Liûderborn. Loc. cit. p
Oii peut rappeler aussi cette cause rjéiiérale qu’invofjue M. Toulouse (1) : certains malades présentent naliirellement une diminution de la volonté et de l’activité. L’asile leur est néfaste: ils mènent une existence trop douce, réglementée de façon trop étroite, y vivent, en somme, dans des conditions antisociales. Ce serait le cas de citer Esquirol (2) Ini-meme, persuadé cependant de la vertu thérapeutique de l’Asile : « Qui oserait assurer que l’isolement n’a jamais été nuisible ? Oui, il a nui quelquefois, parce qu’il est delà nature des choses que les meilleures ne soient pas toujours exemptes d’inconvénients... Il n’appartient qu’au médecin expérimenté de le })i*escrire ».
Oueh[ues exem[)les tv[)iques, choisis entre une infinité
de réactions individuelles, parmi nos malades chroniques,
vont nous montrer comment le gâtisme, d’épisodique qu’il était primitivement, peut se prolonger i ndé fi ni ment chez certains de nos malades d’asile. Iv... est un paralytique général qui ne présente pas ordinairement d’opposition systématique aux gardiens. Mais on a beau le mener auv cabinets à heures régulières, et user, au besoin, de menaces, il ne veut point faire, pas meme se mettre en position, quoiqu’il ait certainement encore la possibilité d’une association d’idées aussi sim[)Ie. En revanche, il se laisse aller, sous lui, quelques minutes après. Un autre, K..., ne manifeste point en général d’opposition systématique. Il consent quelquefois à faire aux cabinets. Mais,
1. E. Toulouse. Les causes de la Folie, p. 3G8. a. Esquirol. Des maladies mentales, II, 775.
le plus souvent, il y va, très platoniquement, et se laisse .aller loiujtemps, 12 heure, 1 heure aj)rès. llinjuri(; alors quiconque le hhune et, montre, sur ce seul point, une mauvaise volonté absolue.
Autre cas, des pins curieux aussi, d’autant qu’il concerne une malade de 57 ans, qui n’a ([ue très peu d’alïaiblissenient intellectuel. C’est une tabétique avancée, de plus aveugle, qui a des interprétations délirantes de persécution (craintes d’emj)oisonnement, de vol, e^tc.) Elle a surtout })eur d’ètre importune aux imfirmières, qu’elle sait très occupées. Aussi ne demande-t-elle pas le vase. Elle se contente, une fois son besoin satisfait dans le lit, d’appeler l’infirmière, quand elle l’entend passer occasionnellement. Jusque-là, elle attend tranquillement, très résignée. Les infirmières, occupées à nettoyer quelqu’autre malade, la nettoieront bien, elle aussi, à son tour, sans maugréer !
Ces quelques cas montrent nettement un des résultats de cette vie artificielle que l’Asile procure à ([uelquesnns de ses hospitalisés: Paresse, mauvaise volonté, opposition systématique, vague sentiment de rancune contre le personnel entrant en jeu, ils se laissent aller, escomptant bien un nettoyage qui leur évitera toute peine !
N’est-il pas certain ({ue si le nombre des infirmiers était très augmenté, et surtout les salles infiniment moins vastes, moins encombrées, et, jiar suite, moins propices à la contagion de l’exemple, si les malades enfin étaient exercés à se lever quelque peu dans la journée, quitte à rester dans un fauteuil, la fâcheuse complication pourrait
■être indéfiniment reculée ? Ces faits sont d’un intérêt
d’autant [)Ius (jraiid, que la grosse ((uestiou des coloni'cs funii Haies est aujourd’hui à l’ordre du jour.
i\ous avons surtout eu vue ici les gâteux au début. II est évident que })Our les (jateux complets et délinitifs, l’Asile, somme toute, est encore l’endroit que leur olTre la plus grande somme de confortable, d’hygiène et de soins appropriés.
Iiifliicnve de l’itiolemeiit eelliilnire. — Voyons maintenant, sur les gâteux (Kjités, cette Ibis, l’inllueuce, extrêmement intéressante, de l’isolement cellulaire. On isole bien moins, aujourd’hui. Et avec raison. Un des [)remiers effets de l’isolement cellulaire est, en effet, de pousser aux actes sauvages, de provoquer le gâtisme volontaire. Il y a, même, un ra})port étroit entre ces deux facteurs (Schüle). A cela, il y a une foule de raisons (besoin d’oc cupation, inq)ulsion au mouvement, désir de vengeance), sur lesquelles nous ne pouvons insister, car elles se rapportent plus à l’étude du barbouillage qu’à celle du gâtisme pro[)reuient dit. f’es deux phénomènes sont d’ailleurs connexes, le gâtisme provo([uaiit au barbouillage
lorsque les soins du personnel sont insuffisants, fait trop Iréqmmt dans les quartiers de cellules. Citons à ce proj)os cet exemple de Linderborn : on entre dans une cellule barbouillée ç'i »‘t là de matières fécales, à première a ue fl’uiu* manière désordonnée. En regardant de ])lus près, on s’aperçoit q-.u; les traces en conduisent à la porte et à la fenêtre. II s’agissait d’un malade à évacuation inconsciente, qui, par contre, se rendait compte peu après de sa malpropreté. iX’ayant point dans sa chambre le vase né-
cessaire, il s’était épuisé en vain à appeler l’infirmier : l’enquête montrait en efiét que, désireux de porter ses ordures au dehors, il s’était souillé seulement par maladresse, chemin faisant (1). Tous ces détails sont à noter : car, si c’était bien là un malade barbouilleur au sens général du mot, du moins ne l’était-il devenu qu’involontairement, qu’artificiellemefit pour ainsi dire. Ce sont là des [)seudo-barbouilleurs, pour traduire le terme, employé par Linderborn, d’Uurichtliche Schmierern ; Et cette distinction a son importance pour le pronostic, llappelons aussi cet exemple, donné par Krafft-Ebing d’une intermittente, gâteuse volontaire à chacune de ses entrées à l’Asile (1879-1881) et qui, à sa troisième entrée (1883), resta tout à fait propre pendant toute la durée de son excitation, l’isolement cellulaire ayant été supprimé pour un motif quelconque.
IVéccssilé de l’observatioii par le personnel de surveillance. — Quelques considérations jiratiques se rattachent étroitement à cette étude de pathogénie et de séméiologie.
On s’est rendu compte, dans tout ce qui précède, de la difficulté très réelle qu’il y a parfois, à décider, dans l’appréciation séméiologique du gâtisme : s’il est primitif ou secondaire, — s’il dépend de l’évolution naturelle de la maladie dont il forme une conséquence logique et, pour ainsi dire, attendue, ou s’il survient, au contraire, comme un phénomène surajouté, par négligence du per-