle bien portante.

L..., n’a jamais montré ni grande intelligence, ni grande affection. A toujours été très froid, très égoïste. Très maniaque, très méticuleux dans ses habitudes. Va au café tous les jours, et là, très probablement, absinthe quotidienne ? Après quelques mois de changement d’humeur, d’absences réitérées, de distractions continuelles, L. .., ce croit, en décembre 1891, atteint d’une maladie grave, la syphilis, qu’il aurait transmise à sa femme. En même temps, il se reproche constammentdes vols, des abus de confiance dont il se serait rendu coupable.

Brusquement, unjour, il essaie de s’échapper de chez lui, à demi-vêtu. Quelque temps après, il quittetout emploi, et vient habiter chez ses parents, à T... 11 se soumet alors, sans aucun succès, d’ailleurs, au traitement spécifique. Crises de mutisme, de refus d’alimenls pendant plusieurs jours, parle de se donner la mort. Il est un misérable, un voleur. Les hallucinations très probablement visuelles, deviennent de plus en plus fréquentes. 11 ne peut tenir en place, s’échappe à Levallois-Perret, chez sa sœur, puis à Bagneux qu’il habite, revient à Triel, d’où il s’échappe encore une fois.

Le 22 janvier 1895, il entre à l’Asile Sainte-Anne, et M. Magnan porte le diagnostic suivant:® Dégénérescence mentale. Dépression mélancolique. Préoccupations hypocondriaques. Halluci-

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