‹ Développement des éléments du système nerveux cérébro-spinalChapitre 69 sur 163 · L. LUCIANI · texte numérisé non relu

L. LUCIANI

Les phénomènes de manque de fonctionnalité furent aussi , chose naturelle, en rapport avec l’extension de la zone détruite, c’est-à-dire qu’ils furent peu marqués dans les animaux chez lesquels une partie seulement du lobe latéral avait été détruite, étendus et intenses dans les deux animaux chez lesquels la destruction avait été plus considérable.

Ils furent plus accentués dans les muscles du côté de la partie opérée que dans ceux du côté opposé, et dans les muscles du bipède postérieur que dans ceux du bipède antérieur, précisément comme il arrive après l’hémiextraction.

Gomme il arrive dans l’hémiextraction complète ou incomplète, la compensation organique fut bien distincte chez les animaux qui ne furent privés que d’une partie du lobe latéral; elle fut, au contraire, à peine sensible chez ceux auxquels on enleva complètement ce même lobe latéral. L’ablation plus ou moins complète du cervelet, dont parle le IX® Chapitre, fut opérée par l’A. sur 5 animaux (trois chiens et deux singes); elle donna des résultats différents, suivant la manière dont l’opération fut supportée et suivant le temps plus ou moins long pendant lequel les animaux qui l’avaient subie purent être en observation. — Un chien, dont le cervelet fut complètement détruit, comme la nécroscopie le démontra, succomba deux jours après, de manière qu’il n’a pu présenter que les phénomènes d’irritation. Ceux-ci consistèrent dans l’extension tonique des deux membres antérieurs, dans les mouvements cloniques alternes des extrémités postérieures, dans l’extension, en haut et en arrière, de la tête et du cou par suite de la contraction tonique des muscles de la nuque, en des accès épileptiformes généraux répétés. — Plus intéressante est l’observation relative à un autre chien opéré, à deux reprises, d'une ablation presque complète. La seconde opération pratiquée, un an après la première, dans le doute que celle-ci ne fût insuffisante, donna lieu à une grave hémorrhagie qui produisit la mort en quelques heures.

L’examen nécroscopique démontra une destruction très étendue du cervelet, dont il ne restait plus aucune partie intacte, un tissu cicatriciel de néoformation l’ayant complètement enveloppé ; le pont avait été fortement réduit dans son volume, surtout en correspondance des pédoncules moyens qui étaient très petits. Pendant la vie, les phénomènes d’irritation furent très prononcés et durèrent plus de 15 jours; ils se manifestèrent sous forme d’extension tonique des extrémités antérieures et même des postérieures, quoique moins intense et de moindre durée dans ces dernières, de contraction tonique des muscles de la

LE CERVELET

nuque, de strabisme, de nyslagme et de vomissement. Un mois après l’opération, l’animal , essayant de se tenir debout , présenta une démarche ataxique toute spéciale, caractérisée par une locomotion à pas lents, la colonne vertébrale étant incurvée à dos de chat, et les extrémités maigries et raidies se mouvant, tout d’une pièce, généralement en abduction exagérée, quelquefois en adduction excessive, de manière que celles d’un côté se croisent avec celles de l’autre. Avec ces altérations dans la marche contrastait l’habileté à nager, qui était bien conservée, à l’exception de quelques mouvements exagérés des membres antérieurs. — Il est à remarquer que, si l’on fermait les yeux de l’animal avec du sparadrap, il ne bougeait plus que par l’effet de fortes excitations, et alors la marche s’accomplissait, à peu près comme on a dit ci-dessus, en-ligne courbe, ce qui ne permettait pas d’en prendre un tracé; la natation se faisait bien comme avec les yeux ouverts. Les irrégularités de la marche s’accentuaient encore en descendant les marches d’un escalier. En somme, l’ataxie, peut-être moins prononcée qu’à l’ordinaire, a surtout intéressé les muscles du rhachis et de l’arrière-train, tandis que l’astasie et l’atonie musculaires se manifestaient particulièrement dans les muscles qui fixent la tête et le tronc. Pendant toute une année, durée des observations sur cet animal, on ne vit pas une véritable compensation organique des phénomènes de manque de fonctionnalité, mais seulement des mouvements fonctionnels aptes à en corriger en partie les effets; on n’observa jamais aucun phénomène de dystrophie générale ou locale.

L’animal qui survécut le plus longtemps fut une chienne opérée, à trois reprises, de l’ablation de la masse du cervelet, faite d’une manière presque complète à droite, incomplète à gauche. L’observation dura environ deux ans et demi et fit voir ce qui suit: phénomènes d’irritation ; agitation générale, contraction tonique des muscles de la nuque, extension tonique des membres antérieurs, incurvation tonique en forme de S de la colonne vertébrale, savoir à gauche pour la partie dorsolombaire, à droite pour la partie cervicale et pour la tête. Les spasmes sont provoqués par l’excitation; ils deviennent presque généraux quand on suspend l’animal en l’air par le dos. Les phénomènes d’irritation disparurent presque après une dizaine de jours; pendant cette première période, la locomotion n’a pas été trop difficile pour l’animal ; il perdait cependant quelquefois l’équilibre en se renversant en arrière à cause de la contracture des muscles de la nuque; mais il était capable de le reprendre par des mouvements appropriés. Les phéno-

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