Pf JofTroy. Leçons cliniques à V Asile Samt-Anne
nations. Frayeurs, excitation par intervalles. Quelques excès alcooliques. » Immobile, les mains dans les poches, le malade se tient dans un coin de la salle, regardant à terre, ne levant que rarement les yeux. Dans l’expression de sa physionomie, il y a quelque chose de douloureux. Quelques tics, alternant entre eux, contractant sa face brusquement, d’une manière répétée. C’est un rictus, par contraction des zygomatiques et durésorius ; c’est un allongement en avant de la bouche, auquel succèdent immédiatement l’élévation des commissures ou l’occlusion brusque des paupières. Souvent il mort un coin de la lèvre inférieure ou joint les mains, les frotte l’une contre l’autre avec une expression d’indécision. Le regard est résigné, difficile d’ailleurs à tixer. Le nez est constamment et fortement humide.
Les mouvements volontaires sont lents, paresseux, sans énergie. Ce n’est qu’h mi-voix qu’il répond, avec une lenteur, une hésitation marquées. Plusieurs fois il faut répéter la même question .
Le malade présente à plusieurs reprises un œdème assez particulier de la face dorsale des mains que nous avons décrit spécialement ( l).
A cette époque, le malade est gâteux par périodes. Il urine * alors dans son pantalon aussi bien qu’au lit, toutefois beaucoup plus rarement le jour. Le gâtisme fécal est excessivement rare.
Ces périodes durent de 8 à 30 jours environ.
Revu en 1897, le malade est beaucoup plus éveillé ; parle plus facilement, semble beaucoup moins concentré, est capable de prendre part, quoique bien peu, à une conversation tenue en sa présence. Son attention est donc bien plus facile à éveiller, les associations des idées se forment assez facilement. Cependant un léger état anesthésique persiste encore.
11 est toujours gâteux par périodes. Mais le gâtisme urinaire, le seul qui existe, n’a lieu que la nuit. Il a d ailleurs beaucoup diminué. Le malade refuse souvent daller aux cabinets, et il donne souvent la raison de son opposition : il a autant besoin de faire dans son pantalon si ça lui plaît!
Interrogé sur ses idées délirantes, le malade revele seulement des hallucinations psychomotrices qui semblent très actives.
1. M. Manheimer. Un cas d'œdème des mains chez un mélancolique. Trib. 26 août 1896.
11 a à l’intérieur «le lui sept individus: trois femmes, deux demoiselles et deux hommes, qui ont des voix différentes. C'est surtout Fanny et Thérèse qu’il entend (sa femme se nomme Fanny-Thérèse). Fanny parle dans la tête, elle a plutôt des féminités. Thérèse est dans le corps, elle a une voix de rogomme. Elle n’attaque pas le troisième Paris (?)
Le malade à qui la continence sexuelle semble peser, pense souvent à sa femme et se masturbe. C’est sa femme (dédoublée, nous l’avons vu) qui par sa bouche lui donne des conseils : Dérange-toi pour aller payer le lait chez Peuchet! Chante ! (le malade chante alors toute la nuit).
Mais les voix portent fréquemment sur la miction ou la défécation. Fais au lit n’importe où tu seras ! disent-elles (c’est surtout la voix de Thérèse, puisqu'elle est dans le corps. Une autre voix voudrait souvent qu’il aille pisser au quatrième Villéjuif.
Chez ce mélancolique qui fait maintenant du délire .systématisé secondaire (Verrücktheit secondaire de Kræ- [)clin), ranomalie sphinctérienne résulte donc d’une halhiliicination psycho-motrice par laquelle il reçoit un ordre et l’exécute passivement, sans se révolter, ni meme s’en étonner, l’acceptant comme à titre de simple indication, Xons pourrions presque dire que le gdtisme est ici contingent dans l’évolution du délire dont il n’est qu’un inci- <lent sans portée.
Dans les systématisations suivantes, nous allons lui voir jouer un rôle plus actif. Il va dériver, cette fois, d’une conception délirante, dans un ordre paralogiqne. Il servira au délire dont il dépendra étroitement^ et constituera un réel et influent épisode.
Nous avons déjà fait entrevoir plus haut que les systèmes délirants les plus différents, pouvaient s’accompagner
de gâtisme. Nous pouvons répéter, sous une autre forme, qu’un changement quel qu’il soit, de la personnalité, personnalité physique ou intellectuelle, ou affective, selon la classification de M. Rihot (1) aura titre égal à sa genèse : aussi bien la dépression que l’hypertrophie ou la transiorrnation de la personnalité. Mais ce qui est surtout frappant, c’est la fréquence de ce symptôme dans les pertes totales ou partielles de la personnalité, à la faveur alors de certains troubles psycho-physiologiques des ])lus intéressants.
Perte de la Personnalité. — Quelquefois la personnalité entière est perdue, l’individu niant tout son corps, ou son intelligence, sa volonté. Mais la négation peut aussi se localiser, particulièrement à la personnalité physique. Plus particulièrement encore, à certaines portions de cette personnalité physique, en d’autres termes, à certaines régions déterminées du corps.
En ce cas on trouve fréquemment que ce qui a servi de base à la conception délirante, ce sont des troubles primitifs de la sensibilité générale. Sont-ce là des analgésies spéciales? des modifications profondes de l’habituelle sensibilité musculaire? ou des phénomènes psychiques spéciaux (Fabret) (2) ? Le malade semble en tous cas interpréter, à sa façon, des sensations anormales qu’il éprouve.
Vraiment anormales, en effet, car ces sensations multi-