‹ Développement des éléments du système nerveux cérébro-spinalChapitre 148 sur 163 · Schüle. Loc. cil · texte numérisé non relu

Schüle. Loc. cil

souvent de point d’appui occasionnel à la coprophagie (Schüle) (1).

Dans les deux observations suivantes, cette négation des organes conduit, en elîet, à une véritable inertie sphinctérienne.

Observation XIX (personnelle), (Service de M. Dubuisson),

D..., 42 ans.

Antécédents héréditaires. — Père alcoolique, mort à 60 ans de paralysie, mère morte de congestion cérébrale. Frère alcoolique, aliéné après deux tentatives de suicide par submersion. Sœur débile psychique et physique (bégaiement). Grands oncles alcooliques.

Antécédents personnels . — Fièvre typhoïdeà 10 ans. Syphilis. Habitudes alcooliques (vin blanc habituel, peu d’absinthe).

Histoire de la maladie. — Au début, il y aun an, légère hésitapon de la parole, omission de lettres et fautes d’orthographe dans ses écrits. Changement de caractère. Plus tard, étourdissements vertiges. Attaque apoplectiforme (décembre 1896) avec quelques mouvements convulsifs. Depuis affaiblissement musculaire, affaiblissement de la mémoire (perte de ses objets).

Episode délirant brusque d’origine certainement alcoolique, hallucinations visuelles terrifiantes mouvementées, zoopsies. Bruits de voix, d’injures. Chants, sanglots sans motifs. Alternatives d’excitation et de calme. Augmentation de 1 embarras de la parole au cours de cette crise. Pas de troubles sphinctériens.

Etat actuel. — Crâne développé, adhérences lobulaires. Assez gras, inerte, I lutôt satisfait, sauf dans les moments de colère qui sont fréquents depuis qu il est à 1 asile. Ne regarde le médecin q u’avec défian ce. Lui répété, dès sa première <[uestion, fju’il veut s’en aller et cela sur tous les tons, éludant toutes les questions par un geste de mauvaise humeur, ne tenant pas â

. 1. ■Schüle. Xoc. ciC

donner d’autres explications. Pourquoi l’a-t-on mis ici? Il se Je demande tous les jours I Sa sœur qui vient le voir l’encourage d’ailleurs dans ses protestations. Colères violentes qui le poussent à frapper à coups de poing. Pas d’hallucinations auditives actuelles (avril 1897).

On est forcé d’avoir recours aux renseignements du personnel de surveillance. Les premiers temps de son internement (décembre 1896) il se cachait de tout le monde, ne fréquentait personne, était vraiment mélancolique avec des hallucinations qui se sont dissipées bientôt. C’est longtemps après qu’on s’aperçoit un jour à ses chaussons souillés qu’il s’est laissé aller dans son pantalon. Il allait justement se plaindre à un infirmierque quelqu’un près de lui s’était oublié. Quand on lui montre que c’est au contraire lui : Tiens fait-il, ça m’étonne bien — j’ensuis tout bleu! — et partir de ce jour, incontinence fécale continuelle, à moins, quelquefois, par intervalles, qu’on ne le mène aux cabinets. L’incontinence, en tout cas, n’est point perceptible à la conscience. Le gâtisme est diurne et nocturne.

Manifeste pendant toute cette période de gâtisme des idées de négation variées. Inutile qu’il aille dans la cour, la cour ne fonctionne pas. Il y a là quelque chose certainement qui ne va pas. Ne veut pas s’habiller, sous prétexte que ses vêtements n’existent pas et qu’il est nu. Il n’a plus rien. Personne d’ailleurs ne viendra plus le voir, enfermé qu’il est dans un mur.

Les idées de négation portent aussi sur la constitution physique. Il ne peut plus prendre son vase, car il n’a plus ni bras, ni jainbes. Si son lit est taché c’est que d’autres y sont venus, car ce lui serait bien impossible, à lui, de l’avoir fait.

Observation XX (personnelle). (Service de M. Magnan).

Judith W..., 42 ans.

Antécédents héréditaires et personnels inconnus, personne n’étant venu voir la malade.

On sait seulement qu’elle a fait une tentative de suicide par

submersion, et a été internée à Saint-Lazare pour vagabondage.

A son entrée à l’asile (31 juillet 1896), son état mental ne fait aucun doute. Les idées mélancoliques alternent avec les idées de satisfaction, les pleurs avec le rire béat. Le jugement est vicié, la mémoire souvent défaillante. Raconte qu’elle a vouln se jeter à l’eau, mais qu’on est venu à son secours, et qu’elle a bien vite pris la main qu’on lui tendait, on a dû voir ça, ditelle, dans les journaux. Hésitation de la parole. Pupille droite un peu plus large. Réflexe lumineux aboli. Diagnostic : paralysie générale.

Dans le courant du mois de septembre, la malade prend peu à peu le masque d’une mélancolique hypocondriaque. Des crises de pleurs extrêmement fréquentes ; elle estf...ue. Des moments de vive anxiété, avec contorsions buccales, grands mouvements désordonnés des bras, qui sont manifestement exagérés à dessein.

C’est vers la même époque qu’apparaissent des idées réitérées de négation. Elles ne se sent nulle part, dit-elle en gémissant. Partout, même aux pieds, elle est froide, glacée. Elle est à moitié morte. Quand on veut voir sa langue, elle affirme en sanglottant qu’elle n’en a plus. Elle ne peut plus manger, dit-elle (cependant, son appétit est bon). De plus, elle affecte de se pincer la peau des cuisses à pleines mains, pour démontrer qu’elle ne sent réellement plus rien.

En effet, les sensibilités thermique et douloureuse de la peau sont considérablement diminuées. La sensibilité tactile continue û être perçue. Retard des impressions gustatives, olfactives, les visuelles et les auditives étant normales. Réflexes cutanés dimi nués. Ses crises d’angoisse et d’anxiété s’accompagnent, en plus, de la peur de mourir, qu’elle avoue constamment.

Quelques jours après (15 septembre), elle n’a plus d’yeux, n’a plus de jambes. Un matin même, comme on lui commande de se lever de dessus le matelas où elle est couchée, aux cellules (car son agitation est notable), elle reste immobile, muette, contrefaisant la morte. Sans une parole, sans un cri, elle ouvre et ferme les yeux alternativement. Quand on lui lève le bras en l’air, ou elle le laisse retomber brusquement, ou elle le maintient dans l’attitude donnée pendant 5 à 6 minutes.

Quelques jours après (30 septembre), elle exprime à hautevoix cette idée qu’elle n’existe plus, tout en y mêlant des pleurs

CL des lamentations. Menstruation. A cette époque, la malpropreté apparaît. Tantôt la malade, la nuit, fait dans son vase tantôt elle salit le parquet.

Une tentative de strangulation : elle veut en finir avec la vie, parce qu’elle s’ennuie.

En octobre-novembre, elle refuse souvent de s’alimenter, prétextant qu’elle n’a plus de gorge, plus de nez dans la figure. 11 faut un essai de cathétérisme œsophagien, pour qu’elle consente, dorénavant, à manger toute seule.

Des moments d’excitation de plus en plus fréquents. Elle déchire à chaque instant son maillot, se met nue dans sa chambre, etc. Quelquefois, maintenant, le malin, on la trouve toute couverte d’ordures. Quand on la gronde, elle serre les lèvres, ne répond pas, tourne le dos. Elle veut bien, enfin, répondre qu'elle ne peut pas faire dans son vase.

Les idées de négation redoublent en effet. A chaque instant, elle se soupèse les seins pour bien constater qu’ils existent. Ses bras sont atrophiés, il n'y a plus rien dedans. Ses cuisses n’existent plus. Avec des mains et des pieds comme ça, qu’estce qu’on veut qu’elle fasse? Quand on s’étonne qu’elle ne puisse pas aller aux cabinets comme tout le monde : qu’est-ce que vous voulez? ânonne-t-elle. je ne sais p>a,s ! Je ne sens rien! La mobilité de ses conceptions la fait vite passer, d’ailleurs, à d’autres plaintes. Elle finit, de plus, par croire que ce sont d’anciens voisins à elle qui l’empêchent de manger, et s’entendent pour lui faire des misères.

En janvier 1897. — La démence, les troubles de parole apparaissent dans tous ses discours : Tendances mélancoliques et hypocondriaques persistent encore, avec bouffées d’idées de satisfaction. Onanisme. Pas d’amaigrissement. Etat général bon.

Diminution de la personnalité. — En ce qui concerne la dépression, l’amoindrissement de la IV'rsoiinalité, en ileliors des fonnes noinmées délires mélancoliques systématisés, nous ne trouvons rien d’aussi net. Eu eflet, bien souvent, les conce[)tions du mélancolique tel qu’on

l’entend (jénérnlenicnt, ne sont pour ainsi dire que fr^qinentaires. II se [)laint-liii même dn vide de son in telligence, de sa contrainte de pensées, de l’impossibilité de persévérer dans une idée et de la suivre jusqu’au bout. Emmingliaus (1) a même pu parler de conceptions obsédantes arrivant en foule. — Mais le phénomène qui nous intéresse le plus ici est Vabsence totale de volonté^ bien différente de celle de l’imbécile, bien que l’attitude passive de ces deux genres de maladie se ressemble assez (Krafft-Ebing) (2).

Certes le mélancolique pourraitavoir une volonté virtuellement très vive. Malheureusement ses manifestations en ' seraient devenues impossibles. — On peut en accuser :

A. — D’abord la conviction qu’il a de ne pouvoir atteindre ce qu’il désire (Cotard) (3). Par suite de la diminution de confiance en lui-même et du changement de son état général, il peut supposer entre autres choses qu’il ne pourra désormais plus éviter une incontinence, produite une première fois, par exemple, dans un moment d’anxiété. N’ayant plus de confiance dans sa ])uissance à réaliser son désir, il cesse alors de vouloir.

B. — Puis un sentiment de déplaisir généralisé. Tout mouvement psychique qui consisterait pour lui à prendre des mesures de pro[>reté même élémentaires s’accompagne comme tous les autres d’une douleur yisychique indéfinissable. Aussi renonce-t-il an mouvement : telle l’iin-

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