‹ Developpement progressif et but final de l'humanite Hoene WronskiChapitre 12 sur 21 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

UODIFICATIONS DIVERSES DE L’EHPIRISUE PENDANT LA QUATRIÈME PÉRIODE HISTORIQUE. — RATIONALISME DE DESCARTES. — SEN- SUALISME DE LOCKE. — SPINOZISME. — MATÉRIALISME. — IDÉA- LISME. — MYSTICISME. — INFLUENCE DE CES MODIFICATIONS SUR LES SCIENCES PHYSIQUES.

Voyons maintenant les différentes modifications que, dans cette quatrième période historique, dut recevoir l’empirisme, cette détermination fondamentale de son caractère intellectuel, consistant proprement dans la tendance delà certitude relative vers la certitude absolue. Et, pour conserver le même ordre , considérons encore séparément les connaissances philosophiques et les connaissances physiques.

D’abord, pour ce qui concerne les sciences philosophiques, et spécialement la philosophie elle-même, on conçoit facilement que les deux éléments, la certitude relative des faits et la certitude absolue des lois, qui, dans leur équilibre, forment l’empirisme ou la détermination principale du caractère intellectuel dominant, durent prendre alternativement une prépondérance l’une sur l’autre ; et c’est là le principe des deux modifications majeures que ce caractère dominant dut recevoir dans la période dont il est question. — La prépondérance de la certitude absolue sur la certitude relative, des lois sur les ‘faits, ou même directement de l’absolu sur le relatif, dut engendrer une espèce de RATIONALISME, consistant dans l’indifférence ou la neutralisation entre le dogmatisme et le scepticisme. Au contraire, la prépondérance de la certitude relative sur la certitude absolue, des faits sur les lois, ou directement du relatif sur l’absolu , dut engendrer de la même manière une espèce de sensualisme, consistant dans l’indifférence ou la neutralisation entre le matérialisme et l’idéalisme.

Telles furent, en effet, les deux modifications majeures que reçut, dans la période présente, l’empirisme de Bacon, formant le caractère philosophique fonda-

mental de cette période, — En premier lieu, Descartes professa cette espèce de rationalisme que nous venons de fixer comme consistant dans la neutralisation du dogmatisme et du scepticisme, et qui est la première de ces deux modifications majeures. Son coffùo ergo siim est la véritable expression de cette modification du caractère philosophique que forme l’empirisme : on y voit clairement que Descartes s’est élevé au-dessus de la certitude relative, dépendante de notre existence, puisque, suivant lui, cette existence elle-même a besoin d’une preuve ultérieure. Cependant, il tient encore à cette existence ; car, au lieu de déduire les idées nécessaires de cette source supérieure, de laquelle il fait dériver son existence, il les considère comme des idées INNÉES, à moins que, par là même, il n’entende déjà les rattacher à cette origine supérieure, — En secoqd lieu, Locke professa au contraire cette espèce de sensualisme que nous avons reconnu consister dans la neutralisation du matérialisme et de l’idéalisme, et qui est la seconde modification majeure du caractère philosophique que forme l’empirisme. Le principe fondamental de sa doctrine est que toutes nos connaissances proviennent des sensations ; et ce principe qualifie exactement cette seconde modification de l’empirisme, que nous signalons ici (1).

Mais, ces deux modifications principales et néces-

(I) Madame W. qui, nécessairement, a assisté à la première lecture de l'ouvrage manuscrit présent, a remarqué, avec beaucoup

saires , le Cartésianisme et le Lockianisme , doivent naturellement, dans leurs oscillations, recevoir de nouvelles déterminations plus particulières encore. Ainsi, le dogmatisme scepti(jue de Descartes doit devenir, du côté de l’absolu, un rationalisme pur, et, du côté du relatif, un rationalisme empirique. De même, le matérialisme idéal de Locke doit devenir, du côté du relatif, un sensualisme pur, et, du côté de l’absolu, un sensualisme empirique. C’est aussi ce qui a lieu effectivement.

Le rationalisme pur, formant l’un des deux pôles . du Cartésianisme, se manifesta , sous le point de vue objectif, dans le spinozisme; et il dégénéra , sous le point de vue subjectif , en un véritable mysticisme , depuis Boehme peut-être jusqu’à Svsendenborg. Le rationalismeempirique, formant l’autre de ces pôles, reçut de Leibnitz , pour le contenu du savoir, le beau caractère de la suffisance rationnelle, qui, lié par Wolf à la forme du savoir, devint méthodisme. — C’est ce deuxième pôle philosophique, la suffisance rationnelle et le méthodisme , qui servit de direction à la haute culture intellectuelle des Allemands dans le dernier siècle , moyennant laquelle , par une espèce de compensation, on a pu sortir de l’affreux scepticisme auquel doit aboutir cette quatrième période.

Le sensualisme empirique, formant le premier pôle

de justesse, que, si la devise de Descartes est cogito ergo stm, celle de Locke pourrait être $um ergo cogito.

du Lockianisme, se développa, par rapport au contenu du savoir, principalement dans l’académie de Berlin ; et, par rapport à la forme du savoir, manifestée sensuellement dans le langage , il dégénéra en France , sous Condillac et ses sectateurs, en une véritable logomachie. Le sensualisme pur, formant le second pôle du Lockianisme , se manifesta , sous le point de vue objectif, dcms le matérialisme, et nommément dans la sensibilité matérielle de l’école d’Écosse , et dans la matérialité sensible des sectateurs de Hobbes ; et, sous le point de vue subjectif, ce sensualisme pur aboutit naturellement , chez Berkeley , Arthur Collier , Hume , etc. , à l’idéalisme qui forme ici le dernier échelon.

Ainsi, l’échelle de certitudes que l’on a parcourue dans cette quatrième période historique, se trouve construite dans l’ordre suivant : mysticisme, spinozisme, cartésianisme, suffisance rationnelle, méthodisme, empirisme, académie de Berlin, logomachie française, lockianisme, matérialisme (écoles d’Écosse et de Hobbes), et idéalisme. — Il ne faut pas croire que ces divers degrés de certitude soient réellement ceux dont nous avons plus haut fixé les extrêmes dans la certitude absolue et dems la certitude relative : ce ne sont ici que des allusions à ces véritables degrés de la certitude humaine. Une seule, parmi ces prétendues certitudes, est véritable : c’est l’empirisme de Bacon, qui forme le caractère philosophique dominant de cette

période, et qui coûsiste, comme nous l’avons reconnu, dans la tendance de la certitude relative vers la certitude absolue. Toutes les autres ne sont que des modifications de ce caractère fondamental, lesquelles, par cela même, sortent de la véritable échelle de la certitude humaine : seulement par leur tendance, ces modifications font allusion aux véritables degrés de la certitude. Ainsi, la partie ascendante de cette échelle, depuis le méthodisme jusqu’au mysticisme inclusivement, joue de plus en plus la certitude absolue, attachée à ce qui est par soi-même ; et, perdaut de vue les faits, ou ce qui est donné comme coexistant avec nous, elle manque progressivement de vérité dans ce qui concerne l'être ou la nature. De même, la partie descendante de la même échelle, depuis l’académie de Berlin jusqu’à l’idéalisme inclusivement, se rattache de plus en plus à la seule certitude relative, dépendante de notre existence ; et, perdant de vue les lois ou ce qui est par soi-même et indépendamment de notre existence, elle manque progressivement de vérité dans ce qui concerne le savoir ou la liberté. Pour s’en convaincre, il suffit d’examiner les deux échelons placés respectivement aux extrémités de cette échelle de certitudes : le spinozisme et le mysticisme d’une part , et le matérialisme et l’idéalisme de l’autre. En effet, le spinozisme détermine tout indépendamment de notre existence ; et il ne fient plus à cette existence que comme au principe de cette détermination. Le mys-

ticisme va plus loin ; il n’a plus besoin de ce principe : tout découle pour lui d’une source supérieure à notre existence, jusqu’à l’acte même, l’inspiration de ses connaissances. De l’autre côté, le matérialisme ne reconnaît plus pour réel que ce qui coexiste avec nous, ou ce qui est en réaction effective avec notre existence. Et l’idéalisme, qui va encore au delà, ne reconnaît plus de réalité que dans notre existence ellemême : tout ce qui paraît n’être pas cette existence, n’est pour lui qu’une manière d’être de cette existence même.

Procédons actuellement aux différentes modifications que, par les mêmes raisons, dut recevoir la détermination fondamentale du caractère des recherches physiques, consistant également, comme nous l’avons reconnu plus haut, dans l’empirisme prescrit par Bacon et exercé par Galilée, Et, pour éviter la confusion, considérons de nouveau séparément la nature inorganique et la nature vivante ou organisée.

D’abord, comme pour les recherches philosophiques, les deux éléments composant l’empirisme, la certitude relative des faits et la certitude absolue des lois, durent prendre alternativement une prépondérance l’une sur l’autre, et amener ainsi, dans le caractère

fondamental des recherches physiques, deux modifications majeures. Pour reconnaître ces modifications, il faut remarquer que les faits physiques, dont la connaissance dépend de notre existence, manifestent leur individualité par la diversité de l’espace qu’occupent les êtres qui les constituent ; et que les lois physiques, qui sont par elles-mêmes ou indépendamment de notre existence, manifestent leur universalité par la variation du temps dans les phénomènes qu’elles régissent. On verra alors que le véritable caractère des faits physiques, est la réaction dans l’esp.vce ; et des lois physiques, la succession dans le TEMPS. Celte réaction dans l’espace constitue le méca- NisME'de la nature ; et cette succession dans le temps, qui généralement est la condition de la causalité (ou delà relation de l’effet à la cause), constitue ici, avec les substances mécaniques, la manifestation des forces ou le DYNAMISME de la nature. — Ce sont donc là les deux modifications majeures que dut recevoir l’empirisme physique, par la prépondérance alternative de ses deux éléments composants, de la certitude des faits, et de la certitude des lois. Et c’est effectivement ce qui est arrivé.

Dans la nature inorganique, du côté de la certitude absolue, Becker, ou plutôt Stabl introduisit, par son système phlogistique, le dynamisme inorganique ; et, du côté de la certitude relative, l’ancienne attraction moléculaire, dite atomistique, fut renouvelée et ramena

le mécanisme inorganique. — Dans ce dynamisme, la combustion était considérée comme le phénomène fondamental de la nature ; et le phlogiston était la prétendue force qui opérait ce phénomène. Dans le mécanisme inorganique, les atomes des anciens furent transformés en molécules, et c’est dans leur réaction, dépendante de leur forme, que consistait prétenduement tout le jeu de la nature. Ce sont Sennert, Magnenus et Gassendi qui paraissent avoir ramené ces anciennes rêveries de Démocrite et d’Epicure ; et ce sont les physiciens anglais et français qui les professent principalement (1).

Dans la nature organique, du côté de la certitude absolue ou des lois, s’établit l’abus des forces vitales, qui constitue le dynamisme organique ; et, du côté de la certitude relative ou des faits, Hoffmann (2) introduisit le mécanisme organique, fondé sur l’action mécanique d’un pi'étendu éther répandu dans toute la nature. — Les premières traces de l’admission des forces vitales se trouvent déjà chez Glisson, comme nous l’avons remarqué plus haut ; mais le premier abus de ces forces parait commencer avec Leibnitz, qui les élevait à l’égal des forces ou facultés intellectuelles.

(1) Le Sage (de Genève) a même donné à cette hypothèse atomistique une forme scientifique, suivie par de Luc et Prévost.

(2) Ses sectateurs sont : en Allemagne, Schulze, Buchnav, Ludwig, Eberhard, Nicolaï, etc.; dans les Pays-Bas, Rcga, de Goster, etc.; en Angleterre, Brown, Laugrish, etc.

On conçoit facilement que ces .deux modifications majeures, le dynamisme et le mécanisme, durent aussi, comme plus liaut les deux modifications analogues du caractère philosophique, le rationalisme et le sensualisme, recevoir des déterminations plus particulières, par leurs oscillations respectives vers le côté de l’absolu et le côté du relatif. C’est ainsi que le dynamisme en général, inorganique et organique, doit amener, du côté de l’absolu, des forces supérieures et en quelque sorte transcendantes (placées au delà de l’expérience), et, du côté opposé, un dynamisme empirique ou des forces immanentes (que l’on peut constater par l’expérience). De même, le mécanisme en général, inorganique et organique, doit conduire, du côté du relatif, à la considération de la simple structure des corps (pure détermination de l’espace), et, du côté opposé, à la considération d’un mécanisme empirique ou de l’équilibre des actions mécaniques. — C’est aussi ce qui a eu lieu.

Dans la nature inorganique, le dynamisme donna lieu, du côté de l’absolu, à des systèmes transcendants, tels que celui de Winterl, où l’on introduit l’influence supérieure ou transcendante de la chaleur, de l’électricité, de la lumière, et d’autres principes immatériels, considérés comme autant de forces de qualité distincte. Du côté du relatif, ce même dynamisme engendra, par le mélange des anciennes idées deLibavius et de Boyle, et des nouvelles idées de Black et de Cavendish, lesys-

tème français de Lavoisier, dans lequel on supposait que l’oxygène, découvert d’ailleurs par Priestley, était l’unique principe des opérations de la nature. — Ce qu’il y a ici de remarquable, c’est que les systèmes transcendants, et nommément celui de Winterl, qui s’écartent le plus de l’empirisme, ont prévu une grande partie des découvertes postérieures, et que le système immanent de Lavoisier, si proche de l’empirisme, s’est trouvé, à l’exception des faits, faux dans tous ses raisonnements, et entièrement contraires aux découvertes récentes de Ritter, Davy, Berzélius et autres.

De même, le mécanisme inorganique, consistant dans la réaction moléculaire, s’est partagé en ses deux pôles. — Du côté de l’absolu, on introduisit en Allemagne, par un développement peu exact du système dynamique de Kant, une véritable statique des force inorganiques, telles que sont l’attraction, la répulsion, l’adhésion, la cohésion, et les affinités chimiques. Dix ans plus tard, Berthollet reproduisit cette statique en France, avec l’imperfection conforme aux circonstances, comme le prouvent déjà les dénominations à! affinité de cohésion, et à' affinité de combinaison, qui indiquent clairement l’absence de la distinction de ces forces. — Du côté du relatif, le mécanisme inorganique aboutit à l’abus de la cristallographie. Bergman, par la découverte du noyau et des lames cristaJliques, posa les fondements de la vraie cristallographie. Haüy mesura leurs angles, calcula leurs combinaisons, et fit ainsi.

à la doctrine physique de Bergman, une application mathématique. Jusque-là tout n’était encore qu 'empirisme; mais le môme Haüy donna bientôt, à cette considération de la structure intérieure des corps, une étendue abusive, en voulant y ramener, comme nous l’avons vu plus haut, toutes les distinctions minérales et, par là même, peut-être tous les principes physiques.

Dans la nature vivante ou organisée, le dynamisme, consistant dans l’abus des forces vitales, s’était développé, du côté de l’absolu, dans le psychisme de Stahl, introduit déjà par Swammerdam, Perrault et autres ; et il se présenta postérieurement, du même côté, avec plus de sagesse, dans les systèmes de Brown et de Roeschlaub. Le psychisme de Stahl (1) est ici aux systèmes transcendants de Brown et de Roeschlaub, ce qu’est plus haut, pour le rationalisme philosophique, le mysticisme au spinozisme : le premier est en .quelque sorte subjectif, et les derniers sont entièrement objectifs. — Du côté opposé ou relatif, le dynamisme organique descendit, suivant les traces de Paracelse, au système iatrochimique de Van-Helmont et de la Boë-Sylvius, dont le premier considérait les fonctions organiques comme des fermentations, et le dernier comme de pures opérations chimiques. — C’est ce système iatro-

(1) Ses sectateurs sont: les uns mystiques, Coschwitz, Cari, etc. ; les autres tlu'oriqucs,Alberli, Juncker, etc., et surtout E. Platner; et d'autres enfin pratiques, Cheyne, Mead, Porterfield, Whytt, de Sauvages, etc.

chimique qui, à certains égards, forme encore le fond de la médecine française.

De même, le mécanisme organique, introduit par Hoffmann, et consistant dans l’action de son éther universel, se partagea en ses deux pôles. — Du côté de l’absolu, ce nn-canisme organique se développa et se transforma ainsi dans le système iatromathémafique, qui s’établit en Italie par suite des progrès de la physique expérimentale, de la découverte de Harvey, et des considérations mathématico-médicales de Descartes. Ce système ramène les fonctions organiques aux lois de l’équilibre, et il constitue ainsi une espèce de statique organique. Borelli en est l’auteur ; et c’est Michelotti qui l’a le mieux développé. — Du côté opposé ou relatif, le mécanisme organique dégénéra dans le système du solidi vivi de Cullen, c’est-à-dire, comme le mécanisme inorganique, dans un abus de la structure des corps organisés, et, par contre-coup, dans un abus de l’anatomie comparée. Cette dernière, depuis sa découverte, n’a servi que secondairement pour éclairer la physiologie et l’histoire naturelle, spécialement la zoologie ; mais récemment, peut-être depuis Buffon et Daubenton, elle a pris une tendance vers la suprématie parmi les sciences concernant l’organisation ; on voudrait en déduire toutes les fonctions organiques, et peut-être même voudrait-on (par exemple Gall) faire naître ces fonctions de la seule structure des corps organisés. Dans ces derniers temps, M. Cuvier a pro-

posé de déduire, de rauatomie comparée, le véritable système géologique : Cela est possible ; mais, il nous semble que cette proposition donne la solution du problème où l’on chercherait la route la plus longue pour arriver à ce système géologique.

Telles sont les aberrations nécessaires que dut recevoir, dans les recherches physiques, leur caractère fondamental, consistant dans l’empirisme de Bacon et de Galilée, et formant la tendance dominante dans cette quatrième période du développement de l’humanité. — Il ne faut pas croire que toutes ces aberrations aient dû conduire à des erreurs : dans toutes ces modifications du caractère fondamental ou de l’empirisme, on a dû rencontrer des vérités, précisément parce que, plus ou moins, ce caractère y était dominant. On conçoit cependant que, du côté du dynamisme, inorganique et organique, on devait surtout manquer de vérité par rapport aux manifestations mécaniques, ou relations de l’espace ; et au contraire, du côté du mécanisme, inorganique et- organique, on devait principalement manquer de vérité par rapport aux manifestations dynamiques, ou relations du temps.

Quoiqu’il en soit, c’est l’empirisme, la généralisation des faits, ou l’iutroductiou de l’universalité de l’absolu dans l’individualité du relatif, formant le caractère dominant des recherches philosophiques et des recherches physiques, ou généralement de la culture du savoir, c’est ce caractère intellectuel, disons-nous, qui

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a été le véritable guide pour arriver aux découvertes nombreuses, philosophiques et physiques, qui ont été faites dans cette quatrième période de l’humanité. Et, il ne faut pas perdre de vue que c’est à cette 'tendance empirique dominante, et non aux diverses aberrations ou systèmes philosophiques et physiques, que nous venons de signaler, qu’il faut attribuer essentiellement toutes ces découvertes. Car, comme nous l’avons déjà remarqué plus haut pour les systèmes philosophiques, toutes ces aberrations ne sont que des allusions aux ' véritables degrés de la certitude humaine, qui se trouvent depuis la certitude relative jusqu’à la certitude absolue. L’empirisme seul, qui sert de base à ces modifications ou aberrations, rentre dans cette véritable échelle de la certitude humaine ; et cela parce que, dans son origine même, comme garantie requise pour nos recherches intellectuelles, cet empirisme, portant principalement sur la certitude, s’est trouvé formé par les premières et véritables manifestations de la vérité, consistant dans la tendance de la certitude relative vers la certitude absolue, qui en est la nature ou l’essence. C’est là la cause pour laquelle toutes les véritables découvertes, philosophiques et physiques, faites dans cette période, doivent lui être attribuées exclusivement. C’est aussi là le principe de la qualité de vérité qui est contenue dans ces découvertes, et que nous examinerons ci-après pour signaler le terme auquel doit aboutir cette quatrième période historique.

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Nous nous bornerons ici, pour laisser prévoir la vraie tendance de cette période, à provenir que, dans les spéculations philosophiques, elle aboutira nécessairement à un scepticisme décourageant, qui privera de réalité jusqu’à la vérité et à la certitude, et par conséquent que, dans les recherches scientifiques, elle finira par s’attacher aux simples faits isolés, n'osant, par défaut de certitude, ni les subordonner à des lois, ni même les coordonner en espèces. — Ce qui, jusqu’à présent, a retardé notre marche vers ce terme nécessaire du caractère intellectuel dans la période dont il s’agit, sont précisément ses différentes modifications et aberrations que nous venons de signaler, et qui, ouvrant Successivement des vues nouvelles, promettaient continuellemenfà l’esprit une activité supérieure; de sorte qu’étant occupé par ces illusions, on ne pouvait encore s’apercevoir du manque de réalité dans la marche, philosophique et scientifique, que l’on suivait en vertu de l’empirisme. Aujourd’hui que le jeu de ces illusions est achevé dans toutes ses parties, le progrès vers le terme fatal de cette quatrième période, est rapide, et nous verrons à la fin de cette période qu’on a réellement déjà touché à ce terme nécessaire.

Et en effet,- la certitude purement relative à notre

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existence, qui se trouve attachée aux véritables connaissances acquises dans cette quatrième période, les prive d’abord de toute liaison propre et universelle, parce que, vu cette base de leur certitude, ces connaissances n’ont d’autre unité que celle de notre réalité individuelle, sur laquelle elles reposent; et ensuite, ce qui est l’essentiel, cette certitude purement relative, précisément à cause qu'elle n’est que relative, n’a proprement aucune réalité, parce que la réalité de notre existence actuelle, sur laquelle se fonde cette certitude, ne saurait être établie que par cette certitude relative elle-même, ce qui fait qu’à proprement parler elle n’est point fondée, et par conséquent, qu’elle n’a aucune réalité. De là vient l’effrayant scepticisme auquel, suivant ce dont nous venons de prévenir, doivent aboutir les connaissances relatives ou les connaissances des faits, que l’humanité a acquises dans cette quatrième période de son développement. Mais, sans nous occuper encore ici de l’état futur ou des résultats intellectuels de ces connaissances relatives, nous pouvons déjà, d’après ce que nous venons de voir de leur manque de toute unité propre et même de toute çéalité, reconnaître que ces nombreuses connaissances, formant le triomphe de cette quatrième période où elles ont été exploitées, constituent, dans leur ensemble, un état intellectuel très-précairé, et surtout entièrement défectueux, et par conséquent, insuffisant pour satisfaire à la sublime tendance de notre raison.

Passons maintenant, dans la même période, au développement secondaire des trois autres buts de l’humanité, sous l’influence du but dominant de la culture du savoir, dont nous venons de reconnaître les progrès.

DÉVELOFPEUENT DU BIEN-ÊTRE PHYSIQUE OU CORPOREL SOUS LA DOMINATION DU BIEN-ÊTRE HÏPERPHYSIQÜE. — PROGRÈS DE l’industrie. — SCIENCES ÉCO.NOMIQUES. — COMMERCE. — VOYAGES DE DÉCOUVERTES.

, On conçoit facilement que, par l’influence dominante du savoir, le caractère propre dont a dû se revêtir le bien-être corporel dans la quatrième période consiste dans le choix des plus grandes convenances physiques ; c’est-à-dire que toutes les parties constituantes du bien-être physique se trouvent exploitées, suivant leur plus ou moins grande convenance relativement à ce bien-être pris en général et surtout relativement aux considérations intellectuelles dominantes dans cette période. En effet, le développement du bien-être corporel ne se trouve nullement contraire à la culture du savoir qui domine actuellement, pourvu qu’il ne porte aucune atteinte aux forces intellectuelles requises pour cette culture, et aux bienséances atta-

chées au but sérieux de la certitude qui en est l’objet ; de sorte que, loin d’être réprimé dans son développement par la culture du savoir, le bien-être physique se trouve au contraire avancé par l’application du savoir, sous les conditions que nous venons de reconnaître. Et, c’est précisément cette application du savoir au développement du bien-être physique qui lui donne le caractère propre signalé plus haut, comme consistant dans le choix des plus grandes convenances physiques. Ce caractère propre et particulier du bien-être dont il s’agit, vu sa pure relativité, qu’il reçoit par l’influence d’un savoir encore relatif, n’est rien auti e que l'utilité physique ; et c’est en cela qu’il se distingue de l’oi ientalisme, de l’utilité politique et de la paresse religieuse qui sont les caractères particuliers dont le môme bienêtre s’est revêtu successivement dans les trois périodes précédentes. Enfin, après son entier développement dans la quatrième période, cette utilité physique, formant ici le caractère propre du bien-être, se manifesta jusque dans le mécanisme qui s’y trouve impliqué ; et elle reçut, pour les parties constituantes de ce mécanisme, le nom de commodités de la vie [conveniencies of life).

Quant aux moyens' pour réaliser cette modification nouvelle du bien-être physique ou corporel, ils ont été naturellement plus nombreux et mieux dirigés dans cette période, à cause de l’usage supérieur du savoir qui présidait à leur emploi. Ainsi, toutes les branches

de l’industrie, depuis l’exploitation des produits jusqu’aux ramifications du commerce, ont reçu des améliorations considérables et surtout des développements nouveaux, tant par les travaux immédiats de la classe utile de la société, occupée de la production du bien-être physique, que par les recherches scientifiques, appliquées spécicilement au développement des diverses branches de ce bien-être. Les arts mécaniques, les arts chimiques surtout, les arts organiques ( l’agriculture et l’éducation des animaux), les arts libéraux (l’architecture utile, la mesure du temps, la chirurgie purement opératoire, etc. ) qui corporifient pour ainsi dire le savoir, et même les arts pragmatiques qui emploient la volonté humaine (le service et le commerce), ont fait des progrès incomparablement supérieurs à ceux que l’on a faits dans les périodes précédentes, surtout ayant égard à la courte durée de la période actuelle. — Mais ce qui caractérise essentiellement le développement des moyens du bien-être physique dans cette quatrième période, c’est I’influence économique à laquelle nous devons principalement l’état de prospérité supérieure dans l’obtention de ce but particulier de l’humanité.

Cette influence économique consiste dans un concours systématique de toutes les forces industrielles de

la société, destinées au développement des moyens du bien-être physique ; et ce concours systématique ne pouvait s’établir avec une efficacité générale, avant cette dernière période, où les éléments néces- Scdres à son établissement se sont trouvés enfin donnés. Parmi ces éléments que les progrès de l’humanité pouvaient seuls amener , les deux principaux sont l’accumulation des fonds industriels et la garantie de la propriété. L’accumulation des fonds, comme élément positif, servait de base à l’établissement de l’influence économique dont il s’agit ; et la garantie de la propriété, comme élément négatif, servait à ôter les obstacles qui pouvaient s’opposer au développement de cette influence. Mais, pour nous restreindre à notre sujet présent, nous ne considérons ici que l’élément positif, l’accumulation des fonds, qui d’ailleurs est la cause principale de l’établissement de cette influence économique.

L’accumulation des fonds, opérée successivement et surtout vers la fin de la période précédente, donna lieu à une division plus générale du travail, c’est-àdire, à une séparation des moindres occupations industrielles. En effet, cette accumulation des fonds présentait les moyens de pourvoir aux besoins des hommes occupés à ces branches séparées de l’industrie, avant le retour du fruit de leur travail, et surtout, elle fournissait les matériaux et les instruments nécessaires à ces travaux séparés. Or, cette division

générale du travail, par là facilité de l’application du savoir et du développement des forces individuelles, amena une productivité industrielle bien supérieure à celle des trois périodes précédentes ; et c’est là la vraie cause de la haute prospérité où nous nous trouvons actuellement par rapport au but particulier de l’humanité, consistant dans son bien-être phj^sique ou corporel.

De plus, cette division générale du travail, tant parmi les habitants des États que parmi ces États euxmêmes, nécessita naturellement une extension proportionnée du commerce, intérieur et extérieur, destinée précisément à recueillir ces produits séparés de l’industrie de la société, et à les répartir parmi leurs consommateurs. Aussi, cet effet naturel de la division du travail a-t-il eu lieu réellement, et d’une manière toujours croissante, durant cette quatrième période ; de sorte que, vu la nécessité de sa cause, qui ne saurait être que la division même du travail, on peut, par le développement du commerce, inférer et constater le degré de cette division , du travail, et l’on pourrait même en déduire jusqu’à la quantité d’accumulation des fonds industriels requis pour cette division du travail. Quant à l’extension toujours croissante du commerce, on peut en juger également, d’une manière indirecte, par l’établissement de branches commerciales supérieures destinées, pour ainsi dire, à faire le commerce du commerce. Ce sont les banques dont

nous voulons parler, et qui, en effet, servant uniquement à assurer et à faciliter les opérations de commerce, se sont multipliées et développées d’une manière croissante. Ainsi, les banques d’Italie, et nommément celles de Venise et de Gênes, ne furent destinées d’abord qu’à la conservation de l’unité monétaire [lira di banco ) . Ensuite, les banques d’Amsterdam et de Hambourg étendirent leurs institutions par la circulation des fonds commerciaux, en opérant les paiements par un simple transfert des inscriptions. La banque de Londres et récemment celle de France joignirent à tous ces avantages l’accélération du retour des fonds par l’escompte, en participant aux risques du commerce et en cherchant ainsi indirectement, par leur masse, à égaler ces risques. Des compagnies d’assurances se multiplièrent de plus en plus, pour opérer directement cette répartition égale des risques du commerce. En outre, de nombreuses banques privées et assurances particulières se développèrent .graduellement, pour suppléer aux mêmes institutions publiques et générales, et pour contribuer ainsi à répandre ces avantages commerciaux supérieurs. Enfin, les banques d’Écosse, ce dernier terme de l’économie sociale, où l’on rehausse la productivité industrielle par le seul usage du savoir, cherchèrent à remplacer la presque totalité du numéraire par le seul crédit, et à faire ainsi refluer, dans la masse des fonds industriels, cette partie précieuse qu’absorbait lemonnoyage.

' Ce dernier terme de l’économie sociale, qu’on peut regarder comme la branche transcendante de l’industrie, parce que, sans l’usage d’aucune force matérielle, elle sert à augmenter le bien-être purement physique, ce dernier terme, disons-nous, est la preuve de l’entier développement du commerce et, par contre-coup, de toute l’industrie humaine. Il ne reste plus qu’à perfectionner les différentes branches de cette industrie ; perfectionnement qui augmentera sans doute la productivité industrielle, mais qui ne saurait plus en étendre les bornes. Aussi, l’humanité est-elle déjà parvenue, à cet égard, au degré où elle commence à sentir une vocation autre que celle de la satisfaction de ses besoins physiques, comme nous le verrons mieux dans la suite.

.Mais,. Ce grand développement du commerce , qui n’était évidemment que l’effet de la division générale • du travail , vraie cause de la prospérité physique des N nations, fut considéré, par un manque naturel de réflexion, comme étant la cause même de cette prospérité. Et alors, les gouvernements crurent de leur devoir de faire fleurir le commerce dans leurs États, audessus de toutes les autres breuiches de l’industrie, en accordant à son exercice des privilèges, des libertés et même des primes, au détriment des autres branches industrielles. Cette considération politique fut même soumise à une forme scientifique ; et elle donna ainsi lieu au fameux système mercantile d’économie poli-

tique, qui a servi de règle à la conduite des affaires économiques dans cette dernière période, et qui, à quelques légères modifications près, se soutient encore aujourd’hui chez presque tous les gouvernements. Ni les réflexions libérales de Quesnay et des autres physiocrates, ni même les vérités découvertes par Adam Smith, ni enfin les recherches métapolitiques et supérieures de nos jours, n’ont pu parvenir à changer entièrement cette ancienne et aveugle routine mèrcantile. — Au reste, cette prééminence accordée au commerce, aurait pu indirectement favoriser la vraie cause de la prospérité physique des peuples, c’est-à-dire, l'accumulation des fonds et la. division subséquente du travail, si elle se fût bornée à la seule et pure extension du commerce ; et réellement, en tant que cette prééminence a influé sur l’extension du commerce, elle a favorisé cette véritable cause de la prospérité des nations, que nous venons de nommer. Mais malheureusement, on s’avisa, dans le système mercantile, de fixer l’idée de la richesse nationale ; et, jugeant des États comme des particuliers, on crut voir cette richesse dans la somme du numéraire de chaque État. En conséquence, les mesures économiques furent dirigées vers l’augmentation de la masse du numéraire ; et l’établissement d’une balance favorable du commerce extérieur, devint la règle suprême des hommes d’^État (1).

(1) Les recherches sur cette balance du commerce, ont com-

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C’est là le vice essentiel du système mercantile, et, par conséquent, la source de tout ce qu’il a exercé de préjudiciable à la prospérité des nations ; car, comme on le sait aujourd’hui, ce n’est point dans la masse du numéraire, mais dans la somme des forces industrielles, que consiste leur richesse.

Quoi qu’il en soit de cette nuisible influence du système mercantile sur la prospérité croissante des nations, les moyens qu’on employait pour arriver à ses fins, servirent indirectement à l’extension du commerce, et, par là même, comme nous l’avons remarqué plus haut, à avancer le développement de la véritable cause de cette prospérité physique. Ainsi, vers le commencement de cette période historique, les Portugais, pour étendre le marché général , plutôt que par un prétendu esprit d’aventure, suivant les traces de Vasco de Gama et d’Alvarès Cabrai, s’établirent dans les Indes sous le grand Albuquerque; et les Espagnols, profitant des découvertes de Christophe Colomb et d’Améric Vespiice, et désirant s’emparer des richesses promises dans le Nouveau-Monde, devinrent, presqu’en même

mencé en Angleterre, sous Charles 11. L'écrit le plus remarquable est Discourses on trade, by Child, London, 1670.

temps, maîtres du Mexique sous le hardi et ft^roce Fernand Cortez, et du Pérou sous l’astucieux et barbare François Pizarre. Bientôt après, les travaux des Forbisber, Davis et Hudson, dirigés pour découvrir un nouveau passage vers la Chine, fixèrent les limites des établissements des Anglais dans le nord de l’Amérique. Depuis, toutes les nations maritimes de l’Europe cherchèrent à participer aux avantages mercantiles que présentaient ces établissements de colonies, par le monopole de leurs mères-patries. Ce système de colonisation devint ainsi général ; et, de nos jours, on en 'développe, dans une longue perspective, les avantages h venir; par exemple, les possessions de la Nouvelle-Hollande et des îles Sandwich paraissent être, pour les Anglais, des pierres d’attente pour un grand système futur du commerce du grand Océan.

Mais, pour signaler directement l’influence qu’ont eu sur la prospérité de l’Europe le savoir relatif dominant dans cette quatrième période et le système mercantile engendré parce savoir, il faut rappeler l’établissement et l’extension des deux fameuses compagnies des Indes, en Hollande et en Angleterre, qui, jouissant ■de droits presque souverains,, prouvent avec clarté de quelle haute importance était le développement du bien-être physique dans cette dernière période. 11 faut y joindre les privilèges immenses accordés aux autres compagnies commerciales qui se sont multipliées sans fin dans presque toutes les parties de l’Europe. 11 ne

faut pas oublier non plus les efforts de Colbert qui, méconnaissant les avantages physiques de son pays, aurait voulu soumettre toute l’industrie de la France à un régime essentiellement mercantile. — En un mot, tout fut sacrifié au commerce ; et, par une heureuse finalité plutôt que par la prudence, ces sacrifices, du moins à certains égards, devinrent indirectement avantageux à la prospérité physique de l’Europe, en réagissant sur la véritable cause de cette prospérité. Mais, en même temps, ce zèle mercantile, dont on voudrait faire le triomphe de cette quatrième période, décèle déjà clairement le terme peu honorable où doit conduire la culture purement relative du savoir qui domine dans cette période.

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