CHAPITRE V
DÉVELOPPEMENT DE LA SÛRETÉ PUBLIQUE SOUS LA DOMINATION DD BIEN-ÊTRE HTPEBPHYSIQUE. — ÉQUILIBRE POLITIQUE. — FORCES PRINCIPALES DES Dn^ERS ÉTATS DE L’ÉDROPE. — EXPUCATION DES FAITS HISTORIQUES.
Voyons maintenant quel fut, sous la domination du savoir purement relatif, le développement de la sûreté publique qui forme également un des buts de l’humanité. — Pour en fixer d’abord le caractère, il faut remarquer que le savoir relatif, dominant dans cette quatrième période, se fonde entièrement sur notre existence, qui est la base de l’expérience et qui, par là même, est la plus haute réalité qu’on ait pu concevoir dans cette période. On comprendra alors facilement que, de cette manière, le terme auquel devait viser toute la sûreté publique et même toute la justice, était manifestement notre existence, cette réalité la plus
haute que l’oa ait pu concevoir; c’est-à-dire que toutes les relations politiques, intérieures et extérieures, devaient se rapporter, dans cette dernière période, à la seule garantie mécanique de notre existence, sans aucune considération morale quelconque.
C’est cette garantie mécanique de notre existence qu’on nomme intérêt politique, sans en bien connaître encore les vrais principes constituants ; et c’est cet intérêt politique qui, plus ou moins clairement, est ainsi le caractère distinctif de la sûreté publique et même de la justice dans cette quatrième période de l’humanité. '
Ce caractère politique particulier diffère essentiellement de ceux .dont la sûreté publique s’est revêtue successivement dans les trois périodes précédentes : en effet, dans la première période, le sultanisme ne s’élève pas encore à la considération des droits humains, du moins des droits publics, ou plutôt il renonce volontairement à. ses droits en faveur du bien-être physique ; dans la seconde période, la justice, comme force supérieure à l’existence humaine, devient le caractère de la sûreté publique ; dans la troisième période, la religion rattache la justice à l’existence éternelle, et donne ainsi à la sûreté publique un caractère supérieur ; enfin, dans cette quatrième période, notre existence prend la place de la plus haute réalité concevable, et la garantie mécanique de cette existence, sans aucune considération supéî’ieure, devient, sous le
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nom d’intérêt politique, le caractère distinctif de la sûreté publique.
Connaissant ainsi ce caractère distinctif de la sûreté publique dont il s’agit de suivre le développement dans cette dernière période, il nous sera facile de fixer à priori développement, et d’attacher une signification aux événements politiques qui, suivant ce caractère, sont arrivés effectivement durant cette période.
D’abord, la sûreté extérieure des États ou leur indépendance ne pouvant être opérée par l'influence de forces* supérieures, telles que furent la justice dans la 'deuxième période et la religion dans la troisième, il fallut, suivant le caractère de cotte quatrième période, consistant dans le seul intérêt politique, recourir à une garantie purement mécanique de cette sûreté extérieure ou de l’indépendance des États. C’est cette garantie , mécanique de l’indépendance’ des États qui constitue ce que l’on nomme équilibre politique, et qui, effectivement, a été la seule sauve-garde de la sûreté extérieure des États pendant cette dernière période. Tous . les efforts de la diplomatie moderne ont 'été dirigés vers cet unique moyen do salut pour l’indépendance des États ; et, vu la complication infinie des intérêts et des forces qui entrent dans ce moyen mécanique, ces efforts diplomatiques de l’Europe actuelle prirent une extension et une importance qui paraissent ridicules lorsqu’on ne pense pas que, dans l’état purement .relatif où s’est placée l’bumanité dans la quatrième
période, cette multiplication de la diplomatie était une suite nécessaire du grossier mécanisme de la politique extérieure.
Ce fut précisément cette complication des intérêts politiques, qui, déjà vers l’origine du dix-septième siècle , motiva les recherches philosophiques sur le Droit des Gens, commencées par Grotius et continuées jusqu’à nos jours, comme nous l'avons vu plus haut en parcourant la culture du savoir dans cette période. Mais malheureusement, ces droits des nations, fondés pour la plupart sur la réalisation de la volonté libre dans les traités, et non sur la justice absolue, n’eurent aucune stabilité : ils changeaient continuellement avec les traités sur lesquels ils se trouvaient fondés. De là ces vicissitudes politiques continuelles qui, plus que toute autre chose, prouvent, dans un état de civilisation si avancée, l’absence de toute règle absolue pour la conduite des affaires extérieures des États. A proprement parler, les droits des États et les moyens pour les garantir, se trouvaient indistinctement réalisés dans le mécanisme de l’équilibre politique, dont la balance favorable donnait, tout à la fois, et ces droits et ces moyens de les garantir. Tout n’était ainsi qu’un pur calcul, tant l’acquisition des droits que leur conservation ; et les efforts des États se réduisaient naturellement à faire pencher, en leur faveur, la balance mobile de l’équilibre politique général. La seule chose qu’il y eût de stable au milieu de ces vicissitudes.
c’était la tendance vers la garantie de l’existence des États, de cette réalité la plus haute que l’on eût pu concevoir ; et c’était précisément cette tendance qui engendrait les efforts des États pour se rendre favorable ce mécanisme de leur équilibre politique.
On conçoit que ces efforts continus durent déranger perpétuellement ce précaire équilibre, ou plutôt qu’ils durent empêcher constamment l’établissement de cette égalité dans la réaction des États ; de sorte que, durant cette période, il dut n’y avoir proprement qu’une fluctuation continuelle dans cette réaction politique. Cette fluctuation devait être d’autant plus prononcée que les intérêts respectifs des États se trouvaient plus importants et plus opposés. On conçoit 'même que, connaissant ces divers intérêts des États, on peut fixer à priori les différentes directions de cette fluctuation mécanique dans la réaction politique dont il s’agit.
Pour cela, observons que le but dominant dans cette période, était la culture du savoir ou la tendance vers la vérité, sous le point de vue relatif auquel seul on a pu porter la certitude dans cette dernière période; et nous en déduirons facilement les intérêts principaux qui ont dû successivement partager les États durant ce temps de la domination de la vérité relative. En effet, deux intérêts fondamentaux et bien opposés, se présentent d’abord, savoir, le zèle pour la vérité en général, et le résultat de l’indifférence pour la vérité ; car, ce zèle est déjà une spontanéité qu’il faut ac-
quérir, et que toutes les nations pourront ne pas acquérir. Ensuite, ce zèle pour la vérité peut se porter ou sur l’anticipation de la vérité absolue, par le moyen de la croyance, ou sur l’obtention actuelle de la vérité relative, par le moyen de la certitude. Ce sont là évidemment les trois forces principales qui, dans leurs développements, concourront, par leur réaction, à l’équilibre politique durant cette quatrième période.
Mais, avant de poursuivre ces développements, signalons les États de l’Europe qui se sont partagé ces trois forces principales. — Le zèle pour la vérité absolue, moyennant la croyance, était lé partage de la Maison d’Autriche et des États catholiques. Le zèle pour la vérité relative, moyennant la certitude, était le partage naturel des princes protestants et généralement des États de la nouvelle religion. Enfin, l’indilîérence pour la vérité était, par une espèce de finalité, le partage de la France. — Nous disons par une espèce de finalité, car cette indifférence pour la vérité, servant à tempérer la lutte entre le zèle pour la croyance et celui pour la certitude, a concouru, d’une manière indirecte, au développement ultérieur et définitif de l’humanité. Mais, quelle force pouvait être attachée à cette indifférence pour la vérité? Natu-
rellement, la force même que la France avait acquise dans la période précédente, c'est-à-dire, la tendance vers la sûreté publique, réexcitée dans la chevalerie par les guerres des Arabes, comme cela arriva dans la troisième période, où la France, par ses glorieux exploits, depuis Charles Martel jusqu’aux Croisades, a contribué puissamment .au salut de la chrétienté, et par conséquent au développement de l’humanité.
Toutefois, cette force politique de la France n’avait plus son ancienne intensité, parce que, précisément par l’indifférence dominante pour la vérité, elle avait perdu son élément principal, la religion. Ainsi, dans cette quatrième période de l’humanité, la France rétrograda tout à coup jusque dans la seconde période, où dominait cette même tendance vers la sûreté publique; avec la seule différence que, dans la seconde période, cette force dominante était précurseur de la religion, et, que, dans la France, elle n’était plus qu’un débris de la religion. C’est aussi de cette différence que vient celle de l’intensité de ces forces politiques respectives, dans la seconde période, chez les Grecs et les Romains, et en France, sous Louis XIV.
Connaissant ainsi ces trois forces principales auxquelles se sont rattachés tous les intérêts de l’Europe, il nous sera facile de fixer le développement de ces forces et leur concours à l’équilibre politique.
D’abord, le zèle pour la croyance, partage de la maison d’Autriche» devait,' à l’origine de cette qua-
trième période, avoir une force prépondérante, parce que la croyance ou la religion avait dominé dans la période précédente. Le zèle pour la certitude, partage des princes protestants, n’aurait donc pu lutter immé- * diatement avec succès contre la puissante maison d’Autriche, sans le concours de l’indifférence pour la vérité, partage de la France, qui, par sa tendance naturelle vers la domination, rivalisait avec la force attachée au zèle pour la croyance, et cherchait ainsi à l’affaiblir. Cela arriva effectivement. — Le mariage de ' Philippe d’Autriche avec Jeanne d’Espagne, précédé par celui de. Maximilien avec l’héritière des Pays-Bas (et de la Bourgogne), et suivi par celui de Ferdinand avec l’héritière dè Bohême et de Hongrie, donnèrent à la maison d’Autriche, vers le commencement de cette quatrième période, une prépondérance politique qui, d’une part, excitait la rivalité de la France, et, de l’autre, devenait un obstacle au développement du zèle pour la certitude, qui devait dominer dans cette période. La primauté en Italie fut le premier objet de cette rivalité de la France ; et l’occupation du Milanais par François 1" fut le signal des succès de Charles V, constatés par les traités de Madrid et de Cambrai. Alors, commence à agir la cause secrète de la politique française: indifférente aux intérêts de la religion, cette politique cherche déjà à gagner les protestants ( sans parler ici de Henri VIII) contre Charles V, et, ce qui fut alors scandaleux, elle s’allie avec la Porte pour
favoriser ses nouveaux projets, conçus par Soliman II, ' contre la chrétienté et même contre la sûreté de l’Europe ; tandis que Charles V, pour s’opposer à ces vues funestes, donne l’ile de Malte aux vaillants Chevaliers qui venaient de perdre l’île de Rhodes, la clef de la Mediterranée, et que lui-même combat deux fois en Afrique ces pirates et ces infidèles. Mais, François I" gagne ainsi le Piémont et la Savoie par l’armistice de Nice, et ensuite la renonciation à la Bourgogne, par la paix de Crespy. — Cette influence de la politique de François I", en retenant Charles V loin des affaires intérieures et propres de l’empire, contribua déjà beaucoup , surtout par les dangers croissants de la part de la Turquie, au développement de la Réformation ou de la tendance vers la certitude, qui, depuis l’édit de Worms, devint effectivement une affaire d’État. La guerre dite des Paysans et peutêtre la sécularisation de la Prusse, jointes à la position politique de l’Empereur, mais surtout le zèle manifeste des adhérents de Luther, amenèrent d’abord l’alliance de Dessau et la contre-alliance de Torgau, et ensuite, après \d: protestation de Spire et la confession d’Augsbourg, l’union definitive de Schmalkalden et la ligue sainte de Nuremberg. Ainsi commence déjà l’existence politique des protestants ou de cette tendance vers la certitude qui, opposée à la croyance dominante dans la période précédente, devint, comme nous le savons, le partage de la période actuelle. Mais, cette exis-
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tence fut encore précaire ; et, dès que Charles V fut délivré par la paix de Crespy de l’influence de la France, et que le Concile de Trente ne laissa plus de prétexte aux prorogations des protestants, la bataille de Muhlberg et l’événement de Halle privèrent ces derniers de leurs chefs, et leur union ostensible fut dissoute. Ce fut le moment, durant le fameux Intérim, de signaler la force secrète de cette haute tendance qui venait d’être comprimée, ainsi que d’utiliser la politique indifférente de la France ; et la rupture de Maurice, secondée par l’alliance avec Henri II, montra ce signal et cette utilité. L’empereur fut forcé de signer le traité de Passau, formant les préliminaires de la paix de religion, conclue définitivement à la diète d’Augsbourg ; et la France eut pour indemnité de son secours, Metz, Toul, Verdun, et quelques places du Piémont. Alors, la tendance vers la certitude, cet apanage de la nouvelle religion, fut établie définitivement; et, du moins dans son principe, elle commença à dominer durant cette période.
Pour en fixer les développements, il faut, avant tout, distingner les deux branches de la nouvelle religion, les évangéliques (Luthériens) et les réformés (Zwin-
gliens ou Calvinistes), et reconnaître leurs caractères respectifs, desquels dérivent proprement ces développements politiques dans la dernière période. — Ces caractères distinctifs se manifestèrent, dès l’origine de la Réformation (vers 1 525), par la dispute sur la sainte cène, et, mieux ensuite, par l’usage des signes représentatifs, produits de l’imagination-: on y reconnaît, en effet, une tendance, vers la certitude abstraite ou purement intellectuelle chez les réformés, et une tendance vers la certitude concrète ou sensible chez les évangéliques. Cette différence dans leurs caractères, doit fonder naturellement une différence correspondante dans les développements respectifs de ces deux branches de la nouvelle religion, dont la tendance commune vers la certitude domine dans cette période. Les réformés ou calvinistes, séparant mieux la région des sehs de celle de l’intellect, s’adonneront à l’exploitation de la première sans y établir aucune dépendance de la dernière ; c’est-à-dire que, dans la région des sens, ils poursuivront l’obtention des buts terrestres de la sûreté, et du bien-être physique, sans y faire aucunement participer la religion appartenant à la région de l’intellect. Les évangéliques ou luthériens, au contraire, confondant ces deux régions, s’adonneront à leur exploitation commune ou réciproque ; c’est-àdire qu’ils poursuivront l’obtention de tous les buts de l’humanité, dans leurs relations sensibles et intellectuelles. 11 ea résultera, pour les réformés, une con-
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sidération en quelque sorte absolue de la svireté ou de la liberté, et du bien-être physique ; et, pour les évan- ' géliques, une considération pareille de la réaction physique et morale, comme constituant l’univers. Mais, l’une et l’autre de ces certitudes purement relatives, devant être fondées exclusivement sur l’expérience, et par conséquent sur notre existence, finiront, à la longue, par rattacher tout à cette existence, et par ne reconnaître aucune autre réalité placée hors de la sphère de cette activité ; avec cette seule différence que les évangéliques, suivant toujours la même tendance, arriveront à ce terme plutôt que les réformés, qui, avant de songer à cette réunion des régions sensibles . et intellectuelles dans leur réaction avec notre existence, poursuivent d’abord l’obtention isolée des buts terrestres ou de la région des sens, c’est-à-dire, de la sûreté ou de la liberté, et du bien-être physique. Cette considération finale à laquelle doivent aboutir les deux branches de la nouvelle religion, et par conséquent toute cette quatrième période, deviendra, par un étrange mécanisme de la certitude , une apparence de la FORCE d’esprit [Freygeister, Freethinker, Espritsforts, etc. et, par là même, le motif puissant des derniers événements politiques de cette période.
Tel sera donc le développement général de la tendance vers la certitude ou vers la suprématie de la vérité, dominant dans la période actuelle. Et, en y joignant la considération de l’opposition décroissante du
zèle pour la croyance, et de l’influence excentrique provenant de l’indifférence pour la vérité, nous pourrons fixer avec facilité, les développements particuliers et successifs de la tendance dominante, et par conséquent des événements de la politique extérieure dont il est question. Les voici :
Vers le temps de la paix de religion, conclue à Augsbourg, la nouvelle religion s’était déjà étendue considérablement en Europe ; et ce fut dans cette extension qu’elle dut commencer alors à exercer son action, et à opérer ainsi son premier développement. — En Allemagne, les évangéliques, principalement après avoir obtenu la paix religieuse, ne durent encore que se préparer aux événements futurs, en faisant quelques premiers pas vers leur terme éloigné. — Dans les Pays- Bas, les nouveaux religionnaires, surtout les réformés, ayant à vaincre la résistance opposée par le zèle pour la croyance , durent travailler immédiatement à leur premier développement , en cherchant à se procurer la liberté et , avec elle, le bien-être physique. — En France, ces mêmes réformés , sous le nom de Huguenots, se trouvant au milieu d’une tendance générale vers la domination provenant ici de l’indifférence pour la vérité, durent devenir les instruments d’un parti, le conduire au trône, et acquérir ainsi quelques privilèges. — En Angleterre, la nouvelle religion , fondée sur les principes de la Réformation, contenait des éléments évangéliques et réformés; et, vu ce mélange.
la nation dut prendre un caractère moyen entre celui des luthériens et celui des calvinistes. 11 s’ensuit que la tendance politique générale en Angleterre, qu’il importe ici de fixer d’avance , dut prendre une direction moyenne entre les buts terrestres attachés à la région des sens, comme chez les réformés, et entre les buts de l’humanité considérés dans leur réaction physique et morale , comme chez les évangéliques ; c’est-à-dire que, s’attachant à notre existence, sur laquelle se fonde la certitude qui dominait dans cette période , la tendance politique de l’Angleterre dut prendre, pour terme, la conservation générale de l’existence contre les attentats de la liberté et contre les attaques de la nature, ou la sûreté et le bien-être physique, considérés comme moyen de cette réalité relative à notre existence qui domine dans la quatrième période. Ce caractère moyen de l’Angleterre dut se développer durant foute cette période, en se rapprochant alternative ment, suivant les circonstances, delà tendance des réformés ou de celle des évangéliques ; et c’est là la vraie signification de la marche politique de ce pays. Mais, pour en revenir à son premier développement après la paix de religion, on conçoit que, dans' cette origine. Intendance propre de l’Angleterre dut, par son opposition à celle de Incroyance, contribuer aux succès des protestants dans la Hollande, formant les premiers effets de la Réformation , et se préparer ainsi un champ à sa propre extension.
Tout arriva effectivement comme nous venons d’en reconnaître la nécessité. — Ferdinand I", qui reçut la couronne de l’Empire après ^abdication de Charles V , conserva la paix en Allemagne, par la considération des efforts inutiles de son prédécesseur. Mais, Philippe II, roi d’Espagne, n’eut pas encore la même considération; Il se proposa de réprimer l’hérésie dans ses États; et, lors de la paix de Cateau-Cambrésis, il fit même un accord secret avec la France, sous l’influence des Guises et de Granvelle, pour cette répression religieuse, précisément au moment où les protestants des Pays-Bas , la plupart de la branche des réformés, commençaient à sentir l’importance de leurs droits politiques et dé leurs richesses, c’ëst-à-dire, de la liberté et du bien-être physique, formant le premier développement de la tendance des réformés. Le compromis signé à Bruxelles, en fut le signal; et depuis, ni la terreur d’Albe, ni les succès de Requesens, ni les ruses de Don Juan, ne purent prévenir l’union définitive d’Utrecht , base de la nouvelle république. La défaite des provinces belgiques sous le duc de Parme, ne servit qu’à mieux concentrer l’union des provinces bataves ; et l’assassinat, de Guillaume d’Orange, donnant lieu à l’élection libre de Maurice, amena, par le concours de Barneveld, la vraie forme de cette république. Enfin, la clôture du port de Lisbonne., ordonnée par Philippe 11, ce nouveau maître du Portugal, dirigea les Hollandais
aux Indes, où, par la conquête facile des possessions portugaises, ils trouvèrent les sources de leur prospérité mercantile.
En France, l’esprit de la domination, suite de l’indifférence régnante pour la vérité (Voyez les Mémoires de Brantôme), s’était développé généralement sous les derniers Valois , et produisit la rivalité entre les Bourbons et les grandes familles de la Cour , surtout les Guise. Cette rivalité fut le véritable principe des troubles civils ; mais , l’extension en France des réformés ou huguenots présentant une force supérieure, la parti légitime des Bourbons utilisa cette force ; et alors, surtout par l’influence de Catherine de Médicis, le parti opposé devint protecteur armé de la foi. Ainsi naquirent les huit guerres successives, l’exécrable Saint-Barthélémy, la Ligue, l’Édit de Nemours, et' toutes les horreurs terminées, du moins dans leurs principes, par les succès de Henri IV. Ce prince, parvenu au trône de France, en reprit la politique; et, ayant pour cela changé de religion, et espérant cependant s’allier avec la Hollande et l’Angleterre, il recommença la guerre avec l’Espagne, terminée à son avantageparlapaLx de Vervins. Ensuite, toujours dans l’esprit de la politique dominatrice de la France, Henri IV voulut exécuter l’idée bizarre de Sully, ou la sienne si l’on veut, de la grande république européenne, idée placée entièrement hors de la sphère de l’activité supérieure de l’Europe et du développement del’hu-
raanité. Quant aux huguenots, l’Édit de Nantes, soutenu peut-être par leur attitude armée, fut en France le fruit précaire de leurs efforts faisant partie de ce développement actuel de l’humanité.
En Angleterre, la haute Église, établie depuis le règne d’Élisabeth, et formée successivement par l’influence du protestantisme, avec la réservation de la hiérarchie épiscopale, servit surtout, par la suprématie hiérarchique attachée au trône, à développer le caractère politique, en fixant avec clarté l’idée de I’identité