‹ Développement des éléments du système nerveux cérébro-spinalChapitre 24 sur 163 · LES ÉTHERS SULFURIQUES DANS LES URINES, ETC · texte numérisé non relu

LES ÉTHERS SULFURIQUES DANS LES URINES, ETC

soient capables de désinfecter les dernières portions de l’intestin ; par la voie du rectum, il faut empl03^er des solutions bactéricides qui ne causent aucun préjudice à la santé, et en quantité suffisante pour atteindre les parties les plus élevées de l’intestin.

Dans ses recherches l’Auteur se servit de la méthode de Baumaiin, modifiée par Salkowski, laquelle consiste à déterminer l’acide sulfurique des sulfates préformés et l’acide sulfurique combiné avec les composés aromatiques, et à établir le rapport entre les uns et les autres; il tint également compte de l’intensité de la réaction de rindol, qui est un des principaux produits de la putréfaction des albuminoïdes dans l’intestin.

Dans une première série de recherches , l’A. voulut connaître si l’élimination des éthers sulfuriques variait dans les différentes heures du jour, et il trouva que, pendant le jour, spécialement après le repas et une abondante ingestion de boisson, il est sécrété, en proportion, une plus grande quantité d’éthers sulfo-conjugués.

Chez les enfants l’élimination des éthers sulfuriques apparaît proportionnellement moindre que chez les adultes.

Pour obtenir une diminution des processus de putréfaction dans le canal intestinal , il essaya d’abord l’influence de quelques essences aromatiques , c’est-à-dire du Camphre , du Menthol , de l’huile essenlielle de térébenthine, de l’Eucalyptol , etc., comme jouissant de la propriété de passer à travers le tube digestif sans être complètement absorbées par l’estomac.

Il résulte de ses expériences que, chez le chien, les doses élevées de Camphre (10 grammes par jour) , d’huile essentielle de térébenthine (ô grammes et plus par jour) et de Menthol, données par la bouche, diminuent, d’une manière notable et durable, l’élimination des éthers sulfuriques dans les urines.

Chez l’homme sain et chez les malades, l’usage, par voie interne ou par entéroclysme, de ces substances ou d’autres substances analogues, a doses plus modérées, diminue la putréfaction intestinale, mais à un degré moins élevé.

Ensuite l’A. étudia l’action des entéroclysmes de solutions d’acide tannique et d’acide borique, et, tandis que les premiers n’amenèrent qu’une faible diminution de la putréfaction intestinale, les irrigations d’abondantes quantités de solutions d’acide borique à 3 produisirent , au contraire , une action antiseptique considérable sur le tube entérique ; cependant l’absorption de cet acide provoque des vomisse-

128 A. ROVIGHI — LES ETHERS SULFURIQUES DANS LES URINES, ETC.

ments, des douleurs abdominales et d’autres troubles qui en déconseillent l’usage.

On sait également que, dans un grand nombre de maladies chroniques des organes digestifs, les curées de Garlsbad, de Marienbad, de Montecatini, etc., sont très efficaces; il sembla intéressant à TA. de voir comment l’élimination des acides sulfuriques se modifierait par l’usage prolongé de ces eaux purgatives. Suivant l’A. , dans les premiers jours on a une augmentation de l’élimination des éthers sulfoconjugués dans les urines, et ensuite une diminution qui est d’autant plus notable que l’état d’altération de la digestion intestinale est plus grave.

Une autre cure très en usage en Russie, en Autriche, en Allemagne, ■ dans les maladies de consomption et dans les maladies chroniques des organes digestifs, c’est celle du Kefir. L’A., d’accord avec ce que | rencontra Poehl, vit que l’usage d’un litre à un litre et demi de Kefir j est un excellent moyen pour diminuer les produits de la putréfaction i intestinale. Il croit que cette action bienfaisante est due, en partie, à l’acide lactique dont le Kefir est riche ; en effet, même en prenant 10-15 grammes d’acide lactique par jour, on obtient une faible diminution des éthers sulfuriques dans les urines; aussi est-ce avec raison, i que Hayem et d’autres recommandent l’usage de cet acide dans les |i diarrhées chroniques infantiles.

i Quelques observations microscopiques et bactériologiques faites durant une épidémie d’entéro-eolite dysentérique

Note du D'- ARNALDO MAGGIORA Chargé de l’enseignement de l’Hygiène à l'Université R. de Turin.

Dans le courant des dernières années on a publié, sur l’étiologie de ï la dysenterie, plusieurs travaux qui tendent à démontrer que Vamoeba ^ coli est l’agent spécifique de la maladie. Je ne m’arrête pas à rap- 4 porter ici toute la littérature de cette question; elle se trouve dili- I gemment recueillie dans les mémoires de Kartulis (2) et, en grande ipartie, aussi, dans la seconde édition du traité de Pfeiffer (3); je me ^bornerai à indiquer les principaux travaux. Parmi ces derniers, enstrent en première ligne les recherches du D"" Kartulis, médecin di- < recteur de l’hôpital grec d’Alexandrie d’Egypte, lequel, depuis de ^nombreuses années, s’occupe avec soin et avec une compétence spéiciale, de l’étude de la dysenterie, et qui, soit à cause des conditions «nosologiques du pays dans lequel il se trouve, soit à cause de voyages

(1) Giornale délia R. Accademia di medicina di Torino, ann. 1891, n. 7-8.

(2) Ueher Riesen-AmÔhen hei Chronischer Barmentzundungen der Aegypter {Virchoio's Archiv , vol. XGIX, p. 145). — Zur Aetiologie der Dysenterie in \Aegypten (ibid.^ vol. GV, p. 521). — Zur Aetiologie der Leherabscesse. Lebende Dysenterie-Amôben im Eiter der dysenterischen Leberabscesse {Centralblatt f Bakter., vol. 11, p. 745). — Ueber tropische Leberabscesse und ihr Yerhâltniss zur Dysenterie {Virchow' s Archiv^ vol. CXVllI , p. 97). — Ueber weitere Verl^yeitungsgebiete der Dysenterie- Amôben ( Centralblatt f. Bahter.^ vol. VU, p. 54).

■ Einiges über die Pathogenese der Dysenterie- Amôben {ibid.^ vol. IX, p. 365).

(3) Die Protozoen als Krankheitserreger . léna, 1891, p. 210. — Pour la partie iclinique de la littérature voir spécialement Heubner , Ziemssens Handbuch d. \Spec. Pathol, u. Ther.; Nothnagel, Beitrâge z. Physiol. u. Path. des Darmes; iEichorst , Ruhr. R. Encyclop. d. ges. Heilk.., t. XVI; et le traité de Dujardin-

iBeaumetz, Sur les maladies des intestins {Leçons de clinique thérapeutique., «partie 3^).

Archives italiennes de Biologie. — Tome XVI.

A. MAGGIORA

qu’il a entrepris dans des régions tropicales, dans l’Inde et dans le Soudan, a pu étudier, par lui-même, un très grand nombre de malades.

Après les observations rapportées par Lambl (1), par Cunningham (2), par Lôsch (3), par Sonsino, dans une communication orale faite à Leukart (4), par G rassi (5), par Perroncito (6), par Koch (7), concernant, en partie, de véritables cas de dysenterie, en partie, d’autres maladies intestinales, en partie aussi des personnes saines, Kartulis publia qu’il a constamment rencontré , dans les fèces des dysentéri- (fues, la présence de Vameoha coli qu’il trouva toujours, à l’autopsie, dans le contenu intestinal ou dans les parties lésées de l’intestin.

En 1883, Koch (8), en pratiquant l’autopsie de deux personnes mortes de dysenterie avec complication d’abcès hépatique, avait, dans l’un des cas, trouvé dans les capillaires du foie, près de l’abcès, des amibes contenant des bactéries identiques à celles qui ont été rencontrées dans l’intestin. Dans les parois de l’abcès, au contraire, on trouva seulement des groupes de micrococcus. Dans l’autre cas, il ne constata la présence d’amibes ou de micrococcus, ni dans le pus, ni dans les parois de l’abcès, ni dans le tissu hépatique aux environs de l’amas purulent.

Kartulis continua, sur une plus vaste.^échellç, ces observations qu’il publia en 1889. Dans son travail (9), il recommande de distinguer, au | point de vue étiologique, parmi les abcès hépatiques du tropique, ceux | que l’on appelle idiopathiques et les abcès dysentériques. Les abcès li idiopathiques seraient vraisemblablement produits par une infection | microbique qui, du tube intestinal, arrive dans le foie. Gomme causes |

(1) Aus dem Franz Josef-Kinder Spitale in Prag^ Partie I, p. 392.

(2) D’après Grassi, Atti délia Società italiana di scienze naturali, vol. XXIV, p. 135.

(3) Massenhafte Entwickelung von Amôhen im Bichdarm (Virchow’ s Archiv, vol. LXV, 1875, p. 196).

(4) Die Parasiten des Menschen. Leipsig, 1879, vol. I, p. 236.

(5) Dei protozoi parassiti e specialmente di quelli che sono nelVuomo. Milan,

('6; I parassiti delVuomo e degli animali utili. Milan, 1882, p. 86.

(7) Koch et Gaffky, Einige in Egypten und Indien gemachte Beohachtungen verschiedene Krankheiten (ausch. Choiera) betreffend^ nehst den zugehbrigen Obduktions-Protokollen (Bericht über d. Thâtigheit d. z. Erforschung der Choiera im Jahre 1883 nach Egypten und Indien entsandten Kommission. Anlage VI, p. 63).

(8) Op. cit.^ p. 65.

(9) Virchow s Arch., t. GXVllI, p. 102.

prédisposantes on peut admettre la malaria, l’alcoolisme, le refroidissement, etc. L’examen bactériologique du pus recueilli de 10 de ces abcès, démontra la présence, dans 4 cas, du staphylococcus piogenes aureus; dans un à.w staphylococcus albus; dans les 5 autres les cultures restèrent stériles; cependant, en pratiquant l’observation microscopique de sections des parois des abcès , on rencontra 9 fois sur 10 les microorganismes susdits. — Les abcès dysentériques seraient dus à la diffusion d’amibes, contenant des microbes, lesquelles, partant des ulcères intestinaux, arriveraient dans le foie à travers les capillaires de la veine porte. L’examen microscopique bactériologique du pus, fait par Kartulis, montra la présence constante d’une grande quantité d’amibes ; en outre, sur 13 cas dans lesquels il fit des cultures, il trouva, deux fois, le staphylococcus pyog. aureus, une fois X albus, une fois le bacülus pyogenes foetidus, une fois le proteus vulgarîs ; dans 8 cas les cultures restèrent stériles; dans 2 il se développa aussi des saprophytes.

Kartulis essaya aussi, d’abord sans résultat, de reproduire la dysenterie chez les animaux: singes, chiens, chats, cobayes et lapins. Il semble que Lôsch (1), L. M. Petrone (2) et Hlava Uplavici (3) y aient réussi, le premier en inoculant les fèces à des chiens, le second à des chiens, à des lapins et à de jeunes chats, le troisième à des chiens et à de jeunes chats. Kartulis pensa en même temps à cultiver les amibes dans l’eau stérilisée avec adjonction de bouillon ou de sérum de sang; il n’y réussit d’abord qu’imparfaitement.

Les recherches de Kartulis trouvèrent leur confirmation dans des observations faites par le Prof. Hlava, en Bohême (4), par Osler à Baltimore (5), par Dock à Galveston (6), et par d’autres.

Dans son dernier travail Kartulis nous communique qu’il a réussi à cultiver les amibes et que ses cultures lui en ont fourni des quantités suffisantes pour entreprendre une série d’inoculations expérimentales.

La plus grande difficulté qui se présentait à cet égard, c’était de

(1) Loc. cit.

(2) Nota sulVinfezione dissenterica {Sjperimentale, t. LUI, 1884, p. 509). — Pétrone ne constata pas la présence d’amibes dans les fèces.

(3) Ueher die Dysenterie, rapporté par Kartulis {Qentr. f Bakter., vol. I, p. 536).

(4) Loc. cit.

(5) Ueher die in Dysenterie und dysenterischen Leberabscesse vorhandene Amoeba {Centralb. f. Bakteriologie, vol. VII, p. 736).

(6) Daniels Texas medical Journal, mars 1891.

A. MAGGIORA

trouver un milieu nutritif qui, tout en favorisant le développement de ces protozoaires, empêchât les nombreuses bactéries qui les accompagnent dans les selles de se multiplier en grande quantité. En cela Kartulis aurait réussi, jusqu’à un certain point, en se servant de la décoction de paille.

Il fit des inoculations expérimentales sur les chats au moyen: 1° de fèces contenant des amibes recueillies de frais, d’un malade de dysenterie. 2o Avec des amibes obtenues au moyen de la culture dans la décoction de paille. 3° Avec de la culture pure d’amibes obtenue du pus d’un abcès hépatique. 4® Avec des spores d’amibes.

Dans quelques cas il obtint la reproduction d’une maladie avec des manifestations cliniques et anatomo-pathologiques semblables à celles de la dysenterie.

Dans le travail sur les abcès hépatiques du tropique et sur leur rapport avec la dysenterie, publié en 1889, Kartulis dit, à la page 101: « Je ne veux pas affirmer qu’on doive considérer l’amibe comme étant la cause de la dysenterie, dans tous les climats, et de tous les abcès hépatiqu(is. Je veux même ajouter que d’autres microbes peuvent produire une inflammation intestinale et la formation d’abcès. Je dois cependant observer que, pour la dysenterie de l’Egypte, pour celle que l’on observe dans l’Inde, dans le Soudan, et pour les cas observés dans quelques contrées de l’Europe, les amibes furent positivement trouvées. La certitude de l’existence de ces parasites, établie par moi dans plus de 500 cas de dysenterie ainsi que dans tous les abcès dysentériques que j’ai examinés, leur absence dans d’autres maladies, m’engagent à les considérer comme étant la cause efficiente de la maladie mentionnée ».

De 1889 à 1891 les autres observations furent faites en Amérique par les auteurs cités ci-dessus, qui confirmèrent celles de Kartulis; en outre, ce dernier, avec Karamitzas, examina, en Grèce, deux cas de dysenterie dans lesquels il reconnut la présence d’amibes dans les fèces (1), et, en Sardaigne, le prof. Fenoglio décrivit aussi un cas d’entéro-colite d’ancienne date et à cours lent, dans lequel il trouva une grande quantité d’amibes semblables à celles qui ont été décrites par Kartulis, et qu’il considéra comme étant la cause de la maladie (2).

(1) Centralb. f. Bakter., vol. VII, p. 54.

(2) Entérocolite par amoebe coli {Archives italiennes de Biologie, t. XIV, p. 62).

Les observations avec résultat positif étant ainsi augmentées , et s'appuyant sur ses nouvelles expériences, exécutées avec des cultures d’amibes, Kartulis, dans son dernier travail, élargissant le concept d’abord exprimé avec restriction, conclut que l’amibe doit être considérée comme l’unique cause de la dysenterie (1).

Cependant, il ne manque pas d’autres travaux qui aboutirent à des conclusions différentes. J’en citerai quelques-uns.

Massiutin (2) examina dans la clinique propédeutique du professeur Lôsch, 5 cas de maladies intestinales différentes: 1 de dysenterie; 2 de catarrhe chronique intestinal, 1 de typhus abdominal, 1 de catarrhe aigu de l’intestin, et il trouva dans tous une grande quantité d’amibes dans les déjections. Ces protozoaires étaient identiques à ceux qui avaient été trouvés par Losch et par Kartulis dans la dysenterie. En raison de la présence de ce parasite dans des maladies différenles, Massiutin conclut que l’on ne peut inférer que \amoeba coli soit la cause spécifique de la dysenterie du tropique.

A l’objection soulevée par ce travail, Kartulis répond (3) que les cas observés par Massiutin et décrits comme appartenant à des maladies diverses, sont des cas de dysenterie aigüe et chronique et que, au lieu de démontrer que les amibes ne sont pas la cause spécifique de la dysenterie, ils servent à prouver le contraire.

Ghantemesse et Widal (4) isolèrent, des fèces de cinq malades de dysenterie , un bacille court qu’ils trouvèrent également dans les sections de l’intestin, dans les glandes mésentériques et dans la rate des personnes mortes de cette maladie; et ils le considérèrent comme cause spécifique de l’infection. Les cultures de ce bacille, injectées par la bouche ou directement dans l'intestin des cobayes, produisaient une inflammation diphtérique de la muqueuse du colon; et dans le contenu intestinal ainsi que dans les tissus, et deux fois aussi dans des foyers nécrotiques du foie, ces auteurs purent rencontrer les bacilles inoculés. Kartulis et d’autres ont objecté: que ces expériences sont en nombre trop restreint pour légitimer la conclusion à laquelle arrivèrent les auteurs; que les attributs morphologiques et ceux de la cul-

(1) Op. cit. {Centralb. f. Bakter., IX, p. 371).

(2) Ueber die Amoeben als Parasiien des Dickdarms {Centralb. f. Bakt.. t. VI p. 451).

(3) Centralb. f. Bakter., vol. VII, p. .55.

(4) Gazette médic. de Paris., 1888, n. 16.

A. MAGGIORA

ture de ce microorganisme ne sont pas suffisamment 'caractéristiques; que l’on peut obtenir les mêmes résultats au moyen d’injections inlraintestinales de diverses autres bactéries, comme le bacille des fèces de Brieger, le bacille commun du colon de Escherich , lesquels se trouvent dans l’intestin de l’individu normal ; en outre , Kartulis fait observer que Ghantemesse et Widal négligèrent de rechercher si ces mêmes fèces dysentériques contenaient des amibes, et, en dernier lieu, que, lui-même ayant inoculé, dans l’intestin de jeunes chats, une culture pure du bacille de Ghantemesse et Widal, il obtint un résultat négatif.

Babes (1) également avait constamment trouvé dans les fèces des dysénteriques, une bactérie pathogène dont il donne la description ; mais ses observations ne prouvent pas que cette bactérie soit l’agent spécifique de la maladie.

Parmi les travaux qui ont trait à l’étude de cette maladie, on doit encore rappeler spécialement une note du prof. Batlista Grassi (2) et une de S. Galandruccio (3). Déjà, en 1878, Grassi avait insisté sur le fait que Vamoeba coli est très commune en Italie, et qu’elle se trouve même dans l’intestin de personnes saines; c’est pourquoi il croyait qu'on ne pouvait lui accorder aucune valeur pathogénique. Ges observations avaient été confirmées par Gunningam à Galcutta. Après avoir répété plus tard ses expériences sur une plus vaste échelle, en Italie, dans la France méridionale, et les avoir faites aussi sur plusieurs militaires revenus de Massaua, Grassi arriva aux conclusions suivantes: « Vamoeha coli peut, en cohortes plus ou moins nombreuses, parfois en nombre véritablement extraordinaire, accompagner les maladies les plus variées, parmi lesquelles je nomme spécialement la fièvre typhoïde, le choléra, la pellagre, les colites, alors même qu’elles proviennent de tumeurs du colon, etc.; Vamoeba coli peut apparaître en énormes essaims dans la diarrhée ah ingesiis, et enfin j’ai observé que beaucoup d’individus sains, spécialement des paysans et des enfants, présentaient assez souvent dans leurs fèces, pendant de longs mois, et en très grand nombre, ces corpuscules spéciaux que Galandruccio et moi nous avons

(1) Wiener med. Presse^ 1887, 10.

(2) Significato patologico dei protozoi parassiti delV uomo {Atti délia P. Acc. dei Lincei, vol. IV, 1888, p. 85).

(3) Animali parassiti delVuomo in Sicilia (Atti delV Accad. Gioenia, série IV, 1800, vol. 11, p. 05).

démontré être Vamoeba coli încapsulata. Dans un grand nombre de cas nous avons assisté à la disparition des amibes sans que l’individu en ressentît aucun avantage. »

Calandruccio, en continuant ces études en Sicile, arriva aux mêmes conclusions que Grassi ; en outre, il fit, sur lui-même, l’expérience d'avaler un grand nombre à'amoedae incapsulatae ; douze jours après, celles-ci s’étaient développées et il les rencontra dans ses fèces sans qu’il fût affecté d’entéro-colite.

A ces observations et à d’autres semblables de différents auteurs, Kartulis objecte que, probablement, les formes observées par Grassi et par les autres, dans d’autres maladies que la dysenterie, ou même chez des personnes normales, sont une autre espèce ou une variété d’amibes, ce qui, véritablement, est possible, mais reste encore à démontrer.

On doit enfin rappeler que d’éminents cliniciens font observer, par rapport à l’étiologie de cette maladie, qu’il est possible, et même probable, que différents agents infectants produisent les mêmes symptômes cliniques et anatomo-pathologiques (1).

En résumé , nous nous trouvons aujourd’hui , en ce qui concerne l’étiologie de cette maladie et la pathogénèse de Vamoeha coli, en présence de quatre opinions.

La première pense, avec Kartulis, que la maladie est due seulement à Xamoeba coli ; cette opinion serait confirmée par un nombre important de cas et par les récentes inoculations expérimentales faites par Kartulis, au moyen de la culture de l’amibe. Toutefois, ces expériences sont en nombre restreint et méritent une confirmation ultérieure, confirmation qui, je ne veux pas en douter, sera fournie par l’auteur à la suite de nouvelles études. Pour le moment, cependant, il me semble exagéré d’admettre que Xamoeba coli soit la seule cause de toutes les formes de dysenterie. Je crois que Kartulis aurait conclu d’une manière plus rationnelle si, au lieu de dire: « Es folgt aus diesen Versuchen dass die Dysenterieamoben allein als die Ursache der Dysenterie anzusehen sind » (2) il s’était exprimé d’une manière plus réservée et moins générale, se bornant, p. ex. , à observer que ses recherches apportaient des faits nouveaux et importants en faveur de la spécifi-

(1) Eichorst, Encyclop. d. ges. Heilk., vol. XVI, p. 154.

(2) Travail cité iCentralh. f Bakter., IX, p. 371.

A. MAGGIORA

cité des amibes pour cette forme de dysenterie qui est très fréquente, facilement, même, l’unique dans les pays chauds, et que l’on observe aussi dans les autres pays.

Une seconde opinion, se basant sur la présence de Vamoeba coli dans les fèces de personnes affectées de maladies différentes, et même dans les excréments de personnes saines, nie toute propriété pathogénique à l’amibe.

L’application des méthodes de culture proposées par Kartulis, à l’étude des amibes trouvées par Grassi, les inoculations expérimentales, peut-être aussi une observation morphologique comparative, pourront, dans l’avenir, démontrer s’il y a, ou non, une différence entre les amibes (le Grassi et celles de Kartulis; un jugement à cet égard n’est pas possible sans de nouvelles études.

La troisième opinion, celle 'de la spécificité du bacille de Ghanteinesse et Widal, soutenue par ces auteurs, peut difficilement être défendue, il me semble, sans observations ultérieures, à la suite des objections qu’elle a soulevées et qui ont jété rappelées plus haut.

La quatrième opinion, qui me semble la plus logique, d’après l’examen des travaux publiés jusqu’q présent sur la dysenterie, c’est que, sans nier les propriétés pathogéniques de l’amibe de Losch et Kartulis, on doit admettre que la maladie peut être produite par d’autres germes infectants, en d’autres termes que, pour la dysenterie, il peut en être de même que pour quelques autres maladies dont il existe plusieurs formes cliniques, qui , tout en étant parfois très semblables entre elles, peuvent cependant avoir une étiologie différente.

La dysenterie, ou du moins une entérocolite qui a tous les symptômes principaux de la dysenterie , et se répand aussi d’une manière épidémique, est assez fréquente en Italie. La statistique des causes de mort pour l’année 1888, la dernière qui ait été publiée jusqu’à aujourd’hui, donne pour celte année, dans notre pays, une mortalité de 98390 personnes pour le groupe nosologique entérite, diarrhée, choléra indigène et dysenterie (1). On a des chiffres un peu supérieurs dans les années précédentes. Il n’est pas possible, pour ce groupe de maladies, de dire dans quelle proportion la mortalité doit être attribuée à chacune d’elles, mais, d’après mes observations personnelles et des informations fournies par un grand nombre de médecins des provinces

(1) Ministère de l’Agriculture {Birec. Gén. de la Statistique., Rome, 1890, p. lx).

d’Alexandrie, de Novare et de Turin, il résulte que, durant la saison chaude, dans les communes rurales, la maladie est assez fréquente, tantôt sous forme sporadique, tantôt sous forme épidémique. La plus grande partie de ces malades sont soignés chez eux, ce n’est que rarement que quelques-uns entrent dans les hôpitaux. Cela explique pourquoi, bien que la maladie soit assez fréquente, les comptes-rendus sur des examens de fèces dysentériques sont rares dans notre littérature médicale (1).

Pendant l’automne de l’année dernière, j’ai eu l’occasion d'ohserver, dans la Commune de Grazzano, province d’Alexandrie, une épidémie d’entéro-colite avec tous les symptômes principaux de la dysenterie.

La maladie commençait par des douleurs aigües dans la région de rs iliaque, tantôt fixes, tantôt se ramifiant le long du colon et du rectum, s’exaspérant à la pression, avec tremblements, ténesme, évacuations alvines, diarrhéiques d’abord, puis sanguinolentes.

Le nombre des évacuations, dans les cas légers, était de 12-20 par jour; dans les cas plus graves, de 20 à 60 et même plus. La quantité de matière évacuée chaque fois était très petite ; souvent un peu plus d’une ou deux cuillères de table. Après les premières évacuations par lesquelles le malade débarrassait l’intestin des ingesta qu’il contenait, les selles devenaient muco-sanguinolentes, et avaient, pour cette raison, une couleur blanchâtre avec taches rougeâtres.

Elles duraient ainsi plusieurs jours (5-8), et plus tard, quand la maladie avançait vers la guérison, elles reprenaient la couleur biliaire, conservant les traces macroscopiques évidentes des résidus alimentaires que le malade prenait de nouveau. Quelquefois la quantité de sang dans les fèces était si considérable, que leur coloration devenait positivement rouge et qu’elles avaient l’apparence de pulpe de cerise; parfois il y avait même du sang libre. Ordinairement il n’y avait pas

(1) Voir la Microscopia clinica de Bizzozero, les travaux de Grassi, de Petrone et de Fenoglio , cités plus haut. — Buscaglioni et Deniateis observèrent, pendant 1 été de l'année dernière, dans une Commune rurale près de Turin, un grand nombre de cas d’entérite, dans lesquels on trouvait, dans les fèces des malades, une grande quantité de tricomonas intestinalis^ mais la maladie ne présentait pas les caractères décisifs de l’entéro-colite dysentérique {Giorn. délia R. Accad. di 'nedic. di Torino, 1890, p. 57). — Touchant la présence d’autres protozoaires dans les fèces de personnes affectées d’entérites diverses, voir spécialement les travaux de Grassi et de Perroncito, le traité de microscopie clinique de Bizzozero et celui de Pfeiffer sur les protozoaires comme cause de maladie.

A. MAGGIORA

de fièvre, ou, tout au plus, dans l’acmé de la maladie, 38°-38°,2, le soir; dans quelques cas graves, seulement, on atteignit 39°-39“,5. La peau des malades était sèche; le pouls normal ou peu modifié; la réaction générale de la part du système nerveux , peu forte; on n’avait que rarement des phénomènes gastriques; d’ordinaire le processus se limitait au gros intestin et au rectum. La durée de la maladie variait entre 6 et 12 jours; dans des cas plus graves, seulement, elle dura environ un mois; la convalescence fut toujours plutôt longue, 15-30 jours.

Le nombre des cas fut de plus de 200; tous les âges, les hommes et les femmes furent également atteints. Par rapport à la mortalité, la maladie fut très bénigne; on eut seulement trois cas de mort; deux frères, l’un de 5 ans, l’autre de 6: le premier mourut d’une hémorragie intestinale; le second, par suite de l’intensité même de l’infection; un troisième décès eut lieu, pour cette dernière cause: celui d’un vieillard de 79 ans, déjà en état de marasme fortement accentué avant la maladie.

Quant à l’origine de la maladie , il semble qu’on doit l’attribuer à un enfant arrivé malade d’ùne autre Commune, où existait également une petite épidémie de la même maladie. L'infection se communiqua aussitôt à deux membres de la famille et, ensuite, se répandit.

Relativement à la diffusion, je pus observer qu’elle se produisait d’une manière identique à celle du choléra, les cas de contagion étant les plus nombreux et très évidents (1), et que l’épidemie diminua sensiblement, puis cessa quand on appliqua des règles sévères pour la désinfection des déjections, du linge, des habitations, et pour l’approvisionnement de l’eau à boire.

Avec le docteur Hedoglia, médecin sanitaire local, j’ai examiné les fèces au microscope, dans vingt cas, et, dans onze de ceux-ci, on fit aussi l’examen bactériologique. Soupçonnant que la maladie était produite par des protozoaires, j’exécutai l’examen microscopique des

(1) J’ai pu constater des faits comme celui-ci: Un paysan habitant une bourgade, éloignée de 2 kilom. de la Commune, et restée indemne jusque là, alla visiter son frère, malade dans la Commune; revenu à la maison, la maladie se déclara en lui deux jours après, se transmit aux membres de la famille et aux habitations voisines, sans qu’aucun autre habitant de la fraction eût eu des rapports avec le cheflieu de la Commune.

i fèces, toujours immédiatement après l’émission, et en me servant de I, la platine chauffante.

Le résultat de l’examen microscopique fut le suivant: on observa i des corpuscules rouges et des blancs , en quantité très considérable ; i épithélium de l’intestin, et spécialement du gros intestin et du rectum, .très abondant; tantôt les cellules se montraient peu altérées, tantôt i elles l'étaient beaucoup; mucus très abondant qui constituait comme ^ la substance fondamentale, la plus grande masse (îes fèces; petites ’ gouttes de graisse et cristaux de Charcot peu nombreux ; au com- ! mencement de la maladie, détritus alimentaires qui, ensuite, disparaisj saient presque entièrement pour reparaître quand la maladie touchait ■ à son terme. Grande quantité de microorganismes de forme et de di- I mensions différentes, bacilles longs et gros, sporigènes, isolés, ou en < longs filaments ; bâtonnets courts et minces, en quantité prédominante ; \ assez’ souvent, ferments à l’état de conservation parfaite. J’ai recueilli, i de ces microorganismes ainsi que des autres éléments morphologiques, .une description détaillée que je crois inutile de rapporter.

Dans un unique cas j’ai pu constater, dans une seule préparation, isur un grand nombre, l’existence d’une amibe unique que je reconnus î facilement à sa forme et à ses dimensions, ainsi qu’aux mouvements lassez vifs dont elle était douée; dans un autre cas, l’existence d’un I seul paramoecium coU. L’examen microscopique des selles fut con-

* tinué chaque jour pour chaque malade, dans les différents stades de ; la maladie.

Le résultat de l’examen bactériologique démontra, en premier lieu, lia présence du 'bacterium coli commune, dans tous les cas, et en ; grande quantité. Parfois on n’obtenait qu’une culture presque pure de I ce microorganisme. On trouva en outre le proieus vulgaris dans la j presque totalité des cas, mais peu abondant ; six fois de rares colonies de bacillus fluorescens liquefaciens ; deux fois quelques colonies de siaphylococcus pyogenes aureus; une fois du staphylococcus aWus. j Cinq fois, sur les onze cas, je trouvai également quelques colonies d’un I bacille que, grâce à dé nombreuses expériences, je parvins ensuite à

• identifier avec une forme de B. pyocianeus ; mais le bactérium de beaucoup prédominant fut le B. coli commune.

Le B. pyocianeus que j’ai trouvé se montra, par les caractères morphologiques et chimiques des cultures, identique au bacille a de Ernst (1)

(1) üeber einen neuen Bacülus d. hlauen Eiters {Zeitschrift f Hygiene vol. Il, ' p. 369). ’

A. MAGGIORA

et à la race F. de Gessard (1) qui, comme on le sait, produit seule- I ment une fluorescence, et ne donne pas, dans les cultures, l’odeur ca- ; ractéristique de fleurs de tilleul ou d’acacia. Ce bacille possédait des propriétés septiques très marquées; inoculé à petites doses, 5-20 gouttes, ; dans le péritoine, au mus musculus aWinus, au mus decumanus i albinus, à des cobayes, il les tuait en 14-36 heures, avec réaction inflammatoire locale et faits de septicomycosis. On trouvait les bacilles dans le sang en quantité notable.

Le bacterium coli commun, isolé, était aussi très virulent pour les i cobayes.

Lorsque j’ai exécuté ces expériences, le dernier travail de Kartulis, i où sont exposées les méthodes de culture employées par cet auteur i pour les amibes, n’était pas encore publié. Toutefois, d’après les ten- i tatives qui avaient été faites précédemment, je cherchai à cultiver, dans de l’eau de puits stérilisée et ajoutée à du bouillon, les amibes ' qui pouvaient exister dans les selles et que je n’étais pas parvenu : à rencontrer dans les préparations microscopiques. Mais je n’obtins i que le développement de bactéries.

J’ai recherché avec insistance s’il existait des amibes dans l’eau de i quelques puits des maisons les plus atteintes par l’épidémie; je n’ai ' obtenu qu’un résultat négatif; les eaux étaient impures, mais des > formes trouvées dans les fèces ne contenaient que quelques colonies i de proteus 'cuJgaris.

En résumant ces résultats, on voit que, dans les fèces dysentériques ■ que j’ai examinées, il y avait absence complète d’amibes ou d’autres ' protozoaires (car on ne pouvait pas tenir compte de l’unique obser- ! vation positive d’une seule amibe et d’un seul paramœcium), et qu'il existait, au contraire, des bactéries, dont quelques-unes étaient pour- i vues de propriétés pathogènes, tandis que d’autres se trouvaient dans i les fèces de personnes normales.

On pourrait peut-être objecter à mes recherches que le résultat né- i gatif de l’observation microscopique est insuflisant pour nier l’exis- ' tence des amibes dans l’intestin des malades, d’autant plus que Koch, dans cinq cas de dysenterie examinés par lui, dans l’Inde (2), observa i que les amibes se trouvaient uniquement dans les sections de l’intestin,

(1) Des races du bacille pyocyanique {Annales de Pasteur, t. V, p. 65).

(2) Loc. cit.

pratiquées dans les portions où il existait des ulcères, ou bien dans le contenu du fond de ces sections, tandis que dans les flocons mucosanguinolents des déjections et du contenu intestinal, on ne put les trouver.

Il pourrait se faire que, dans les cas que j’ai examinés, un fait semblable se fût produit; si j’avais pu exécuter quelques autopsies, ce doute aurait facilement disparu, mais cela ne me fut pas accordé par es familles des défunts; d’autre part, cette supposition ne semble pas très probable, vu le nombre des cas, et quand on pense à ce que disent Kartulis, Doch et les autres auteurs, au sujet de la présence constante de ces protozoaires dans les fèces, et que, pour les observer, il faut examiner particulièrement les petits flocons muco-sanguinolents.

Malgré cela je suis loin de nier l’importance étiologique des amibes dans la dysenterie. Ce qui me semble le plus probable, c’est le concept exprimé dans la quatrième opinion citée plus haut, à savoir, que, de cette maladie, il existe différentes formes, cliniquement très semblables, au moins dans les lignes principales (1), étiologiquement différentes; et que tout en reconnaissant qu’on peut trouver, en Italie, des entéro-colites dues aux amibes, il y a, toutefois, des dysenteries épidémiques avec symptômes analogues à cette maladie, et qui dépendent d’une autre cause (2).

Relativement au rapport qui peut exister entre les microorganismes que j’ai isolés et la maladie, je ne pourrais que formuler des hypothèses, le nombre de mes observations étant trop restreint.

Il n’est pas tout à fait hors de propos, cependant, de penser que, par ex., le ~bacterium coli commune, acquérant, dans des conditions spéciales, une virulence supérieure à la normale,' et se trouvant en très grande quantité, comme dans les cas que j’ai observés, puisse devenir, chez l’homme, une cause de phénomènes morbeux dans le genre de ceux qu’il produit facilement chez les cobayes et chez les

(1) Suivant Cuncilman {Journal of the Amer, medic. Association, que je ne connais que par un résumé de Rubino, Riforma medAca, ann. VIT, vol. 111, n. 175) les dysenteries par amoeha coli sont habituellement fort graves, parce qu’elles prennent facilement un cours chronique; les formes que j’ai observées étaient généralement légères, à cours rapide.

(2) Dans une communication verbale, le prof. Fenoglio me fit connaître qu’il avait observé quelques nouveaux cas d’entéro-colite par amibes, qui présentaient une forme grave, à cours chronique.

A. MAGGIORA

lapins. Les expériences de Roux et Rodet (1) tendent même à démontrer la probabilité de cette hypothèse, et les recherches d’autres auteurs (2) ont établi que le bacille commun du colon a une importance plus grande que celle qu’on lui attribuait auparavant. On sait aussi que Veillon et Jayle (3) ont trouvé en grande quantité, et exclusivement, ce bactérium dans le pus d’un abcès hépatique par dysenterie.

Nous savons également, par les recherches de Gharrin (4), que le B. pyocianeus peut produire, chez les lapins, des phénomènes morbeux, avec localisation dans l’intestin, en forme d’entérite. Avec mes recherches je n’ai pas pu produire ces phénomènes , parce que les cultures que j’ai obtenues directement des fèces avaient une virulence si forte qu’elles tuaient très promptement les animaux, avec des symptômes très caractéristiques de septicomycosis, et sans que je pusse constater de lésions notables dans l’intestin; mais cela n’infirme nullement les belles expériences de Gharrin et n’exclut pas que, chez l’homme aussi, le B. pyocianeus puisse produire des lésions intestinales.

Naturellement je ne puis, pour le moment, insister sur ce fait, parce que la présence du B. pyocianeus n’a pas été constante, et que, dans les cinq cas où on le rencontra, les colonies étaient en nombre restreint, et, aussi, parce que certains caractères symptomatologiques fondamentaux , qui accompagnent la forme entéritique de l’infection pyocianique chez les animaux, manquent complètement dans la dysenterie, et, en général, dans les entéro-colites dysentériques de l’homme.

Je n’entends pas donner à cette note d’autre importance que celle d’une contribution à l’étude microscopique des fèces des dysentériques en Italie; c’est seulement quand ces observations atteindront un nombre de beaucoup supérieur, qu’on pourra déduire quelques faits plus précis.

(1) Sur les relations du bacillus coli communis avec le bacille d'Eberth et avec la fièvre typhoïde {Comptes-rendus de la Société de Biologie^ t. II, série IX, p. 9).

(2) Voir aussi pour la littérature, les travaux de Fraenkel, U eber peritoneale Infektion {VCien. Klin. ochenschrf., 1891, n. 13-15), et de G. Muscatello, 8opra un caso di suppurazione prodotta dal bacillus colt communis {Riforma medica, 20 juillet 1891).

(3) Présence du bactérium coli commune dans un abcès disentérique du foie [Comptes-rendus de la Soc. de Biol.., t. III, série IX, p. 3).

(4) La maladie pyocyanique. Paris, Steinheil, 1889.

Pour ma part, je ne manquerai pas de reprendre cette étude à la : première occasion.

Cette note était déjà terminée depuis plusieurs mois et publiée dans le Gîornale délia R. Accad. di Medîcina di Torino (n° 7-8, 1891), lorsque parut, dans le n° 8, volume X du Cenlralb. f. Bahterîologie, un travail de A. Lutz, à Honolulu (Iles Sandwich) (1); dans ce travail l’auteur après avoir réclamé pour lui la priorité des observations des amibes dans les entérites, en Amérique, rapporte trois cas d’entérocolite due à des amibes, en insistant sur le fait que la maladie produite par ces protozoaires est bien différente de la dysenterie épidémique. L’infection produite par les amibes est essentiellement une forme chronique , qui présente bien des rémissions des exacerbations aiguës, mais qui a peu de tendance à la guérison. Suivant Lutz, aussi, la dysenterie épidémique serait plus probablement due à un microorganisme végétal; toutefois, il ne put faire de recherches bactériologiques à ce sujet.

Je suis heureux de voir ainsi confirmée l’opinion que je partage également et que les faits tendent à démontrer comme conforme à la vérité, à savoir, qu’il existe une différence étiologique entre les entérites par amoeba coli et la dysenterie épidémique, ou au moins, certaines formes de celle-ci.

(1) Zur Kentniss der Amoehen-Enteritis und Hepatitis.

ReGherches phârmâcologiques sur le ditiocârbonate de sodium (^)

par le D'’ L. SABBATANI.

(Laboratoire du Prof. Albertoni à Bologne).

Récemment le D*" Daccomo, en étudiant les acides ditiocarboniques (2), a pu préparer des sels et des éthers neutres de la série aromatique, qui n’étaient pas connus. Le Prof. Albertoni, ayant eu du ditiocarbonate de sodium, me chargea d’en étudier les propriétés pharmacologiques.

Le Prof. Pierleone Tommasoli a déjà étudié, dans sa Clinique de Modène, quelques-uns des corps préparés par le D- Daccomo; et les résultats semblent être si satisfaisants qu’il est bon d’étudier aussi ces nouveaux remèdes du côté pharmacologique.

En employant cette substance je m’aperçus tout de suite que les solutions , au bout d’un certain temps , acquéraient une odeur désagréable qui rappelait celle de l’acide sulfhydrique ; on ne parvenait à les conserver inodores qu’en les tenant dans des bouteilles complètement pleines et bien fermées. J’avais noté aussi que le ditiocarbonate, qui était presque inodore, la première fois qu’on ouvrit le vase dans lequel on nous l’avait envoyé, avait acquis une légère odeur d’œufs pourris après quelque temps de séjour dans le laboratoire où on l’ouvrait tous les jours. Il résulte de ces simples observations que le ditiocarbonate de sodium s’altère au contact de l’air. A quoi est due cette altération? En quoi consiste-t-elle?

Dans une bouteille fermée par un bouchon à deux trous, je mis une certaine quantité de solution de ditiocarbonate sodique à 2 ®/q. Par l’un

(1) Bullettino delle scienze mediche di Bologna. Série Vil, vol. II.

(2) Sugli acidi ditiocarhonici ; note préliminaire {Annali di chimica e farmacologia, mai-juin 1891).

recherches pharmacologiques sur le ditiocarbonate de sodium 145

des trous passait un tube, ouvert en haut, en communication avec l’air athmosphérique et qui plongeait dans la solution; par l’autre, un autre tube plus court qui était uni à Tune des branches d’un appareil de Mobr, tandis que l’autre branche était jointe à une pompe aspirante.

Par cette disposition, l’air, après avoir gargouillé dans la solution de ditiocarbonate de sodium , passait par les ampoules de l’appareil de Mohr, dans lesquelles j’avais mis une solution très diluée de chlorure de palladium.

Au bout de quelque temps , la solution de chlorure de palladium devenait noire, en laissant un dépôt noir de sulfure de palladium.

En faisant traverser les appareils par un courant de GO^ pur, la solution noircissait très rapidement (10 minutes au plus).

En même temps la solution de ditiocarbonate de sodium se troublait, devenait lactigineuse, et enfin se décolorait en laissant un dépôt granuleux, fin, d’ûn blanc jaunâtre. On voit donc que le ditiocarbonate de sodium se décompose en présence de l’acide carbonique, en donnant, parmi les produits de décomposition, de l’HgS et du soufre.

Il est très intéressant, au point de vue pharmacologique, d’établir que l’acide carbonique peut produire un semblable dédoublement. Et, en effet, dans le sang et dans les tissus vivants on a toujours de l’acide carbonique à l’état naissant, qui peut décomposer le ditiocarbonate de sodium au sein même de ces tissus.

Le sang d’un lapin de gr. 450 , mort 20 minutes après l’injection intraveineuse de gr. 0,04 de ditiocarbonate de sodium, présentait , au spectroscope, une raie bien nette dans le rouge (sulfo-hémoglobine).

Des vers de terre mis dans une solution à 1-4 , quand ils sont

près de mourir, prennent une teinte verdâtre; et chez les grenouilles, qui, laisseés pendant 20-30 minutes dans une solution à 2 °/q, y meurent, on trouve aussi que les muscles, le cœur, et tous les tissus ont pris une coloration verdâtre, comme cela arrive dans les empoisonnements par l’acide sulfhydrique.

Je voulus voir alors s’il est nécessaire, pour que cette production d’HjS advienne, que les tissus soient vivants. J’ai pu voir que la raie d’absorption pour la sulfo-hémoglobine , apparaît promptement si le ditiocarbonate a été Injecté dans les veines, et qu’elle est moins prompte et moins nette quand on mêle le ditiocarbonate au sang sorti depuis peu des vaisseaux. Si le sang est vieux et a perdu sa vitalité, la raie de la sulfo-hémoglobine ne se produit pas.

Les muscles et, en général, tous les. tissus prennent la coloration

Archives italiennes de Biolo'jie. — Tome XVI.

Page 1