‹ Développement des éléments du système nerveux cérébro-spinalChapitre 70 sur 163 · L. LUGIANI · texte numérisé non relu

L. LUGIANI

mènes de manque de fonctionnalité eurent, dans leur plus grande intensité, la durée d’un mois; ils furent caractérisés par l’asthénie et l’atonie musculaires générales, surtout dans les muscles qui fixent la colonne vertébrale et dans les membres postérieurs, ainsi que par une astasie assez forte dans les muscles qui soutiennent la tête, d’où l’impossibilité de rester debout et de marcher, quoi qu’il y eût conservation de la natation régulière et de la faculté de maintenir l’équilibre ou de le reprendre facilement; cependant l’asthénie générale apparaissait aussi dans la natation, qui fatiguait vite l’animal.

Après une période de plus d’une année, l’animal redevint capable de se lever et de marcher d’un pas toujours moins ataxique, et dont l’énergie allait en augmentant; il y eut cependant toujours un reste d’ataxie caractérisée par de l’asthénie et de l’atonie, plus prononcées dans les muscles de l’arrière-train que dans ceux du train antérieur, dans les muscles du côté droit que dans ceux du côté gauche, astasie particulièrement manifeste dans les muscles qui fixent la tête, dysmétrie des mouvements spécialement manifeste dans les membres antérieurs; enfin apparurent des phénomènes de dystrophie, de durée et d’extension diverses, consistant particulièrement en des altérations cutanées, qui n’étaient cependant pas incurables.

Dans ce cas, très instructif sous plusieurs rapports, on a pu constater l’intégrité absolue de l’intelligence et des sens, y compris le sens musculaire, une ataxie spéciale signifiant: faiblesse et insuffisance d’énergie, fusion des mouvements, ton imparfait, défaut ou excès dans la mesure des mouvements. Ces phénomènes d’ataxie ne se modifiaient pas quand on bandait les yeux de l’animal et ils devenaient beaucoup plus évidents lorsqu’on provoquait des mouvements volontaires isolés. Les fonctions reproductives restèrent aussi parfaitement inaltérées, de sorte que l’animal eut une gestation régulière; le coït seulement était devenu un peu difficile à cause de la faiblesse musculaire.

L’extirpation à peu près complète du cervelet chez un singe (Macacus cynomolgus) produisit des phénomènes d’irrilation très légers, consistant en des mouvements cboréiformes des membres antérieurs, en de fortes oscillations de la tête, en un strabisme convergent et en un nystagme continuel.

Les phénomènes de manque de fonctionnalité consécutifs qui persistèrent pendant tout le temps de l’observation (16 jours) furent presque circonscrits aux membres postérieurs et aux muscles du dos

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et caractérisés par de l’asthénie et de l’atonie ; l’astasie des muscles du cou, des extrémités et des muscles oculaires fut évidente.

Dans un autre singe qui survécut 18 mois à l’extraction à peu près complète du cervelet, dont il n’était resté qu’une très petite partie à droite et une portion un peu plus grande à gauche, on nota de légers phénomènes d’irritation consistant essentiellement en une flexion tonique peu prononcée des extrémités antérieures, spécialement à droite, en un léger strabisme plus accentué à droite, en des vomissements et dans la tendance à pivoter sur l’axe longitudinal de droite à gauche.

Les phénomènes de manque de fonctionnalité furent aussi peu sensibles, surtout dans les premiers jours; ils se limitèrent essentiellement aux membres postérieurs et aux muscles du dos; ils eurent plus d’extension à droite, côté où l’ablation se fit d’une manière plus complète. Les phénomènes de compensation ne firent pas défaut; ceux de dystrophie furent généraux mais non progressifs.

En comparant les résultats des expériences que nous venons d’exposer succinctement, l’A. observe que, quoique l’extraction, dans les quatre animaux qui ont vécu longtemps après l’opération, n’ait pas été tout à fait complète ni toujours assez symétrique, les phénomènes qu’ils ont présentés tendent cependant à se compléter réciproquement, de sorte qu’il est facile, en les considérant dans leur ensemble, de se faire une juste idée des effets consécutifs à l’ablation totale du cervelet.

De tous les animaux, la chienne qui a survécu deux ans et demi, est celui qui a présenté la série la plus complète des phénomènes et surtout l’ataxie caractéristique due à la dysmètrie, c.-à-d. au manque de la juste mesure et de la juste direction des mouvements, particulièrement dans les membres antérieurs. En somme, et les phénomènes d’irritation et les phénomènes de manque de fonctionnalité ne diffèrent de ceux qui proviennent de l’ablation du lobe moyen, que comme degré, comme intensité et comme durée.

L’A. examinant à fond, en habile observateur, les phénomènes dérivant de l’extirpation du cervelet, s’est demandé s’il était possible de séparer nettement les phénomènes de manque de fonctionnalité de ceux de compensation, c’est-à-dire de ces mouvements anormaux que l’animal privé du cervelet exécute instinctivement ou volontairement pour obvier aux plus sérieuses conséquences d’un manque partiel ou complet d’innervation cérébelleuse, et, partant de l’idée très rationnelle que ces mouvements soient dus au cerveau et spécialement aux sphères motrices de la substance corticale, comme organes principaux

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des impulsions volontaires, il institua une série de recherches, corn- l binant des mutilations cérébelleuses avec l’ablation unilatérale ou bila- I, térale de la circonvolution sigmoïde qui représente la partie la plus 1 1 importante de la sphère sensitivo-motrice cérébrale.

Ces expériences, exposées dans le Chapitre X®, se firent sur quatre îl chiens. Nous en transcrivons, de l’ouvrage de Luciani, les résultats qui, | ;i d’une part constituent le plus beau succès de la chirurgie cérébrale \ \i la plus hardie, et contribuent, d’autre part, à augmenter considérablement la somme de nos connaissances sur les rapports fonctionnels ;ic complexes des centres nerveux supérieurs.

Extirpation complète de la circonvolution sigmo’ide droite dans j ii un animal opéré depuis quelque temps déjà de l’hémiextraction céré- hi belleuse droite. On observa les faits suivants: phénomènes d’irritation représentés par une incurvation à droite de l’axe vertébral, par une i j extension tonique des deux membres de droite, par une forte dyspnée U de la durée de trois jours; phénomènes de manque de fo’nctionnalité; il déjà, après trente jours, l’animal fut de nouveau capable de se lever 0 et de marcher, non sans tomber souvent du côté droit, surtout quand j.i il était empêché d’employer sa vue; prédominance fonctionnelle des muscles des extrémités à gauche, manifeste même pendant la natation, p

2° Chien opéré déjà depuis quelque temps de l’ablation du lobe moyen et du lobe latéral droit du cervelet, avec extirpation profonde des deux replis sigmoïdes. Phénomènes d’irritation très prononcés; t extension tonique des membres antérieurs, mouvements toniques et cloniques des extrémités postérieures, mouvements continus de nata- \> tion avec les quatre extrémités pendant une dizaine de jours, ayant t l’apparence de mouvements vains destinés à produire la station. |

Phénomènes de manque de fonctionnalité; ceux qui proviennent de \ l’ablation de la circonvolution sigmo’ïde consistent en une parésie bila- f térale des muscles des extrémités et en une altération de la sensibilité cutanée et musculaire. L’animal, pendant toute la durée de l’obser- + vation (.5 mois), ne fut plus capable ni de se dresser, ni de marcher, j ni de se tenir en équilibre pendant la natation. La prédominance I fonctionnelle des membres du côté gauche fut très évidente, soit dans les tentatives que faisait l’animal pour se lever debout et pour marcher, soit dans les mouvements à gauche et dans la rotation de l’axe longitudinal de gauche à droite pendant la natation.

3° Extirpation symétrique des deux circonvolutions sigmo’ïdes du cerveau sur un chien aveugle, déjà opéré depuis quelque temps de

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l’hémiextraction cérébelleuse droite. Phénomènes d’irritation : mouvements cloniques de natation avec les 4 extrémités, incurvation à gauche du tronc, torsion en spirale de l’axe vertébral, rotation sur cet axe de gauche à droite. — Ces phénomènes persistent pendant tout le temps de l’observation (10 jours); quand l’animal essaie de se mettre debout, il fait des mouvements de rotations successives plutôt lentes sur son axe longitudinal, de gauche à droite. Quand on lie les 4 membres, ou même seulement les deux postérieurs, la rotation ne s’effectue plus ou bien elle ne se fait qu’imparfaitement, ce qui démontre que la condition qui la détermine, consiste dans une forte prédominance fonctionnelle des muscles du côté gauche, non seulement des muscles rotateurs du rhachis, mais aussi des muscles des membres de ce même côté.

4° Chienne qui a subi successivement trois opérations à de grands intervalles de temps:

a) ablation tout à fait incomplète de la moitié droite du cervelet;

h) ablation incomplète et plutôt asymétrique des deux circonvolutions sigmoïdes ;

c) ablation à peu près complète du cervelet.

Les deux premières opérations ne donnèrent pas des résultats différents de ceux qui sont déjà connus. Après la troisième opération, on eut les faits suivants: phénomènes d’irritation moins intenses, moins étendus et moins persistants que ceux qui ont été décrits dans le chapitre précédent; au lieu de l’extension, flexion tonique des membres comme dans les singes; les phénomènes de manque de fonctionnalité furent très accentués et très persistants, au point que l’animal ne fut jamais capable, pendant les 11 mois qu’il a vécu, depuis la dernière opération, ni de se tenir debout, ni de marcher sans appui. Il pouvait cependant parfaitement nager, soit les yeux ouverts soit les yeux fermés, se tenant toujours en équilibre, ce qui prouve que l’inaptitude à rester debout ne dépend pas de la circonstance que, dans ce cas, le manque de fonctionnalité a dû être absolument plus grand que dans ceux qui ont été examinés dans le chapitre précédent, mais bien de la perte de la faculté de faire convenablement les mouvements de compensation destinés à élargir la base de soutien, perte provenant de l’ablation des deux circonvolutions sigmoïdes.

D’après l’examen critique des résultats obtenus dans les 4 expériences résumées ci-dessus, l’A. conclut que les mouvements de compensation, par lesquels les animaux ayant subi l’ablation du cervelet

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