Krafft Ebing. Loc. city p
Etat acuel. — Etat de profonde dépression. As>^ise les mains jointes, sans bouger, sans parler pendant des heures entières. Aies plus grandes peines à se mouvoir, marche même à petits pas, le dos absolument courbé. Le faciès déprimé, très peu mobile, exprime une vague préoccupation. Pas d’hallucinations actuelles. Pas d’anxiétés.
Attention difficile à fixer, détourne d’ailleurs les yeux quand on lui parle.
Mutisme absolu. Mais comprend, quoique avec lenteur, tout ce qu’on lui dit. Manque absolu de volonté, passivité totale. S’habille à peu près toute seule, mais met très longtemps. Ne prend aucune précaution de propreté à ses repas. Pas d’impulsions brusques depuis qu’elle est à l’asile.
Il ne paraît pas y avoir d’affaiblissement, se prête assez intelligemment aux mouvements de la main qu’on veut lui faire faire.
Peau sèche, très peu sensible au pincement.
Manque d’appétit, langue sale, digestions lentes. Mains fortement liypothermiques, à coloration normale.
Pouls 69, petit, faible, irrégulier. Respiration lente, mêlée de soupirs.
Gâtisme. — La malade fait indistinctement sous elle ses urines et ses matières fécales, très fréquemment même, plusieurs fois par jour. Elle va pour cela sous la galerie, après le repas, machinalement, comme automatiquement ; et là, elle urine tout debout ; mais quelquefois aussi n’importe où elle est, quelquefois même étant assise.
Elle va aux cabinets quand on lui commande, même si elle vient de faire {aboulie). La nuit, même chose. Indistinctement, elle perd ses urines ou ses fèces. On doit la changer tous les matins sans exceptions.
N’oublions pas un symptôme très particulier à ces états mélancoliques, siqnalé par Girard de Cailleux (1) le premier : chez un malade amélioré, l’oubli des conditions hygiéniques appropriées, l’exaqeration ou la diminution d’une fonction quelconque, et particulièrement l’action du
1. Girard de Cailleux. Loc. cit., Ann. méd.Psych, 1853, p. 604.
froid, augmentent la stupeur et produisent de nouveau le sym])tôme gâter.
Ce phénomène est attribué par Girard à la dépression du système nerveux. Il s’explique très aisément aujourd’hui que l’on commence à entrevoir le rôle important dans les états mélancoliques de la vaso-motricité, cérébrale ou périphérique, et que l’action sur les parois vasculaires, des inlluences chimiques (auto-intoxications....), ou physiques (froid, chaleur....) se vérifie dans des rapports de plus en plus étroits.
Rappelons les délires i[ui viennent souvent se grelïér sur ces états mélancoliques, et qui commandent, à leur tour, l’incontinence. Un hypoco/idriaque, observé par M. Dagonet, ne vouiaitpas aller à la selle, de peur qu’iine pareille perte n’eût des résidtats dé[)lorables pour son assimilation. Un délirant avec sijndrôine de Cotard pourra craindre, })ar exemple, qu’une miction volontaire n’offense riiumanité tout entière, etc.
Hypertrophie de la personnalité. — Ici l’idée délirante est bien nette. C’est ainsique dans un délire de grandeurs le malade peut gâter jiour obtenir des fèces qu’il croit de l’or, ou de Turine, qu’il croit, par exemple, du champagne (1). C’est là, pour le dire en passant, une idée qui traduit beaucouj) moins l’angilification d’un délire systématisé que l’énormité, l’absurde énormité d’un paralytique habitué à « millionner ».
Transformation de la personnalité. — L’évacuation
1. Nous avons ol).servè ce cas chez un paralytique (service de M. Dubuisson), mort six: mois après (1805). Nous ne le publions pas parce qu’il est d’une observation plutôt Iréquente.
volontaire est ici répétée. Il s’agit surtout du persécuté qui, eu butte aux luéfiaiices, aux calomnies dp l’entourage, cherche des moyens, tous les moyens possibles, de réaction, et devient peu à peu un persécuté actif. Il peut voir alors dans le gâtisme, soit un moyen, peu flatteur, à la vérité, de combattre ses persécuteurs, — soit dans d autre cas, un véritable talisman, capable de déjouer les ruses qu’on accumule autour de lui.
Enfin certains cas relerent d’une altération encore plus curieuse de la personnalité. Par exemple, cette observation de Morel, trop peu complète pour qu’on puisse lui donner une étiquette exacte.
Observation XXII (Morel) (1).
Mme X... est, depuis 9 mois, dans un état maniaque avec intermittences, pendant lesquelles oubli absolu des convenances. Un jour sa famille vient la voir. On l’habille avec soin, on or- ^’anise une petite soirée. Tout va bien, lorsque tout d’un coup s’adressant indignée à une dame de lasociété : Comment est-il possible Mme X... (Elle donnait à cette dame ses propres noms à elle), que vous tombiez dans un tel oubli de convenances, vous, si bien élevée ? Vous n’avez-même pas l’intelligence d’un enfant de 2 ans qui demande à faire ses besoins ! » Cette malade venait de gâter dans ce moment môme. — Elle adressait souvent les mêmes reproches à sa gardienne.
DEUXiÈ-ViE GROUPE. — LA PERSONNALITÉ ANORMALE EST INNÉE. — La personnalité, ici, n’est plus acquise occasionnellement : elle dépend d’un état psychopathique con-