‹ Développement des éléments du système nerveux cérébro-spinalChapitre 74 sur 163 · L. LUCIANI · texte numérisé non relu

L. LUCIANI

Le premier fait qui frappe l’observateur c’est l’extrême faiblesse qui ) se manifeste du côté de la lésion, l’animal paraissant de prime abord hémiplégique; mais il est facile de se convaincre que l’exécution de L tous les mouvements volontaires est possible, l’animal pouvant se tenir q debout et marcher en s’appuyant contre le mur du côté de la lésion, fj ainsi que nager avec une parfaite coordination de mouvements, quoique ,j d’une manière un peu anormale à cause de la prédominante énergie | des deux membres sains.

Au bout d’un mois, entrent en scène les phénomènes de compensation, qui se révèlent par l’incurvation du rhachis vers le côté faible I et par l’abduction exagérée du membre antérieur de ce même côté, .i incurvation et abduction évidemment destinées à corriger les consé- n quences de la faiblesse des membres malades. Le même phénomène :i se vérifie aussi dans la natation qui maintenant peut s’effectuer d’une , manière très régulière, parce que l’animal apprend à se servir d’un r segment lombo-sacré du tronc comme d’un timon. Les mouvements compensateurs ont cependant des limites; ainsi l’animal, qui peut éviter i les chutes quand il se meut sur un plan régulier et uniforme, n’a ^ plus cette faculté quand il descend ou qu’il monte un escalier. Ces ^ mouvements compensateurs, qui présentent une forme insolite, qui i sont, en d’autres termes, anormaux dans leur mesure et dans leur . direction, et impriment pourtant un caractère atonique spécial à l’ai- ! lure de l’animal, ne peuvent se faire que moyennant un déploiement i de forces d’autant plus grand que le défaut de fonctionnalité à cor- : riger est plus accentué. C’est pourquoi l’animal n’ayant que la moitié : du cervelet, se fatigue vite et il devient paresseux, aimant à rester tout i le jour étendu sur sa couchette, dont il faut l’arracher pour le faire i marcher.

C’est l’ensemble des phénomènes de manque de fonctionnalité céré- ' belleuse déjà décrits que l’Auteur désigne par l’ancienne dénomination : d’asthénie, asthénie musculaire dépendante de l’asthénie nerveuse qui 1 est l’effet direct de l'insuffisance ou du manque absolu de l’innerva- ; lion cérébelleuse. Comme l’ablation d'une moitié du cervelet produit une asthénie absolument plus prononcée dans les muscles de la moitié [ du corps du côté de la lésion, on peut admettre que l’absence d’in- * nervation d’une moitié latérale du cervelet détermine une hémi-asthénie j neuro-musculaire homonyme.

Avec la diminution d’énergie, on note aussi la diminution du ton musculaire et du nerveux, ce que démontre le fait que les muscles

LE CERVELET

du côté malade sont plus flasques et que, si l’on tierrt l’animal suspendu en l’air, le membre inférieur du côté de la lésion se contracte moins et reste ainsi plus bas que celui du côté opposé, et cela, dans la condition de spontanéité, aussi bien que lorsqu’on veut provoquer des mouvements. En outre, si l’on observe l’animal quand il mange et qu’il fait des efforts pour rester debout, l’on voit que le membre postérieur du côté de la lésion fait à plusieurs reprises de lentes flexions, tellement que si l’animal ne faisait pas des mouvements capables de rétablir l’équilibre, il devrait tomber. Nous devons aussi attribuer à la diminution du ton nerveux certains mouvements trop brusques que fait l’animal, consistant en un relèvement insolite et en un vif abaissement des membres du côté malade, phénomènes qui dépendent d’un trop prompt relâchement des muscles antagonistes.

A cette série des faits, qui, quoique distincts, sont intimement en rapport avec l’asthénie, l’A. a donné le nom d’atonie.

A l’asthénie et à l’atonie vient s’ajouter l’astasie. Celle-ci provient d’un manque de fusion des mouvements et de sûreté dans les différentes positions, déterminé par une imparfaite sommation des impulsions; elle est désignée par les cliniciens sous le nom de titubation cérébelleuse. Elle se manifeste par un tremblement léger et presque continu, plus prononcé à la tête, mais étendu à tout le tronc, tremblement qui augmente considérablement quand l’animal éprouve une émotion, au point d’atteindre le degré de fortes oscillations rhythmiques, comme lorsqu’ il mange en restant debout. La titubation ne dépend pas d’un ralentissement dans le développement des impulsions volontaires ou d’une difficulté de leur transmission aux muscles, mais uniquement de l’imparfaite sommation des impulsions élémentaires dont dépendent les contractions, ce qui fait que celles-ci s’effectuent avec un léger tremblement; la titubation disparaît quand l’animal accélère les pas.

Les phénomènes examinés jusqu’ici se rapportent aux troubles observés sur les chiens; ceux qu’on a remarqués chez les singes n’en diffèrent pas substantiellement, mais les actes compensateurs sont plus prononcés, l’atonie et l’astasie sont très évidentes et s’étendent à tous les muscles du côté correspondant à la partie opérée.

L’A. fait ensuite l’étude des phénomènes provenant de l’ablation totale du cervelet; ils sont pareils à ceux qui se manifestent après l'extraction d’une moitié de cet organe; mais ils se montrent également

Page 1