DES INTÉRÊTS DE DAMNATION ET DU GOUVERNEMENT
formant ce caractère. Cette idée, principe secret des libertés anglaises, donne, à ces mêmes libertés, une garantie dans l’autorité du gouvernement, et prévient ainsi la dissolution de l’État, comme nous le verrons dans la suite. Mais, pour ne parler ici que des relations extérieures, cette même idée, âme de la politique anglaise, donna à cet État la force morale qu’il a déployée dans cette quatrième période. Ainsi, durant l’intervalle de l’établissement de la Hollande, devenant protectrice naturelle du protestantisme, l’Angleterre fut la rivale naturelle de l’Espagne, qui, comme nous l’avons vu plus haut, s’était alors chargée presque exclusivement de la défense du catholicisme. Cette rivalité, jointe à une tendance mercantile déjà anticipée, fut d’abord utile à l’établissement de la république batave, et ensuite, par la destruction de la grande Armada, ouvrit les mers au développement mercantile
de cette république et à l’extension future de la puissance maritime de l’Angleterre.
Ainsi, dans l’intervalle qui suivit la paix de religion d’Augsbourg, s’opéra eu Europe le premier développement politique du protestantisme ou de la tendance vers la certitude, dominant dans cette période ; et ce développement fut la liberté absolue des provinces bataves, la fi-xation de la liberté conditionnelle ou relative de la ürande-Bretagne, le système mercantile de la Hollande, et la perspective maritime de l’Angleterre. IS'ous ne parlons ici ni des libertés des Suisses consolidées dans le même intervalle, ni des droits encore précaires des huguenots acquis dans ce temps ; mais, nous devons joindre, à ce premier développement politique du protestantisme, les forces nouvelles que, dans cet intervalle de paix, a acquises en .Allemagne et en Scandinavie cette tendance dominante vers la certitude, pour agir dans la longue lutte que nous allons voir commencer.
On conçoit, en effet, que ce développement libre du protestantisme en .Allemagne et dans le Nord, dut susciter des forces nouvelles, dirigées essentiellement contre le zèle pour la croyance. Réciproquement, ce zèle dut acquérir, par l’expérience et par une paix plus
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OU moins continue, des forces supérieures et propres à inspirer de grandes espérances. Knlin, rinditTérence pour la vérité, pouvant maintenant porter à l’extérieur ses vues de domination, dut chercher à profiter de cette tension des forces européennes. On prévoit même que la lutte qui doit eu résulter, sera longue et décisive : plusieurs guerres partielles se succéderont dans les mêmes desseins ; la puissance attachée au zèle pour la croyance, doit entin succomber ; le zèle pour la certitude, tendance dominante de cette période, deviendra triomphant ; mais, l’officieuse indifférence n’aura pas coopéré sans fruit à ce triomphe important, et, pour le moins, elle en obtiendra une prépondérance politique en Europe. — Tels furent effectivement lés motifs et les résultats de la guerre de trente ans.
Déjà sous Rodolphe II, se formèrent l’union protestante et la ligue catholique; et l’influence intéressée de Henri IV aurait fait commencer cette longue guerre, dès les différends sur les pays de Juliers, Elèves et Berg, si une mort préméditée ne l’eût fait différer. Ce fut sous Ferdinand II que commença proprement cette guerre fameuse, lorsque, dans la maison d’Autriche, une union plus intime fut rétablie entre la ligne Allemande et la ligne Espagnole, resserrées et dirigées secrètement par l’influence des Jésuites. L’insurrection des protestants, sous la conduite de l’électeur palatin, s’étendait de la Bohème, par la Hongrie, jusque dans la TransyLTinie; mais. la puissance actuelle de l’em-
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pereur, qui, outre l’Espagne, s’ôtait allié la Ligue sous la conduite de Maximilien de Bavière, comprima sa première explosion. L’électeur Frédéric V, élu roi de Bohême, fut proscrit et dépouillé de tous ses États ; la guerre fut portée dans le Nord de l’Allemagne, siège principal du protestantisme, contre le duc de Holstein, roi de Danemark, et les succès de Wallenslein, réprimant cette assistance étrangère, changèrent momentanément le sort du Mecklembourg; enfin, l’exécution révoltante de l’édit de restitution, insinué par les Jésuites, porta à son comble l’exaspération des protestants. Cette attitude de l’empereur fut le signal de l’activité excentrique de l’indifférentisme de la France, et de l’assistance libérale de la Suède. Richelieu, pro-fitant de cette tension de l’Espagne et de l’Autriche, regagna d’abord, par les traités de Monçon et de Chierasco, l’influence en Italie; chercha ensuite à séparer la ligue catholique de l’empereur; donna des subsides à la Suède ; et forma enfin une alliance avec la Hollande pour le partage des Pays-Bas Espagnols. Gustave- Adolphe, que Richelieu crut pouvoir faire servir d’instrument à ses projets, devint le héros de la grande cause européenne du protestantisme : la bataille de Leipzick, la mort de Tilly, la victoire de Lutzen, et peut-être la trahison de Wallenstein, auraient inévitablement amené la prépondérance politique définitive de cette tendance dominante dans la période actuelle. .Mais, la mort du héros arrêta ce cours : les succès
suivants furent balances par la défaite des Suédois à ÎS'ordlin'ren; et, malgré l’influence active de la France, les forces étant épuisées, il fallut, après de longs pourparlers, en venir à la paix, conclue à Munster et à Osnabrück, sous le nom de paix de Westpbalie.
Par cette paix, l’indépendance de la Hollande et de la Suisse fut définitivement arrêtée ; le nouveau droit public de l’empire, donnant la souveraineté plénière aux membres de cette confédération , fut fixé ; les intérêts de l’Allemagne furent attachés aux gouvernements territoriaux de préférence au gouvernement de l’Empire ; l’ancienne paix de religion, conclue à Augsbourg, fut confirmée et étendue expressément aux réformés ; enfin, les opinions religieuses nouvelles obtinrent tout leur développement, et le zèle pour la croyance fut abattu. Tels furent, pour le but dominant dans cette quatrième période, les avantages politiques de cette longue lutte accasionnée par le protestantisme ou la tendance vers la certitude; mais, ils furent achetés par des cessions considérables faites à la France et à la Suède, qui fondèrent des relations politiques nouvelles en Europe, comme nous le verrons bientôt. La France ne se contenta même pas de ces avantages : malgré les troubles de la Fronde, elle continua la guerre avec l’Espagne, profitant de l’insurrection du Portugal et de la Catalogne; le cardinal Mazarin s’allia même avec Cromwell, et obtint ainsi la prépondérance politique future dans le Sud-Ouest, fixée par la paix des Pyrénées.
Et la Suède, de son côté, profitant de sa grande influence, avait déjà acquis, par la paix de Bromsebrôe, une prépondérance pareille dans le Nord-Est de l’Europe.
Ainsi, à côté du triomphe du protestantisme, ou de la tendance vers la certitude qui dominait dans cette période, se développa en Europe une double prépondérance politique; celle de la France, fondée sur les traités de Munster et des Pyrénées, et celle de la Suède, fondée sur les traités d’Osnabruck et de Bromse— brôe. — Nous connaissons déjà le principe de la politique française, qui a dû nécessairement amener, pour la France, ces nouvelles relations extérieures. Quant à la Suède, cette dégénération politique de l’assistance libérale du protestantisme par Gustave-Adolphe, est tout simplement un abus de ses succès et de son influence ; abus qui présente déjà une preuve irréfragable de ce que le protestantisme ou la tendance dominante dans la dernière période, n'est encore qu’un état relatif de l’humanité, parce que, manquant d’un but absolu et invariable, il a pu s’écarter de sa direction et poursuivre des vues étrangères.
Cette double prépondérance politique et le triomphe définitif du protestantisme, seront évidemment les éléments du nouveau système politique de l’Europe ; et il est facile d’en prévoir les déterminations successives. En effet ces deux prépondérances occasionneront, d’abord, par leurs tendances respectives vers
la domination, la Ibrrnation do deux équilibres politiques séparés : l’un du côté du Sud-Ouest, et l’autre du côté du Nord-Est de l’Europe. Dans le premier, la force prépondérante de la France, pour arriver à ses fins, cherchera à user de tous les moyens supérieurs que lui donne le développement déjà existant de la tendance européenne dominante, tels que la richesse mercantile et les progrès des lumières.
Dans le second équilibre politique, la force prépondérante de la Suède éprouvera bientôt une grande résistance , d’un côté , par la même supériorité des moyens chez les États protestants, et de l’autre, par l’ancienne force chez les États de l’antique religion. Quant au protestantisme, son développement ultérieur sera ainsi arrêté ostensiblement dans cet intervalle, se trouvant occupé à réprimer la double influence et de la France et de la Suède, opposée à ce nouveau développement de l’humanité. — Tout cela arriva effectivement.
Dans le Nord-Est de l’Europe, la prépondérance politique de la Suède, fondée sur les traités de Westphalie et de Bromsebrôe, et concentrée sous Christine, commença d’agir sous Charles-Gustave. Ce nouveau Pyrrhus paraît n’avoir pas désiré moins que l’établis-
sement d’une monarchie universelle du Nord. Prétextant les prétentions de Jean Casimir, restes de l’ancien projet des Jésuites de réunir la Suède à la Pologne, Charles-Gustave pénètre jusqu’à Varsovie’, et, connaissant peu le patriotisme des Polonais, menace de faire de la Pologne une province Suédoise. Alors, se déclarent contre lui l’Empereur, le Czar, le roi de Danemark , et l’ Électeur de Brandebourg ; et ainsi commence à se former l’équilibre politique du Nord. Chassé de la Pologne, le Suédois pénètre dans le Danemark, et obtient le traité de Roschild ; mais, revenant une seconde fois avec le projet de détruire Copenhague, il provoque davantage la résistance des Danois, et surtout l’influence étrangère, laquelle, avec la mort de Charles-Gustave, amène alors la formation définitive de l’équilibre dans le Nord, fi.xé par les traités d’Oliva, de Copenhague et de Cardies. Il faut joindre à ces parties constituantes de l’équilibre politique du Nord, la trêve d’Andrussow, qui, fixant les relations futures de la Pologne et de la Russie, servit de base à la coopération de ces puissances dans la fameuse guerre de Turquie, où Jean Sobieski, par l’éclatant exploit de Vienne, délivra la chrétienté, et prépara ainsi la ruine de l’influence musulmane, arrêtée à la paix de Carlowitz. — Quant aux différends ultérieurs de la Suède avec le Brandebourg et le Danemark, terminés par les traités de Saint-Germain, Fontainebleau et .\ltona, ce sont déjà les premiers
contacts des deux('“(|uilil>res ))oliti(|ues, de la formation desquels il s’ag^it actuellement.
Dans le Sud-Ouest de l’Europe, la pr(^pondérance politique de la France, fondée sur les traités de Westphalie et des Pyrénées, commence à se manifester par les prétentions sur la prééminence du rang avec l’Espagne, et se déclare ouvertement par l’entreprise de la conquête de la Belgique, de ce projet impolitique de Richelieu , légué à Louis XIV et à la politique future de la France. Mais, la triple alliance, œuvre du chevalier Temple, en préludant déj;i ici à l’équilibre politique, détermine Louis XIV cà la paix d’Aix-la-Chapelle, sans savoir encore arrêter ses vu(‘s ambitieuses. Aussi, Louis XIV ne fait-il qu’étendre ses vues; et, à la conquête de la Belgicjue, il joint la destruction de la Hollande, par ressentiment ou plutôt par désir de s’emparer de son système mercantile. — Car, déjà Colbert, voulant donner cà la France la force moderne de l’Europe provenant des richesses, a cherché à imiter les Hollandais, en sacrifiant tout à l’industrie et au commerce : a la vérité, l’industrie, èt nommément les fabriques et les manufactures réussirent en France, parce que l’accumulation des fonds existants dans ce pays comme dans le reste de l’Europe, suffisait pour cela; mais le commerce, surtout le commerce extérieur et le système colonial, qui, comme nous l’avons vu plus haut, formaient une partie constituante de la tendance dominante de l’Europe, ne firent que végéter on
France, et l’expérience donne ainsi une preuve de ce que cette tendance était effectivement étra:ngère alors à ce pays. Louis XIV et le sauvage Louvois pressentirent donc qu’il était plus politique de s’emparer de ces sources mercantiles de la force actuelle des États, en détruisant la république batave ; et, pour arriver à cette injuste tin, l’alliance secréte avec l’Angleterre, sous les auspices de la haine de Charles II, fut suivie d’un appareil immense, militaire et surtout diplomatique, ([ui eut pour issue la mort des frères de Witt et l’élévation de (iuillaume III , où l’ambition de Louis XIV trouva son écueil.
L’Europe aperçut alors, en effet, le danger qui la menaçait : elle commença à entrevoir la tendance excentrique de la politique de ce roi. Mais, deux siècles d’ignorance de l’Europe à cet égard , avaient laissé à la France le développement libre de son nouveau et grand système militaire, où elle profita aussi de toutes les découvertes nouvelles , depuis l’invention de la poudre jusqu’à la tactique de Custave-Adolphe ; et ce ne fut alors, qu’avec des efforts majeurs, que l’Euiope parvint à la paix de Nirnègue, présentant la première formation de l’éijuilibre politique du Sud-Est de l’Europe. A cette supériorité militaire delà France, il faut joindre une influence indirecte, non sur les peuples de l’Europe, qui avaient alors des vues différentes, mais sur les Cours, que, depuis l’extension des relations politiques de Richelieu, la France avait réussi à faire
partager son vertige d’une soi-disant grandeur, dont Louis XIV fut le modMe le plus complet.
Ce fut donc sous des auspices si peu favorables que se forma ?i Nimègue, l’ébauche de l’é(|uilibre politique, rendu surtout précaire par le manque d’unité dans les traités sur lesquels il se trouvait fondé. Au.ssi, dès 1e commencement de cette paix, de nouvelles tergiversations de la part de la France, suspendues momentanément par la prétendue trêve de vingt ans, conduisirent insensiblement, à côté des différends avec le Pape, de la révocation de l’Édit de Nantes, et de la révolution de l’.\ngleterre, à la guerre générale qui provoqua la grande alliance de Vienne et amena ainsi, par suite de l’épuisement momentané de la France, la paix de Ryswick, où se forma définitivement l’équilibre politique du Sud-Est de l’Europe, qui se trouva donc ainsi, par l’établissement des deux systèmes politiques, dans le Nord-Est et dans le Sud-Ouest, délivrée de la double influence de la Suède et de la France ; et put alors reprendre ouvertement le développement ultérieur de sa tendance vers la certitude, dominant dans cette période, dont le triomphe avait déjà été assuré dans les traités de Westphalie. — On peut encore ici prévoir la marche de ce développement, sous les auspices nouveaux du double équilibre politique.
D’abord, dans l’Ouest de l’Europe, le développement qu’avait déjà reçu la tendance dominante, était,
comme nous l’avons reconnu, la liberté absolue delà république batave, les libertés conditionnelles de la Grande-Bretagne et de l’Empire, le système mercantile de la Hollande, et la perspective maritime de l’Angleterre, c’est-à-dire, en général, la garantie de la sûreté publique et la garantie du bien-être physique, qui sont les deux premiei's pas importants flans le grand développement politique du protestantisme, surtout dans la branche des réformés, ainsi q\ie nous l’avons déjà fixé plus haut, .\ctuellement, le nouveau pas important qui se présente, est évidemment la transition du système mercantile à la puissance maritime ; et ce pas sera fait principalement par l’Angleterre. — En effet, la sûreté publi(|ue et le bien-être physique, formant, comme buts absolus, les premiers progrès politiques des réformés, durent perdre cette inconditionnalité dans le développement ultérieur du protestantisme ; et ce fut ainsi que, chez les .\nglais, dont le caractère politique se trouve entre ceux des réformés et des évangéliffues, ces deux buts terrestres commencèrent, surtout après la guerre civile de Charles à ne plus être considérés que comme moyens de la réalité relative de l’Univers, qui forme le terme de la tendance des évangéliques, ou de la véritable tendance de cette dernière période historique. De plus, vu la dépendance spéciale réciprofjue de ces deux buts terrestres, de la sûreté publique et du bien-être physique, la puissance maritime était évidemment leur unique
garantie coniimine, en les considéraiil eoiidilionnellenient eoninie moyens de la réalité ndative du monde, dépendante de notre existence, et par conséquent de l’existence des États. Ainsi, la puissance maritime dut devenir le terme de tendance pour la politique extérieure de r.Aiigleterre , plutôt par le développeifient du protestantisme que par sa position insulaire ; et , partant du système purement mercantile de la Hollande, cet État insulaire, avant d’arriver définitivement à ce partage dans le développement du protestantisme ou de riiumanité, dut naturellement opérer d’abord une tiansition du système mercantile à la puissance maritime. — Ce fut donc celte transition, où les deux buts terrestres conservent encore (juelque valeur inconditionnelle ou absolue, qui dut, dans l’Ouest de l’Kurope, former le nouveau pas important du développement politique du protestantisme, c’està-dire, de la tendance dominante vers la certitude physique ou vers la réalité relative du monde. Mais, cette transition du système mercantile à la puissance maritime, ne pourra être opérée qu’indirectenient, par l’intluence prépondérante de l’.\ngleterre dans l’équilibre politique du Sud-Ouest de l’Europe, en profitant des troubles nouveaux suscités par la tendance dominatrice de la France.
En second lieu, dans l'Est de l’Europe, où se trou- . vait principalement la branche des évangéli([ues, le développement politique du protestantisme avait déjà
rUl quel((ue progrès vers son terme éloigné, la réalité (lu monde relative à notre existence, et avait ainsi (lé*jà consolidé la considération inconditionnelle de la réaction physique et morale dans l’univers, formant le premier pas important du développement du protestantisme dans la branche des évangéliques, comme nous l’avons reconnu plus haut. Cette réaction physique et morale , considérée comme constituant le monde, dut alors se prêter à une union avec la considération absolue du monde moral dans l’antique religion chrétienne; et, pour effectuer cette union, il ne manquait évidemment que l’indépendance de l’autorité du pape dans l’exercice de cette antique religion (1). Heureusement, l’Église d’Ürient dominant en Russie , présentait cette indépendance papale , et ouvrait ainsi la voie à l’union de l’antique religion chrétienne avec les premiers développements politiques de la nouvelle religion , c’est-à-dire, avec la considération importante de la réaction physique et morale dans l’univers. Cette union dut donc avoir lieu, et donner à la Russie un caractère politique entièrement nouveau, consistant dans la garantie de la réalité absolue, objet de l’ancienne religion dominante • en Russie, moyennant la réalité relative, objet de la nouvelle religion dominante en Europe. La condition
(1) La possibilité do cette union de la nouvelle religion avec l’ancienne, se trouve constalée par l’iMitreprise malheureuse de Cyrille Lukaris, patriarrhe de C.onstantinople.
de cette garantie politique, ou de cette sauvegarde future de i'Iiuniauité, était évideinnieiit la puissance continentale ; et, par conséquent, cette puissance dut devenir le terme de tendance pour la politique extérieure de la Russie. Mais, avant d’arriver ouvertement à cette tendance, la Russie dut commencer à réunir, à la force supérieure inhérente à rauti(|ue religion, les avantages majeurs résultaut du développement de la nouvelle religion; c’est-à-dire qu’elle dut d’abord opérer une réformation ou plutôt la formation d’un véritable et puissant État européen, en protitant de la nouvelle civilisation de l’Europe, et en cherchant déjà à avoir une prépondérance dans l’équilibre politique du Nord-Est. Ce fut donc cette formation supérieure de la Russie, qui, dans l’Est de l’Europe, dut être le nouveau pas important du développement du protestantisme, ou de la tendance dominante vers la réalité relative du monde.
En troisième et dernier lieu, entre ces deux tendances prépondérantes dans la politi(|ue extérieure des deux équilibres politiques du Sud-Ouest et du Nord- Est de l’Europe, c’est-à-dii-e , entre ta tendance vers la puissance maritime et celle vers la puissance continentale , considérées comme étant respectivement , l’une la garantie de la réalité relative moyennant les deux buts terrestres, et l’autre la garantie de la réalité absolue moyennant la réalité relative, on conçoit qu’il dut s’établir un lien qui rattache réciproquement les
(leux systèmes d’équilibre politique. Il est même facile de fixer à priori le caractère propre de ce lien politique ; car, il suffit d’observer que la réalité relative du monde, ce dernier terme de la tendance dominante dans cette quatrième période historique, se trouve, de part et d’autre, et nommément comme but dans le système du Sud-Ouest, et comme moyen dans le système du Nord-Est, pour reconnaître que cette réalité relative est elle-même le véritable lien de ces deux systèmes. D’ailleurs, cette réalité relative du monde, forme, comme nous venons de le remarquer, le dernier terme de la tendance qui domine dans cette période, et, par conséquent, elle forme aussi le centre où doivent se rattacher toutes les aberrations de la tendance dominante. Ainsi, le lien réciproque des deux systèmes politiques de l’Europe, et conséquemment de tous les intérêts de la politique extérieure, dut se trouver dans la garantie de la réalité relative du monde ; et, vu la nature spéciale des deux aberrations extrêmes qui prépondéraient dans l’Ouest et dans l’Est de l’Europe, on reconnaîtra facilement que la modération politique extérieure, ce dernier représentant de l’intérêt politique dominant dans cette période, était l’unique condition de cette garantie de la réalité relative. On conçoit donc que la modération politique extérieure dut devenir le terme de tendance pour la politique d’un État intermédiaire entre les deux systèmes politiques du Sud-Ouest et du Nord-Est,
<|iii fut luH-fssaire pour rattacher ces systèmes et, par là même, tous les intérêts politiques de rKurope; et l’on com^oit de plus que cet État intermédiaire dut être celui qui, comme la branche électorale de Zollern, réunissait le Brandehourtr, situé dans l’équilibre du Sud-Ouest, à la Prusse, située dans l’équilibre du Nord- Est de l’Europe. Mais, avant de pouvoir exercer cette fonction politique de la modération extérieure, cet État intermédiaire dut ac(|uéiâr une force proportionnée à cette importante fonction ; et l’on prévoit même ipie cette acquisition dut se faire principalement aux déj)ens de la maison d’Autriche, dont le zèle pour la croyance, formant l’iine des trois forces politiques fondamentales de cette période, se trouvait déjà affaibli depuis la paix de Westphalie. Ce fut donc cet établissement de la force de la Prusse qui, au milieu de l’Europe, entre les deux systèmes politiques de l’Ouest et de l’Est, dut être le nouveau pas correspondant, d’une part, à la transition du système mercantile à la puissance maritime, et de l’autre part, à la formation des bases de la puissance continentale.
Tout airiva effectivement comme nous venons de le prévoir à priori.
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D’abord, dans l’Ouest de l’Europe, l’Angleterre avait déjà préparé la transition du système mercantile à la puissance maritime, par son acte de navigation donné dans l’interrègne, et renouvelé par Charles II; acte qui avait causé la guerre sanglante avec la Hollande, terminée sous le Protectorat, où l’honneur du pavillon était resté à l’Angleterre. De nouvelles préparations à cette transition à la puissance maritime, furent successivement : la guerre maritime contre la Hollande et la France, terminée par la paix de Breda ; l’union intime avec la Hollande, depuis Guillaume III; et la guerre ’ maritime avec la France, dans laquelle la bataille de la Hogue décida enfin de la supériorité future de la marine britannique. Mais, le grand système mercantile de la Hollande était encore le centre autour duquel oscillaient les intérêts dans le système d’équilibre politique du Sud-Ouest de l’Europe; et il fallait une circonstance toute particulière où, par le concours et par l’intérêt spécial des États maritimes, la prépondérance dans ce système d’équilibre politique se trouvât attachée à la puissance maritime elle-même. Cette circonstance fut heureusement amenée par l’ambition de la France dans la guerre de la succession d’Espagne, pré-
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parée de longue main dans la paix des Pyrénées par le mariage de Louis XIV avec l’infante Marie-Thérèse.
Le sort de l’Espagne devint, en effet, un objet de la plus haute importance pour les États maritimes; et les deux traités successifs de partage, stipulés avec ces États par la Fi-ance, montrent clairement leur participation majeure et la nature de leurs intérêts. Mais, le cardinal Porto-Carrero ou le testament de Charles II, servit à démasquer les vues secrètes de Louis XIV, et produisit ainsi la grande alliance de La Haye entre l’Autriche et les États maritimes, à laquelle accéda déjà la nouvelle puissance de la Prusse. Les journées de Carpi, Chiari, etc., et surtout de Ilochstet ou Blentheim, de Ramillies et d’Oudenarde, avait tellement compromis l’influence de Louis XIV en Europe, qu’elles amenèrent son ministre des affaires étrangères, Torcy, dans l’antichambre du Grand-Pensionnaire de Hollande ; et que, jointes à celle de Malplaquet, ces jouinées forcèrent Louis XIV jusqu’à offrir des subsides contre son protégé et petit-fils Philippe d’Anjou. Mais , le triomphe des Torys ou le changement du ministère en Angleterre, qui eut pour suite la retraite de Marlborough, et surtout la mort de l’empereur Joseph I", qui aurait accumulé sur la seule tète de Charles VI, son frère, les couronnes d’Allemagne et d’Espagne, décidèrent les États maritimes à la séparation de l’Espagne d’avec les Pays-Bas, et à leur partage entre les deux compétiteurs principaux, la France et
l’Autriche; décision qui conduisit à la paix d’Utrecht stipulée sous la direction de l’Angleterre, exerçant ainsi la prépondérance acquise dans cette guerre, et se constituant par là principale puissance maritime.
Ce qu’il y eut d’intérêt continental impliqué dans cette guerre de la succession d’Espagne, se rattachait aux relations de la France et de l’Autriche ; aussi, après les stipulations d’Utrecht, où furent arrêtés principalement les nouveaux intérêts maritimes et , avec eux, la prépondérance maritime future de l’Angleterre, la France et l’Empire continuèrent la guerre, qui cependant fut terminée bientôt par les traités de Rastadt et de Bade. Ainsi, furent déjà posés des fondements à la puissance maritime de l’Angleterre; et il ne lui restait qu’à consolider ces fondements par la conservation de la paix d’Utrecht, qui préparait cette nouvelle prépondérance à la Grande-Bretagne. Le ministère anglais et surtout Robert Walpole, sentirent ce besoin de développer les avantages maritimes des traités d’Utrecht ; pour cela, ce ministère lutta d’abord, lors de la guerre de Turquie terminée par la paix de Passarow'itz, contre les projets du perfide Albéroni; et, profitant plus tard des dispositions paisibles du cardinal de Fleury, il parvint à conserver, sinon la paix, du moins les relations maritimes fondamentales dans ce nouvel équilibre du Sud-Ouest de l’Europe; et tout cela au milieu des extravagances du régent, des prétentions de la reine Élisabeth, et des nouvelles propo-
sitions de Charles VI. Une de ces dernières propositions, savoir, la participation au commerce des Indes par Ostende, toucha vivement les nouveaux intérêts maritimes de l'Angleterre; aussi, malgré la renonciation à ce projet par le traité devienne, en laveur de la garantie de la Pragmatique-Sanction autrichienne, la Grande- Bretagne, et la Hollande, qui y fut également intéressée, restèrent, lors de la réélection de Stanislas Lesezinski, spectateurs tranquilles de l’alliance entre la France et l’Espagne, obtenue par les intrigues de Chauvelin, laquelle donna à la France l’expectation de 1a Lorraine, et à la nouvelle famille d’Espagne le royaume des Deux-Siciles. — Ce fut ainsi que, par la conservation des relations maritimes fondamentales, stipulées dans la paix d’Utrecht, l’Angleterre, en développant les avantages de ces relations, parvint insensiblement à la puissance maritime, formant le terme de sa tendance politique dans la garantie de la réalité relative du monde, dominant dans cette dernière période.
En second lieu, dans l’Est de l’Europe, déjà le czar Ivan Basilewitz IV, vers le temps de l’extension du protestantisme dans le Nord, avait préludé à la réunion en Russie des avanteiges matériels de cette nouvelle religion à la force de l’antique religion dominante dans ce pays ; réunion qui, rendue ici possible par l’indépendance papale de l’Église d’Orient, fut opérée définitivement par Pierre le Grand , en formant de la Russie tout à coup un État puissant et véritablement
européen. Mais , pour poser, dans cette formation même, les bases à la puissance continentale future de la Russie, deux objets principaux se présentaient : il fallait étendre l’Empire jusqu’aux bords de la Baltique, et substituer sa prépondérance à celle de la Suède dans le système d’équilibre politique du Nord-Est. Pierre parvint à cette double fin, en profitant de l’alliance secrète du roi de Pologne avec le Danemark, pour la conquête de la Livonie. La bataille de Narva, perdue peut-être à dessein par la mésintelligence des commandants russes, conduisit le fougueux Charles XII en Pologne, et laissa ainsi à Pierre le temps de développer ses forces, et de s’établir sur les bords de la mer d’Est. La paix d’Altranstaedt, qui'd’ailleurs était précaire pour la Pologne , ne servit plus à Charles XII que pour le conduire à sa perte dans la journée de Pultawa, où les destinées du Nord et peutêtre de la terre furent décidées. Ainsi, en moins de dix ans, les deux bases de l’influence future de la Russie, la communication avec l’Europe par la Baltique et la prépondérance dans l’équilibre politique du Nord, furent posées définitivement. Il ne restait alors à Charles XII que l’alliance avec la Turquie; mais l’heureuse issue sur le Prutli annula ces dernières espérances du héros suédois. Sa mort, après la perte de toutes ses possessions en Allemagne et le ravage des côtes de la Finlande, amena la Suède à la paix de Nystadt qui consolida ces premiers fondements de la
puissance continentale de la Russie, dont le monarque prit alors la digniti'? impériale. Avec ce premier établissement de la puissance de la Russie, son influence sur la Pologne se forma bientôt sous l’impératrice Anne, lors de la mort d’Auguste II et de la réélection de Stanislas Lesczinski ; et, quant à la Tur- (juie, la disgrâce sur le Pruth fut oubliée dans la campagne de Munich, surtout par la reprise d’Azow qui préparait à la Russie son influence future par la mer Noire. Ainsi, étendant déjà sa prépondérance depuis le Sund jusqu’au Bosphore, fut fondée rapidement cette puissance colossale, par l’heureuse réunion, à la force provenant de son ancienne religion, des avantages supérieurs amenés avec le développement de la nouvelle religion dominant actuellement en Europe ; puissance qui, par une admirable finalité du monde, servira peut-être de sauve-garde contre la destruction de l’humanité.
En troisième et dernier lieu, entre les deux systèmes politiques de l’Est et de l’Ouest de l’Europe, la branche électorale de Zollern , qui avait déjà établi sou indépendance pour le Brandebourg, dans la paix de Westphalie, et, pour la Prusse, dans celle d’OIiva (ou de Bromberg, si l’on veut) prit la dignité royale, et commença ainsi la formation de cet Etat intermédiaire qui, par l’influence d’une modération politique extérieure, doit enfin réunir les deux systèmes séparés d’équilibre politique. Son influence immédiate.
d’une part, dans la paix d’Utrecht, et, de l’autre, dans celle du Nord après la mort de Charles XII, lui donna déjà quelque extension, et posa des bases à son activité politique future. Mais, ce furent surtout l’administration intérieure et le développement de l’état militaire qui, sous Frédéric -Guillaume, préparèrent les moyens d’agrandissement de cet État, pour lui donner la force nécessaire à l’exercice de sa fonfction de modérateur politique de l’Europe. Aussi, Frédéric II, usant de ces moyens et sentant tout à la fois cette haute vocation de son État et la décadence de la maison d’Autriche, dont les forces se trouvaient déjà épuisées dans sa lutte pour la croyance durant cette dernière période, songea-t-il à la conquête de la Silésie , légitimée très-faihlernent par quelques droits équivoques et insuffisants. Cette entreprise fut grandement facilitée par la France, qui, voyant également la décadence de la monarchie autrichienne, crut, sous l’influence des insinuations des frères Bellisle, devoir eu profiter pour achever le délabrement de cet État, en formant, contre la garantie expresse delà Pragmatique-Sanction, l’alliance secrète de Nymphenbourg avec les trois prétendants à la succession d’Autriche. Le roi de Prusse accéda donc à cette alliance; mads, suivant sa propre politique, après l’occupation de la Silésie, et la bataille de Czaslau qui la lui assurait, il renonça à cette étrange alliance en signant le traité de Breslau, qui établit sa conquête. Il
revint à la même alliance dans l'union de Francfort, lorsque, par l'assistance de l'Angleterre, l'Autriche relevée lui fit craindre la perte de la Silésie; et il l'abandonna de nouveau, lorsque, après la mort de Charles VII de Bavière et la paix de Fussen, il parvint à garantir cette conquête par la convention d'Hanovre, et définitivement par le traité de Dresde. Ainsi, la monarchie prussienne acquit, aux dépens de l’Autriche, de cette force fondamentale, mais décroissante dans la période actuelle , l'agrandissement qui, suivant le dernier développement de la tendance dominante dans cette période, lui était nécessaire pour réunir, par sa modération extérieure, les deux systèmes politiques et, par-là même, les intérêts de l'Europe, pour les réunir, disons-nous, dans la réalité relative du monde, formant cette tendance dominante dans la période dont il s'agit. — Quant à la France, qui avait déjà amené dans cette guerre , par la bataille devant Toulon, la domination maritime définitive de la Grande-Bretagne, elle continua la guerre contre son alliée l'Espagne, sans aucun motif légitime, jusqu'à ce que, ayant encore amené dans l’Ouest, la nouvelle influence continentale de la Russie, elle fut déterminée à la paix d’Aix-la-Chapelle.
Ainsi donc, furent fondées presque simultanément la puissance maritime de l’Angleterre, la puissance continentale de la Russie, et la modération armée de la Prusse , constituant , la première la garantie de la
réalité relative du monde moyennant les deux buts terrestres, la sûreté publique et le bien-être physique ; la seconde la garantie de la réalité absolue de l’univers moyennant sa réalité relative ; et enfin, la dernière la garantie de leur union réciproque dans la réalité relative du monde, qui est le terme de la tendance dominante de cette quatrième période. Actuellement, ces trois branches du développement politique du protestantisme chercheront naturellement à exercer leurs actions respectives, et amèneront ainsi par l’unité de leur direction, le dernier terme de ce développement politique de la tendance dominante, lequel, suivant ce que nous avons reconnu plus haut, est la garantie de la considération de la certitude attachée à la vérité relative, comme d’une force supérieure de l’esprit humain (esprit-fort), c'est-à-dire, la garantie de l’affranchissement de notre esprit de tout soi-disant préjugé provenant d’une influence étrangère à notre existence actuelle, à ce principe de l’expérience, et, par là, de la réalité relative du monde ; affranchissement de l’esprit qui est connu et famé sous le nom inexact à’idées libérales. — Voici, à priori, la route que suivront ces trois dernières actions politiques, pour arriver à ce terme commun de la tendance dominante dans la période actuelle.
La prépondérance maritime de l’Angleterre, dans laquelle se trouve impliquée la région des sens, ou les deux buts terrestres, la sûreté publique et le bien-être
physique, lesquels forment la première et la plus faible manifestation de la réalité du monde, cette prépondérance maritime, disons-nous, cherchera naturellement à se consolider et à se développer, en établissant la domination de la mer. Elle y arrivera maintenant avec facilité, vu, d’une part, l’absence d’une résistance maritime proportionnée, et de l’autre, le manque d’unité dans les relations continentales, comme nous le verrons à l’instant. Quant aux États contre lesquels l’Angleterre aura à lutter dans cet établissement de la domination de la mer, ce seront directement pour l’influence maritime, la France, par son penchant général de domination, et indirectement pour l’influence continentale, l’Autriche, chaînée toujours, quoique déjà affaiblie, de s’opposer au développement de la tendance dominante de cette période, étendue actuellement à l’Angleterre et à la Russie, et concentrée dans la Prusse, comme nous le verrons bientôt. Ainsi, lorsqu’enfin cette tendance triomphe complètement, la France qui l’avait si bien aidée, sans se douter de son assistance, sera forcée, dans cette même voie, d’assister, dans leur décadence, les anciens intérêts de Incroyance, formant le partage de l’Autriche ; mais, il sera déjà tard ; et, comme nous venons de le remarquer, l’Angleterre arrivera à son but presque sans difficulté. Alors, usant de cette domination de la mer, cette puissance créera naturellement un nouveau droit maritime, dépendant de la considération de cette domination,
comme étant la garantie de la réalité relative du monde, de’cette réalité la plus haute que l’humanité puisse et veuille concevoir dans cette 'dernière période.
Toutefois, on prévoit aussi que les deux parties constituantes de cette garantie, savoir, la réalité relative, comme but, et les deux fins terrestres, la sûreté publique et le bien-être physique, comme moyens, devront se séparer dans cette tourmente des droits de l’humanité. Ces deux fins terrestres, formant ici les moyens, prédomineront dans les colonies anglaises, où se sont réfugiés les puritains tenant des réformés ; et la réalité relative elle-même, formant le but dans cette garantie maritime, prédominera dans la mère-patrie qui, dans ses relations plus intimes avec l’Europe, suit de plus près les progrès du développement de l’humanité dans cette période. Ainsi, les États-Unis d’Amérique se constitueront en république, à l’instar de la Hollande, ayant, comme elle lors de sa formation, pour tendance politique suprême, la garantie des deux buts terrestres, de la sûreté publique et du bien-être physique; et le gouvernement européen de la Grande- Bretagne se constituera protecteur spécial des idées libérales, ayant, pour tendance politique suprême, la garantie de la réalité relative elle-même, dépendante de notre existence.
La prépondérance continentale naissante de la Russie, dans laquelle se trouve impliquée la région sublime de l’absolu, provenant de l’antique religion.
qui est la plus haute manifestation de la réalité du monde, et qui donne ainsi une force supérieure à* la Russie , cette prépondérance continentale , disonsnous, cherchera naturellement à son tour à se consolider et à se développer, en établissant sa domination sur le continent. Mais, voyant les obstacles majeurs qui y sont opposés, la Russie ne pourra considérer encore cette domination que comme un terme de sa tendance politique, en se contentant d’y arriver graduellement et en se bornant à exercer une influence continentale prépondérante, et croissant avec sa nouvelle puissance. Ainsi, pour se rapprocher du centre de l’Europe , la Russie , après avoir réduit la Suède , cherchera à réprimer la Prusse, à réunir dans son empire les nations slaves, et à relever, sous ses auspices, l’empire grec qui, jouissant des mêmes avantages d’une religion ancienne indépendante du Pape, admettrait également la réunion des avantages modernes , et aurait ainsi la même supériorité de forces militaires. Ses ennemis naturels seront donc la Suède, la Prusse, la Pologne et la Turquie, en un mot, tous ses voisins européens, sans parler de ceux de l’Asie, dont nous écartons ici la considération. Toutefois, vu l’anticipation de l’absolu qui est impliquée dans la tendance de la Russie, comme dans l’ancienne croyance soutenue dans cette période par l’Autriche, il se présente un contact provisoire entre ces deux puissances, qui se trouve affermi par l’inimitié de la Turquie, et
surtout par celle de la Prusse, où est actuellement le centre de la nouvelle tendance européenne, établi aux dépens de l’Autriche. Cette alliance de la Russie avec l’Autriche facilitera le développement de la puissance de la première ; au point que la Prusse, pour se soutenir en équilibre , et pour ne pas perdre sa grande vocation de modératrice armée de l’europe , se croira forcée d’aider la Russie pour participer à son agrandissement.
Mais, à côté de ce développement de la domination continentale de la Russie, dû aux avantagés modernes de la réalité relative unis à la force supérieure de sa réalité absolue impliquée dans l’ancienne religion , cette puissance sera forcée de favoriser l’une et l’autre. Ainsi, d’une part, le culte divin sera mis sous les auspices spéciaux du souverain, et le zèle religieux de la nation sera soutenu et protégé ; et, de l’autre part, les idées libérales, fruits de la réalité relative du monde, en tant qu’elles ne sont pas contraires à sa réalité absolue anticipée dans la religion, seront répandues et cultivées avec succès.
Enfin, la modération armée de la Prusse, destinée à ramener vers son centre la double aberration de la tendance dominante de cette période historique, savoir, la région des sens impliquée dans la prépondérance maritime de l’Angleterre, et la région de l’absolu impliquée dans la prépondérance continentale de la Russie, et formant ainsi elle-même la véritable direc-
tion centrale de cette tendance dominante, c’est-à-dire, la garantie immédiate de la réalité relative dépendante de notre existence et par conséquent , de celle des États, cette modération armée, disons-nous, cherchera naturellement, autant qu’il lui sera possible, à réprimer la double influence de la domination maritime de l’Angleterre et de la domination continentale de la Russie. De plus, étant actuellement le centre de la tendance dominante de cette période, comme nous venons de le voir, cette modération armée de la Prusse se trouvera surtout opposée à la politique de l’Autriche, qui, quoique déjà faiblement et d’une manière décroissante, demeure toujours chargée de réprimer ce développement de la tendance vers la certitude relative, contraire à la croyance ; et cette opposition sera d’autant plus animée que c’est aux dépens de l’Autriche que la Prusse exercera cette fonction de modératrice armée de l’Europe. Enfin, l’indifférence pour la vérité, ou le penchant de domination chez la France, sera un nouvel adversaire de cette politique de la Prusse; mais, coinme l’Angleterre et la France doivent actuellement lutter entre elles, ainsi que nous l’avons reconnu plus haut, la Prusse restera indifférente par rapport à l’Angleterre, et ne combattra la France qu’à cause de son alliance avec l’Autriche. Ainsi, la Prusse, profitant 'd’abord des dispositions de l’Angleterre , commencera à exercer, ou plutôt à défendre sa modération politique extérieure, dans une triple lutte, avec
l’Autriche, la Russie, et la France; et, si elle n’était pas le pivot ou le centre de la tendance dominante de l’Europe, elle succomberait nécessairement dans cette lutte inégale. Cette puissance inférieure alors croira même à la fin que, pour soutenir son importante fonction politique, elle est forcée de laisser faire la Russie, et de partager avec elle les dépouilles de la guerre, comme nous l’avons remarqué plus haut. Mais, ce qui soutiendra essentiellement la Prusse, et ce qui en formera la véritable force, ce sera, comme nous venons de l’indiquer, d’être le centre de la tendance dominante de l’Europe, où se rattacheront conséquemment tous les intérêts politiques. Aussi, la Prusse se constituera-t-elle la protectrice naturelle des idées libérales, terme de cette tendance dominante de l’Europe, où, par le mécanisme de la certitude, l’esprit humain croit trouver sa force suprême dans la réalité relative dépendante de l’expérience et, par là même, de notre existence et de celle des États.
Ainsi donc, par toutes les différentes voies ou ramifications que suivra le développement du protestantisme ou de la tendance vers la certitude , qui domine dans cette dernière période, on arrivera au terme commun cons'ituant , sous le nom d’idées libérales , la considération de la réalité relative dépendante de notre existence, comme étant la force suprême de l’esprit humain. — On prévoit de plus, que môme les deux autres forces fondamentales agissant dans cette période.
savoir: le zèle pour la croyance et l’indifférence pour la vérité , doivent arriver alors au même terme commun de la tendance de cette période. Car , épuisé ou affaibli dans sa longue lutte, et soutenu nécessairement par les avantages nouveaux du développement de la certitude relative , le zèle pour la croyance fera place en Autriche à une tolérance générale , et ainsi passera insensiblement à l’admission des idées libérales; et, quant à l’indifférence pour la vérité, parvenue à l’entière incrédulité religieuse, la France sera forcée de rattacher ce jeu de son indifférence à l’expérience ou à notre existence actuelle , et d’admettre enfin, à son tour, la certitude temporelle, attribut de la réalité relative, et avec elles les idées libérales. — Cette prétendue force suprême de l’esprit sera donc le terme général de la tendance de l’Europe dans cette dernière période; et, à ce terme, cette 'période se trouvera achevée ou du moins développée complètement.
Les événements politiques constatent effectivement cette déduction que nous venons de donner à priori. — Les voici :
En Angleterre, la supériorité actuelle de la marine avait donné des espérances qui ne laissaient attendre qu’un prétexte pour amener la guerre maritime, et pour être réalisées. Ce prétexte même servit déjà à découvrir les vues de la politique anglaise ; car , sous le nom de représailles, cette politique commença alors l’usage d’exercer des actes d’hostilités maritimes avant
leur déclaration. Ainsi, s’ouvrit la guerre avec la France , qui , vers le même temps , s’était alliée pour la première fois avec l’Autriche , pour s’opposer au développement de l’influence naissance de la Prusse, et indirectement à celui de l’influence de la Grande-Bretagne. L’entreprise heureuse contre Minorque fut bientôt suivie de la perte des principales colonies françaises, et de l’établissement armé ou de la conquête de la domination maritime de l’Angleterre. Le pacte de famille avec l’Espagne, qui fut d’ailleurs repoussé par le Portugal, ne fit qu’augmenter les succès de la Grande-Bretagne par lesquels elle fonda cette domination de la mer, constatée dans les préliminaires de Fontainebleau, et définitivement dans le traité de Paris. Alors, de nouvelles relations politiques, concernant spécialement les intérêts mercantiles et maritimes, s’établirent entre l’Europe et la Grande-Bretagne. Déjà, vers le commencement de cette dernière guerre, cette puissance introduisit un nouveau droit maritime (the rule of 1756) , surtout par rapport aux neutres, fondé entièrement sur la considération de sa prépondérance maritime, et iton sur Injustice; car, suivant ce droit, l’Angleterre en guerre, aurait été lésée plus que toute autre puissance maritime , si , par sa prépondérance , elle n’avait su pouvoir protéger son commerce avec ses colonies. Et, depuis la paix de Paris, cette domination de la mer ne faisait que se développer davantage, par l’exercice de toutes les con-
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venances maritimes, surtout par l’excessif monopole du commerce avec les colonies britanniques, qui, par leur nombre et leur prospi'u ité croissante, embrassaient la plus grande partie du commerce colonial de l’Europe.
Mais, ce fut précisément dans les vexations ou dans l’injustice attachée à ce monopole , que se trouva le motif de la séparation des colonies anglaises de leur mère-patrie; de celles du moins dont la prospérité développée rendait plus apparentes et plus sensibles ces vexations , et dont le caractère religieux admettait davantage les buts terrestres., la sûreté et le bien-être. Ainsi, les colonies de l’Amérique septentrionale, formées ou dirigées la plupart par des puritains ou indépendants réfugiés, et saisissant le prétexte presque insignifiant du droit d’imposition se portèrent à la soi-disant rébellion de Boston. La clôture de ce port amena le congrès de Philadelphie ; et la guerre étant ouverte, conduisit à la déclaration de l’indépendance des treize États-Unis. Alors, surtout après le désastre de Bourgogne, le cabinet de Vei-sailles admit la proposition de Frauklin, reconnut cette indépendance, et, entraînant l’Espagne, recommença une nouvelle guerre maritime , à laquelle la Hollande même fut forcée de prendre part. Ici, la marine anglaise eut l’occasion de montrer et de développer toute sa force, en tenant d’abord contre celle de presque tout l’Ouest de l’Europe, et en déployant enfin la nou-
vôlle tactique de Rodney, (jui, par la grande victoire devantla Guadeloupe, lui assura le triomphe.
Quant aux États-Unis, la capitulation de Cornwallis amena la paix de Versailles , laquelle , considérée dans ses principes, n’est rien autre que le transport, à travers l'Angleterre, des principes et des maximes politiques de la Hollande dans ces nouveaux Etats-Unis, avec les seuls changements dépendants des localités et des circonstances. Ainsi, se sépara de la tendance politique de l’Angleterre l'un de ces deux éléments, savoir, les buts terrestres constituant la sûreté et le bienêtre, venant d’abord de la Hollande , et devenu actuellement le terme de la tendance politique des Etats-Unis d’Amérique. L’autre de ces deux éléments, savoir, la garantie de la réalité relative elle-même, devint le terme d’une nouvelle tendance politi(jue épurée de l’Angleterre, qui commença à cette époque, mais qui ne se manifesta clairement que dans le dernier congrès de Vienne, après l’ébranlement de l’Europe par la révolution française. Suivant cette nouvelle tendance, la considération de la réalité de notre existence et de celle des États, comme étant indépendante de toute influence étrangère à cette existence même, en un mot, la garantie de l’affranchissement des soi-disant préjugés, ou la protection extérieure de ce que l’on appelle idées libérales, prédomina dans la politique anglaise. Déjà, vers la fin de la guerre des États-Unis, cette politique laissa entrevoir cette im-
portante modification de scs maximes , en n’osant point, comme dans la guerre prccùdente, s’expliquer sur les principes de son droit maritime, en réponse de la fameuse déclaration de la neutralité armée de la Russie. Mais, ainsi que nous venons de le dire, ce ne fut qu’au congrès de Vienne, et par conséquent plus tard, que, dans le reste de l’Europe, par les raisons alléguées plus haut, se manifesta clairement cette tendance épurée de la politique anglaise, formant le dernier développement de la tendance dominante dans cette quatrième période historique.
En Russie , malgré le gouvernement d’Élisabeth , qui ramena presque les principes de l’ancienne barbarie, l’État n’en continua pas moins son développement par suite de sa nouvelle impulsion. — La guerre avec la Suède , commencée avant le règne d’Élisabeth, et suscitée par la France moyennant la faction de Gyllenborg (des chapeaux), donna lieu à la bataille de Willemstrand, et parla à une nouvelle extension de l’intluence de la Russie, stipulée par le traité d'Abo, qui conduisit au trône de Suède la maison de Ilolstein-üottorp, la même qui, après Élisabeth, occupa le trône de Russie. Cette promotion de la ligne latérale de Ilolsteiii réveilla des mésintelligences avec le Danemark, lesquelles furent utilisées par la Russie, et ne cessèrent que sous Paul, par l’échange du pays de Holstein-Gottorp contre ceux d’Oldenbourg et de Delmenhorst, cédés à la ligne cadette. Depuis la paix
d’Aho, les vues de la Russie se tournèrent contre la Prusse; et, à la chute de Lestoc, se forma l’alliance avec l’Autriche, qui d’abord accéléra la paix d'Aix-la- Chapelle, et ensuite fit participer la Russie à la guerre de Sept- Ans. Ce fut dans cette guei’re que la renommée des armées russes se répandit en Europe, et ce fut là l’avantage majeur que la Russie retira de cette guerre, terminée à la mort d’Élisabeth. Catherine II, changeant en neutralité l’alliance avec la Prusse stipulée par son époux Pierre 111, profita de cette renommée des armées russes, en commençant à exercer une espèce de dictature européenne par son influence diplomatique. Et, à côté de cette influence, cette souveraine se mit à réaliser les vues prochaines de la politique russe, portant sur l’extension graduelle de sa puissance continentale. Une grande alliance du Nord lui paraissait présenter les moyens les plus convenables; mais bientôt l’anarchie de la Pologne attira ses regards sur cet infortuné pays. Les projets de réforme de Czartoryski furent détruits paç l’influence armée de la Russie, qui, ayant placé sur le trône Stanislas Poniatowski, et protégé les dissidents, sous le prétexte de tolérance, amena ainsi la confédération de Bar, cette véritable e.vpression du caractère polonais, et, avec elle, les horreurs qui ont préparé la ruine de cette illustre nation.
Une puissance asiatique, la Turquie, fut, à la honte de l’Europe, le seul État qui osa secourir la Pologne;
mais malheureusement, cette entreprise ne fit qu’ouvrir un théâtre à de nouveaux succès des armées russes, et, par là, une voie à la réalisation des vues politiques de la Russie. Le prince Henri de Prusse donna à Pétershourg le signal de cette réalisation, en formant avec Catherine le projet du partage de la Pologne; projet inouï jusqu’alors dans les relations des Etats, et qui ne pouvait être conçu qu’avec le développement de la nouvelle tendance politique de l’Europe, consistant dans le grossier mécanisme de la garantie de la réalité relative, et non dans la justice absolue. Ainsi furent ébranlés les fondements de la Pologne par le premier partage arbitraire des provinces de ce pays; et, en même temps, la justice fut ouvertement écartée de la politique extérieure de l’Europe, comme inutile ou hétérogène avec la tendance dominante actuelle de l’humanité. Quant à la Turquie, la Russie lui dicta les conditions de la paix de Kainardgé, par lesquelles elle établit son influence sur la Moldavie et la Valachie, prépara l’occupation de la Crimée et du Kouban, et ouvrit ainsi sa domination sur la mer Noire. Sur ces entrefaites, la faction de Horn (des bonnets) triompha en Suède, et l'influence de la Russie se prolongea jusqu'à la révolution sous Gustave III, qui amena une alliance secrète avec le Danemark; mais tous ces changements accessoires intéressèrent peu le cabinet de Saint-Pétersbourg, qui, dans ce moment, venant de faire l’essai de ses grandes
forces, tournait ses regards exclusivement du côté de la Turquie. L'établissement d’ün empire grec sur les ruines de l’Empire ottoman, devint alors le projet fa^ vori de Catherine (voyez la correspondance avec le chevalier Zimmennann), secondée par l’orgueil de Potemkin. Les circonstances politiques en firent différer l’exécution; et ce retard, joint à de nouvelles considérations, surtout à celle de la neutralité armée, en affaiblit l’idée.
Toutefois, le voyage en Tauride, resserrant l’alliance de Catherine avec Joseph II, servit à préparer, sous les auspices de Potemkin, la nouvelle guerre de Turquie, dont l’issue, fixée par les traités de Szistové et de Jassy, quoique éloignée du but qu’on s’était proposé, rehaussa la renommée des armées russes, et avec elles l’influence continentale du Cabinet de Saint- Pétersbourg. La guerre secondaire ’ terminée par la paix de Warela, que, dans le même temps, avait entreprise Gustave III contrôla Russie, servit alors principalement d’exercice à là marine russe de la Baltique. — Il ne nous reste qu’à faire remarquer, à côté de ce développement de la puissance et de l’influence de la Russie, la protection particulière accordée surtout par Catherine , aux idées libérales , dont dépendait évidemment sa nouvelle politique qui, renchérissant pour ainsi dire sur la politique européenne moderne, comme nous l’avons fait observer à l’occasion du premier partage de la Pologne, amena le dernier terme
de la politique de cette qyatrif'me période de l’histoire. Quant au zèle religieux, formant l’autre élément de la puissance russe, ainsi que nous l’avons reconnu plus haut, il n’a commencé à prédominer que sous Alexandre, lorsque, pour arrêter, en Flurope, le débordement des idées ultrà-libérales, provenant de la révolution française, ce souverain sentit le besoin d’une puissance supérieure. •
Knfin, en Prusse, la nouvelle tendance vers la modération politique extérieure, établie aux dépens de l’Autriche, nourrissait, même avant d’agir, le ressentiment de cette dernière puissance auquel s’allièrent facilement celui de l’impératrice Elisabeth et, pour la première fois, l’ambition de la politique française excitée par le prince de Kaunitz. Suivant le manifeste de Frédéric, lors de son irruption dans la Saxe pour prévenir les dangèrs qui le menaçaient, ces trois puissances, l’Autriche, la Russie et la France, s’étaient proposé le partage des États prussiens, et avaient ainsi déjà préludé à la dernière modification de la politique dominante, telle qu’elle se manifesta enfin lors du partage de la Pologne. Heureusement, malgré l’opposition naturelle de l’Angleterre et de la Prusse, la première, engagée dans la guerre maritime contre la France, et craignant pour ses possessions d’Allemagne, consentit à s’allier à la Prusse, et coopéra grandement à sa défense par les succès du duc Ferdinand de Brunswick , obtenus sur les armées françaises , qui
furent expulsées du Hanovre. Le roi de Prusse put ainsi tenir, aidé de sa nouvelle tactique, contre les nombreuses armées ennemies, en attendant des circonstances favorables à sa politique, qui ne pouvaient manquer d’arriver par suite de cette véritable tendance dominante de l’Europe. L’avénement de Pierre III au trône amena ces circonstances : ce prince, dominé par l’ascendant de Frédéric et par toute sa politique, changea subitement les relations hostiles en une alliance, dont la première suite fut la paix avec la Suède entraînée dans cette guerre par l’influence de la France. Le traité de Paris, quoique stipulé séparément entre l’Angleterre et la France, neutralisa cette dernière; et l’Autriche, abandonnée ainsi presqu’à elle-même, fut contrainte, par les derniers succès de Frédéric, à signer la paix de Hubertsbourg, qui assura définitivement, du côté du Sud-Ouest de l’Europe, l’exercice de la nouvelle politique de la Prusse; c’està-dire, de sa modération armée.
Malheuresement, du côté du Nord-Est, pour ne pas perdre cette attitude, Frédéric fut forcé de seconder la Russie et de concourir au partage de la Pologne, en jetant ainsi un faux jour sur sa véritable politique que l’on crut n’être qu’un désir A’ arrondissement . Ce ne fut qu’à l’occasion de la neutralité armée, œuvre de l’influence de Panin , que cette alliance avec la Russie donna à la Prusse quelque liberté d’exercer sa véritable fonction . Enfin, les relations de Catherine
avec Joseph II, et surtout lés vues exclusives de cette souveraine sur la Turquie, libérèrent entièrement la Pnisse de cette nécessaire alliance avec la Russie ; et, dès lors, cette puissance modératrice put s’abandonner mieux à sa tendance politique et la laisser découvrir. Déjà, à l’occasion de la succession de Bavière, la Prusse, craignant la ruine de la constitution de l’empire, s’était opposée aux prétentions de l’Autriche, et avait empêché leur exécution, du moins en grande partie, par le traité de Teschen. Elle opéra ensuite, pour le même but, la ligue des princes allemands, lors du projet de l’échange de la Bavière contre un nouveau royaume de Bourgogne, formé des Pays-Bas autrichiens.
Enfin, au congrès de Reichenbach, la Prusse dicta, pour ainsi dire, les conditions de la paix entre l’Autriche et la Turquie. — On conçoit facilement qu’une si grande influence ne pouvait être exercée sans que la Prusse usât des véritables armes du siècle , c’est-à-dire de la soi-disant force de l’esprit humain, à la considération de laquelle l’humanité était enfin parvenue. Aussi ces idées libérales furent-elles effectivement cultivées en Prusse avec une supériorité très-marquée sur le reste de l’Europe; mais, depuis Frédéric II, qui ne connaissait que la littérature française, la cour de Prusse, à l’instar de la France, ne faisait proprement qu’un jeu de ses idées libérales; et, à cet égard, le grand
Frédéric resta réellement de beaucoup en arrière de sa nation.
Ainsi , par toutes les voies ou ramifications politiques de la tendance vers la certitude, dominant dans cette quatrième période historique, on arriva efiectivement au dernier terme commun de cette direction, consistant dans la garantie de la réalité relative, considérée comme étant une force supérieure de l’esprit humain, c’est-à-dire à la protection des idées libérales. Et alors, par une réaction naturelle, ce dernier terme ou ce triomphe de la tendance dominante, se répandit même dans les États <{ui étaient restés étrangers à cette grande tendance, et nommément en Autriche et en France. — Dans la première, Marie- Thérèse, par l’établissement nécessaire d’une tolérance religieuse, préluda aux innovations modernes de Joseph 11, que rien, pas même las instances personnelles de Pie VI , ne purent faire revenir de son entraînement aux idées libérales. Ce digne élève du siècle ne songeait, dans sa politique extérieure, qu’au pervertissement des droits établis, comme le prouvent la Bukowine, la Bavière, la Turquie, la Hollande, etc., ce qui. formait un contraste complet avec la vocation de l’ancienne politique de l’Autriche. — Dans la France, une foule d’écrivains, puisant leurs idées chez l’étranger, et se fondant sur l’incrédulité religieuse à laquelle avait abouti leur indifférence pour la vérité, formèrent la secte des encyclopédistes, et
répandirent, dans leurs écrits superficiels, une foule de non-sens qui passaient pour des idées libérales. La différence caractéristique de ces prétendues idées libérales d’avec ceJles du reste de l’Europe, ce fut qu’en France, où régnait toujours l’indifférence pour la vérité, on ne fit qu’un jeu de cette soi-disant force de l’esprit humain constituant .les idées libérales, comme jadis, dans la deuxième période, les Grecs et les Romains, dont les Français conservaient la tendance, n’avaient fait aussi qu’un jeu de là culture du savoir ou de la vérité.
Nous voilà .au tenue de la politique extérieure de la quatrième période de l’humanité. — Avant d’en déduire les conséquences funestes, jetons un coup d’œil sur le développement correspondant de la politique intérieure ou de la sûreté des membres des États ; toujours suivant le caractère politique distinctif de cette dernière période.
Ce caractère politique, comme nous l’avons reconnu plus haut, consiste, sous le nom d’intérêt politique, dans ta garantie mécanique de notre existence considérée comme la plus haute réalité concevable. Or, appliquant ce caractère à la sûreté intérieure des membres des États, on reconnaîtra facilement qu’une telle ga-
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rantie mécanique de cette sûreté ne pouvait se trouver que dans I’équilibre des pouvoirs politiques intérieurs, comme plus haut, pour la sûreté extérieure ou l’indépendance des États, dans l’équilibre de leurs forces politiques respectives. Il fallut donc, avant tout, séparer les pouvoirs politiques intérieurs qui étaient opposés, suivant le système représentatif qui avait déjà été introduit dans la période précédente de l’humanité. Ainsi, les intérêts des membres des États et ceux des gouvernements furent d’abord distingués, et ensuite opposés les uns aux autres pour établir l’équilibre entre ces deux forces contraires ; équilibre qui devait former cettô garantie mécanique de la sûreté intérieure, laquelle était le caractère politique distinctif de la dernière période historique. Et, pour établir un lien ou un anneau qui rattachât entre elles ces forces opposées , ou sentit naturellement le besoin d’une force intermédiaire, participant de l’une et de l’autre de ces deux forces fondamentales opposées, et néanmoins indépendante de ces forces contraires. — Ce fut de cette manière que, dans la période actuelle, se développèrent les trois pouvoirs politiques intérieurs, constituant, les deux fondamentaux et opposés, le pouvoir des gouvernés, le pouvoir du gouvernement, et, l’intermédiaire, le pouvoir des privilégiés. Leur équilibre était le maximum de perfection que l’on crut pouvoir atteindre dans la garantie mécanique de la sûreté intérieure, telle qu’elle était en vue dans le ca-
ractère politique de cette période, qui ne porte que sur notre existence actuelle considérée coinine la plus haute réalité que l’on puisse concevoir. — Mais, l’idée de ce partage apparent de la souveraineté, qui avait déjà été éveillée dans la période précédente, par l’introduction du système représentatif, dut se développer et se consolider déünitivement, dans la période présente, par la séparation expresse ou formelle des deux pouvoirs politiques fondamentaux.
Cette idée de la participation formelle à la souveraineté dut s’établir surtout par la répartition des fonctions politiques entre les trois pouvoirs dont il s’agit, c’est-à-dire , des fonctions appartenant aux quatre grandes facultés de l’État, lesquelles, comme nous le verrons dans la suite de cet ouvrage; sont la faculté législative, la faculté judiciaire, la faculté conseillante et la faculté exécutive. En effet, avec la plus ou moins grande importance des fonctions de ces quatre facultés politiques, dut se développer naturellement, chez les trois pouvoirs qui les exerçaient, la.prétention d’une participation plus ou moins grande à la souveraineté.
Enfin, avec la tendance dominante vers l’affranchissement de l’esprit humain de toute dépendance étrangère à notre existence actuelle, c’est-à-dire, avec le développement des idées libérales, la séparation des deux pouvoirs politiques fondamentaux, du pouvoir des gouvernés et du pouvoir du gouvernement, dut amener naturellement la question sur l’origine
(le la souveraineté, .et, a\ec celte question, la décision générale, quoique tacite, que la souveraineté réside originairèment dans la nation ou les membres de l’État ; car, suivant cette tendance vers la. réalité relative, qui domine dans cette période, c’est Uniquement pour le bien ‘mondain ou terrestre des membres de l’État qu’existe l’État lui-même. Alors, la transmission de. cette souveraineté nationéde au gouvernement, ou plutôt la participation du gouvernement à cette souveraineté, ne pouvait être conçue que moyennant la supposition d’un pacte stipulé entre les membres de l’État et le gouvernement ; et cette stipulation supposée devait être considérée comme formant la Constitution de l’État. — On prévoit qu’une telle considération de l’État, n’ayant aucune garantie supérieure pour cette prétendue stipulation des droits, dut, loin d’amener l’équilibre désiré, occasionner une continuelle fluctuation dans les deux pouvoirs politiques opposés ; et l’on conçoit de plus que, lorsque cet équilibre désiré paraissait avoir lieu, ce ne pouvait être que par une véritable réunion des intérêts de ces pouvoirs, comme avant leur séparation.
Telle fut effectivement la marche de la politique intérieure dans la quatrième période historique dont il s’agit ; du moins dans ceux des États où la tendance dominante dans celte période pouvait recevoir librement son entière extension, comme cela est arrivé surtout en Angleterre, à laquelle, comme présentant
ici le modèle ou le prototype, nous nous bornerons dans cet exposé.
Déjà, dans la troisième période de l’humanité, avec le développement du système féodal depuis la conquête par Guillaume de Normandie, et avec l’établissement du système représentatif, par les raisons établies dans cette période antérieure, fut insensiblement introduite eu Angleterre la division des trois pouvoirs politiques, savoir, ceux de la couronne, des pairs, et des communes. Mais, ces trois pouvoirs, sans aucune admission d’intérêts distincts, ne faisaient alors que coopérer au même but, à l’existence de l’État, dont la souveraineté résidait encore pleinement dans la couronne, parce que les privilèges ou droits des deux autres pouvoirs ne pouvaient être considérés que comme des coucessions souveraines. Ce ne fut qu’avec l’établissement définitif du protestantisme dans la haute-église, que, vers le commencement de la dernière période historique, suivant la tendance vers la réalité relative ou purement terrestre, s’introduisit l’idée de I’identité des intérêts de la nation et DU üouvEBNEMENT ; idée qui présuppose nécessairement une distinction dans ces intérêts.
Ür, cette idée nouvelle, séparant ainsi tacitement les
intérêts delà nation, devint évidemment le véritable principe des libertés anglaises, comme nous l’avons déjà remarqué plus haut; et, devenant par là même la base du caractère politique de la nation, elle fut développée par l’impulsion dominante de cette période, et engendra progressivement la constitution actuelle de la Grande-Bretagne. Voici les progrès de cette formation de la constitution britannique. D’abord , quoique, après la guerre des deux roses, le pouvoir royal se fût relevé avec Henri VII', la réformation introduite par Henri VIH, et l’influence croissante du protestantisme jusqu’à l’établissement de la hauteéglise sous Élisabeth, développèrent rapidement ce nouveau caractère politique de la nation, consistant dans la distinction des intérêts du peuple et du gouvernement. Bientôt, de nouveaux progrès du protestantisme, surtout de la branche des réformés, occasionnèrent la scission entre les épiscopaux et les presbytérieus ou puritains, et amenèrent ainsi, déjà sous Jacques I", les deux partis politiques des Whigs et des Torys, par lesquels la séparation des intérêts de la nation d’avec ceux du gouvernement fut définitivement consommée.
Dès lors, la lutte commença entre les deux pouvoirs fondamentaux et opposés, la nation et le roi ; et en conséquence, la déclaration des droits {the pétition of rights) lors de l 'avènement de Charles I", fut la première modification moderne de l’ancienne charta
15 WtlONSKI.
MAGNA LIBERTATUM. ÜRllS (tUc luttC, IC IllOliarque
succomba; et le parti triomphant préluda déjà, sous le nom d’indépendants, au dernier excès de la tendance politique dominante, tel qu‘il fut réalisé dans la suite par le parti de la Montapne, dans la révolution française. La restauration de la royauté ne fit que recommencer la même lutte, qui aloi’s conduisit successivement au fameux acte A'Habeas Corpus, base de la libertée privée, et à la révolution dans laquelle , par la nouvelle constitution ithe bill of rù/hts), fut consolidée la liberté publique. Enfin, expnlsant la descendance catholique des Sluarts, l’acte de succession [the act of setthment ) , par lequel fut ainsi constaté le droit de disposer du gouvernement, posa le faîte à cet édifice de la politique moderne, résultant de la tendance vers la seule réalité relative ou terrestre, dominant dans cette quatrième période. Ainsi, avec cette formation de la constitntion britannique, furent opérés progressivement , dans l’État de l’Angleterre , le partage manifeste des droits de la souveraineté entre les trois pouvoirs politiques, et la transmission tacite de la souveraineté elle-même de la couronne à la nation ; l’un et l’autre de ces actes, étant favorisés par des recherches d’une forme scientili(|ue d’après les principes de l’empirisme qui dominait dans celte période.
Quant à la répartition des fonctions appartenant aux quatre facultés de l’État, entre les trois pouvoirs politiques, elle fournit une preuve irrécusable que
ce partage manifeste et cette transmission tacite delà souveraineté, ont opéré une véritable dissolution de l’État. Nous nous bornerons ici à alléguer : 1“ pour les fonctions législatives, le concours des trois pouvoirs pour l’affirmative ou le consentement, et la contradiction qui eu résulte nécessairement pour la négative ou le refus ; 2° pour les fonctions judiciaires strictement dites, le concours du roi et de la chambre des pairs, et la contradiction qui se trouve en ce que le premier est la source, et la seconde la dernière instance de la justice ; 3° pour les fonctions conseillantes, la contradiction entre l’inviolabilité du roi (the Kiny can do no 'Wrong) et la responsabilité de son conseil ; et 4° pour les fonctions exécutives , la contradiction manifeste dans l’existence même des trois pouvoirs politiques.
Ces contradictions fondamentales qui se trouvent impliquées dans la constitution britannique, prouvent irréfragablement que ce chef-d’œuvre de la prudence et de la politique moderne n’a aucune valeur absolue, et même, vu la nécessité de ces contradictions, que, loin de constituer un État, cette soi-disant constitution opère au contraire une continuelle dissolution de l’État, ou plutôt qu’elle est une barrière contre sa formation. On conçoit donc que, suivant rigoureusement le vrai sens de sa constitution , l’État de l’Angleterre ne pourrait exister; et que, pour pouvoir subsistera côté de cette constitution, il n'y a absolu-
ment que le moyen de pervertir le sens propre de celte dernière, pour réunir les intérêts des deux pouvoirs fondamentaux et opposés, dont la séparation engendre cette nécessaire contradiction qui forme le tissu de la constitution britannique. Aussi, comme nous l’avons déjà remarqué, la tendance vers l’identité entre les intérêts de la nation et du gouvernement, cette unique sauvegarde de l’État de l’Angleterre, formet-elle, par une espèce de pressentiment, le caractère politique de la nation britannique; caractère dont l’écart a été la véritable cause de tous les troubles constitutionnels, et dont la conservatiôn, surtout depuis la révolution sous les derniers Stuarts, est devenue, jîar une expérience réitérée , la maxime suprême du ministère britannique.
Cette dissolution et cette conservation artificielle de l’État de l’Angleterre, jettent un nouveau jour suites relations des États entre eux, par lesquelles, dans la même période, était formée la grande société européenne, dont nous avons suivi le développement, et dont il nous reste ici à prévoir les destinées futures. — En effet, les deux pouvoirs opposés, celui de la couronne et celui du peuple, défendaient évidemment les intérêts respectifs des deux grandes réalités du monde, savoir, le pouvoir royal les intérêts de la réalité absolue, et le pouvoir national ceux de la réalité relative, laquelle dernière était le terme de la tendance politique dominante de cette quatrième pt*-
riode ; d'où il résulte que les relations successi>es entre ces deux pouvoirs intérieurs, présentent à certains égards la règle qu’ont dù suivre en même temps les relations des États dans leur politique extérieure. Ces relations extérieures suivaient effectivement la même tendance dominante, celle vers la réalité relative attachée à notre existence actuelle ; et elles se trouvaient également balancées par la religion ou du moins par la justice, héritage de la période précédente, qui rattachaient la politique extérieure à la réalité absolue du monde, .\ussi, tels que furent, dans l’État de l’Angleterre, la lutte et les progrès des relations entre les deux pouvoirs fondamentaux opposés, la couronne et le peuple, tels furent également, en Europe, la lutte et les progrès des relations entre les deux forces fondamentales opposées, la croyance et la certitude, ou l’anticipation de 1a réalité absolue et l’établissement de la réalité relative. D’abord, dans sa véritable tendance centrale, c’est-à-dire, dans celle des évangéliques, le premier développement politique du protestantisme, pour les relations extérieures des États, fut, comme nous l’avons vu plus haut, la considération de la réaction physique et morale dans la constitution de l’univers, ou l’idée de l’identité des intérêts de la réalité relative et delà réalité absolue ; tout comme, dans la constitution de l’Angleterre, l’idée de l’identité des intérêts du peuple et de la couronne, fut le premier développement du protestantisme pour la politique
intérieure. Ensuite, écartant la réalité absolue et la justice qui en dépend, le développement ultérieur et définitif de la politique extérieure de l’Europe, suivant sa tendance vers la certitude dépendante uniquement de notre existence, fut la garantie exclusive de la réalité relative, et la considération de cette réalité mondaine comme de l’objet d’une force supérieure de l’esprit humain, ainsi que nous l’avons vu également plus haut; et tel fut aussi le développement ultérieur de la politique intérieure de l’Angleterre, lorsque, renversant le trône, et écartant avec lui toute iniluence al)solue, la nation érigea en souveraineté ses intérêts relatifs ou terrestres.
Ilenreusement, la dissolution effective de l’État de l’Angleterre, qui résultait néces.sairernent du mancjue d’une unité absolue dans ces intérêts purement relatifs, pouvait se faire sentir au moins indirectement dans le besoin de la force nécessaire pour la garantie extérieure de l’Angleterre; de sorte que, pervertissant le sens propre de la constitution, on revint insensiblement à l’ancienne idée de la réunion nécessaire des intérêts du peuple et de la couronne, idée qui forme aujourd’hui la maxime suprême de la politique intérieure de l’Angleterre. Mais malheureusement, la dissolution correspondante de la société européenne, qui résulte, avec la même nécessité, du manque d’une unité absolue dans les intérêts actuels des États, attachés à la seule considération de la réalité relative ou terrestre.
cette dissolution de la société européenne, disons-nous, ne peut plus se faire sentir par aucune influence étrangère; et, puisqu’on ne saurait non plus revenir à l’anticipation de la réalité absolue par la justice et la religion, comme on le fit, en passant, de 1a seconde à la troisième période, parce que la considération de la prétendue force de l’esprit humain, impliquée dans la réalité relative, forme ici une barrière insurmontable contre ce retour, l’Europe, suivant l’impulsion qui la domine actuellement, et qui est le dernier effet de la finalité du monde, se trouve près de l’abîme dans lequel peut périr l’humanité.
Nous allons jeter un coup d’œil rapide sur la suite de ces funestes destinées de la terre.
Vin
A la fin de cette quatrième période, la force ou la tendance politique dominante, ayant complètement triomphé, se développa en deux puissances prépondérantes, savoir, la puissance maritime de l’.\ngleterre, dans le Sud-Ouest, et la puissance continentale de la Russie, dans le Nord-Est de l’Europe. Des deux autres forces fondamentales de cette quatrième période, c’està-dire, de celle de l’.^utricbe, fondée originairement sur le zèle pour la croyance, et de celle de la France,
fondée sur l'indifférence pour la vérité, la première fut épuisée et succomba dans cette longue lutte, et la seconde, en se rapprochant de la tendance dominante par la culture des idées libérales, prit un nouvel essor et se prépara ainsi à exercer une nouvelle influence. Quant à la Prusse, où s’était concentrée la tendance dominante de cette période, sa fonction de modératrice armée pour garantir la réalité relative ou terrestre, étant purement passive, se réglera naturellement sur l’action des puissances prépondérantes. Ainsi, à partir de la fin de cette quatrième période de l’humanité, le sort futur de l’Europe abandonnée à son ancienne impulsion, sera réglé par l’action des deux puissances prépondérantes, de l’Angleterre et de la Russie, et par l’influence nouvelle delà France. Et, comme cela est naturel, avant d’aborder cette double action propre de l’Europe, il faudra s’assurer d’abord le champ pour ce libre exercice de l’action européenne.
On voit par là que les destinées futures de l’Europe, dont il s’agit actuellement, se développeront successiment dans deux intervalles bien distincts : dans le premier agira la nouvelle influence de la France, fondée sur l’union des idées libérales européennes avec son ancienne tendance de domination ; dans le second agiront les deux nouvelles puissances prépondérantes, l’Angleterre et la Russie, fondées sur le dernier développement de la tendance vers la réalité relative, qui
a dominé dans la période qui vient de finir. — Examinons séparément ces deux intervalles.
Le besoin de la sûreté ou le sentiment des droits en général fut, dans la seconde période de l’humanité, le principe de la tendance vers la domination par laquelle s’est terminée cette deuxième période, ainsi que nous l’avons vu plus haut. Et, ce fut précisément cette tendance vers la domination, dérivant originairement du sentiment des droits de riuiraanité, que la France reprit dans la quatrième période que nous venons de développer. Or, les idées libérales, fondées sur la suprématie de la réalité relative ou terrestre, impliquent nécessairement la sûreté publique de laquelle dépend évidemment notre existence actuelle, source de cette réalité relative ou terrestre. Ainsi, vers la fin de la quatrième période, cultivant les idées libérales, la France put retrouver dans la sûreté relative et terrestre, ou dans les droits attachés à notre existence actuelle, la source primitive, ou l’ancienne origine de son esprit de domination ; et, fondant alors sa tendance politique ou cet esprit de domination, sur la tendance politique générale de l’Europe ou sur les idées libérales, la France prit tout à coup, par cette union, un caractère européen, et acquit en réalité une force supérieure. En effet, la France joindra ainsi immédiatement à son ancienne force impliquée dans sa tendance vers la domination, la force nouvelle provenant de la tendance vers la garantie de la réalité rela-
tive du monde; union tout à la fois puissante et contradictoire.
C’est là le principe de la ri'volution française ; principe par lecpiel cette nation cherchera naturellement à s’affranchir de toute soumission à des autorités absolues ; et, imitant d’ailleurs k politique intérieure de l’Anpleterre, pays dans lequel principalement elle a puisé ses idees libérales, elle cherchera à se donner une constitution à l’instar de la Grandc-Bretapne, constitution qui, par l’étranfie vertige de l’opinion dominante, sera agréée ou acceptée par les autorités elles-mêmes. .\lors, la réalité absolue, se trouvant écartée de la France, et la souveraineté de l’État transmise e.vclusivement à la nation, cette dernière, déployant sa tendance vers la domination, s’empaiera du pouvoir qu’elle e.vei'cera d’une manière désordonnée; car, il n’existera plus évidemment aucun but ostensible, ni intérieur ni extérieur, pour le développement sérieux de cette souveraineté abandonnée au peuple. .\ussi, la nation française conduira son roi sur l’échafaud, et fera une parodie de la justice en le déclarant coupable par la voie des formes judiciaires; acte qui, s’il n’était pas dû à un jeu de l’indifférence pour la vérité, et s’il était fait avec conscience, serait un. attentat à l’existence éternelle de l’humanité.
De plus, fidèle à son nouveau caractère politique, provenant de la réunion de la moderne réalité relative ou terrestre avec l’ancienne tendance vers la domina-
tion, telle qu'elle eut lieu dans la deuxième période, la nation française réunira, dans sa république, aux horreurs nécessaires pour assouvir les seuls intérêts terrestres, les usages allégoriques des républiques de l’antiquité; et elle présentera ainsi à l’Europe, l’étrange spectacle d'une véritable comédie politique. Ce désordre perversif de rinimanité, établi au milieu de l’Europe civilisée, e.xcifera naturellement l’influence ou la réaction de cette dernière qui voudra s’opposer à l’extension de ce désordre ; de là une guerre implacable, où la France belliqueuse déploiera d’abord sa force supérieure qui lui fera se donner à elle-même le nom àe grande nation^ et qui la rendra, pour ainsi dii-e, maîtresse de l’Europe, jusqu’au moment où, par l’exercice aliusif de cette force supérieure, l’Europe étonnée d’abord de l’empiétement général de la France sur ses faibles voisins, chez lesquels d’ailleurs la gloiie militaire n’a plus autant de signification dans l’état avancé de leui’s lumières, l’Europe, disons-nous, développera à son tour, pour sa propre défense, une disposition guerrière générale, qui la libérera du joug de la France; et, notamment, l’.\ngleterre et la Russie seront les instruments les plus actifs dans cette répression des forces envahissantes de la France.
Ce serait ici le lieu d’apprécier la grande épopée napoléonienne, dont le héros, tralii par ses propres victoires, dut e.xpier dans son exil de Titan, le tort de sa grandeur; mais, comme son génie restera éternellc-
in(*nt, ainsi qu’on le verra dans la suite de nos ouvrages, le Palladium de la France, et même de la véritable autorité souveraine dans le monde, nous nous réservons de traiter ailleurs, plus en détail, ce vaste sujet (1).
Ici, finiront les destinées résultant de l’influence excentrique do la France dans l’impulsion dominante de l’Europe, et formant le premier des deux intervalles que nous examinons. — Mais, malheureusement, une nouvelle suite de destinées, funestes à l’humanité, pourra se développer par l’action propie de l’impulsion dominante, et nommément par l’action des deux puissances prépondérantes, de la Russie et de l’Angleterre; destinées qui formeiaient le second intervalle que nous allons examiner.
La révolution française et son influence au dehors étant terminées, l’Europe, considérée par rapport a sa marche naturelle générale, rentrera dans le chemin qu’elle avait suivi avant cette domination de la France. Mais, la lutte réitérée qu’il a fallu soutenir pour dé^ fendre jusqu’aux droits les plus réels et les plus évidents, aura excité dans les Etats de l’Europe, comme nous l’avons indiqué plus haut, une disposition guerrière, c’est-à-dire, un retour au sentiment des droits, ou au besoin de la sûreté; do sorte que, par cette domination
(1) Voyez parmi les ouvrages postérieurs de XV. le Secret politi(iuc de ^iapoléon, 2">« édition, et VHistoriosiphie ou Phitonophie de rhisloire. —• Note de M"'<* W.
de la France, l’Europe aura été forcée de rétrograder, en revenant de sa tendance déjà épurée vers la réalité relative raisonnée, à la grossière région des sens où se trouve cette sûreté de notre existence actuelle. Et, à cet égard, l’Europe renouvellera le spectacle d’une nécessaire rétrogradation, qu’elle avait déjà donné lors du débordement des Arabes, en rallumant alors, dans les Croisades, les sentiments guerriers de la période antérieure, comme nous l’avons vu plus haut. Ainsi, à la fin du premier intervalle que nous venons de signaler, l’Europe, dans son impulsion ou dans sa marche naturelle, aura, à côté des deux puissances prépondérantes, de la Russie et de l’Angleterre, développées vers la fin de la quatrième période, une disposition guerrière générale, exercée durant la domination des Français ; et c’est de la réaction de ces forces dangereuses que peuvent résulter les destinées qui formeraient le nouvel intervalle dont il s’agit. — Pour en prévoir sûrement la marche, il faut, avant tout, bien apprécier la nature, ou en quelque sorte la qualité de ces diverses forces divergentes.
Or, pour ce qui regarde d’abord les nouvelles dispositions guerrières, ce ne sont, comme nous venons de le déduire, que les résultats du sentiment des droits réels, c’est-à-dire, des droits purement relatifs attachés à notre existence actuelle, qui est la seule réalité que l’Europe puisse concevoir dans ce moment. Quant à la puissance prépondérante de l’Angleterre, elle n’a pas
non plus, dans ce moment, de fondement plus profond de sa force militaire (jue celui des nouvelles dispositions guerrières dont nous venons de parler ; mais elle y joint la domination effective de la mer et, avec elle, d’une grande partie de notre bien-être physkpie, condition de notre existence actuelle ; ce qui lui donne cette puissance prépondérante en Europe. Enfin, pour ce qui concerne la puissance prépondérante de la Russie, elle est fondée, comme nous l’avons vu plus haut, sur la réunion des avantages modernes de la réalité relative ou terrestre avec l'anticipation de la réalité absolue par les sentiments religieux ; et c’est surtout dans ces sublimes sentiments que se trouve la source de la force militaire supérieure de la Russie, (|ui, dans ce même moment, lui donne cette puissance prépondérante en Europe. Il ne faut pas oublier ici la France qui se trouvera alors naturellement, pour les intérêts de l’Europe, remise dans son ancien état : sa force militaire restera fondée sur le sentiment de l’honneur qui sera actuellement déterminé par l’union de l’anti(fue tendance vers la domination avec la moderne garantie de la réalité relative, et elle formera ainsi une force d’équilibre entre celle des dispositions guerrières des autres Etats et la force supérieure de la Russie.
Ce sont là les éléments qui agiront après la fin de la domination de la France, et qui, si l’Europe continue à poursuivre son impulsion actuelle vers la réalité pu-
renient relative à notre existence terrestre, pourraient engendrer les destinées les plus l'uuestes k l’humanité. — Les voici. — L’influence extérieure de la Russie, suivant sa dernière impulsion vers la justice, se réduirait à garantir les droits respectifs des Etats, et ne pourrait opérer un agrandissement de sa puissance qu’autant que cet agrandissement serait conciliable avec la justice, comme, par exemple, par le rétablissement de la Pialogne. La Russie se bornerait donc, pour consolider et étendre sa puissance continentale, à développer mieux, dans son intérieur, les avantages de la civilisation moderne, et à se préparer ainsi une prospérité physique, égale ou même supérieure à celle de l’.\ngleterre. Quant à cette seconde puissance prépondérante, son influence continentale, déterminée par ses vues maritimes, s’unirait en partie à l’influence extérieure de la Russie; mais, pour déprimer cette dernière influence, et surtout pour augmenter en même temps la sienne propre, l’Angleterre chercherait à répandre en Europe ses idées libérales politiques, en faisant adopter aux États des constitutions analogues à celle qui régit la Grande-Bretagne, et conformes aux idées libérales générales de l’Europe.
Ainsi, au milieu de cette double influence prépondérante, ou plutôt moyennant cette double influence, les dispositions guerrières des autres États se trouveraient momentanément comprimées, et l’Europe pourrait jouir, pendant quelque peu de temps, des
avantages terrestres de la civilisation moderne, due au développement de la quatrième période historique. Mais ces avantages étant purement relatifs ou terrestres, ne sauraient en eux-mêmes suffire à la vocation absolue de rimmanité. D’ailleurs, l’établissement des libertés constitutionnelles en Europe, augmenterait les dispositions guerrières des nations. Le développement de la prospérité physique et des idées libérales en Russie affaiblirait ses sentiments, religieux et avec eux sa force militaire ; et enfin , l’indépendance croissante des colonies et surtout le développement de la prospérité physique en Europe, affaiblirait également rintluence continentale de l’Angleterre. Alors commenceraient à s’établir tout <ï la fois une espèce d’égalité entre les forces des États européens et une lutte vague, motivée principalement par l’insuffisance des avantages terrestres. Dans cette première lutte, un reste des sentiments absolus ; savoir, du sentiment de l’honneur chez les Français, et surtout du sentiment de la religion chez les Russes, pourrait peut-être amener quelque conciliation passagère. Mais le développement ultérieur et plus général des idées libérales, finirait nécessairement par éteindre tout à fait ces sentiments absolus, seuls et derniers gardiens de l’existence de l’humanité.
Alors, vu le manque de toute unité dans les intérêts purement relatifs ou terrestres des États, le champ serait ouvert à une lutte brutale (|ui ne pourrait évi-
(lemmeut finir qu’avec la destruction de l’humanité. Telles seraient les destinées funestes qui, si l’Europe suivait son impulsion actuelle, formeraient lé second intervalle que nous voulions prévoir. Mais, nous devons espérer qu’étant éclairée sur les dangers que nous signalons ici, l’Europe renoncera ou plutôt résistera à son impulsion actuelle , et , développant tout à coup des forces propres et absolues, commeneera la nouvelle ère pour laquelle paraît destinée la Terre, ainsi que nous le verrons dans la suite de cet ouvrage. Nous fondons ces espérances, non-seulement sur le noble besoin de l’humanité de sortir de la fange terrèstre où elle se trouve plongée, pour s’élever aux régions célestes où retentit sa haute vocation, mais encore et spécialement sur l’influence puissante de la Russie, et sur la coopération de la France; nations chez lesquelles, suivant ce que nous avons vu plus haut, se sont conservés les sentiments absolus, vrais gardiens de l’existence de l’humanité. Nous n’osons pas fonder également nos espérances sur l’influence directe de l’Au- Iricheet de l’Italie, qui, suivant toujours leur ancien et respectable zèle pour la croyance, craindront peutêtre de compromettre la religion, en laissant développer la certitude absolue elle-même; et, par des raisons semblables, nous n’osons pas espérer non plus la coopération de la noble nation Espagnole, qui, dans l’iiitervalle précédent, a si bien mérité de l’hunianité, ni celle de tant d’autres nations (jui conservent encoie le
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feu sacré de la croyance. Puissions-nous nous tromper dans notre attente, et puissent toutes les nations de la terre concourir à cette réfrénération de l’humanité! — Quant à la Russie et à la F'ranco, voici les motifs (|ui nous font concevoir nos espérances spéciales. — La Russie, ayant approfondi les vérités infaillibles qu’on dévoile aujourd’hui, ne peut manquer de reconnaître que sa force, acquise évidemment par une combinaison de la finalité du monde, et fondée dans ce moment sur le sentiment sublime de Dieu, est un appel exprès de la Providence, pour garantir le salut ou l’existence absolue de l’humanité. La responsabilité d’une si éminente vocation est terrible; et quelles que puissent être les vues terrestres et éphémères de la Russie, il faut les sacrifier au bien infini et à l’éternelle gloire, qui lui sont délégués. — Pour ce qui regarde la France, animée par le noble sentiment de l’honneur, qu’elle a consacré dans l’humanité, et de plus éclairée par les vérités nouvelles que nous lui découvrons ici, nous osons espérer que cette illustre nation, d’ailleurs si généreuse, ne manquera pas de saisir l’occasion d’abjurer sa coupable indifférence pour la vérité. Son ardent désir de la gloire nous en donne la garantie ; et par quelle autre voie pourrait-elle trouver une plus noble illustration que dans le soutien accordé f\ ces vérités absolues ? Alors même, les désordres et les excès qu’elle a occasionnés par sa grande révolution, deviendront ainsi profitables à l’humanité.
parce qu’ils auront servi à nourrir et à conserver dans la nation ce feu sacré de l’honneur, dont le véritable moment pour briller, vient enfin d’arriver.
Pour achever cette quatrième période de l’espèce humaine, il ne no'us reste plus qu’à suivre les progrès ou plutôt la décadence de la moralité publique ou de la religion, formant le quatrième des buts relatifs ou instrumentaux de l’humanité ; décadence qui provient évidemment de l’impulsion vers la certitude, ou vers la suprématie de la vérité, constituant le but relatif dominant de cette quatrième période. — Ainsi, quittant le terme où nous venons d’arriver, nous allons encore une fois reporter nos regards sur cette dernière période historique, pour y suivre la décadence progressive de la religion, produite malheureusement, ou plutôt nécessairement par l’influence scientifique de la tendance vers la certitude, qui dominait dans cette période.