L. LUCIANI
26 juin. — Le chien est vif: il ne refuse pas un peu de viande qu'on lui présente. S’il est soulevé par le tronc, il renverse la tête par l’effet d’un spasme des muscles de la nuque. Il se fait aussi une extension tonique légère des extrémités et particulièrement des antérieures.
27 juin. — Placé par terre, il se roule de droite à gauche sur son axe.
2S juin. — Placé par terre, il tremble, il ne réussit pas à se dresser et il tombe à droite. 11 lui est difficile de prendre sa nourriture à cause des oscillations de la tête.
30 juin. — 11 se meut avec vivacité sur son lit suspendu. Etendu par terre, il soulève la tête, mais ne parvient pas, avec les mouvements des extrémités, à soulever le tronc, et, par l’effet d’une action prédominante des extrémités de gauche, il tourne à droite, dans le sens d’une aiguille de montre, en pivotant sur le bassin.
I juillet. — 11 fait des pas, se traînant avec le tronc contre le sol et se montrant plus faible dans les extrémités droites que dans les gauches.
2-5 juillet. — 11 continue à se traîner, ne pouvant pas appuyer l’extrémité postérieure droite, et n’appuyant que légèrement l’antérieure du même côté. La tête tremble. La plaie est presque complètement cicatrisée.
7 juillet. — Il commence à marcher en soulevant le tronc, mais, ne pouvant pas appuyer l’extrémité postérieure droite, il tombe toujours de ce côté.
II juillet. — 11 marche assez librement, mais il tombe souvent parce que le membre postérieur droit fléchit.
Juillet-août. — 11 est toujours plus faible dans les membres de droite que dans ceux de gauche. Il tombe facilement parce que le membre postérieur droit fléchit.
Septembre-octobre. — L’animal ne paraît pas grossir beaucoup. 11 présente toujours les mêmes phénomènes, quoique moins prononcés. Il tient constamment, en marchant, le tronc incliné à droite d’une manière très sensible, ce qui rend moins faciles les chutes du côté droit.
9 juillet 1887. — 11 pèse 4670 gr. Il s’est peu développé, mais il est dans de bonnes conditions de nutrition. L’inclinaison du tronc à droite continue à se manifester, soit quand il marche, soit quand il est soutenu par le tronc. Il présente, en marchant, des oscillations latérales surtout dans la partie postérieure du tronc. La tête offre aussi des oscillations fréquentes. Avec les yeux bandés, il ne se hasarde pas h se mettre en mouvement; mais, étant stimulé, il marche avec de grandes précautions, tenant le museau bas, et suivant une ligne tortueuse. Cependant le tracé ne diffère pas sensiblement de celui qui a été obtenu quand 1 animal avait les yeux ouverts. Ce qu’il y a de plus saillant dans les deux traces, c est une déviation anormale du côté droit de l’empreinte du bipède postérieur, déviation provenant de l’incurvation à droite de la partie lombaire du rhachis. 11 nage bien et se dirige directement vers le bord du bassin, comme un chien normal.
14 juillet. — On morphinise l’animal, après quoi on observe que, dans la marche, le membre postérieur de droite fléchit facilement, se manifestant ainsi comme le plus affaibli. Après l’avoir lié dans l’appareil, on détermine, au moyen du dynamomètre h spirale élastique, le maximum de la force de traction des divers membres.
ts
fi
LE CERVELET 301
à la suite de fortes excitations électriques et mécaniques par lesquelles on les stimule directement. On obtient les résultats suivants:
Membre antérieur gauche, kilog. 5,25 — Antérieur droit, kilog. 5,25 » postérieur » » 2,75 — Postérieur » » 2,50
. On tue l’animal avec le chloroforme et l’on pratique la nécroscopie.
Nécroscopie. — L’ouverture pratiquée dans l’os occipital depuis un an est recouverte d’un tissu de cicatrice peu épais, qui se confond tout autour avec la duremère. Le lobe moyen du cervelet manque complètement, à l’exception d’une toute petite partie du Monticulus. On observe, en outre, très distinctement que la destruction, dans sa profondeur, s’étend aussi à une bonne partie du lobe latéral droit.
Les six observations offrent toutes le même résultat; les phénomènes d’irritation se présentent, quelques jours après l’opération, d’une intensité moyenne chez les chiens, tout à fait fugaces chez les singes, et ils consistent en des contractions toniques des muscles de la nuque et des membres antérieurs, qui occasionnent un empêchement dans la coordination des mouvements; les phénomènes de manque de fonctionnalité se manifestent, par l’asthénie, par l’atonie et par l’astasie musculaires, dans tous les muscles , mais surtout dans ceux des membres postérieurs, tandis que les phénomènes d’irritation empêchant la coordination sont plus prononcés dans les extrémités antérieures ; en outre leur manifestation est d’autant plus intense et distincte que celle de ces derniers est légère et de peu de durée; et, ce qui est plus important encore, les animaux chez lesquels les phénomènes d’irritation, aussi bien que ceux de manque de fonctionnalité, furent parfaitement symétriques dans les muscles des deux moitiés du corps, sont ceux chez lesquels l’ablation du lobe moyen se fit d’une manière absolument régulière et symétrique, tandis que chez les animaux qui présentèrent des phénomènes plus accentués à droite ou à gauche, l’ablation fut asymétrique et étendue inégalement vers le lobe latéral droit ou gauche.
Il y eut, dans chaque animal, des signes évidents de compensation fonctionnelle et organique ; par exemple, dans le Macacus cynomolgus H, les phénomènes de compensation , en deux mois environ, rétablirent presque les fonctions dans leur état normal, de manière à lui donner les apparences d’un être sain, et ce ne fut qu’après 13 mois qu’on vit reparaître à un faible degré l’asthénie, l’atonie et l’astasie musculaires, probablement dépendantes de processus de dégénération.
On voit que la doctrine de Nothnagel n'a aucune valeur au point de vue de la physiologie du cervelet , elle enseigne même le contraire